CHAPITRE V
INSTITUTRICES (l).
Écoles de filles et de garçons.
Qu'il nous soit permis de gëmîr ici d'une injustice de plus dont les femmes ont à souffrir. Elles n'ont pas besoin d'en savoir si long, dit-on dans les campagnes (276); et nous-mêmes, en condamnant ce préjugé rustique, ne l'avons-nous pas confirmé lorsque nous avons oublié les filles dans la loi de l'instruction primaire? Il fallait bien aller au plus pressé, sans doute. Mais quand viendra le tour des femmes? En attendant, leur esprit reste sans culture, à moins que l'intérêt particulier dej localités n'explique l'instruction qu'on leur donne (277). Nous ne voudrions pas que la galanterie française poiuh 1 sât les choses jusqu'à céder encore cet avantage aux/ femmes , comme on le voit dans les églises du Vélaj^ r où la villageoise suit la messe avec intelligence danslâ t livre qu^elle tient à la main, tandis que son mariy^ son fils ou son frère , repasse stupidement' entre sel^ doigts les grains de son rosaire (278); Mais noià voudrions que toute la France prit exemple sur oeil caa ^ tons des Pyrénées où chaque village a son écolç d^ filles et soa institutrice particulière (279) . ^. v"
iÉ
(1) Depuis que ces renseignements ont été recueillis , une ordonnance dnXfcg (du 23 juin 1836) a pourvu aux premiers besoins *de rinstruclion des filles, mjk otteodant qu'ils soient définitivement réglés par une loi.
■ *ABtlây OE If'inifTBtJCTlON PKIIUIHE-£V FRA(CE. 97
11 est vrai qu'il faudrait alors choisir ces bonnes sœurs moins ignorantes qu'elles ne le sont d'ordinaire(280); car, si quelques maisons privilégiées, celle deia Providence à Langres (281) , de Port/ei«:(282) el de Ribeauvillé dans les Vosges foumisseat aux communes certaines institutrices dont l'enseignement porte des fi*uits, il ne faut guère demander en général à ces pauvres filles, comme à la béate Aa Can,tal que des dentelles et des prières (283). Les exemples contraires sont si rares(28fij que, malgré les inconvënienls d'un pareil mélange, les familles préfèrent ordinairement envoyer leurs filles partager avec les garçons les leçons de rinsLituteur(285). Nous avons même noté une école de filles à la tête de laquelle on a placé de préférence uu maître (2,86).
Cependant les dangers de cette sécurité sont
réels (287). Il ne faut rieq exagérer, et nous croyons
bien que dans les campagnes, l'habitude pour les filles
I et les garçons d'être continuellement occupés ensemble
|Jk'.de8 travaux communs, de partager les mêmes jeux,
\ hun de toute espèce de surveillance ^ le retard des tera-
J péramenls , moins précoces que dans les villes (288),
I diminuent beaucoup les inconvénients du mélange des
- sexes dans les écoles (289). Auss?, partout oîi le local
permet de piiitiquer la. sage précaution imposée par le
I conseil royal de l'instruction publique (290), il y àu-
I râtplutât aviinlage à ne point priver les filles du seul
I Bwyen d'instiuction qu'elles puissent espérer (291), si
ll'on n'avait piis souvent plus à craindre du maître que
liies écoliers. Malheureusement Jes scandales dece genre
Iwatsi communs, elles effets en sont toujours si Jïinestes à
lu Irauquillitédes familles, qu'on ne saurait trop se hâter
•l'organiser partout des écoles spéciales de filles pourrem-
acer un eeiired'instruction pire que l'ignorance (292).
CHAPITBE VI
MÉTUODES.
On reconnaît généralement pour la direction des écoles trois modes applicables. Ils sont désignés sbus le nom de mélhodes indmduelle j simultanée j mutuelle. Cette division n'est peut-être pas très-rîgouréuse. La méthode individuelle ^ et la méthode simultanée forment seules deux genres bien distincts : mais la niétliode mutuelle n'est ^ à vrai dire, qu'une variété de la méthode simultanée ; de même que le mode bâtard qu'on décore du nom de m^'thode mixte ^ n'est rien autre chose qu'une transition encore informe de la méthode indii^iduelle à la méthode simultanée^
La méthode individuelle consiste dans renseignement successif et isolé de tous les enfants qui composent l'école, pris à part.
La méthode simultanée^ consiste dans la division des élèves en un certain nombre de classes, d'après Panalogie de leur^brcéf. Ces classes, par un relpur réglée sont successivement soumises à l'examen et à Tenseiment du maître.
La méthode mutuelle^ en créant, pour chaque classe, un maître pris parmi les enfants^ auquel est coofiëe
TABLEAU DE L*II>ISTBUGT10ir PRIMAIRE EN FRANGE. 99
leur instruction , sous lès jeux de Tinstituteurf^dispense celui-(y de tout enseignement direct*
Dans ces hybrides, que l'on appelle écoles mixtes, on adoptji 'Peliseignement sinii|ltanë pour une ou deux facultes, laçlecture par exemple , et Ton retourne pour le reste au mode individuel : nous ne reviendrons plus sur cet eni^gignement malheureux , qui n'est Je plus souvent cpi\yi leurre pre'senté par le maître pour faire croire ^^ratique la méthode simultanée qu'il ne connaît
nous ne nous étendrons pas ici sur les divers proies dg| méthodes mutuelle et simultanée; les per- %onii€Hw voiidraient en étudier le mécanisme pourront le fe^P%ti|^ment dans les manuels spéciaux , publiés récenuHent à ce j^et * (294).
Quelle esù la meilleure de ces tmis méthodes? Il y a quelques années, c'est une question qui eût soulevé bieni^^ tempêtes. D'abord, la méthode individuelle. netri»a^it [^s un défenseur; et, quant aux deux autres, l'opii^îon politique qui s'en était emparée comme de toute chose, ne^ vous laissait pas la liberté du choix ; vous étiez libéral , et par conséquent partisan de l'enseignement fnutuel ; ou bien vous souteniez renseignement simultané, et dès lors, vous étiez un ultra, comme les Frères de la doctriae chrétienne. Aujourd'hui , nous croyons le temps arrivé où l'on peut dire impunément la vérité sur toutes ces sortes de choses, et d'ailleurs, nous espérons le faire avec assez de convenance pour que personne ne soit en droit de s'en trouver oflFensé,
L'enseignement individuel a été proscrit: je dis proscrit , et des comités lui ont déclaré si rude guerre ,
"^ Manuel complet de V enseignement simiÀltané et Manuel de Venseignc ment mutuel imerie et librairie de Paul DupoDt et comp. , rue de Grendle-Saint-Ho , Parii-
Pont tra^é si vivement dans leurs confins^ ont tellement terrifie' les instituteurs par leurs injonc^ons 'et leurs menaces, que presque toutes les écolç3 sont devenues, du jour au lendemain, oumutuellef "obii^imultanées, et nous avons vu de très-honnêtes genir se frotter les mains et s'applaudir devant nous d'avoir banni le mode individuel d'une école de huit ou dix entg^xs que nous avions sous les yeux. "^^
Ces personnes faisaient là , à très-bonne intdli|^ une amélioration très-mauvaise. Quand le rhoàe * viduel ne vaut-il rien? Aussitôt que le'âmultalic vient possible. Quand le mode mutilel est-îl pMfi^ral^ Aussitôt que le simultané n'est plus possibleJHp éc(m!h simultanée de dix élèves est une plaisante]!^ i^^Êécckë mutuelle de vîngt élèves est une défl^on. Divisefc donc dix élèves en cinq classes, dont chacune^aura u&premier de table. Découpez donc une école de vingt ^ves en huit classes dont chacune aura son moniteur. .Q^uite à ces termes, la question est bien simple :41 suffit,*pbur déterminer sa préférence, d'examiner le nombre ijés ^fants qui peuvent fréquenter l'école : la méthode est par là tout indiquée (295).
Que si , indépendamment de toute circonstance d'application , on demande théoriquement quel est le meilleur principe de ceux qui font la base du mode individuel, du mode simultané, du mode mutuel, voici notre réponse :
L'enseignement individuel est en principe le meilleur. Quand un maître concentre sur un seul enfant toute la force de son attention, qu'il étudie ses dispositions naturelles , son caractère particulier , pour y approprier son enseignement, il a bien plus de chances de succès que lorsqu'il disperse ses soins sur des collections d'enfants appelées classes ou divisions (296). Mais, aussitôt que le nombre des enfants confies à uu
SE L IHSTRrCriOlt PBIKAIHE EN nMCX. 101
loaitre devient si considérable que le tempa tnéme ne lui suffit plus pourdonner à chaqge élève les soins nécessaires, le mérite qui lui assurait, selonnous, l'avantage sur leg autres, n'existe plus, le maître ne pouvant se multiplier assez p<^r se donner tout entier à l'instruction de tous.
Alors, faute de mieux, iL^sttaécessaire qu'il imagine une combinaison économi^ÉHour ménager son temps et ses soins , de telle ^Orte ^ft toute sa classe eh pTo6te. C'est alors que la métliode simultanée vient à son secours. Yos trente élèves, dit-elle -au maître, à raison de six heures de classe par îour,'ne pouvaient avoir tourà-tour que dix minutes de leçon, et en deus fois : ces cinq minutes «ont évidemment trop peu de chose, pour leur permettre quelques progrès. Dans ce nombre d'enfants, il y en a qui savéni à oeu près lire de la même manière, qui ont commencé ensemble à écrire; faites Qlk'des groupes peu nombreux, cinq divisions par exemple: assignez leur des lectures en commun, des travaux pareils , etc... "Nbus ne pouviez trouver en votre personne un maître pour chaque enfant, et par ce moyen, vous aurez amené vos trente élèves à n'en plusl^jrésenter que six. Ce que votre enseignement aura perdu à ne plus s'adrewer spécialement à chaque individu , il le retrouvera dans une force nouvelle créée par cette combinaison, l'émulation.
Dans ce système , il n*est point nécessaire que tous les enfants qui composent une division soient examinés chaque fois ; ceux qui n'auront pas été interrogés par le maUre, n'en auront pas moins profité des questions adressées à leurs camarades , des réponses faites par eux , de la comparaison des devoirs bons et mauvais, et, d'ailleurs, sans" trop se repMer sur de pareils aides, l'instituteur peut encourager les premiers de table en
leur laissant le soin de corriger ceux que le temps n'a pas permis au mattre «d'examiner lui-même.
" Mais j il peut arriver un moment où la mëlho^e si* multanëe à son tour davient insuffisante , et où )e maître se trouve dans le même embarras qui, lui a fait dësefter le mode individuel. Qu'au lieu de soixante ëlèv^ il en ait cent à conduire. Le nombre de ceux qui composent chaque division s'étant «^^ sAïcru, sans
que la durëe des classes ait' pu s^accroître , il s^ensuit que les élèves qui passaient tous auparavant une fois tous les jours sous les yeux du maître , n'y seront plus appelés que tous les deux jours: en un mot, Taction de Finstituteur sur chaque enfant s'éloigne ^ son éns^gnement perd de sa force. C^est alors qu'en déljsspoir de cause il s'adresse à renseignement rnutueL
L'enseignement mutuel^ poussé au degré de perfection dans les détails où l'ont porté les efforts vraimunt louables de la société pour l'enseignement ^émentairil est une des mécaniques les plus ingénieuses qui aient jamais été appliquées à l'instruction de l'enfance. L'amateur qui se promène dans une école dirigée par ce mode d'enseignement, est émerveillé de ces évolutions précises , de ces marches et contremarches dont iPjirincipal mérite n'est pas de satisfaire ses jeux, mais d'assujettir à une règle la vivacité capricieuse desenfants, d'occuper leur activité physique et intellectuelle par le retour régulier des divers exercice^ dont se compose chaque classe ; mais , ai le curieux se retire charmé d'un pareil spectacle , et se hâte de déposer sur le r^istre, en sortant, le témoignage obligé de son admiration , le visiteur sérieux qui , étudiant tous les procédés de cet ensei* gnement , le manuel à la main , a pu observer avec quel art les inconvénients oftt été prévus et évités, l'ordre établi, le cadre rempli , les minutes comptées, la be-
DE L IHSTIieCTIOir FBnIAIBE ElT FRANCE. 105
sogne tracée iftt maître, ne rend pas dans^on cœur an hommage moins sincère aux efforts géne'reux des premiers protecteurs de cette méthode. Car, il ne fiiut pas croire qu'elle ait été pralifjtiée aussi parfaite depuis quelques mille ans dans l'Inde, où Belt la vit en exercice dans les écoles du pays. Et, depuis Lancuster, bien des modifications importantes sont devenues nécessaires avyntd'opcrercet ensemble qui (ait marcher une classe de quatre ou cinq cents enfants comme un seul homme bien discipliné.
Quatre ou tinq cents enfants sous un seul maître! ou est tenté de crier au miracle: comment un maître peut-il répartir entre cinq cents élèves son instruction quelque avancée qu'on la suppose? Gomment établir dans cette armée le silence et entietenir l'altention nécessaire pour profiter de ses leçons? Quels progrès iittendre d'un enseignement noyé dans ce déluge d'enp fants? C'est là le mérite de l'enseignement mutuel. Un ! seul maître suffît à une école uombreuse; il ne faudrait pas non plus exagérer cet avantage en surchargeant su i responsalti lité d'un nombre indni d'élèves ; mais, en général il vantmifc'ux, dans l'intérêt même des études, j que 1 école soit drue et les bancs bien garnis. Les pro- I gi^ès seront moins sensibles avec cent élèves qu'avec deux ! cenls. Un autre mérite , plus grand encore à nos yeux , de cette méthode , c'est que, grâceàla prévoyance du I r^lement qui n'omet aucun détail, il n'est point nécessaire que le maître soit un homme supérieur, ni Irèsinstmit, ni très-habile; mais ferme seulement, et qui mette autant de conscience à suivre lui-même ses instructions, que d'exactitude à les faire pratiquer de point en point dans l'e'cole. S'il fallait un degré de capacité peu commun pour tenir une école d'enseignement mutuel , la méthode en deviendrait plus difficile à mettre en pratique; on devrait y regarder à deux fois , avant
lOi
de confier la destinée d'un établissement fort coûteux à un maître dont Tinexpérience peut le mettre m péril, ou à son successeur, si le premier n'est pas bien remplacé. Mais ici, tout est prévu d'avance, et Tinstituteur n'a pas un coup de sifflet à donner que vous ne puissiez lire dans son guide-âne. On a quelquefois reproché aux instructions imposées à Finstituteur d'âtre Irop minutieuses, trop tyranniques, de le réduire au rôle d'un automate. On ne saurait assez louer en cela la sagesse des hommes qui ont écrit ce code. C'est fau||5 d'en suivre exactement les lois que renseignement mutuel ne prospère pas toujours. L'instituteur qui se sent loin des yeux de ses surveillants, et qui sait que dans sa province, pas un homme peut-être ne connaît le mécanisme intérieur de son enseignenfent , se laisse aller à une négligence qui lui est douce: il ne garde dé la méthode mutuelle que son extérieur pour ainsi dire: l'école languit , les résultats sont mauvais (297). On ne sait à qui s'en prendre; car enfin , on a bien une école mutuelle , on le croit du moins : tout ne se passe-t-il pas visiblement selon l'ordre habituel? Le coup de sifflet donné, les enfants se mettent en marche, ils se promènent en chantant comme à l'ordinaire ; les télégraphes sont tournés avec exactitude , et le moniteur de chaque cercle fait bien mouvoir sur le tableau de lecture sa baguette de commandement. Le principe du mal, c'est que l'instituteur a voulu cesser déjouer son véritable rôle , soit que l'ennui l'ait pris de s'assujettir à un ordre rigoureux; soit qu'il ait eu Famour-propre d'innover à son tour (298).
Aussi, quand on voudra que l'enseignement, même simultané, ne soit pas une attrape grossière, il faudra exiger que les instituteurs qui le pratiquent, s'assujettissent de même à une régularité minutieuse, qu'ils observent sans relâche toutes les instructions reçues, et c'est 'esprit qui a aussi inspiré aux auteurs du Manuel corn-
DE l'instruction PRIMAIBE en FRANCE. 105
plet de l^instructifn simultanée , ces divisions précises , ce piplage ^igoiU'eux da tei|ips , jgette distribution ^des travaux , quîjseuls^ peuvent servir de guide à Tinstitutear pour son easefï^einefit , sftix inspecteurs et aux comité {)ôui%leur sirveilisfhce.
En yain^ sur les tableaux les plus authentiques , les plusopciels^ lisez- vous quçirbh compte en Frifece, tant d'écoles mutuelles , tant dVco^s simultanées. Affirmez harâimçnt qu'il n'en Q^t-rienl^que, le plus souvent, les comité qtii^ ont transmis ces renseignements , que les inspecteurs novices qui les ont recueillis , n^avaientpasla connaksatice de ces métRodes, et qu'ils n'en ont pu juger que les apparences. Quelle est votre méthode, a-t-on dit, en entrant, à l'instituteur ? Il s*est bien gardé de répondre qu'il n'eH connaissait pas d'autre que la méthode indryidu«Ue : il savait assez qu'elle notait pas en bonne odeur, et il a répondu avec une assurance imperturbable mutuelle ou simultanée. La méthode mutuelle, frappant tout de suîtie les jeux par des apparences quj lui sont propres^ pa»une disposition matérielle qui la^listîngue, l'instituteur n'aura pas espéré de tromper si grossièrement son inspecteur, en annonçant l'enseignement mutuel là où il n'y avait pas même un tableau noir ( 299) ; mais l'enseignenfent simultané n'exigeant pas un appareil aussi visible, presque tous ïhs maîtres, sans rien changer à leur méthode, se sont réveillés un matin simultanç^ (300). Le plus souvent dslgnotent cette méthode (301) , et, j'oserais-dire, que la plupart ne connaissent pas même le sens du mot (302). Les urts vous diront qu ils font lire simultanément tous les enfants Vun après Vautre^ les autres^ pour vous donner un échantillon de leur savoir-faire, vous feront lire simultanément les quarante enfants de leur école, et jouiront avec orgueil du plaisir qu'ils vous procurent par ce tintamarre insensé (303). Presque toutes les écoles sont individuelles (2^^'^) , et ,
106 TilBLEAU
le mal ne serait pas grand, si ellea Mêlaient toutes bornées à un très-petit npnibre d'enfants j~ qui ne comporte pas d'autres méthodes ; mais , comme en Wver surtout , et dans les villes, en toute saison , les écoliers sont assez nombreux pour exiger un autre mode d'enseignement, on a raison de poursuivre à outrance cette malheureuse routine^ partout où elle peut être utilemeht Femp}pcëe.
Elle ne peut l'être encore partout.
Bien des obstacles souvAt s^opposent à ce qu'on lui substitue V enseignement mutuel. i^* 'y
Je parlerai peu des préjugés qu'avec le temps on peut' vaincre (305). La répugnance du clergé , pout IVtabliâh sèment de ces écoles, n'était pas sans quelque fondement (306). Protégée par une opinion politique directement conlraîre aux prétentions ambitieu^s qu'on soupçonnait alors dans le clergé, la méthode mutuelle ne s'est pas présentée avec les promesses de garantie nelî* gieuse que devaient demander l'Eglise et les familles. Le»*^' instituteurs, pourvus du brevet de capaftité, délivré :' alors au nom de la société , n'avaient Souvent aucune ins-^j tructîon des choses de la religion.On affectait même de ne <^ point les examiner sur ces questions, et on ne prétendait*^ répondre en rien de leur moralité. De là, des choix '^ quelquefois malheureux qui ont compromis le succès dè^] la méthoJe; mais, quand il sera bien prouvé* que Téi seignement mutuel n'est d'aucun parti, d'aucune secte|l que c'est un mode d'instruction qui peut se plier à toulel^ les formes sociales; quand les ministres delà religion-, verront qu'on y chante, bomme ailleurs , des cantiqiii^H pieux (307), que le catéchisme n'y est pas enseigné avéHP moins de soin que dans les autres écoles (308) , que fc maître n'en témoigne pas moins de respect pour Téglis^S et pour son curé, pourquoi lui préférerait-on des coh?©^ frérîes, dont tout l'avantage était de donner ces gara ties qu'il offrira comme elles (309)?
SB l'iNSTRUCTIOIT PRIMAIAE en FRANCE. 107
Alors aussi ^ les populations des campagnes ne s'en Peront plus un ëpou vantail : elles se farfailiariseront tout doucement avec ces écoles du diable (310) \ elles ne se réfolteront plus à Viàée qu'pn faitmarciier leprsen&nts en ksft sipant conun^ des chiens (^^jk Ou plutôt j s9 ne faut pas s'attendre que les communes rurales adoptent jamais^e mode d'enseignement ^-^ce sera du moins par des motifs plus raiisonnables.
1° Tout le monde sait que4a prospérité d'une école mutuelle, tient essentiellement à la l)onne composition des moniteurs j et , si le maître n'avait pas l'attention de consacrer^ chaque jour^ à rinstructioo des mtHiiteurs, une classe particul|Éf| , il manquerait à son3|)remier devoir. Il faut 4onc attacher les moniteurs à l'école, et, dans les grandes villes , on en a si bien senti la nécessité, qu'on les a quelquefois payés, pour pouvoir compter davantage suc. l^ir exactitude. Or, les moniteurs devant être choisis parmi les élèves de l'école les plus instruits, sont naturellement les plus grands, les plus forts, ceux dont «les paréMs attendent le plus impatiemment le secours. Ce. sont les premiers à quitter l'école pour* prendre 'part aiix travaux des champs (312) : une fois qu'ils ont donné le signal^ l'école est désorganisée, et ne peu,t plus cbfiserver la même forme : nous ne serions pas étonnés, que souvent une école, mutuelle pendant Thiver, fût obligée de aevQnig indî^uelle , ou simultanée, pendant l'été (313). ^'^K^*^' ' î*
2® Ap'eu d'exceptions près, une commiii?e rurale ne peut fournir à l'école mutuelle une population d'enfants suffisante.
3° Dans la plupart des communes rurales, long^ temps encore , les filles seront réunies avec, les garçons, pour recevoir en commun, l'enseignement de l'instituteur communal , et les exercices de la méthode mutuelle ïïeleur conviennent pas. Ce n'est pas que nous leur re-
fusions Tagilitë et ]a souplesse nécessaires pour rivaliser • de précision dans les mouvements , avec leurs compagnons : nous avons vu de nos yeux la preuve du contraire ; mais , il y a dans cette gymnastîcpe si raide, et dans ces maqtjOjRivres toutes virilçs , quelque^hose qui contraste singulièrement avec la grâce et la dëcence de leur sexe. C'est un spectacle à faire mal au cœur, qne de voir, au coup de sifflet du maître, des jeunes fiUes. cracher dans leurs doigt^^pour essuyer Tardoise;. je sais bien igue cette habitude , n'est pas bifbùcoup plus ; honnête chez les garçons, et qu'il vaudrait mieux leur ^ imposer fe petit bourrelet de lisière ou de cuir , qui doit ^ servir à cet usage ; mais , c'est ei^ve un soio qu'on . n'obtiendra pas de long-temps dans les can^agues , où la ^ malpropreté' des maîtres encourage et justifie celle des enfants (M 4) . Des raisons plijs graves de bienséance peurent encore être alléguées. Rien de plus d^laisant/que de voir ces jupons courts de la campagne enjamber les bancs , au signal donné , et , un^ jeune fiU^^ déjà grandelette, toute fière d'exercér*la dignité de moniteur, monter vivement auprès du télégraphe , pendant «que^. petite troupe vient à ses pieds, l'œil curieux et Tesprît ■ distrait, exécuter la fin de la manœuvre (315). Je n'o- '. serais donc trop espérer de renseignement mutuel^ pour la régénération de l'ipstruction primaire dans les cana- *^ pagnes * Le grajid deVeloppement qu'il exige j Fétalag^J de mètérie}^ de mobilier qui lui est nécessaire, ,l*^ grand concours d*enfants, sans lequel il ne peut dfeveikir; florissant^ le destinent surtout aux villes dont les^sacrt-^ fices ne sauraient être suffisants pour entretenir un npfl^ bre d'écoles simultanées proportionné aux besoins»* leur population , ou qui voudront la mettre aux pns^ avec les méthodes rivales pour lesanimer à de nouvea succès. Il est certain que, dans ce cas, la méthode na tuelle est une méthode économique par excellence
c est elle qui^a le i4|j^x résolu ce problèi Vinstmction la moins ^Êj^idieuse au plus bre d^erifants possih^^m^
On a fait à renseignenJM fa piutuel des reprochés graves, et quHi ne n^s e4 pas^srmis de dissimuler. Celte inéthode, a-t-on dit , peut pfirfuîre, pour la partie mécanique de Tin^ruction primire, des Ji^sullats as^ez bons: la lecture, l'écriture, le calcul pratique sont bien de sa compétence; mais^ aussitôt qu'il s'agit de communiquer aux enfants des connaissances qui demandent un travail de l'intelligence , l'application des règles de la grammaire , la théorie des opérations de larithmétîque , il ne faut plus compter sur elle.
Il est vrai que , jusqu'à présent , les épreuves ont été plus favorables à l'enseignement mutuel' dans les facultés ou les yeux et la mémoire sont mis seuls en exercice. Nous croyons encore que l'enseignement direct du mailre, dans les autres méthodes, est plus flexible, plus puissant, plus intelligent pour mettre en mouvement les facultés d'esprit de l'enfant, que cette transmission d'autorité déléguée par ricochet , de l'instituteur au moniteur général , du moniteur général aux moniteurs de classe, qui ne seront toujours que des enfants enseignant d'autres enfants.
Maïs, on a bien exagéré la chose: à juger la méthode par les bonnes écoles qui la pratiquent , rien n'a donné le droit dans les résultats de conclure au mépris, comme on l'a fait dans l'Allemagne et dans quelques cantons de la Suisse. Toutes les fois que l'enseignement ^multané proprement dit est possible , nous préférons l'enseignement simultané, mais nous sommes coiWaincu que l'enseignement mutuel , tel qu'il est , est fort capable de donner au peuple une instruction suffisante, et les améliorations apportées dans les anciens tableaux eu rendent tous les jours le bienfait plus efficace.
La méthode simultanée est dans ]es conditions les plus favorables pour satisfiûre au yœu des amis de rinstruction primaire, et la rëpàndre dans toute la France (316). Mais, combien d^obstacles encore à yaincre! ici l'inexactitude des ëièVès trouble: l|i distribution des heures (31 7); plus loîny cette méthode effraie la routine (318); I^, elle partage avec renseignement mutuel le reproche de n'être qu tm moyen invente par la pa- 1 resse du maître pour se reposer sur ses élèves les plus ji forts d'une partie de sa besogne (319); partout elle i échoue contre la nécessité de mettre entre les mains des f enfants des livres uniformes (320). Les pauvres (321) ne i peuvent pas, les riches (322) ne veulent pas en faire . les frais.
Chaque chaumière un peu aisée a sa bibliothèque; Ordinairement elle se compose dun livre héréditaire , accoutumé à faire le chemin de Técole, entre les mains de cinq ou six générations successives (323). Il n'en est pas meilleur pour cela, ni l'orthographe plus moderne: mais enfin , il a le mérite d'être encore lisible par endroits, et d'épargner les cinquante centimes que pourrait • coûter son successeur. Dans l'intérêt de nos écoles, \m donnerais volontiers à quelque spéculateur d'antiquitëi{^ ' une idée qui n'a pas encore été mise à profit, je pense : vm^ amateur qui se rendrait de village en village, offranit' aux familles des alphabets ou des Maître-Pierre iftj^ fraîche date, en échange des vieilleries typographiqiMÉiS et littéraires qu elles possèdent^ rapporterait de son p**^* lerinage des curiosités qui paieraient bien sa peine. Il yr^ là unemin^ de houqidns à exploiter. W
Telle est donc l'avarice des uns , la misère des autres 4r que bien des inspecteurs désespèrent de voir la méthûdMi simultanée s'établir , si le gouvernement ne fait distliif^ buer gratuitement des livres à tous les indigents adjilfi# dans les écoles (324) , et que les parents refusent d'
DE L'ulSmUGTION mMAlRE EN FRANCE. 111
envoyer leurs enfants, à la éondition d acheter le livre désigne par le maître (925). Il y en a qui f<ynt pis enoone; et, tellaE-commoiie a refusé pour instituteur oofllnunal un h(Ml^9^urvu d un brevet du premier degré, parc^qu^on craignait, qu'à raison de son instruction, il nHntroduisît une méthode qui les constituerait en frai8(326). Le coût^ comme ils disent, en fait passer le goût. Servitude humiliante pour les instituteurs, pour ceux du moins qui le sentent, et qui, dans l'altemàtive d'adopter un mode mauvais ou de manquer d'élèves , finissent par se d^der à regret pour la méthode qui les fera vivre (327); Car, on se fait à peine une idée du despotisme à la fois ignorant et brutal dont ils sont quelque fois victimes (328). Tel instituteur s'est vu reprocher comme un crime de se délasser le soir à jouer de la flûte (329). Tel autre, devenu suspect par des lectures dont il charmait ses promenades, a été oblièé de quitter la commune, s'il n*y voulait laisser ses grègnes j il aurait été lapidé comme sorcier: un Virgile étaitc^en4ant tout son grimoire (330).
Je regrette que Ton ait donné, par abus, le nom demethodes à l'ensemble systématique des procédés d'enseignement qui distinguent ces deux modes. Mais elles sont désormais reçues dans la langue, il y aurait de Fafiectalion à leur disputer leur riom. Toutefois, on conçoit qu'indépendamment de cet instrument pédagogique, il y a dans renseignement de ^aque science une marche progressive et graduée qui est proprement la méthode j et c'est celle-là surtout que nous nous plaignons de voir entièrement méconnue dans les écoles.
Un bon manuel d'enseignement mutuel ou simultané , étudié consciencieusement parle maître, laura mis à même en peu de temps de pratiquer aussi bien que personne la règle imposée: mais, la méthode qu'il doit suivre pour préparer son école aux difficultés, pour
lia TABLEAU
les graduer, les varier, les aplanir^ il ne rapprendi:a nulle part. L'observation attentive du progrès de sa classe^ des dispositions de ses e'ièves , de leurparactère , pourra seule lui servir de guide. C'est à elle àlui ense^er comrcentildoit hâter, ralentir, modérer sa marche, insister sur tel point, franchir rapidement tels intermédiaires. C'est ici que l'instituteur reprendson librearbitre : autant j'ai voulu le voir enchaîné et captif dans les liens étroits d'un règlement rigoureux pour l'ordre et la succession des diverses études, pour la répartition du temps, autant je veux qu'ici on s'en aba|y4onne à son tact et à son expérience. Il faut que l'action des comités et dôs injipeoteurs se borne seulement à bien s'assurer qu'il s'est en eflfet créé une méthode judicieuse, et qu'il la pratique avec persévérance. C'est là-dessus que j'appellerais; volontiers l'attention, des professeurs dans les écoles normales primaires^ car la question des méthodes est encore entière dans les écoles. *
S'agît-il de donner V instruction morale et religSLse, on met entre les mains dç l'enfant le cat^hî^e du diocèse: il l'apprend, le récite, et tout est dit. JLes plus scrupuleux y joignent, par forme de supplément, une épellation de quelques lignes dans la vie -de Jésu^ Christ^ ou dans l'histoire sainte, mais sans aucune explication (331).
Pour la lecture, les uns ignorent même qu'il y ait d'autres méthodes Bûssibles que l'épellalion. Nous ne discuterons pas ici le mérite et la supériorité des divOT systèmes, nous ne nous prononcerons même pas sur l'avantage du principe substitué généralement aujour? d'hui à l'ancien assemblage des lettres (332). Nous ne voulonspoint juger en trela Citolegie delSl. Dupont (^S)^ les ingénieux essais de M. Maître^ le Nouveau Viai^dg elV Alphabet universitaire. Nous disons seulement que le devoir d'un instituteur est de les connaître, de le»
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comparer 5 il reviendra , ^'il veut , après mûr examen, à ses habitudes d'autrefois^ mais au moins on ne pourra lui reprocher de conserver par ignorance une méthode qu'il aura proférée par conviction (334). Voici , par exemple, un usage que Pou s'accorde à trouver perni- » deux 9 et qui «n'en subsiste pas moins dans bien des provinces. Au lieu de rendre moins fastidieux i Fenfant les premiers ennuis de la lecture , en faisant au moins sonner à son oreille des mots français dont il peut saisir le sens , on commence tout de suite par lui faire lire des psaumes latins (335). Entre autres inconvénients qu'on 7 trouve, on a cru remarquer que les en&nts ainsi eommenc<& ont ensuite une peine infinie à donner aux é français leur véritable valeur dans la lecture, accoutumé» qu'ils ont été d'abord à prononcer toujours fermé le latin (336).
U fiaiut pourtant éviter avec grand soin toutes les habiUides qui peuvent fausser la prononciation (337); elle est déjà n défectueuse dans les campagnes , que les instituteurs ne sauraient mettre trop de soin à la réformer. Quand les enfants quitteront l'école , ils ne trouveront que trop d'occasions de retomber dans les défauts signalés. L'exemple de leurs familles , les railleries ^^ont on se manquera pas d'attaquer leur affectation à parler bourgeois y leur feront perdre en partie le fruit des bons Conseils du maître (338) ; mais il leiur restera toujours ({aelque vestige de leur première éducation^ Âussi^ avons nous regretté de ne pas trouver indiqués d'une manière plus précise les défauts de prononciation remarqués par chaque inspecteur dans sa tournée ; Ceux qui sont maintenant affectés au service spécial des départements , feront bien d'en dresser une liste complète, et de la corn* muniquer aux instituteurs pour qu'ils les combattent dans leurs écoles (339).
La réunion de ces erreurs de prononciation présenterait de plus une étude intéressante aux personnes qui s'occupent de la formation de la langue française. Je suis convaincu que les diflférences nombreuses observées .partout non-seulement dans l'accent, mais dans les' inflexions du son et particulièrement des désinences, mettraient souvent sur la trace des idiomes divers parlÀ par chaque peuplade des Gaules , au moment de leur réunion à la langue commune. J'en dirais autant des mots et des locutions de pays qu'il ferait bon recueillir pour ne point les perdre. Le ten^ détruit tous les jours ces ruines. Les rapports plus fréquents du citadin et du propriétaire avec les journaliers et lesr paysans épu^ reront insensiblement leur langage: l'instituteur est mieux placé que personne pour hâter ce progrès, comme aussi pour recueillir ces derniers soupirs des langues qui ne sont plus: et, qu'on me passe ce paradoxe^ pour Tétude des origines de la nôtre, il y a peu l-étre moins à profiter aujourd'hui dans les chartes de nos souverains où on les cherche , que dans le jargon du paysan qu'on néglige.
L'usage pratiqué dans les campagnes de ne faire lire l'écrîture que dans des contrats ordinairement de la main du même tabellion, et d'une date fort ancienne, retarde aussi les progrès. Lesmanuscritslithographiés,surtout quand ils reproduisent un choix d'écritures variées avec discernement, sont infiniment préférables (S&Q). Ils accoutument l'élève à pouvoir aisément lire des lettres de toute main ^ et,, quand on a eu soin de choisir pour les lithographier des sujets d'utilité réelle, oea cahiers ont encore ce précieux avantage sur les contrats qui ne laissaient dans la mémoire des enfants, avec une orthographe vicieuse ou surannée, que des termes de pratique demi-barbares, et peut être en germe le goût
DE L'ufSTBUCTIOV MlllfAULE EU rmAHCE. US
de la chicane. Un de nos amis^ a même eu rheoivose idée de faire imprimer sons cette forme Thistoire n^ tionale de FarrondissemeDt auquel il destinait ses maooscrits. Peut-être seulement n'a-t-on pas assez ménage jusqu'ici la prédilection des gens de campagne pour leurs {i^ieux contrats (â&i) ; il est certainement utile aupi à Fenfant de se familiariser avec la lecture des uRes de propriété, de partage, etc. , et il serait Êicile de concilier cette exigeance des Êimilles avec les améliorations proposées, en consacrant un de ces cahiers à limitation des anciens actes notariés (â&2).
C écriture, dans les écoles où elle existe (343), n'est généralement pas la faculté d'enseignement la plus négligée (344). La facilité de se procurer à peu de frais de bons modèles , quand la main du maître n*est pas assez exelofe pouf* les faire lui-même (345), et surtout le goût et l'aptitude des enfants pour les arts graphiques , expliquent naturellement ce fait, qui peut avoir encore une raison dans la n^ligence de Pinstituteur. Pendant que les enfants écrivent leur page , le maître , peut à son choix, lire, dormir , ou bêcher son jardin et 5 il n*est pas étonnant qu'il se sente tenté de prolonger volontiers et de renouveler souvent ce genre d'exercice. On pourrait seulement désirer qu'au lieu de cette écriture appliquée, on leur fît prendre de temps en temps, l'habitude d'une écriture courante , qui leur manque entièrement , et qui peut cependant leur devenir utile (346).
n est surtout important d'abolir un usage funeste , adopté dans un grand nombre de provinces. L'instituteur a plusieurs prix différents. La lecture , forme la rétribution la plus modeste sur son tarif, mais l'écriture élève déjà le prix d'ecolage : quand il s'agit du calcul
* M. Galeron, procureur du Roi, à Falaise.
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et de la grammaire, c'est un nouveau marché à conclure* Qu'arrîve-t-ii de là ? Les familles se disent , en envoyant leur enfanta l'école: qu'il apprenne à lire , nous verrons plus tard pour l'écriture (3i7). Tous ces petits malheureux sont donc obligés de passer, le n^z collé sur leur croix de Jésus , les six heures de classe de la journée , sans aucun profit pour leur instruction ; et il eût bien mieux valu employer à leur faire tracer quelques lelflBs le temps qu'ils ont perdu à faire semblant de préparer la leçon de lecture. On sent d'ailleurs combien ce retard est préjudiciable à leurs études, en même temps qu'il les accoutume à une inertie d'esprit vraiment fatale. Ajoutez que cette distinction en lecteurs et en écri^foins rend' encore plus difficile l'emploi de la méthode simultanée.
Je suis étonné de voir, qu'aujourd'hui, lorsqiiUlest devenu palpable pour les esprits les plus sceptiques^a'un enfant n a qu'à gagner à faire marcher de front ces deux branches d'instruction, tant de conseils municipaux aient encore consacré, par une différence de prix, celte singulière hiérarchie. 11 semble qu'il faille commence* par apprendre à lire avant d'oser aspirer à prendre la plume, comme il faut être soldat avant de porter }'é« paulette : aux yeux des parents, l'enfant qui écrit (348) a passé caporal, et c'est pour eux une espèce d'anarchie que de mêler ainsi tous les grades.
Quand une fois on aura fixé un prix unique pour recevoir à l'école l'instruction primaire dans toute la compréhension du mot, on ne verra plus autant d'enfants se contenter d'apprendre à lire, parce que leurs moyens ne leur ont pas permis d'aller jusqu'à l'écriture. On voit donc que ce préjugé puéril, d'ailleurs facile à vaincre, vaut pourtant la peine qu'on s'en occupe, puisque les effetsen sont direc tement contraires à l'extension donnée par la loi à l'instruction primaire (349).
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Le calcul j ordinairement nul (350) ^ est toujours mal enseigné (351). Vous trouvez des enfants qui opèrent passablement sur une multiplication, et qui ne peuvent écrire un nombre de trois chiffres (352). Dans tous les cas, il ne faut pas demandj^ tine explication : car cettepartie de leur instruction qui offrirait l'occasion naturelle de développer chez eux les premiers éléments du raisonnement, est au contraire bornée à une pratique toute mécanique. Le système décimal asi inconnu (353). On peut en^ dire autant du sjrstèine métrique (354), à l'exception de quelques écoles où l'on a résolu la difficulté en mettant sous les yeux et entre les mains des élèves , des modèles de mesures et de poids légaux dont le maniement journalier leur rend cette connaissance sensible et familière (355),
La grammaire n'est pas mieux accueillie. Il est telle école où on n'en avait pas vu trace depuis quinze ans (356), et d'autres où les maîtres de pension du cheflieu ne permettaient pas à l'instituteur de s'élever à cet enseignement (357). D'ailleurs , c'est comme le calcul, un casse-iéte^ que les parents, par une tendresse mal entendue, veulent épargner à leurs enfants (358)} et puis, le pain de chaque jour est nécessaire, mais la grammaire ne l'est pas (359) . Enfin , il est vrai que la manière dont on l'enseignerait laisse peu de regrets. L«^ maîtreg qui se piquent de la faire connaître dans leur école , se contentent , comme pour le catéchisme , d'une ' récitation que l'élève ne comprend pas , mai^ ils n'expliquent pas le sens des termes , et négligent toute ap-' plication des règles (360). Que dirai-je de la géographie? Des enfanls , interrogés dans les écoles sur le pays qu'ils habitaient, ont été fort étonnés d'apprendre qu'ils étaient Français (361) . Nous avons lu pourtant avec une surprise mêlée d'un sentiment de plaisir, que \ arpentage était
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en honneur dans quelques communes de la Ch^rente- Infe'rieure et des Vosges (362). Mais, celte branche d'enseignement (363), aussi bien que le dessin linéaire et la musique^ sont d'ailleurs réseryés pour les écoles du . i*'' degré j encore n'y sont-ik pas très-florissants (36i).