CHAPITRE XXXV
Manufactures. r.. •
Depuis le commencement de notre révolution, les manufactures anglaises se sont multipliées et perfectionnées au-delà de toute imagination. Le coton, la laine, le cuir, le chanvre, l’acier, le cuivre, le fer, et toutes les productions de la nature ont été préparées, pour l’usage du public, à beaucoup moins de frais que dans tout autre pays, par le 'moyen des mécaniques.
Colqhoun calcule à environ cinq millions le nombre d ouvriers employés par les fabricants . anglais. Le produit de leur main-d’œuvre est évalué à près de trois millions de francs, déduction laite de la valeur des matières premières ; ce qui porte le gain annuel de chaque ouvrier à six cents francs, environ un shilling et douze sous par jour, ou trente -six sous. En donnant ces détails, l’auteur n’a pas réfléchi que le moindre ouvrier reçoit en Angleterre au moins trois shillings , ou trois livres et douze sous, et tpt’il y en a qui gagnent jusqu’à douze francs. En déduisant les dimanches , fêtes, et les
jours qu'il plaît aux ouvriers clé ne pas travailler, je ue trouve aucune vraisemblance dans la solde ni dans le produit. Je conclus que Colqhoun a exagéré le nombre des ouvriers, et diminué le résultat de leur travail. On ne peut pas taxer l'ouvrier le moins habile à un salaire moindre de douze cents francs par an; ce qui fait trois milliards six cent millions pour trois millions d'individus , et six milliards pour les cinq millions d employés aux manufactures. Il faut encore trouver le bénéfice des directeurs, et, si peu que nous fassions entrer en ligne de compte le dédommagement pour les objets avariés, il faudra calculer à prés de cinq milliards le véritable produilde I industrie anglaise . dan» cette partie du commerce.
i Je neparle point de lagriculture, dont Colqhoun évalue les produits à cinq milliards de francs-* déduction faite de la première mise eu capital , tant pour l’achat des semences que pour l’acquisition du cheptel , ou monture de ferme. Il ne fait que Je calcul des recettes annuelles , en y Comprenant la consommation des travailleurs de toute espèce. Si nous adoptons son raisonnement , nous trouvons que l’empire britannique possède un revenu de sept cent millions sterling , plus de seize milliards de
francs. L'Europe en produit onze seizièmes; l’Asie quatre, et le dernier milliard vient de l'Amérique , excepté vingt millions que produit l’Afrique. Pour se familiariser avec de si énormes bénéfices, on a besoin de parcourir les ateliers des Anglais. J’ai vu à Birmingham, dans la superbe manufacture d’acier de M. Bol ton , un enfant de douze ans qui gagnait de huit à douze francs par jour; il tracaildes Heurs suç des boutons , par le moyen d'une mécanique (pii n’exigeait d’autre travail que de tourner, une manivelle assez semblable a celle d un moulin à café. L abondance des mines de charbon
de terre a facilité l'établissement des pompes à feu , si utiles aux manufactures.