‹ Tableau de l'histoire moderne de Frédéric SchlegelChapitre 4 sur 11 · II · texte numérisé non relu

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sa maison et ses descendans, pour la dynastie autrichienne en Espagne ainsi qu*en Allemagne. L'un de ses derniers plans bien connus fut que Philippe devînt empereur romain. Aucune des dispositions de Charles ne paraît si digne de blâme que celle-là, si on la juge, pon d'après le projet, mais d'après seS conséquences , et qu'on suppose qu'il connût le caractère de son fils aussi complètement que nous pouvons le connaître, après l'avoir vu se déployer devant la postérité dans un règne de quarante-deux ans, s'aigrir et s'empirer toujours davantage durant cette longue période.

A la vérité on ne peut penser sans peine a ce que serait devenue l'Europe, si Marie d'Angleterre, femme de Philippe II, eût vécu plus long-temps; si leur union eût été fructueuse ; que, dans une longue régence, il eût été comme le souverain de l'Angleterre; qu'enfin, roi d'Espagne et deNaples, maîtredu Nouveau-Monde, il fût encore devenu empereur d'Allemagne.

Mais son caractère personnel seulement eût produit des dangers et inspiré des craintes.

L'union de la dignité impériale à ses autres titres, aurait plutôt apporté un contre-poids certain à l'oppression qu'il faisait peser sur ses

sujets. La différence essentielle de ce pouvoir, et réloignement de son siège, auraient indubitablement été favorables k la liberté. En Italie, Philippe, quoique sans en être empêché par aucune puissance extérieure, ne pouvait être despote. Encore moins aurait-il pu letre en Angleterre, lors même qu'il eût su se gagner les esprits, et que la mort de Marie ne Teût pas empêché de se mettre h la tête du parti catholique qui, à cette époque, était encore puissant. En Espagne, il serait sans nul doute parvenu à un pouvoir bien moins absolu que celui qu'il possédait réellement, s'il eût été empereur romain. En Allemagne, moins que partout ailleurs encore, il aurait pu obtenir un pouvoir arbitraire. C'est justement là qu'il aurait été obligé de se conduire d'après des principes tolérans, ou s'il s^était montré inflexible, la seule conséquence de sa conduite eût été que la guerre, qui éclata par la suite, se serait déjà allumée alors, et que peut-être une paix de Westphalie l'aurait terminée cinquante années plus tôt. Il ne fallait pas songer à l'asservissement total de l'un des partis, tous deux étaient troppuissans. Une influence tout autre et bien plus dangereuse que l'union d'empires si di-

vers, était Faction d'un grand État renfermé en lui-même et arrondi dans ses limites, entouré de voisins auxquels il était supérieur en puissance, chacun d'eux pris isolément. Car ici les occasions d'agrandissement ne manqueront jamais, et l'agrandissement d'un pareil État ne se fera point par des traités d'alliance, par de simples confédérations. Ce sera une incorporation dans la mère-patrîe, un mélange dans la masse, et avec cet accroissement, le pouvoir absolu s'étendra toujours davantage , deviendra toujours plus despotique. .Mais, quoi qu'il en soit, combien fut plus heureux et plus désirable pour l'Allemagne, le gouvernement doux et paisible des premiers empereurs autrichiens' de race allemande. Les plans de Charles renfermaient si peu la pensée de réunir toutes les couronnes sur une seule tête, que nous osons affirmer que s'il avait eu un second fils légitime, il aurait vraisemblablement séparé une des couronnes, et lui aurait donné Naples ou les Pays-Bas pour héritage. C'est ce que prouvent aussi ses relations fraternelles avec Ferdinand. Il ne ressentait ni méfiance, ni prévention contre lui; lorsqu'il voulut que Philippe devînt empereur, cette pensée lui fut suggérée par

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une remarque bien naturelle. Il vit combien difficile et même Impossible il eût été pour Ferdinand, avec le pouvoir borné qu'il possédait alors, de saisir le sceptre énergiquement, etnie remplir avec influence les devoirs et les privilèges impériaux. La forme du plan que les deux frères avaient d'un commun accord approuvé, nous dévoile mieux que tout autre chose la véritable pensée qui en formait la ba3e. Philippe devait être roi romain, et ensuite succéder à Ferdinand dans la dignité impériale.

M aximilien, fils de Ferdinand , aurait alors paru comme roi de Rome k côté de Philippe, ainsi que son père s'était souvent montré en Allemagne à côté de Charles-Quint. L'opposition générale que ce plan rencontra dans l'Allemagne, fut naturellement suscitée par lé caractère de Philippe, qui déjà alors n'était pas aimé. Le reproche d'avoir voulu rendre la dignité impériale héréditaire est donc tout-à-fait sans fondement.

Dans les temps les plus puissans de la constitution allemande, sous les empereurs saxons, francs, souabes, ce n'était déjà pas un léger avantage de descendre d'une famille impériale, et la liberté du choix ne s'exerçait guère que

pour préférer tel ou tel peraonnage de cette famille. Les princes allemands sentirent cela plus tard, tellement, que, désunis en partie, et même en guerre contre la maison d'Autriche, ils conservèrent à cette maison une espèce d'hérédité, à la vérité non pas de droit, mais de fait, comme le seul moyen de redonner encore quelques forces à la dignité impériale qui était tant aifaiblie. Cette conduite généralement désirée, fut reconnue comme très convenable, autant pour maintenir l'ordre intérieur, que pour se défendre contre les Turcs.

D'après la pensée 4^ Charles, non seulement la dignité impériale devait unir les deux lignées de sa maison, mais elle devait les attacher Tune à l'autre avec des liens indissolubles, ne faire plus qu'une famille de toute la maison d'Autriche, et une seule puissance fédérative de toutes les différentes nations autricbienues. C'est ainsi que lui et Ferdinand, quoique régnant dans des pays fort éloignés l'un de l'autre, en guerre comme en paix, n'avaient fait et présenté qu'une puissance, qu'une confédération. Plusieurs autres dispositions trahissent cette pensée, et le désir d'une famille autrichienne unique, d'une étroite alliance des deux lignées. Maximilien,

marié avec la sœur de Philippe, fut créé par lui ^ lors de sa dernière absence, gouverneur de l'Espagne, où il sut généralement gagner l'affection du peuple. Ce fut par Maximilien et sa femme, que Terapereur fit élever son petitfils chéri, l'infortuné Carlos.

Il eût fallu que l'esprit de Charles et ses sentimens fussent héréditaires dans sa maison pour maintenir véritablement cette unité vers laquelle il avait dirigé ses constant efforts. Mais si ce grand empereur, au milieu des esprits enflammés par la haine , n'avait pu réussir complètement k rétablir, la concorde, son désir de voir cette union et cette unité conservées par ses descendans, ne fut pas mieux exaucé. Les moyens mêmes qu'il avait choisis pour lier ensemble les deux lignées, furent précisément pour le caractère haineux de Philippe une occasion de grands différends, qui, après la mort de Charles, s'élevèrent entre les deux branches de sa maison, et ne furent apaisés que beaucoup plus tard. L'élection de Philippe proposée, mais non acceptée, en Allemagne, si elle n'avait jeté quelque froideur entre les deux princes, avait du moins excité de l'éloignement et de la prévention entre Ferdinand et

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Philippe. L'affection populaire que Maximiiien s'était acquise comme gouverneur en Espagne, la différence de leurs opinions et le caractère de Philippe , pouvaient facilement avoir augmenté encore cet éloignement. Sans doute les principes libéraux que le jeune Carlos reçut avec l'éducation qile lui donna Maximiiien, frappèrent le caractère indomptable et emporté du jeune homme, et furent la première cause de la querelle entre le père et le fils, et du malheureux sort de Carlos.

Quelque constante qu'ait été l'histoire dans ses jugemens sur Philippe II, il ne faut cependant pas oublier dans l'ensemble de sa personne que, semblable au romain Tibère, à qui on peut le comparer pour son caractère soupçonneux et haineux, il possédait aussi comme lui de grandes qualités; une intelligence profonde , une force et une activité insurmontables. Il ne fut pas non plus dès l'origine ce qu'il devint graduellement, son caractère s'endurcit toujours davantage a mesure qu'il avançait dans sa carrière. Ce qu'il y a de pire dans un caractère soupçonneux, haineux, despote, c'est que le mal croît toujours plus avec le temps. L'origine des principes despotiques de

Philippe y fut dans le blâme général qu'on adressa à Charles sur sa trop grande indulgence, surtout en matière de foi. Il crut réparer la faute, tandis que, comme il arrive souvent, il se jetait dans Textréme opposé avec une violence extraordinaire. Dans plusieurs circonstances, dans bien des positions, les mesures les plus vigoureuses et les plus décisives sont les seules qui puissent sauver; mais il est dangereux de les prendre, car il existe en elles une puissance, qui souvent sera plus forte que la main qui veut les conduire.

Ces moyens extraordinaires et violens, qui dans l'exécution deviennent si facilement atroces, qu'ils soient partis d'un principe d'unité et de domination, ou d'une pensée de liberté, ont cela de propre qu'ils ne peuvent être arrêtés, et que l'infamie une fois constituée et agissante, continue sa course par elle-même comme une puissance indépendante , finit par ne plus dépendre même du tyran , et qu'il veuille ou non continuer à être un tyran, cette force invisible l'emporte avec elle, et le dirige comme un destin impitoyable.

La première époque du règne de Philippe II fut brillante. La guerre contre la France , à la-

quelle celle-ci fut excitée par Rome même^ en haine de la condescendance de Charles, et pour son prétendu grief de s'être immiscé dans les affaires de la foi , cette guerre fut glorieuse et riche en victoires , plus qu'aucune qui eût jamais eu lieu. La puissance maritime fut détruite dans un moment où les suites du soulèvement des Pays-Bas ne pouvaient encore se prévoir. Philippe avait hérité de son père de deux- grandes qualités : la dignité, la noblesse du maintien extérieur, et l'art de réunir autour de lui de grands hommes, de les reconnaître, de les honorer et de les utiliser. Le nom espagnol était encore grand en Europe depuis Charles, et le poids de cette réputation était très influent dans l'opinion publique.

Tout ce que l'Espagne entreprenait alors avait une certaine empreinte de dignité et de grandeur. Cette monarchie devait la durée de son antique éclat principalement à la noblesse que Charles avait rendue la première de l'Europe. On pourrait appeler cette nouvelle forme, la noblesse royale, pour la distinguer de toutes les anciennes formes et époque^ans lesquelles la noblesse ^'est développée depuis les temps germaniques, durant le moyen âge; car, dé-

voûment sans bornes , fidélité et sacrifice pour le service du roi, étaient l'âme et les premiers fondemens de celte noblesse. La noblesse féodale était sortie de la fraternité militaire; elle fut d abord accordée et reçue en récompense par des sentimens de générosité et de noble • reconnaissance, mais bientôt l'égoïsrtie vint prendre la place de Venthousiasme, de la gloire et de l'amitié militaire désintéressée; avec Fégoïsme se présenta une foule de relations d'intérêt qui déchirèrent l'État et Tenrayèreutdans sa roulé. L'esprit chevaleresque ranima et releva de nouveau la noblesse dans le moyen âge. A la place de l'égoïsme, elle fut étendue et dirigée vers le but élevé du bien-être général, l'amour fraternel, le désir de partager tous les dangers de la guerre, et ce lien commun de nobles promesses et de hauts sentimens, cimenta encore davantage son édifice.Mais la chevalerie demeura incomplète, ne fut jamais dominante partout, et dans le boule versement^ qui résulta du renversement des anciennes grandes formes politiques, la noblesse prit la plus mauvaise de toutes les formes, celle du droit du plus fort mis en action et de l'esprit querelleur. Elle fut déplacée et enlevée en

partie à sa destination guerrière primitive , lorsque, k côté de la chevalerie, qui jusqu'alors avait été la force fondamentale de la guerre, une infanterie indomptable se forma de la race vigoureuse des montagnards, et qu'à côté des Suisses, les lansquenets allemands devinrent un membre nécessaire de\ toute armée. Les citoyens armés des villes indépendantes , devinrent facilement les plus habiles dans lart de construire et de diriger l'artillerie.

Les querelles que la noblesse eut à soutenir dans le quatorzième et le quinzième siècle contre les paysans et contre les villes, peuvent être considérées comme une lutte entre le nouvel art militaire et l'ancien, dans laquelle la nou* velle tactique s'assura bientôt la place supérieure qu'elle occupe. La possession exclusive du service et de la gloire militaires ne pouvait donc plus être l'apanage de la noblesse. Les anciennes institutions féodales, et en particulier, les relations patrimoniales se perdaient de plus en plus, tandis que le pouvoir royal s'augmentait. Mais ce développement de la puissance royale donna justement alors une nouvelle direction k la n<^lesse, qui devait surtout être un intermédiaire entre le roi et son peuple. Le

roi, lorsqu'il est ce qu'il doit être, le centre vivant de son peuple, n'a certes pas besoin d'un appui pour se soutenir. Il n'est pas non plus nécessaire alors de diviser la tendance à un pouvoir absolu qui écraserait la liberté du peuple. Mais cette nouvelle forme de la noblesse devait compléter l'unité de l'ensemble, et nouer d'une manière d'autant plus forte, le lien qui unit le roi et son peuple.

D'après l'idée primitive, qu'est-ce qu'un roi au milieu de son peuple, si ce n'est la loi vivifiée, la justice personnifiée? Une noblesse qui pense et agit dans le même esprit, qui multiplie pour ainsi dire cette forc% royale de justice et de dignité, qui place son propre honneur dans le dévoûment au -roi, dans des principes d'une justice et d'une morale sévères, dans la renonamée et l'éclat de son peuple, qui remplit cette haute idée que Charles-Quint s'était faite de la destination de la noblesse, et qu'il réalisa en quelque sorte par l'influence active de son esprit et par la dignité morale de la nation , dans la noblesse espagnole , supérieure alors à celle de tout le reste de l'Europe ; une telle noblesse , dis-je, atteindrait sans nul doute le but qu'elle doit se proposer.

Parmi les grands hommes dont Philippe hérita de son père^ Âlba prend la première place. Ce caractère, qui, dans sa longue carrière, présente trois époques toutes différentes, a été aussi jugé d'après une seule , d'après la dernière, la moins favorable. Serviteur 6dèle et ami dn grand Charles, moins âgé que lui de huit ans, Âlba, dès sa jeunesse, acquit une haute renommée. Ce qui alors semblait pour chaque noble espagnol le but de l'existence, l'amour, les jeux chevaleresques et la poésie , les faits et la gloire militaires, remplirent la jeunesse d'Alba. Il devint l'ornement de la no^ blesse espagnole; él fut l'exemple de tous les jeunes gens amis de la gloire, le favori de la nation. Oh ne peut se défendre d'un sentiment pénible, quand on compare cette belle impge de la jeunesse d'Alba avec les indignités qu'il commit en Hollande dans sa vieillesse ; quand on voit quelle terrible influence et quel chan-* gement put exercer sur un caractère originairement noble, une existence de cinquante années passées au milieu des troubles civils et des guerres de religion. Dans l'époque moyenne de sa carrière , lorsqu'il se montrait à côté de Charles-Quinty en Allemagne, comme un grand

géqéral, ii était encore bien loin de ressembler au portrait qu'on en fait ordinairement. Tous les conseils et les avis qu'il donna à Charles, particulièrement sur l'électeur Jean Frédéric, étaient doux, favorables, très sages, et montraient une grande connaissance des affaires de l'Allemagne et des relations entre les princes. La dignité de la maison d'Autriche, le maintien de la foi catholique , la gloire de l'Espagne, voilà quels étaient les buts de son existence , les seuls , à ses yeux , dignes d'être poursuivis, pour lesquels il s'enflamma comme guerrier et comme homme d'État, et auxquels il était prêt à tout sacrifier. On ne peut nier l'infamie de sa conduite dans les Pays-Ba^; mais, persuadé de l'entière juslice-de sa cause, et regardant les mesures violentes et décisives comme les seules valables , il eut cela de commun avec beaucoiip d'autres dont la vie s'é"^ coula au milieu de l'époque funeste des guerres civiles. Il est vrai auss^i que Philippe, voulant rejeter sur lui tout le blâme qui l'accusait, lui envoyait des ordres pressans pour qu'il agit avec vigueur. Si l'on ne refuse pas de grandes qualités à un Scylla, à un Pompée, à un Cicéron, à un Caton, a un Bru tus, quoique, soit

par passion y soit par principe ^ et d'après leur opinion intime, ils aient versé le sang de leurs concitoyens, ou aient pris quelque part à un tel acte, on ne doit pas non plus rayer Âlba de la liste des grands hommes.

La chute et ensuite l'indépendance reconquise des Pays-Bas furent, par leurs conséquences, deux des événemens les plus importans de l'histoire. Si l'on voulait suivre en détail les premières tentatives et les premiers pas du mécontentement, on ne les, trouverait pas tous justes ni fondés; les chefs et les fauteurs ne paraîtraient pas du tout sous un jour aussi favorable que celui sous lequel la gloire des heureux conquérans et la reconnaissance de la postérité les ont placés. Mais si Ton considère l'ensemble de la marche et de l'esprit du règne de Philippe II, on ne peut que trouver bien naturel le soulèvement des peuples. Le désir qu'exprima un parti puissant dans les Pays-Bas, de passer sous la domination d'un duc autrichien , donne à penser qu'il eût été bien plus heureux que Charles-Quint léguât les Pays-Bas en partage à la lignée allemande. Les principes modérés du premier empereur de cette maison auraient probablement empêché la guerre qui

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éclata alors ^ et la Hollande ne serait pas devenue un État séparé. Cet événement aurait eu les suites les plus importantes, les plus heureuses pour toute l'Europe, et eût, en général, exercé la plus haute influence sur Tensemble des destinées du monde.

Après la chute des Pays-Bas, la conquête du Portugal est l'événement le plus important du règne de Philippe IL La mort de Sébastien mit fin a la courte splendeur de la puissance portugaise. Ce jieune favori de Charles-Quint ne fut pas moins infortuné que le malheureux don Carlos d'Espagne. Il parait que ce fut l'exemple de son grand-père qui l'entraîna surtout à sa grande entreprise d'Afrique. On ne saurait nommer cette entreprise folle en ellemême ; car déjà , d'après la persuasion de Xi^ menés et de Charles - Quint, rien ne devait être si important et si essentiel , par ses cpn^ séquences , pour la Péninsule p3rrénéique , quime influencef durable sur les cOtes d'Afrique, des établissemens sûrs, sous la protection desquels des colonies chrétiennes poiu'raient s'élever et fleurir. Cette côte, essentiellement liée à l'Europe , se serait vue de nouveau habitée, comme jadis, par des nations H. 9

civilisées I et liée d'une manière solide avec la Péninsule, au lieu que les côtes airîcaines ennemies ont souvent apporté la désolation dans le midi de l'Europe , et ont élevé un obstacle insurmontable à leur plus haute prospérité.

Si l'entreprise de Sébastien avait réussi, on l'aurait comparé aux plus grands héros guerriers : le monde juge la plupart du temps d'après les suites. L'afFection zélée de son peuple pour lui, parle en faveur de Sébastien; cette affection ne se montra pas seulement après son malheur et durant l'état misérable où il se trouva alors , mais déjà bien long-temps avant sa chute.

Il avait su enthousiasmer toute la nation pour lui et pour son entreprise, ce qui décèle une capacité supérieure. Mais Sébastien, enivré de l'amour de la gloire, joua pour ainsi dire la puissance de sa nation d'un seul coup, et, perdant la partie, il en résulta \^ triste conséquence qu'il tomba avec elle. Alba lui avait donné des conseils pleins de bienveillance et de zèle; il l'avait averti de se garder froidement, et sans qu'il j parût à Fextérieur, de son oncle Philippe, qui alors augmentait son empire, consolidant en apparence sa force par ce moyen,

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mais au fond préparant par d'injustes conquêtes la chute de l'Espagne; car cette invasion du Portugal, violente et contraire à l'esprit de la majorité des Portugais, qui occasiona bientôt un nouveau bouleversement, donna aux HoUan* dais les moyens de devenir une grande puiss^mce maritime , en attirant à eux une partie considérable du commerce portugais et des possessions portugaises dans les Indes.

Combien aussi, à cet égard, la conduite et les opinions de Philippe furent différentes de eelleâ de son père ! Animé d'une bienveillante sollicitude, Charles avait fondé et solidement établi la concorde entre les deux nations et les deux empires; tandis qu'il eût été si facile à un roi espagnol conquérant de s'emparer du Por-^ tugal.

Déjà sous Isabelle, la vieille haine nationale entre les deux Etats voisins, avait toujours de phis en plus été changée en une harmonie durable, à laquelle contribua aussi le jpirincipe de division dont le pape se- servit pour partager le Nouveau-Monde entre les deux nations. Ce fut la dernière marque importante du pouvoir arbitral du pape dans Thisloîre, et elle fut aussi souvent un sujet de raillerie. On peut en effet

avancer que le Nouveau-Monde n'appartenait p^s plus que l'Océan au pape. Mais si sans ce partage ; une guerre désastreuse^ comme eUe était inévitable entre des peuples animés d'une rivalité jalouse^ aurait éclaté entre les Espagnols et les Portugais. Cette influence fut du moins active y et dans plus d'une guerre maritime ou commerçante du dix-septième et du dix-huitième siècle, il eût été désirable qu'il existât en*^ core une puissance, qui , sans autre pouvoir que celui de la persuasion, eût eu la force de tracer ' sur le globe une pareille ligne de paix. L'unité et l'union'de la Péninsule en un tout, pouvait paraître naturelle et désirable. La sagesse d'Isabelle et de Charles la préparèrent d'avance par la voie des alliances et des amitiés tle famille ; dans la suite des temps, elle se serait d'ellemême consolidée. -Les promptes et violentes usurpations de Philippe produisirent bientôt le contraire; il fit éclater une révolte et d'éternelles divisions. Avec Sébastien, la force de la nation s'écroula tout-4t-fait.

On n'est pas encore bien certain si parmi les nombreux prétendans, Sébastien, le dernier, qui se montra d'abord à Venise, et termina son existence dans une prison espagnole, ne fut pas

te véritable. S'il en est ainsi ^ le nombre des atrocités cachées commises par Philippe dans sa famille, en serait encore augmenté.

Le terrible repentir qui, selon le témoignage des écrivains espagnols, s'empara du vieux Philippe et le tourmenta dans les dernières années de sa vie, est très remarquable. Aucun des portraits de Philippe n'est plus injuste que cetix où on le représente comme un oppresseur égoïste, dénué de tout sentiment, et peut-être même de toute croyance^ Un repentir tel que celui qu'il ressentit, prouve que le souvenir de nobles idées n'était'pas tout-à-fait éteint dans son cœur, Ou' est du moins sûr des motifs principaux de ce repentir. Il est difficile de croire qu'il eut pour objet les actions que la postérité a surtout reprochées à Philippe, l'oppression de la liberté et Tindignité de sa conduite en matière de foi; sur ces deux articles, sa persuasion était trop forte pour ^abandonner. Peut-être s'èst-il repenti de ces fautes qu'il s'efforça avec tant de soins de cacher, et que la postérité lui aurait si facilement pardonnées, s'il eût répondu aux vœux de l'humanité. Ou bien, sans doute, il se reprocha ce qu'il avait fait et laissé faire en secret dans sa propre maison, et parmi ceux

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qui l'approchaient le plus. Peut-être les esprits du malheureux Carlos , de don Juan , et de Se* bastien, lui apparaissaient-ils menaçans et ani-< mes par la vengeance ?

Dans l'époque qui suivit immédiatement la mort de Charles^uint, on eût dit non seule* ' ment que les Etats et les peuples avaient été partagés entre les deux lignées de sa maison ^ mais encore ses sentimens et ses qualités sem* blaient s'être divisés de même, en ce que la maison espagnole et la maison d'Autriche, avaient chacune saisi un seul côté de sa vaste pi»)sée y et le suivait comme leur unique guide. Charles possédait une patience et une indul-^ gence inaltérables^ tant qu'on, pouvait espérer encore Ifi paix ; mais il montrait de même un courage héroïque , inébranlable , lorsque la lutte et la guerre étaient inévitables. Dans l'Autriche espagnole , on s'en tenait uniquement à cette foi solide , à Fancienne croyance et k l'ancien gouvernement, qui dominaient sa pensée et qu'il ne put réaliser qu'en E^)agne. Mais elle passa bientôt par sa violence les bornes qu'un semblable sentiment, tel que Charles le voulait, pouvait raisonnablement conserver.

Dans l'Autriche allemande au contraire , imi-^

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tant la coiiduite mesurée de Charles en AUemagae^ on usa d'une douceur et d'une indulgence toujours plus grande envers les nouvelles doctrines. U en résulta que la maison et les États qui lui appartenaient ne purent être préservés de la ruine que par la valeur près* que merveilleuse d'un empereur, dirigé par des principes tout différens, e^ qu'une digue solide put être encore du moins opposée au torrent rapide de la barbarie et de l'e^furit du temps. ., Cette indulgence sans bornes des premiers efiapereurs.autrichiens dcl^ maison d'AUemagne, sucoesseors de Charks-Quînt^^t une des causes, mais non pas la seule, de la .guerre de trente ans. L'Allemagne éntnânà plus ou moins fcQUte l'Europe dans cette guerre» et, après avoir offert quelque temps ie speetacle d'une paix tiy>a^uii^ '^t-d'iinci ^puissance, apparente ^ elle reprit ^Q^:Wi^ïi rang dans l'^jope, celui d'un État4^ U destinée duquel dépendent et. dépendfcml totfjoui^s toutes, les ^autres contrées euro* pée^es. ....

Mais, avéntda. porter nos regards sur cette grande guerre,, avec laquelle commence une nouvelle ^X]iquj9 dd&s l'histoire universelle, il fM ' néceasaîre de jeter eneoife «un coup-d'œil

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EUT les guerres religieuses plus anciennes dans d'autres pays^ sur Fétat de l'Europe, tandis que la puissance espagnole, séparée de TAu triche allemande, étendait son influence remarquable sur tous les pays occidentaux, et que des signes non équivoques, trahissaient sa chute prochaine.

En Angleterre et en France, les partis religieux qui, dès l'origine, arsiient eu une direction politique, conservèrent le plus long^-temps ce ciaractère, mérïie jusqu'à la lutte des temps modernes qui nous reporte toujours aux guerres et' aux disputes^iie la réformation, comme à leur première source, toutes les fois que nous cherchons à écfaircir la marche des événemens par le passé. J'ai indiqué la p^^écution des pôrotestans sous Loifis -Xl V ccttiftttp ' le ^dernier grand événement dë& troubles rè}ig!*éttx, èes guerres civiles, des révoltes populaiiié^-ou des abu§i suscités par la réforme. Car depdi»j>et eà particulier après l'allfU^ce de rAtrgléteri'e fet de l'Autriche, à l'époque de la reine Anne, d'Eugène et de l'ewipereur: Joseph P', depuis cette alliance, à laquelle FEurape du^: le bienfait d'uoe tolérance générale > plus qu^àtout îautre ijnotif^ des principes plus doux, au fnbiiis^

domînèreût et furent reconnus meilleurs par l'opinion publique. CTest seulenoen^yous le rapport de ces principes et de leur influence graduellement répandue, sur l'opinion publique dominante , que cette époque peut être regardée comme la jBn des guerres de religion.

Car si l'on voulait examiner quelques événemens paçliculiers qui plus tard font exception, je n'oserais qu'à peine rappellcr les troubles importahs et les révoltes > qu'e^cita dans la Grande-Bretagne, et surtout en Irlande, Toppl^ession des catholiques encôYe dans des temps très modernes. •'

Ainsi la réfôrmation, p(à'r la forme particulière qu'elle prit dans chaque contrée^ devînt k puissance donvinante dans l'histoire moderne. Elle sie montra méiDie supérieure à l'influeûce du commerce indien ei américain: La position particulière de l'Angleterre et surtout de ses colonies américaines étant déterminée par cette impulsion, Tindépfehdatice de celle-ci fut dès-lors préférée. Les partisans des sectes protèstâtites les pliis Violentes, ou du moins de céHéé qui dHféraîent le plus dans leur croyance àve système dominant en Angleterre, quittèrent leur piatrie pour àllet s'établir en Améri-

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que. Ils &£stiinaient souvent heureux d'échapper à un danger menaçant par ce moyen facile » et ils obtinrent ainsi une prépondérance marquée dans la population et l'esprit des colojaies. A la vérité, dans le cours des siècles, les relations se sont tellement multipliées, elles ont tant varié leurs formes, qu'il serait n^intenant trop général de dire : la Grande-Bretagne est un royaume protestant, constitué d'après les principes. mesurés, la hiérarchie. épîscopïile, et l'ancienne constitution des premiers protestans. Cepeipàdant on ne pouriyi jamais être à même d'exposer d'une manière satisfaisante les- principes des gouvem^Riens, anglais et américains du Nord , la grai^dediff^rwee qui existe entre l'esprît anglais et l'esp^t américain , /û l'on ne re^OJ^te fi, ss^ prei^aière sour^^^i à la division reliigieusejaux ^tifi ef^AS^t guerres de la ré-rforme.

Dans le. temps de ces .^ç^i^irs trovUiçAf. la latte. et la haine entre les protçstaiis. modéré^ et les protestant ojutrés, entre la secte qui vç3«ilait le pouvoir ^piscopal^t i?oyal, et eeUe qi^i penchait daurantage versi l'égalité ^t la li^cirté, fut déjà presq4jie>pl!Usvive^;p]w a^hattiée que cejle <|ui ai^it lieu, «^ntre les parti«aw.de l'^w-

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cienne foi et ceux de la noavelle en géaéral. De même en France, la guerre ^ntre les catho* Uques modérés et les zélés, entre les Guise et le parti opposé , ne fut pas moins opiniâtre. Il est facile de remarquer qu'en Angleterre cet ancien parti , qui soutenait la puissance épiscopale et royale, et celui des protestans*républicains^ ont dom'mé jusqu'à nos jours sous les noms de torys et de wighs. Mais en France, à la guerre des catholiques modérés et zélés qui luttèrent et combattirent si violemment les uns contre les autres, a succédé, avec quelques nK>di6cations , à l'ancienne querelle, la lutte de deux partis qui étaient de même tous deux catholiques, la lutte des jésuites et des jansénHitas.. Cette querelle, devenue si décisive pour le sort de la France > s'étendit à peu jH^ès jusqu'au moiment où déjà les précurseurs du dernier bouleversement de toutes choses étaient visibles. Ainsi donc la guerre civile , née des disputes religieuses çn. Angleterre et en France, s'est perpétuée jusqu'à nos jours , bien qu'en changeant de nom; et même les élémens de ces disputes ne éooi maintenant pas encore rétablis dans un accord parfait.

L'influence que la réforme exerça sur l'Es-

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pagne y la marche qu'elle prit en Allemagne, furent bien difi'érentes. En Angleterre et en France y le parti le moins nombreux , là les catholiques et les puritains , ici les protestans , furent à la vérité assez, faibles pour être opprimés et persécutés y mais assez forts aussi pour répondre à tous les moyens de destruction par une réaction dangereuse. En Espagne et en Allemagne, au contraire, la paix se rétaUit, mais de manières différentes. En Espagne, toute l'influence de la réformation Tut comprimée et anéantie; la seule contrée où ce moyen ne réussit pas fut séparée de la monarchie. La violence à laquelle les soolèvemens populaires avaient obligé le gouvernement de recourir, et qui fut encore continuée et renforcée, contenait le germe de la corruption et de la mort, qui, dans la paix et l'unité que FEspàgne atteignit, prit une force d'existence sous l'apparence trompeused'unéclatextérieur. En Allemagne, la paix se conclut, non comme en Espagne, par la victoire d'un parti, naais seulement par le juste équilibre des deux adversaires ; par l'impossibilité où se trouva l'un de vaincre tout4i-fait l'autre. Que si les Aexxx puissances catholique et protestante étaient en

Allemagne aussi fortes Tune que l'autre, ce fut ce qui maintint long-temps la guerre, et la rendit d'autant plus terrible et plus durable une fois qu'elle fut allumée* Une paix fut enfin conclue, mais elle ne fut suscitée que par la fatigue des deux partis guerroyans; elle ne détruisit pas la querelle, elle ne fut que le résultat d'une persuasion mutuelle de l'impossibilité de jamais renverser la partie adverse; persuasion qui amena une reconnaissance réciproque d'existence et une délimitation entre les deux partis pour toujours déterminée.

L'Espagne avait atteint l'unité et la paix, et les avait achetées au prix de sa liberté. La paix que /Allemagne parvint à établir à la fin des guerres de religion, n'était qu'une perpétuation de la querelle; c'est ce que prouvèrent les événemens. Les sentimens et les passions de la dispute, qui , en France et en Angleterre , se montraient toujours hautement, s'éteigairent ici par l'impossibilité du succès, qui fut sentie des deux côtés. La fermentation qui continua dans ces contrées , disparut en Allemagne ; les opinions furent en paix , au moins en apparence • Peut-être eût-il été possible de rétablir tout-kfait la tranquillité, mais cette paix apparente

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ne produisit pas une véritable unité , elle n' mena qu'une fâcheuse indiflférence. Cette constitution ne lia pas bien les deux partis opposés , elle les retint seulement, par un sage équilibre, à une distance mesurée Tun de l'autre : tôt ou tard elle devait nécessairement amener la ruine totale de l'ensemble. L'apparition de Luther à la diète de Worms fut la première cause qui devait, dans la suite des temps, amener la chute de l'empire d'Allemagne et la division de la nation allemande.

J'ai appelé les partis qui combattirent avec tant d acharnement en Angleterre et en France^ les protestai» modérés et les protestans outrés, les catholiques modérés et les catholiques zélés. Ceci demande uneexplication : le nom de parti modéré ne doit être pris qu'en opposition au parti contraire, et non point dan? le sens propre du mot. Les partisans de l'Église anglicane étaient sur plusieurs points plus rapprochés de la manière de voir des catholiques que lès purvtaiiis, qui leur reprochaient souvent celte ressemblance, les haïssaient à cause de cela, et allèrent jusqu'à les surnommer, par dérision , modérés. Maisr la manière dont ceux-ci mettaient en pratique leurs idées sur le pouvoir

DE L'HISTOIHB MODERNE . f 4%

royal illimité ^ n'était pas plas douce que la per^ sécution qu'ils faisaient souffirir à leurs adrer-» saires. Ce parti catholique, qui, en France, s'opposa aux violences, mérite encore moins la louange due à la vraie modération. A la vérité, le parti de la cour, sous les derniers Valois, fut bien plutôt porté a s'unir avec les protes^ tans , que le; parti des Guise avait en horreur^ Mais cette alliance ne prenait pas sa source dans un véritable amour de la paix ou dans un prin** cipe de liberté de la pensée; elle avait plutôt pour base Tidée immorale d'employer la reli-* gion comme un instrument. Ce parti considérait la fermentation générale comme un jouet de l'égoïste politique. Le zèle aveugle de ceux qui agissaient passionnément d'après l'une ou l'autre croyance, ou basaient leur conduite dure et indigne sur des principes inébranla^ blés, était beaucoup moins <^angereux que cette effrayante intrigue qui se jouait de la foi et des passions du peuple , et qui conduisait à un cai^'nage général ou à de nombreux méfaits. On ne peut s'empêcher, dans une appréciation morale , de donner l'avantage aux Guise sur la corruption sans bof*nes de la cour sous les derniers Valois. Ce qui reddit leurs grandes

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qualités el lears principes fermes dangereux , ponr la France, ce fut parce que, comme catholiques rigoristes, ils formaient en quelque sorte un parti espagnol dans leurs efforts pour arriver au trône. La grande France, qui, sous François I**, pouvait s opposer au pouvoir de Charles -Quint, en était venue si loi|i par ses troubles intestins, qu'il se forma dans le royaume un parti espagnol , et que plus d'une fois approcha l'instant où la France allait se trouver tout-à-fait sous l'influence et dans la dépen^ dance de l'Espagne.

De même qu'en France, en Angleterre aussi les querelles religieuses et l'esprit de parti dominaient le trône et la dynastie régnante, ainsi que le peuple. Quand on parcourt l'histoire des règnes des Tudor et des Stuart, on doit penser que certaines qualités sont un caractère déterminé, héréditaire dans les familles, qui peut se perpétuer toujours le même durant plusiei^rs âges d'hommes. Tous ces Tudor, qui, dans un long règne , avaient eu le temps de déployer et- de montrer ouvertement leurs opinions, nous les voyons sans cesse tendre au même et unique but, au pouvoir despotique. Les historiens les plus observateurs n'ont pas vu que

DE L*HIStOlAË MODERNE. ^5

déjà SOUS Henri VU celle lendance existait.

Dans Henri VHI j ce sentiment se montre avec une franche indignité; au fond ^ sa fille Elisabeth avait bien hérité des opinions de son père^ mais à l'extérieur sa conduite fut plus assurée.

Froide, et d'une réserve impénétrable, maîtresse dans l'art de feindre, comme Guillaume d'Orangé, elle Jiui ressemblait aussi par son inr fatigable persévérance, dirigée toujours vers un seul but. C'est par ces qualités qu'elle a beaucoup fait, non seulement pour les affaire^ des protestans, mais encore aussi pour l'Angleterre, et c'est ce qui lui a valu la plus grande partie des louanges qui lui ont été adressées. Si l'on voulait, dans son histoire, oflFrir aux re^ gards son caractère personnel tel qu'il est, son cœur apparaîtrait difficilement sous un jour beaucoup plus favorable que celui de son puissant adversaire, de Philippe II. Dans les guerres que celui-ci dirigea contre elle, outre la querelle religieuse , il devait encore entrer beaucoup de ressentiment personnel. Lorsque Philippe II, avec son épouse, la reine Marie d'Angleterre, se trouvait dans cette contrée,

Elisabeth, k la suite des troubles qui précédè- II. «0

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rent ravènemenl de Marie au trône, fut emprisonuée, et ne dut la liberté et la vie qu'aux sollicitations de Philippe. Sans doute Philippe ne pouvait oublier ce bienfait et pardonner à Elisabeth , qui , en soutenant les Pays-Bas, lui causait un préjudice si sensible. Qu'il ait voulu conquérir TAngleterre avec sa célèbre armada ^ qui fut vaincue par Forage, c'est ce qui est à peine croyable. Les droits des Sfuarts au trône étaient trop clairs. C'était justement la pensée de sauver l'infortunée Marie, persécutée pour sa foi religieuse, qui enflammait les Espagnols dans cette guerre, et la rendait agréable à la nation. Sans douté un heureux succès aurait pu rendre possible un soulèvement général des catholiques , qui eût coûté le trône à Elisabeth ; et , dans ce cas , si les Stuarts y étaient montés ^ l'influence espagnole serait devenue très grande et très sensible en Angleterre. Depuis l'infortunée Marie jusqu'à la reine Anne, dernière de cette dynastie qui ait commandé à l'Angleterre, tous les Stuarts se sont fait remarquer par leur esprit, leurs connaissances, leur imagination, leur instruction, et en général par des qualités dignes d'être aimées; seulement la retenue mesurée, la froideur, la prudente

. persévérance des iTudors leur manquèrent trop souvent pour leur malheur.

Leurs qualités et leurs moeurs n'auraient jamais pu s'accorder parfaitement avec le parti protestant zélé en Angleterre > lors même que la plupart d'entre eux n'eussent pas incliné davantaige vers là foi catholique. Ce penchant et leurs alliances de famille les ayant fait bientôt dépendre de l'étranger ^ d'abord par l'union avec l'Espagne, puis plus tard sous l'influence française y il en résulta pour eux ce que les mêmes causes avaient amené parmi les Guise eu France; ils furent perdus. En France comme en Angleterre, le sentiment de la nationalité fut toujours si fort, que l'apparence seule de son abandon fut durement punie. En Allemagne, seuleiù'ent depuis Maurice de Saxe, les partis et leurs chefs pouvaient impunément dépendre d'une influence étrangère.

En France, Henri lY, après la fin de la guerre civile, parut promettre un nouvel âge d'or. Outre ses talens comme général, son esprit et ses hautes qualités comme homme; élevé loin du trône et sans espérance d'y parvenir, il avait appris dans la longue lutte des partis à' s'accommoder aux circonstances , ' k

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influencer les esprits selon que Fexigeaient ses projets. Â une franchise naturelle, il joignait une grande prudence, gagnant les cœurs autant par ce qu'il était que par ce qu'il voulait paraître. Avant lui , on avait passé au travers d'une époque effrayante; après lui, on trouva souvent assez de sujets de le regretter : c'est ce qui dut rehausser l'éclat de ses quaKtés dans l'admiration et l'amour de son peuple. Tout ce que Sully ^ fait, voulu et pensé, apparaît aux yeux de la postérité comme appartenant à Henri , et rend «a courte histoire encore plus célèbre et plus remarquable. • •

Ses senlimens et ses principes politiques à l'égard de l'Europe, différent en général, non dans le fond, mais pour la forme de la politique des autres rois de France. Ce qui mérite surtout notre attention ici, c'est son idée d'une république chrétienne jgénérale, d'après laquelle FEurope aurait été divisée en différens États héréditaires, royaumes électifs, gouvernemens libres, où, comme dans le système du gouvernement allemand et les tribunaux de l'empire les querelles ititérieures auraient été conciliées, et où les différends des puissances entre elles eussent été vidés par-devant un parlement eu-

DE L'HISTOIRE MODERNE. ua

Topéen. La France n'y était pas oubliée , et l'on peut facilement deviner^ si 1^ tout se fût accompli, qui aurait eu la primauté, l'influence dominante.

Ce fameux plan d'une république européenne* chrétienne n'est qu'une preuve triste et irrécusable de l'oubli dans lequel les guerres de religion avaient fait tomber tou^ les principes purs et les idées des premiers temps. Combien cet ébranlement avait fait perdre à l'Europe toute morale politique, puisque l'idée d'une alliance de tous les gouvernemens et de tous les peuples chrétiens, qui pendM^ des siècles avgit été la base de toutes les transactions et de toutes les aflPaires publiques, dont l'entier accomplissement avait surtout été empêché par la politique égoïste des rois de France, fut maintenant représentée comme une nouvelle découverte française,, qui était seulement trop belle pour être exécutée, parce qu'on se réservait dans l'exécution de suivre d'autres principes.

Le plan pouvait bien être inexécutable, tel qu'il était formé dans le fond de la pensée, car aucun souverain n'avait encore acquis la puis-sance de disposer de toute l'Europe selon son

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bon plaisir. Dans tout son ensemble^ ce tableau ne présente que les plans d'agrandissement déjà dominans dans l'histoire de France, et l'antique inimitié des rois français contre la maison d'Autriche.

Une guerre de la France contre l'Espagne pouvait paraître juste; l'Espagne avait une grande influence et beaucoup de partisans en France. Elle s'était mêlée des troubles civils de celte contrée , et du moins là le droit de réprésaille pouvait être employé. Mais quel danger pouvait alors craindre l'empire français de la part de T^Semagne ou de l'Autriche? Il n'y avait pas même là de prétexte éloigné à une guerre juste. Henri ne put avancer qu'il voulait soutenir la liberté de la foi opprimée, comme jadis son prédécesseur Henri H se faisait appeller le prolecteur de la liberté allemande , par.ce qu'il s'emparait de quelques morceaux de l'empire. La liberté de croyance était si peu opprimée, le pouvoir des deux partis religieux était si grand en Allemagne, que si la balance penchait davantage en faveur de l'un des côtés, c'était plutôt pour les protestans. La paix y existait déjà depuis long-temps entre les deux partis, leurs rapports mutuels

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étaient déterminés légalement et justement^ plus que dans la France ou en général dans aucun antre pays de l'Europe. Henri fît ce qu'il put pour détruire cette paix, pour amener l'effroyable guerre civile en Allemagne.

C'est ce que ne justifie que trop cette politique immorale que les rois de France suivirent dès les premiers temps, faisant poursuivre les protestans à Paris, et les excitant en Allemagne à la guerre contre l'empereur, se servant en général de la foi et des guerres de religion, comme d'un jeu, d'un instrument pour leurs vues ambitieuses et leurs plans de conquêtes. Henri, plus que tout autre, f\it l'auteur secret de la guerre de trente ans. C'est lui qui alluma cette flamme terrible, et a cet égard, il n'agit que d'après des principes tels que ceux par lesquels après lui, Richelieu devint l'auteur de tant de calamités pour l'Allemagne. Seulement, Henri, s*il eût vécu plus long-temps, aurait, par ses brillantes qualités comme général et comme roi , fait encore bien plus de mal à l'Allemagne, que Richelieu ne put lui en faire.

Une influence plus puissante que le projet de Henri, pour revivifier l'idée d'une république chrétienne, d'une union juste et morale '

de tous^/ les gouvernemens et de tous lès peu«pies, fut celle d'un État qui commençait seu-^ lement alors à se former. La Hollande, pays d'une petite étendue, occupa dans le dix-septième siècle et dans la première moitié du dixhuitième, l'une des places les plus importantes dans l'histoire, en sorte que d'elle sortit un système européen tout nouveau; elle créa une nouvelle époque dans l'histoire du monde. Dans la guerre que soutinrent les Pays-Bas, d'abord pour le maintien de leurs anciens droits, ensuite pour yne entière indépendance, les catholiques et les protestans étaient originairement alliés ensemble. Cette diversité eut pour conséquence que le tout se divisa, le Brabant s'unit avec l'Espagne, la Hollande s'en sépara tout-à-fait. L'union de toutes les diverses croyances pour le salut général et lamour de la patrie, conserva long-temps une grande efficacité. En Hollande d'abord se développèrent des principes de tolérance, et un accord, qui n'étaient point comme en France et en Angleterre fondés si:r Foppression d'un parti et sur un but tout politique, ni comme en Allemagne, une paix basée à la vérité sur une reconnaissance équitaUe et mutuelle, mais cmiservant le germe

de la discorde, n'étant proprement qu'une -^, trêve, une longue suspension d'armes. Ce fut un véritable accord, fondé sur une persuasion intime et sur un lien moral.

L'influence avantageuse s'en montra bientôt dans la culture intellectuelle çt scientifique, par laquelle la Hollande se distingua des autres contrées qui avaient pris part à la secousse générale. Depuis que l'Europe était divisée, la littérature et la culture scientifique de chaque pays s'étaient toujours plus resserrées en ellesmêmes, le commerce et l'union littéraire qui existaient autrefois, avaient disparu ou étaient déti%its. La Hollande posséda la première, depuis la division religieuse, dans Hugo Grotius, un savant Européen, comme elle en avait eu déjà avant la réformatîon et dans les premières années qui la suivirent. Ce savant eut la plus grande influence sur son époque, sur l'Europe, on peut dire sur l'histoire universelle. La grande part qu'il a prise à la création du nouveau droit des gens, peut à elle seule la justifier.. Ses vastes connaissances et la noblesse de ses sentimens, relevèrent à une grande hauteur au-dessus de son époque. Au milieu des controverses de ce temps-^là, ce savant, le premier

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d'entre les protestans, fut tellement honoré par l'ancienne Église catholique, qu'elle le regardaen quelque sorte comme l'un des siens. En Hollande même, Hugo Grotius ne put échapper à toute persécution de la part des étroits penseurs. Alors un esprit comme le sien aurait pu à peine exister dans une autre contrée, et s'y serait difficilement élevé à ce degré, à cette hauteur de perception. Que si la Hollande ne fut pas entièrement exempte de fermentation, elle n'en vint jamais cependant à ces effrayantes éruptions, comme la France et l'Angleterre, grâce au peu d'étendue et à la position dangereuse de cet État, qui fut favorisé parlefllsoin continuel de veiller à son propre maintien.

Depuis la division de l'Église, les nations s'étaient fort isolées, le faisceau général de l'Europe était presque rompu. Les contrées occidentales seulementdemeurèrent sousl'influence toujours prépondérante de l'Espagne, dans une union vigoufcuse.

Après l'époque de Charles-Quint, le premier événement européen fut la guerre de trente ans. Presque toutes les nations de TEurope prirent part à cette guerre qui développa de nouvelles relations politiques, ^n nouveau sys-

tème européen. Lorsqu'elle fut terminée, l'aspect du continent était tout-à-fait changé. Pour bien la comprendre, il est nécessaire de jeter encore un coup-d'œil sur les autres pays de FEurope, et sur la figure particulière que la réformation adopta chez chacun d'eux. Et d'abord commençons par les royaumes du Nord , en particulier par la Suède, qui bientôt doit prendre une si grande place sur le théâtre die l'histoire. La manière même dont les nouvelles doctrines furent propagées dans ce pays, est remarquable et singulière. Dans le Danemarck elles s'étaient répandues avec le premier torrent venu d'Allemagne; mais dans les contrées plus reculées vers le nord , elles trouvèrent peu de partisans. En Norwège, en Islande, il fallut presque employer la violence pour les faire adopter. En Suède, la voix du peuple était tout-à-fait défavorable à la nouvelle religion. L'attachement à l'ancienne foi était si fort, que Gustave Wasa , malgré l'éclat et l'aflPection qu'il s'était acquis, encore jeune, par la délivrance de sa patrie, eut besoin de toute la prudence la plus ferme, la plus infatigable et la plus persévérante, qualité dans laquelle il ne le ce*dait point k Guillaume d'Orange, ni à Elisabeth*

d'Angleterre, pour réaliser ce qui fut presque Tunique affaire de son long règne, et obtenir enfin que la Suède fût luthérienne. De même que chez les pâtres des montagnes de la Suisse , chez ces enfans du Nord, qui resseml)lent sous tant de rapports aux habitans des Alpes, les nouvelles doctrines étaient difficiles à introduire. D'abord elles avaient à combattre l'attachement propre à ces peuples simples et encore grossiers, pour tout ce qui est ancien; puis, s'appuyant le plus souvent sur la raison, elles étaient au-dessus de leur portée; enfin la corruption reprochée à l'Église catholique, l'immoralité dont on accusait ses membres, étaient étrangères à la pureté de leurs moeurs, elles leur étaient sans doute tout-à-fait inconnues. Le Nord fut luthérien , les doctrines de Zwingle et Calvin, n'y trouvèrent aucun partisan. C'est ce qui fonda, par la suite des temps, la grande influence de la Suède sur l'Allemagne, oti le parti luthérien était le plus fort, et ce fut peut-être à celte circonstance que le Nord dut une autre particularité heureuse qui le distingua de tous les autres pays qui avaient pris part à la nouvelle impulsion , la paix intérieure et l'absence de guerres civiles. Quelque légère

qu'ait souvent paru la différence entre Luther et Calvin, cependant pour Fhistoire du monde, elle a eu de telles conséquences , que dans tous les pays où, à côté des doctrines de Luther, celles de Calvin gagnèrent de l'influence , nous voyons se développer beaucoup d'idées politiques nouvelles , et germer une grande fermentation. Nous avons dé}à vu combien les doctrines de Luther étaient favori^bles au pouvoir des princes. Cette tendance dut être encore bien plus forte dans le Nord, où les nouvelles doctrines ne furent pas répandues par le torrent irrésistible des troubles populaires, mais où, surtout en Suède, elles furent introduites seulement par la volonté du souverain. 11 est facile de concevoir que les doctrines de Zwingle et Calvin, nées et fortifiées en Suisse, perfectionnées en Hollande, et de là répandues dans la France et les autres contrées, devaient avoir une direction beaucoup plus républicaine, qui atteignît son plus haut degré dans le parti protestant de l'opposition des puritains en Angleterre. Cet esprit politique distinct des deux branches principales du nouveau parti, a eu jusque dans l'Amérique septentrionale, et dans les temps les plus modernes, des conséquences

historiques si grandes , quil serait insuffisant de s'arrêter seulement a ce motif extérieur, et qu'il parait indispensable d'éclaircir en peu de mots le fond intime de cette singulière diversité.

On a dit des doctrines protestantes que c'était une croyance pure de la raison ; les uns ont vanté comme un avantage la manière ab* solue dont l'imagination et le sentiment y sont dominés par le savoir et la morale ; d'autres ont au contraire blâmé cette circonstance comme très désavantageuse, en ce que la liberté vivifiante de l'imagination était parla fort limitée, et le développement des beaux-arts entravé.

Sous ce rapport, les deux principaux partis protestans furent, dans la première époque de la réformation, dans !e seizième et le dix-septième siècle, tout-à-fait différens, et cette différence explique justement aussi cette direction politique tellement opposée, que l'un était favcNrable à la monarchie ^ ^et l'autre républicain. Le principe de cette diversité git dans la différence de leurs doctrines, quelque petite qu'elle puisse paraître au premier coup-^d'œil , à l'observation superficielle de notre époque.

Ce qui distingue le christianisme de toute

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autre religion fondée également sur la doctrine d'une divinité toute puissante^ et d'une immortalité rémunératrice, c'est que la religion chrétienne n'établit pas seulement une idée pure de la raison, comme la religion naturelle des philosoplxes, ou la religion de Mahomet. Bien loin d'admettre que la plénitude de la divinité puisse être représentée par la raison . la doc-trine chrétienne représente Fêtre de la divinité comme un mystère incompréhensible pour la raison; de-là, la première di£Pérence dans la manière de considérer la divinité, entre le ma* hométanisme et le christianisme. Dans celui-ci, outre l'essence de la divinité, la manière dont Dieu s'est manifesté et fait connaître aux hommes, et le moyen par lequel l'homme est lié à lui, peut s'approcher davantage de lui, sont représentés comme des mystères, qui doivent surtout agir sur le cœur et sur l'imagination. Dans la connaissance de ces mystères , les pre^miers luthériens étaient tout-à-fait d'accord avec les catholiques. Parla s'explique pourquoi tant d'hommes libres de prévention, dans les deux croyances, purent regarder dans les premiers temps une réunion comme possible. Car cette reconnaissance commune des mystères

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constituait une véritable unité dans les premières et les plus essentielles bases de la reli-** gion. Ce sont justement ces dogmes mystérieux ^u'un esprit élevé à l'école des philosophes doit trouver dans le christianisme , les plus diffi^ ciles à adopter et à accorder avec ses opinions. Au contraire 9 les doctrines de Zwingle et de Calvin y niant les mystères dans les parties les plus essentielles de tout leur extérieur, ébranlèrent et firent chanceler le fondement le plus solide de Tancienne foi. Cette grande différence se montra aussi d'une manière ,très prononcée à l'extérieur. La foi à ce qui est incompréhensible, justement parce qu'elle ne peut être saisie par la raison seule, conduit à une représentation matérielle, à l'adoption des images , aussi l'ancienne Eglise avait-elle; non seulement beaucoup de moyens extérieurs, de signes et d'*isages qu'elle regardait comme essentiels, mais* encore elle tolérait les images de toute espèce, les exigeait même, faisant servir les beaux-arts à la dignité de la foi. Le parti réformé rejeta tout cet extérieur d'images sans exception. Il le fit même avec une haine fâcheuse, et se montra comme une religion de la raison pure. Mais cela ne pouvait en aucune

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manière s adapter aux anciens luthériens^ parce qu'ils reconnaissaient le principe de tout ce système symbolique, le mystère essentiel. Aussi conservèrent-ils bien plus d'usages extérieurs, et sans regarder tous les usages de l'Église comme également antiques, essentiels ou admirables, ils en auraient du moins adopté et pu adopter la plus grande partie, si seulement la paix et le rétablissement de l'union eussent été possibles.

Une autre différence remarquable entre les deux partis protestans, c'est que toutes les sectes anciennes et nouvelles, dont plusieurs encore dans les temps modernes , ne laissèrent pas que d'obtenir une grande influence, du moins en Angleterre et en Amérique , sortirent des rangs de^ réformés. Leur religion renfermait dès l'origine un principe de changement toujours actif^ d'innovation continuelle; car tout ce qui dépend dq la raison, est nécessairement de nature à faire sans cesse de nouveaux progrès dans de nouvelles vérités» Aussi la doctrine réformée dans les premiers temps, l'emporta bientôt sur la luthérienne, en culture intellectuelle.

Dans le principe d'un développement tou*-

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