‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 22 sur 47 · JA · texte numérisé non relu

JA

SK

WW-

jusqu'à six bouteilles de vin, sans éprouver la moindre incommodité ni l’un ni l’autre , tandis que je mourrais et de l .opium et du vin pris dans cette quantité. Le Turc et lAnglais éprouvent un plaisir fort vif. Pitt ne parlait jamais avec tant d’éloquence que quand il avait bu plusieurs bouteilles de bon vin. J’ai vu des Anglais dans un état approchant de f ivresse parler avec plus de profondeur quêtant à jeun.

J’avais peine à en croire mes veux. M. Ilamilton , homme de beaucoup d’esprit, sous-secrétaire d état des affaires étrangères, chez qui j’ai dîné plusieurs fois en nombreuse compagnie, m’engagea souvent à imiter cet usage des Anglais. Mon gosier et mon estomac avaient pris leur pli. Tous mes efforts furent inutiles. Il faut être jeune pour apprendre à boire, coutume qui, selon moi, n est qu’un exercice de l’intérieur du corps, comme la danse et l’escrime le sont pour l’extérieur.

Je blâme l iudéccnce de l’Anglais que fauteur nous présente ( page 3i3) commettant des indiscrétions envers sa maîtresse; mais je blâme aussi la conséquence qu en tire M. Pillet, « que « les Anglais ne sont galants que quand ils sont « ivres, et que leur galanterie n’est qu’une prdu- « rière impertinence qui se manifeste par des

■ • Zo J? M $

Vji »’ V zJV* v ■

' Ml- '?*'* Tjét ■ . . ' 4*/

v expressions et îles gestes de là plus indécente « gro ;sièrcté, sans égard pour les témoins étran- « gers, quels qu’ils soient . » Un jeune homme peut avoir commis une étourderie en présence de M. Pillet. Est-ce une raison plausible pour vouer à l'anathême toute l’Angletèrre? Je me

suis trouvé dans des réunions bourgeoises choi-

sies. Toujours j’ai vu régner la plus grande décence. On aurait mis à la porte quiconque aurait oublié les égards qu’on se doit en bonne compagnie. Je dois sur-tout faire l’éloge des charmantes réunions où je me suis trouvé chez la vicomtesse de Perceval , mylaay Culling Smith, sœur du marquis de Wellesley, M. Ilamilton, sir Robert Wilson, le major llarriot, et plusieurs autres maisons respectables où j’ai été accueilli avec les plus grands égards. On porte des sanies; mais elles ne sont ni sales, ni ridicules dans la bonne compagnie. On fait en Angleterre des orgies comme en France: Tant pis pour l’auteur si c’est dans des tavernes qu'il a cru voir l’Angleterre. Que dirait-on d’un Anglais qui jugerait de la politesse française par ce qui a lieu le dimanche dans les guinguettes de Passy ou de Bell evi lie ? Je ne dois pas oublier de dire qu’il est très vrai (page 3i \ ) que, quand les dames se sont retirées, on porte dans

fl

Wk

yr

çqïujta

vA -,

. si

un coin de la salle à manger des pots de nuit, où chaque convive va satisfaire son besoin de pisser. Je n ai jamais pu m habituer à cet usage; et, cKîsque les convives commençaient cet exercice, je demandais à me retirer, sous prétexte d’une affaire pressée. La vérité est que je me sentais des envies de vomir aussitôt que mon odorat était frappé par la force de lu ri ne des buveurs. Ce qui ne peut manquer d avoir lieu, quand on n’y est pas habitué, vu le peu de largeur et la chaleur habituelle des salles à manger. Le 2 août 1810, je dînai chezM. Crockcr, secrétaire de la marine, avec tous les lords de l'amirauté et plusieurs autres personnages de marque; on fut servi avec autant de goût, de luxe, et de profusion que chez notre ministre de la marine; mais on pissa , après le dîner, dans la salle à manger; et, malgré le plaisir que j aurais eu à rester plus long-temps dans cette brillante société, la fumée de furine me força à me retirer. Pourquoi dans des maisons si bien bâties et si élégamment distribuées a-t-on négligé xlc construire à côté de la salle à manger un cabinet pour cet usage?

Il est faux « que les Anglais (page 3 i 5 )atta- « client une haute importance à l'honneur de « pouvoir s’enivrer, » II fallait dire : « A boire

àï&tyj!. -tek '

■> iMÊüMÊm

« Leaucmip sans s’enivrer % » Ce qui est Lien différent. L’homme qui se grise facilement est un oh jet de dérision, et on ne considère avec égard, comme bon compagnon de table, que celui qui boit beaucoup et ne se grise jamais. « Les royaux « ducs fds de S. M. Georges III (page 3i5), de*

« puis le prince régent jusqu’au plus jeune de «ses frères, ne dérogent en rien aux nobles « coutumes de leurs compatriotes, ils sont assez « généralement rapportés ivres chaque soir, ou « plutôt chaque matin, des grandes tavernes à ’ « leurs palais. La même voiture peut rarement « servir deux jours de suite, il faut en changer « les coussins et les doublures : les étoffes sont « ordinairement teintes de la Couleur des li- « queurs dont Leurs Altesses se sont abreuvées « largement. Ces couleurs attesteraient à-la-fois « leur intempérance et leur malpropreté. » Ces détails sont controuvés. Les princes ont leurs maisons montées. Quand ils dînent en ville, soit chez des amis, soit «à la tête des corporations qu ils président, ils apportent la plus grande réserve dans leur conduite, pour pouvoir être toujours à même de justifier la confiance de l’assemblée qui leur a confié le fauteuil. Quand Leurs Altesses consentent, soit par goût, soit par complaisance, à sacrifier aux

YÏ

Wî

Page 1