‹ Tableau de la GrandeBretagne, ou Observations sur l'Angleterre vue à Londres et dans ses provinces de M. le maréchalde camp Pillet; avec un supplément. Par M. SarrazinChapitre 24 sur 47 · ICI · texte numérisé non relu

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« ne présentait pas seulement l imace d’une « place prise d’assaut , mais bien celui delà plus « dégoûtante orgie, comme de la plus honteuse « débauche, etc., etc.» M. Pillet ajoute (p. 3i8):

« 11 faut convenir que voilà une fête, au XIX e « siècle , vraiment digne de l'héritier d’une « grande couronne! Français, voilà le pays tant v vanté par son urbanité, et au-dessous duquel « des écrivains gagés par l’Angleterre ont pré- « tendu vous placer! Les Anglais, en général,

« ne sont amoureux que quand ils sont ivres; « mais 1 instant du désir est souvent, d’après le « caractère de l’individu , celui de la désolation « de la famille. Un grand nombre de femmes « et d’enfants sont tués ou estropiés chaque an- « née par des maris et des pères intempérants. « Ces assassinats, dont les journaux sont pleins, « sont quelquefois accompagnés du récit de « circonstances atroces, dont aucune autre naît tion ne saurait avoir d’idée, et qui ne se ren- « contrent que chez ce peilpie cruel, n

Ainsi une fêle donnée par un seigneur anglais à son futur souverain sert encore de prétexte à M. Pillet pour taxer l'Angleterre de la plus honteuse débauche, de n’avoir à'aJliÔur que dans \ ivresse, et d'être une nation atroce et cruelle. Mais ces traits sont employés trop

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souvent et sur-tout trop, méchamment. Ils sont émoussés. Le lecteur le plus enragé contre les Anglais est dégoûté de la partialité de l’auteur. 11 ne voit en lui qu’un homme aigri par le malheur, et sur-tout furieux de ce qu’on h’aura pas eu pour lui les égards qu’on avait dans tous les autres pays pour les officiers de son rang. Lorsque je rentrai des prisons d’Angleterre, en 1798, on nous avait donné le traitement de sous-lieutenant sans distinction de grade, pour nous assujettir au principe d’égalité alors admis par le gouvernement républicain. J étais exaspéré contre le gouvernement; mais j’élais et je serai toujours reconnaissant des politesses qui nous furent faites par le marquis de Cornwallis, le capitaine llling du vaisseau le 1 romp, les habitants de Dublin, de Liverpool, de Newcastle, et de Litliclifield, M. 13 olton, riche manufacturier de Birmingham, le général Coote, et M. Fector, banquier à Douvres, qui nousdonna un bal très brillant lorsque nous fûmes échangés. Faut-il que je maudisse toute F Angleterre , pareeque quelques mauvais sujets, apostés sans doute par quelques malveillants, nous insultèrent, et nous lancèrent meme des pierres sur la grande place de Birmingham? La garde bourgeoise prit

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dissipé. Ne mettons aucun des deux pavs audessous l’un de l’autre; imitons la nature, et écoutons la saine raison. Plaçons -les à côté l’un de l’autre, parcequ’ils possèdent tout ce qu’il faut pour s’estimer et même s’entraider par le commerce des productions territoriales et les découvertes dans les sciences; et, pomme servir des expressions d’un ministre respectable, réunissons tous nos efforts pour effectuer entre les deux nations cette réconciliation morale qui seule peut consolider le bonheur de l’Europe.

Je ne puis pas concevoir ce qui a pu porter M. Pillet à dire que les femmes anglaises ont coutume de s’enivrer. Il ose nous dire (p. 3 19): « J’ai souvent remarqué , et mille personnes «l’ont remarqué, comme moi, que les dames «dans les salons, lorsqu’on se présentait pour « le thé , étaient dans cet état que nous appe- « Ions entre deux vins , quoique l’on ne les « voie presque toujours boire que le petit verre « de vin d’usage, et quelles aillent rarement jus- « qu’à deux. » Pour expliquer cet entre deux vins ; il nous assure que les femmes boivent de l'eau-de-vie de France, et que les détails de cette délicate buvette sont connus par le caquetage des commères et par l’enluminure des convives.

Il prétend (page 320 ) « que les demoiselles et « les jeunes dames ne sont point admises à ce « cercle de sobriété; on ne les y reçoit qu’à qua- « rante ans, époque à laquelle toute femme an- « glaise comme il faut s’enivre avant de se cou- « cher, sous prétexte de dissiper des flatuosités, « des maux d’estomac. » Tout cet article sur les femmes est de la fabrique à M. Pillet; une femme anglaise comme il faut ne boit point d’eau-de-vie, et ne s’enivre jamais. Le thé est leur boisson favorite le matin pour leur déjeûné, et le soir après leur dîné. Quand elles laissent les hommes à table , elles vont dans le salon, où elles font de la musique, ou bien elles vont faire un tour de jardin ; çt, quand la maîtresse de la maison le juge convenable, elle fait avertir les messieurs quils sont attendus. Alors on sert d’abord du café, et ensuite du thé. Il est fort rare qu’on offre de l’eaude-vie même aux hommes, à moins que le maître de la maison ne veuille distinguer quelque convive en allant au-devant de ses goûts; mais ce n’est point l’usage. Quant à 1 ivresse des femmes du peuple, j’en ai vu peu d’exemples en Angleterre, et je puis même dire que ce spectacle dégoûtant est moins fréquent à Londres que dans le bas peuple à Brest et à Toulon.

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