CHAPITRE XXXI
Londres.
C^olqhoun, Forster, et plusieurs autres écrivains, ont donné des volumes entiers sur cette capitale; et, après les avoir lus, on n’a encore qu’une idée peu exacte de cette immense réunion d’hommes , de maisons, et de vaisseaux.
J’ai été sur-tout étonné de l’ordre avec lequel la police, qui est invisible , dirige une si vaste administration. Du temps de Tacite et d’Ammien Marcellin , Londres était déjà considérable par son commerce. Cependant je blâme Voltaire de l’avoir appelée le centre des arts, et le temple de Mars, lui qui était de Paris! Le titre de magasin du monde semble lui mieux convenir , quoique le monde ne soit qu’un énorme magasin. Il eût été plus convenable de dire qu’il y a dans Londres plus de richesses réunies que dans aucuil autre lieu sur la surface du globe, puisqu’il est démontré que les mines du Pérou renferment assez d’or pour acheter toute l’Europe , sans en excepter Londres. Cette ville n’est donc qu’un point princi-
pal «le notré sphère physique, et une place très favorable au commerce. Sa population est de douze cent mille aines. Sa situation est sur la rive gauche de la Tamise, excepté le faubourg de Soutkwark , qui est sur la rive droite. Les principaux étlifices sont léglise de Saint-Paul , qu'on peut comparer à Saint-Pierre de Rome, ou à notre Panthéon; la Tour, espèce de citadelle dont un côté bat la Tamise; l’abbaye de JVestminster , où se trouvent les tombeaux des rois d'xV.ngleterre, et les monuments de plusieurs hommes célèbres; la banque, nouvellement bâtie avec encore plus de solidité que de luxe; la bourse, ou café Lloyd ; le palais du lord maire, ou Mansion-Hou.se ; Covent- Garden, et Drury-Lane; Carlton-House, où réside le prince régent. Le palais de Saint- James, et celui de la reine près de Green-Park , ne se font bien remarquer que quand il y à des illuminations pour quelque grande victoire. Alors on peut dire qu'il fait soleil à Londres en plein minuit, tant on met de prodigalité dans les lampions.
On évalue à quarante mille toises, ou vingt lieues de poste, le pourtour de Londres et de ses faubourgs, au nombre desquels je compte Islington , Brompton, Sommerset-To\vri, et
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Cambden-Town , qui, par les nouvelles constructions, se trou vent faire partie de la capitale. Si nous déduisons les faubourgs, je ne pense pas que l’enceinte de Londres soit plus vaste que celle de Paris avec ses faubourgs. La cité, ou ancienne ville, est à l’est de TVestminster, ou ville nouvelle. Dans la cité, les rues sont étroites , malpropres, et mal alignées. Les trottoirs pour les gens à pied, si commodes dans TVestminster , sont fort étroits , et presque toujours glissants à cause de l’humidité. On a consulté l’intérêt des propriétaires du termin , en ne laissant que celui qu’on jugeait indispensable pour les communications, afin d’avoir plus d’emplacement pour les magasins. Malgré cette précaution , on a été obligé d’en construire hors de la ville, à côté des bassins où les vaisseaux ont la facilité de venir contre les quais, pour déposer ou recevoir leurs cargaisons. Ces établissements ont été faits par des compagnies, en vertu des privilèges accordés par le gouvernement. Les entrepreneurs sont bien dédommagés de leurs avances par les droits qu’ils perçoivent sur les marchandises dont on fait le dé-
pôt dans leurs magasins.
Le quartier de TVestminster est plus régulièrement et sur-tout plus commodément bâti
que la cité. Ici tout est négociant ; là tout affecte la noblesse, même le simple artisan. Dès qu'il n habite pas la cité, il sc croit obligé d'être habillé plus décemment. Les rues sont droites et larges; des deux côtés il y a des trottoirs de 3o à 36 pouces j en pierre de taille polie. Entre le trottoir et les maisons sont dos grilles de fer qui communiquent par un escalier avec la partie souterraine des maisons. Qui a vu une maison du quartier de JJ r estminster les a presque toutes vues. La partie souterraine contient la cuisine, l'office, et une ou deux chambres de domestique. 11 y a des caveaux qui se prolongent sous la rue. Quand on vous porte du charbon de terre, qui est le seul combustible en usage, on lève une plaque de fer qui est à l’extérieur sur le trottoir, et on vide les sacs que vous avez demandés. Il ne faut pas croire que ces souterrains soient fort obscurs; on y reçoit la lumière par des ouvertures cjui communiquent tant avec la cour qu’avec 1 escalier du côté de la rue. 11 y a une espèce de citerne où tous les jours arrive, par un canal, l eau qu’on est convenu de donner pour 1 usage de la maison : celte entreprise est bien payée ; mais elle est faite avec autant d’intelligence que de succès. < & Le rez-de-chaussée se compose d un corridor. L
d’un cabinet et d’une salle à manger, avec une cour et un petit jardin. Il y a de grands jardins dans les quartiers qui avoisinent Ne wroacl ; ils sont placés sur le devant des maisons. Les logements, dans cette partie de la ville, sont charmants dans la belle saison : on est àla-fois à la ville et à la campagne. Le premier « étage est composé de deux salons ; on se tient habituellement dans le plus petit; l’autre ne sert que quand on reçoit une nombreuse compagnie. Je parle des sociétés ordinaires qui se composent de quarante à cinquante personnes.
Un ménage se compose de deux jusqu à huit ou dix maîtres, quand il y a des enfants; et de deux jusqu’à six domestiques, quand le maître de la maison a sa voiture. Le second étage est destiné pour les chambres à coucher. Le troisième est réservé pour des chambres d’ami, et pour les domestique^ qui ne couchent pas à côté de la cuisine; ce sont des mansardes peu élevées, mais cependant assez commodes. Depuis la salle à manger jusqu’au troisième étage, tout est couvert de tapis de pied fort beaux , et très bien entretenu^. Une maison telle que je viens '; de la décrire, avec six lits de maître complets, quatre lits de domestique et un mobilier complet en verrerie et ustensiles de cuisine, coûte
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