CHAPITRE XVII
XXXVI. .Teu. XXXVII. Ivrognerie. XXXVIII. Coutume de s’enivrer commune parmi les femmes.
« J. ous les enfants de famille, dit M. Pillet « ( page 3o^ ), jouent très gros jeu. Les maisons vl dans lesquelles ils se rendent sont soutenues « et fréquentées par les personnages du plus « grand nom. La police ne saurait y avoir d’ac- « cès; on y escroque par conséquent avec une « impunité qui n’a pas d’exemple. » Voilà l’accusation ; voici la preuve à la Pillet. Un bourgeois venait d’hériter de .joo,ooo livres de rente. Il joua avec un lord, et perdit dans une seule séance les trois quarts de son héritage. Le lord exigea <pi’on coupât les dés, pour prouver qu ils n’étaient pas plombés. «Un grand seigneur, s’é- « crieM.Pillef (p. 3o8),qui se croit obligé de des- « cendre à une pareille épreuve pour se justifier «d’un soupçon déshonorant, nepeut qu avoir nia conscience de lui- meme. C’est avouer « qu il a l’honneur de vivre avec une société de « fripons, et reconnaître qu’il n est pas très clair « qu’il lien soit pas un lui-mçme. » Il me paraît
singulier -que le lord ait fa i t couper les dés par le motif allégué, puisqu'ils servaient également à son partner. Que signifient les mots emphatiques , ne peut qu avoir conscience de luimême? Un auteur bien intentionné, ne cherchant pas un coupable dans un innocent, aurait dit que le lord avait entendu dire que quelques escrocs avaient plombé leurs dés, et que, pour 11e laisser aucun motif de soupçon à la malveillance, dont un gain si considérable ne pouvait manquer d éveil 1 er la jalousie, il desirâihqu’on s’assurât qu’il n’existait pas la moindre supercherie. Pourquoi ne pas dire qu’il le fit par délicatesse, afin de restituer le gain, si les dés avaient été plombés à son insu? Un écrivain impartial doit envisager la question qu’il soumet au public avec cette bienveillance qui prouve qu il cherche à instruire en amusant , et non pas à plaire en médisant.
On joue à Londres, on joue à Paris, chez les grands seigneurs et chez le petit bourgeois. La danse, le jeu, la lx>nne chère, et le bon vin, sont les plus doux passe-temps de la vie. Ajoutons-y lamour et le sommeil, quoiqu’ils n’appartiennent qu à la jeunesse; car on aime et on dort assez mal quand on est vieux. Il faut cependant réfuter ce que dit fauteur sur Vescro -
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tjuerie des Anglais au jeu. .Te ne connais que la France où il y ait autant de délicatesse qu’en Angleterre, pour être loyal au jeu, et pour acquitter les dettes qu’on y contracte. Il se trompe aussi, M. Pillet, quand il assure qu'il est des endroits où la police ne saurait avoir accès. L’habileté avec laquelle les ministres anglais ont dirigé depuis trente ans la politique de l’Europe me dispense de détailler avec quel soin ils ont su se préserver des discordes intestines, toujours plus dangereuses que les guerres extérieures. La parole d'un Anglais dans un pari quelconque est sacrée, et vaut un contrat par-devant notaire. Que ce soit pour un combat de coqs, ou pour le boxage de cribs et de rnolineux , ou pour les courses de chevaux de Ncwmarket , ou pour un marcheur comme Wilson, on ne fait point de difficulté de payer le pari, dès que le résultat constate la perte. Le peuple est si jaloux de cette probité publique, cpic quiconque chercherait à éluder le paiement y serait contraint, pour éviter les huées, peut-être même les voies de fait des spectateurs, qui ne se feraient aucun scrupule d’aller briser les fenêtres de l’homme qui a osé insulter à la nation en violant sa parole d’honneur. Or je le demande à tout homme de bomie foi, si c’est là le carae-
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tère d’une nation chez laquelle on escroque avec une impunité sans exemple?
L’auteur (p. 3og) «censure les philosophes « anglais de soumettre à un régime austère le « cheval et le jockey qui doivent entrer en lice. « Il prétend qu’on exerce sur l’animal et sur « l liommedes raffinements de cruauté qui prou- « vont à quel point l’Anglais est naturellement « avide d’argent, et qu il leur suffit de gagner « le pari, le cheval et le jockey dussent-ils ex-' « pirer à la borne. » Cette attaque, dirigée contre les philosophes j n’est pas favorable à M. Pillet. Il s’agit d’équitation et non pas de philosophie. On sait que les amateurs de cette science restent dans leurs cabinets, et fréquentent peu les écuries et les courses de chevaux. Avec un peu plus de goût pour la philosophie, et moins de penchant pour la médisance, M. Pillet aurait évité le double ridicule de censurer des hommes respectables dont le génie sublime est bien inaccessible aux piqûres de tous les insectes satiriques, et de déroger à cette qualité distinctive de tous les militaires français, qui, dans tous les pays, ont mérité la belle réputation de protéger et d’honorer les savants. Je suis persuadé que dans une seconde édition fauteur rectifiera cette erreur, due moins à sa causti-
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cité qu’à l’orîgihalité de faire paraître les élèves du grand Newton, de l'illustre Pitt, et du célèbre Fox, surveillant les repas de leurs coursiers et de leurs conducteurs, de crainte qu’une nourriture surabondante ne les privât de I honneur de triompher aux jeux olympiques de Newmarket , en Angleterre. On aurait vraiment tort de sefaeher de tout ce que peut dire M. Pillet, sur-tout quand il s’en prend à la philosophie à cheval y ou même à l'escorte du dieu Bacchus.
Voyons quelle est son opinion sur ce dernier article. « L ivrognerie (page 3io) est un vice « du terroir, du climat, presque érigé en vertu « en Angleterre. Il serait difficile de calculer à « quel degré cette intempérance vicie les moeurs « de la nation, sur la dépravation desquelles la « manière resserrée dont vivent les familles « dans leur intérieur Vient encore ajouter sa « funeste influence. Depuis la classe la plus mi- « sérable, qui n'occupe qu’une seule chambre, «jusqu’au marchand, dont la boutique et le «parloir offrent un air d'aisance, le père, la «mère, et les enfants , presque toujours très « nombreux, n’ont qu’une chambre à coucher, « commune à toute la famille. Cinq et six per- « sonnes, quoique de sexe différent, reposent
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« ordinairement dans le même lit, les plus jeu- « nés avec le père et la mère. Là, aucune es- « pèce de décence n’est observée. Le chef de la « famille , tou jours ivre le dimanche , et souci vent plusieurs jours dans la semaine, donne ci à des filles qui ont atteint dix-huit et vingt « ans , à des garçons de quinze et seize ans, « l’exemple du cynisme le plus effronté, et qui « n’est que le prélude d autres scènes plus séante daleuses , que la langue indiscrète des ente fants ne sa i t point dégtiiser . Combien de Cliam tt mériteraient, à leur réveil , la malédiction «les te modernes Noé, s’il ne fallait pas plutôt mau- « dire ceux-ci, qui, par l’exemple du plus honte teux scandale, pervertissent dans leur source u les mœurs vierges de leur innocente fate mille ! »
Ce langage de l’auteur ne ferait-il pas croire qu'il parle d’une autre nation que de celle dont toutes les jeunes miss ont appris dans leur pensionnat ( page ) le nom, l’usage, la dose des plantes médicinales qui produisent 1 avortement? On ne peut pas connaître 1 effet, sans avoir une idée de la cause , et il n’est guère possible qu’un père puisse scandaliser des filles de dix-huit et vingt ans, si habiles à détruire le fruit de leur prétendu libertinage. Des en-
fants de quinze et seize ans doivent être fort dis- ' crets en Angleterre , puisque l’auteur nous les a montrés, dans leur école (page 266), froids, réfléchis, point criards, et ayant, presque en naissant , l’esprit d’ordre et de méthode qu’ils auront étant hommes. Il ne suffit pas d écrire pour faire un bon livre, il faut éviter sur-tout de se contredire, si on veut mériter la confiance du public:
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. Scrvctur ad imum
Qualis ab incepto proccsserit et sibi constct.
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M. Pillet n’a pas été heureux dans son application de l’Histoire sainte. L’erreur de JSoé fut une surprise occasionée par une liqueur dont il ne connaissait pas le danger; tandis que, selon lui, tous les chefs de famille sont toujours ivres le dimanche et plusieurs jours de fa semaine; erreur grossière. Il y a des ivrogues en Angleterre. Où n’y en a-t-il pas? Je veux même convenir qu’il y en a dans ce pays plus ([ue par-tout ailleurs, sur-tout le dimanche, jour où les ouvriers cherchent à se délasser du travail de la semaine, et se laissent entraîner par l’occasion d’aller au cabaret dépenser une partie de leur bénéfice : mais ce défaut ne regarde point la classe bourgeoise, qui vit aussi régu-
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librement cjue dans les autres pays. Comment 1 ivrognerie serait-elle, en Angleterre, un vice du terroir et du climat, puisqu’il n’y a point de vignes? Comment doit-on parler du terroir et du climat de la Bourgogne et du Bordelais?
Quant à la distribution de 1 intérieur des familles, M. Pillet est très mal instruit. Il aurait été bien embarrassé pour nous citer un seul exemple de cinq et six personnes de sexe différent couchées dans le même lit, excepté néanmoins dans les pontons, dont je ne connais le régime que par ses récits; et il n’y est point question de lits de cette espèce. Le philanthrope qui a voyagé en Europe croira faire un souhait favorable aux lionnes mœurs en désirant que la décence qui règne dans les ménages anglais serve de règle dans les autres pays, principalement en Italie. Je blâme ect amourpropre que les Anglais mettent à boire beaucoup sans se griser. Je dirai plus, ils considèrent comme une preuve de mépris la modération des étrangers, quoiqu’elle ne leur soit dictée que par raison de santé. Ne confondons point l’ivrognerie avec la faculté de boire beaucoup sans ([ue la raison en soit troublée. Un Turc s habitue à avaler jusqu’à douze grains d’opium, comme un Anglais boit dans sa soirée
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