DU CLERGÉ
Monsieur, dit un inspecteur, en entrant dans quelques écoles, où en êtes- vous de Tinstruction morale et religieuse? — Réponse : Je n^enseigne pas ces bêtiseslà (394). Ailleurs , une école mutuelle se promène avec TinsUtuteur dans la ville , tamboUr en tête, chantant la Marseillaise , qu'elle interrompt en passant devant le presbytère pour jcrier à tue-tête , à bas les jésuites , à bas les calotins^ S'il en était ainsi par toute la France, et qu'on vînt à nous demander : le clergé est-il favorable à rinstruction primaire, nous n'hésiterions pas à répondre qu'il ne faut pas compter sur son appui.
Et cependant, sans l'appui du clergé, il faut désespérer (lu sort de l'instruction primaire da ns les campagnes (395) . N'en jugeons pas avec l'indifférence religieuse que nous trouvons dans les grandes villes : partout ailleurs le prêtre atonservéson rang; c'est Hiomme le plus considérable de la commune, par l'autorité de ses conseils, la sainteté de son ministère , la supériorité de ses lumières, et, j'ose le dire, par l'honnêteté de son caractère et de sa conduitft^ Aussi, l'influence du clergé est immense, et, si ùpe administration était assez malheureuse pour ne pas apprécier les autres avantages qu'il y a d ailleurs pour la société à mériter son assistance , la prudence , tout au
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moins, ferait encore uneloi de le ménager. Sans doute, s'il fallait acheter son concours par de lâches complaisances, tole'rer pour lui les abus, laisser dormir, en sa faveur, les règlemenls et les lois , il ne serait, ni de Phonneur ^ ni de l'inte'rét du Gouvernemenl, dé mendier un appui qu'on lui vendrait plus cher, à raison même de sa pusillanimité. Mais , le meilleur moyen de rendre le clergé hostile , c'est de trop préjuger d'avance cette hostilité ; aussi, louerons-nous comme un acte de haute sagesse, de la part des Chambres, d'avoir admis le curé de plein droit, parmi les membres du comité spécial de chaque commune. Exclure le clergé de la surveillance des écoles, c'eût été prononcer le divorce de Tinstruction religieuse et de l'instruction primaire; c'était, parlefait, lui livrer tout entière l'éducation dont on lui refusait légalement sa part.
Je crois que les personnes qui ont accusé le clergé d'hostilité ouverte, ou de menées souterraines. Font souvent jugé par leurs craintes plutôt que par les faits : il n'était pas invraisemblable qu'une révolution qui venait de détruire un gouvernement, protecteur déclaré de l'Eglise , serait mal accueillie par le clergé ; que la libre effusion des plus pernicieuses doctrines , et les attaques les plus impunies, le mettraient en alarme; qu'il n'aurait pas une foi parfaite dans les convictions religieuses d'un pouvoir qui laissait démolir les archevêchés et briseï* les croix sur le dôme des temples. C'est d'après les insultés faites à l'Église, que l'on a conjecturé sa haine; on a conclu du mal qu'elle avait souffert à un sentiment de vengeance qu'elle ne doit pas connaître; et, par un cercle vicieux trop ordinaire aux esprits passionnés, on croyait s'excuser, à ses propres yeux, les torts qu'on s'était donnés avec elle , en se persuadant qu'elle n'attendait qu'une occasion de nous les rendre : on espérait la trouver coupable.
ÙS l'iNSTRTTCTIOIC PRIVAIRV £If FRAICCE. ioO
C'était, lifumaifiemeDt parlant, raisonner juste, et si le elergë eât ëtë un parti, le moment ëtaît venu pour lui de se roîdir contre le Gouvernement; et quelle est la ligue politique, qui possédait des moyens d'action «ussi puissants, avec une armée composée , comme la sienne, de plus de vingt mille soldats répartis dans toute la France? Et, tous ces soldats sont des capitaines, car le plus humble desservant dispose de bien des familles.
L'instruction prîmarre , dans cette supposkîon , était plus particulièrement menacée. C'était un admirable champ de bat aille pour essayer les fcnrces deTattaque et de la résistance : et c'est là qu'on eût reconnu tout de suite, les traces de ce concert imaginaire, s'il avait existé. Qu'un ordre émané du Saint-Siège eût passé de la bouche de l'évéque jusqu'aux pasteurs des campagnes ; quel est, dans cette milice si bien disciplinée, le réfractaire, qui se serait hasardé à défendre ouvertement une institution condamnée par son chef? Eh bien ! loin que les efforts des ecclésiastiques se soient combinés pour soutenir cette lutte contre le vœu du pays , ils s*y sont d'eux-mêmes associés, ils se sont offerts comme auxiliaires, et nul corps n'a embrassé avec plus d'ardeur, ni plus fidèlement servi les intérêts de Tinstruction promise au peuple.
Nous avons loyalement recueilli les témoignages. Nous ne devions pas nous attendre à les trouver unanimes, et leur désaccord même est pour nous une preuve que les prêtres n'avaient point reçu la'mîssion qu'on suppose. Pendant que tel archevêque profite des griefs lies plus légers pour faire éclater sa mauvaise humeur et proscrire , dans son diocèse , les livres destinés par l'Université à l'instruction des écoles , nous voyons un bon nombre d'évêques s'unir aux efforts de l'administralion, en appelant dans \euf^ lettres pastorales , Je zèle
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des ministres de la religion au secours de cette bonne œuvre. Souvent, dans le même arrondissement, pendant que le curé de ce bourg encourage les enfants à parler le patois de leurs pères (396), son voiân en combat l'usage (397). Celui-ci repousse (398) , cet autre sollicite les distributions de livres faites par le Ministre (399). L'un ne veut pas entendre parler d'in-strnction primaire (400), et donne le conseil aux familles d'envoyer plutôt leurs enfants mendier le pain de l'aumône (/iOl), l'autre réunit lui-même les enfants dans l'école ; il les enseigne (402) , il les nourrit (403) , il abandonne à l'instruction primaire la meilleure part de son logis (404) , il lui paie la dîme de son blé (405).
Et nos lecteurs remarqueront qu'en général les reproches faits à certains ecclésiastiques, ne sont pas concluants pour la question : à part quelques exemples plus rares là qu'ailleurs, il n'y a point antipathie contre f instruction en elle-même : il y a plutôt la crainte que la source n'en soit empoisonnée (406).
<t Toutes les écoles de ce pays, dit un inspecteur, sont entre les mains des desservants, qui attirent auprès d'eux les enfants les plus riches du pays, et ajoutent ainsi à leurs honoraires quelques cents francs enlevés à l'instituteur de la commune. » C'est un abus , et qui répugne au désintéressement de leur ministère. Mais on ne saurait y voir la preuve qu'ils spnt hostiles à l'instruction (407). • .
ccLes prêtres, dit «m autre, sont ici bien exigeant3 : ils^ usent de leur autorité sur l'instituteur, ordinairement le ohaiilreoule sacristain de la paroisse, pour lui imposer la condition de coqduire deux fois par jour son école à l'Ëgliâe, et , comme l'heure de la messe n'est point r^ '2[ulière, le maître n'est jamais sur de n^étre. point in ter^ ompu au niilieu de Vexercice commencé. » C- est encore
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un tort facile à prévenir : et, si quelques représentations convenables de Tinslituteur ne suffisaient pas pour faire comprendre à son curé, que le temps destiné à l'école suffit à peine à Tinstruotton dés éilfànts, que des dérangements sont funestes à leurs progrès, nul doute que Tautorité ecclésiastique elle-même ne désavouât les prétentions contraires (^08).
Voici des faits plus graves j « fé clergé intrigue sourd^nent contre l'instruction primaire (ftOÔ)» : le reproche est bien vague, et. c'est eelui qu'où fait d'ordinaire à défauts d'allégations plu» précise^.
« Il use de son influence sur ïeS tiiairés pont faire refuser les fonds demandés par la loi (410)» . Cela peut être dans quelques paroisses, mais, en général, on a pu voir que les autorités municipales n'ont pas besoin des conseils de leur curé pour résister à la loi. Elles n'j sont que trop portées par des intérêts grossiers qui n'ont rien de commun avec l'esprit de parti. D'ailleurs , l'accord du maire et du curé^ que ce reproche suppose, est encore malheureusement un événement bien rare, et qui rend beaucoup plus difficile la position des instituteurs également intéressés à cultiver les bonnes grâces de Tun et de l'autre (411).
Enfin, on signale une conspiration de vingt-deux prêtres qui , dans un conciliabule secret contre la loi, ont tous juré*... /d'en rire (412). Le fait pmirrait être Vrai> sans être bien alarmant; niab celui tmeme qui le transmet ne prétend pas s'en porter garant. U l'a su de quelqu'un>qui n^y était pas.
En un mot, les aoeusàtiond de ce genre sont rare^^ «t souvent conçues dans de» tërn*c& V^gdes et généraux. (413). En revanche , les éloges donnés (414) aux dispositions faVorablés, M asèle, âu désintéressement du clergé sont nbmrbifeùx et pt^ciK.