CHAPITRE XXXVI
Banquiers. • • - • .
La première fois que j’entrai dans les bureaux de MM. Coutts , 5q Strand, je fus tout étonné de l’ordre qui régnait dans cette maison. Tous les commis sont d'une prévenance bien agréable pour un étrpuger. Le chef de la société se tient dans une fort jolie salle au centre de ses bureaux; il reçoit avec la plus*grande politesse toutes les personnes qui désirent lui parler. Sa confiance dans ses commis est telle qu’il signe presque toujours sans lire ce qui lui est présenté. Il n’y a pas chez tous les banquiers de Londres la même affluence ni les mêmes égards que chez messieurs Coutts ; mais il est certain que les personnes qui sont engagées dans le commerce ont à Londres une consistance qu’on ne rencontre que dans quelques maisons de Paris et de Pétersbourg. Un capitaliste, ayant eu des discussions politiques avec messieurs Coutts , ne leur donna que vingt-quatre heures pour lui rembourser ses fonds, qui s’élevaient à près de six millions de francs. Le paie-
ment fut effectué complètement dans le délai prescrit. Cette opération fit le plus grand honneur à ces messieurs , et depuis lors ils sont regardés à juste titre comme la première maison de banque de 1 Europe.
On évalue à quarante milliards de francs le total des paiements faits annuellement par les banquiers de Londres. Pour accélérer leurs opérations, ils envoient leurs commis dans une maison de Lombard-S treet , où ils se donnent réciproquement les billets qu’ils ont pour leurs maisons respectives. L'appoint se fait en papier de la banque. Pour cent millions de francs d affaires qui se font journellement dans cette réunion , il ne leur faut que de quatre à cinq millions de francs en bank-notes pour compléter le paiement. Quand on pense qu’un homme serait occupé pendant plusieurs mois pour compter cinq à six millions de guinées, on est bien convaincu que le papier de la banque était indispensable pour activer les opérations commerciales, ainsi que la confiance mutuelle des banquiers ({Ji^qjl^if^ent leurs effets coibme s’ils étaient de l'argent comptant. On Suit tâëfi la môme marché à Paris , à Ams-
té , , 7
terdam- et ‘dans les autres grandes places de l’Europe , rnais^; avec plus de réserve $■ et , par
conséquent, plus d'entraves pour le crédit public, qui se compose delà solidité qu’on suppose aux principaux banquiers. J entrerai dans de plus amples détails en parlant du commerce et des finances d Angleterre, deux articles d’un intérêt majfcur, dont messieurs Henry Thornlon , membre du parlement, et Colqhoun , ont cherché à faire connaître les avantages et les défauts. Je me propose d’analyser leurs ouvrages, avec quelques observations, pour qu’ou puisse se faire une juste idée des ressources que présente l'empire britannique.