‹ Tableau de la France en 1614Chapitre 1 sur 11 · II AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

II AVERTISSEMENT

par notre pays, voilà ce que j'aurais voulu peindre. J'aurais voulu aussi dévoiler les ressorts secrets de l'énergie et de la force intimes qui ont si rapidement élevé la France au rang où elle s'est portée et maintenue pendant le dix-septième siècle.

Plus on pénètre dans la connaissance de l'histoire d'un grand peuple, plus on s'aperçoit que le fond change peu; que, même à travers les siècles, les grandes lignes restent les mêmes et que le coup de pouce qui, à une heure donnée, détermine les traits caractéristiques d'une nation, les sculpte pour tout le temps où la nation demeure.

Le peui)le français existe depuis plus de mille ans. Il est toujours le même. Bon et doux, léger et mobile, prompt à l'enthousiasme, prompt au découragement, facile à gouverner, facile à entraîner, capable d'élans généreux et de violences soudaines, d'un esprit agile et leste, d'un cœur chaud et vif, il est toujours le peuple qu'a vu César et qu'ont retrouvé, à travers les siècles, tous ceux qui l'ont approché et connu. Il s'anime, il s'enflamme, il s'exalte, et tout à coup, il se détend et rit. Il se fait bien souvent haïr et se fait toujours pardonner. Un fond de sérieux, de courage, et de bon sens le sauve et le soutient dans les circonstances les plus critiques. Quand Paris s'échauffe et bout, la province tempère et apaise. Même quand la révolution gronde, on s'amuse; même quand tout parait perdu, l'espérance tenace reste fichée au

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fond des cœurs ; car ce peuple est, malgré tout , incurablement optimiste et les brumes ou les tristesses venues du dehors ont, à peine, atteint sa belle humeur et, sur ses lèvres, fait hésiter le sourire.

Le type se montre à nous, à l'aube du XVII'' siècle, dans l'élégance, la simplicité et le naturel de l'adolescence, sous les traits d'un joli fils dessiné par Callot.

Jamais peut-être il n'y eut d'heures plus charmantes que ces heures premières du XVIT siècle naissant, au lendemain des grandes guerres civiles du XVP siècle, alors que se préparait le noble et majestueux apogée du grand règne à son midi. Henri IV et Richelieu! Est-il de plus belles figures au cours de notre histoire ? En est-il de plus belles dans l'histoire des peuples qui nous environnent et qui nous disputent la palme ?

Or, c'est précisément à ces heures matinales, au moment où la France moderne se lève et se met en marche d'une allure si dégagée et si souple, c'est à ce moment précis qu'elle se discipline et ceint ses reins pour le combat. D'un instinct sur et d'une volonté arrêtée, elle crée ses institutions, sa forte centralisation, son unité. Elle broie et concasse, au dedans, les matériaux dont elle fait la muraille qui la protège contre l'étranger. Civis muras erat. Elle prend en elle-même le rythme de l'autorité qui fait marcher du même pas et le nerf de la domination intérieure qui fait obéir au même commandement. Elle apj)rend, tout à la fois, Télan et la mesure. Au moment où

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