PRÉFACE
Le général Pillet a dédié son ouvrage à ses comt pagnons de souffrance les prisonniers de guerre en Angleterre. J’aurais pu dédier ma réponse à notre auguste Monarque, et à cette Noblesse fidèle qui a partagé 1 exil de Louis XVIII. Quand on n e crit que la vérité, on n’a pas besoin de chercher à influencer l’opinion par de tels accessoires. Les prisonniers de guerre et les émigrés ont été l’objet spécial de la politique des ministres anglais, qui ont traité les uns avec une sévérité sans bornes, tandis qu’ils ont prodigué toute espèce de secours aux Français qui voulaient soutenir les intérêts de leur légitime souverain. Un ennemi désarmé devient sacré : on doit prendre à son égard les mesures qu’exige la tranquillité publique; mais attentera sa vie ouvertement, ou par des mesures secrètes, serait le plus lâche des forfaits; et je crois de mon devoir de repousser cette attaque dirigée contre une nation qui a fait de si grands progrès dans la civilisation.
vj PRÉFACE.
Vainement le général Pillet voudrait nous faire croire qu’il est mort en Angleterre cent cinquante mille Français, et que trente mille ont péri en France des suites de leurs souffrances dans les pontons (préface, pag. vj). Depuis la rupture du traité d. Amiens, le nombre de nos prisonniers en Angleterre n’a jamais été de cent mille. Comment se faitil que Je nombre des morts soit presque double? On a eu tort, sans doute, de violer la capitulation de Cintra à l’égard de M. Pillet; les traités doivent être scrupuleusement observés, pareequ’ils sont destinés à alléger les malheurs de la guerre. Je suis surtout fort étonné qu’on ait mis un colonel français dans des cachots avec lesplus grands criminels (p.ix). Cette circonstance sera probablement éclaircie par les autorités compétentes. J’ai été prisonnier de guerre et prisonnier d’état en Angleterre. Dans ces deux situations , je n’ai eu à reprocher au gouvernement anglais, que de me refuser les appointements de mon grade , et le paiement de mes plans. Je répondrai avec franchise à des accusations violentes. C’est au public intelligent à prononcer en dernier ressort. Dans un second volume sur là Grande-Bretagne je parlerai des finances et du commerce, et je donnerai les documents pour les
PRÉFACE. vij
deux volumes *à la fin de l’ouvrage. Les matériaux pour le second volume m’ont été fournis par les travaux de M. Colqhoun, et Henry Thornton, membre ' du parlement, deux auteurs généralement estimés.
A Paris, ie i 5 avril 1816.