II. DE GflATEÀDBRlAND
deréeriiain les causes qui le prédestinèrent à oomprendre 1^ ycbox du siècle, et à le charmer par un pnitige tout-paissant.
Chiteaiibriand appartenait à cette race cdtique dont le tempérament se prête si volontiers an mystiflismd et anx élans chevaleresques. Né le 4 septembre 1768, h Saint*Malo, dans une des plus nobles ftmflles de la catholique Bretagne, il eut pour prelûier iiorLEon Torageuse immensité de cet Océan V^lomère appelle infini, retentissant et stérile. Entie la roideur d'un père féodal, et la dévotion un peu sèche d'une mère grondeuse dont la sollicitude chdgrine se partageait entre dix enfants, son premier ^ s'écoula triste et délaissé. Cadet d une nom* lieuse lignée, il connut de bonne heure^ dans la Sine d*nne médiocre fortune, les amertumes d'une tee froissée que l'abandon forçait à se replier de pinsen plus sur elle*méme. Au spectacle des vagues bruissantes, et aux mirages de leur lointain nébu- ^ succédèrent bientôt les silencieux ombrages de Combourg, sombre manoir situé près d'un lac, parmi ^ forêts, au milieu d'une solitude où un cœur pas* ^iomrf qui s'éveillait 6 la vie ressentit prématuré* ^nt, dans le voisinage troublant de sa chère Lucile^ 1^ douce fièvre qu'il nommait « un ennui enchanié » . ^ vinrent les années studieuses. Au modeste col*
lége de Dol, où^ après le supplice du rudiment, il étudia les mathématiques, en vue d'un examen de marine, la lecture du quatrième livre de V Enéide lui fit entendre la voix de la Muse qui l'invitait à déserter les landes arides de la géométrie. Tandis que les Confessions de Jean-Jacques suscitaient pour la première fois dans son imagination mille songes inquiets, sa fière nature connaissait aussi déjà par ses révoltes les délicates susceptibilités de l'honneur. Un jour, se refusant à subir un châtiment qui 1*80— miliait, il sortit la tète haute d'une maison dont la. règle pesait à son indépendance. Langueurs douloureuses qui se tournent en voluptés, effervescence manesque et prompte à s'éprendre pour l'idéal, ou s'enflammer d'un fugitif désir, fidélité native aux sen — timents de la vieille France, humeur altière et gêné — reuse d'un gentilhomme pauvre qui se sent le fils de^ preux , et gardera toujours son nom pur de tout^ tache, tels sont les traits sous lesquels se montre s jeunesse dans ces Mémoires d' Outre-Tombe y où n vieillard attristé par l'expérience se plaît à nous ra — conter des visions dont l'intensité précoce était déj^ un brillant et dangereux présage d'avenir.
Tel nous le retrouvons à Brest, sous l'unifona^ d'aspirant, contemplant éperdument, à la pointe d^ ce cap extrême, les perspectives vers lesquelles s'élaiE^ cent ses ambitions avides d'agir, ou plutôt tounnea-' tées par l'aiguillon de l'inconnu. « 11 ressemblait, di ^ Sainte-Beuve, à un de ces cygnes dont les aile^ n'ont pas encore assez d'essor, et qui, vers la saisof
des migrations, souffrent d'un inexprimable malaise». Cet instinct aventureux ne l'abandonnera plus : nous pressentons ici , dès l'abord, Tinconîlancedu voyageur qui, en Grèce comme en Italie et en Palestine, brûlera le pays, mettra sur les dents guides ou janissaires, et, à peine arrivé dans un lieu de pèlerinage ardemment désiré, s'empressera de courir avec une égale impatience vers d'autres régi^s tantôt délaissées. Déjà même René sent les •^ttprimables atteintes d'un mal dont il ne guérira jamais. Bien plus ; si des souvenirs posthumes ne nous trompent pas, il lui serait arrivé de nourrir en son adolescence de sinistres projets de destruction. Ne fut-il pas tenté de rejeter la coupe à peine portée i ses lèvres, et de la lancer vers le ciel ?
Bref, après de vagues incertitudes, il allait, fautede mieux, s embarquer pour les Grandes-Indes, quand un brevet de sous-lieutenant au régiment de Navarre le détourna soudain de ses noires pensées vers Paris ^l Versailles. C'était en 1788. En ce milieu nouveau, l'officier breton qui montait dans les carrosses du roi ûe manqua pas de relations flatteuses. Il fréquenta la société de Ginguéné, de Lebrun , de Chamfort et ^cFontanes; il entrevit quelques cénacles littéraires, ^l s'essaya furtivement à devenir le confrère des ^rivains dont l'exemple l'avertissait de sa vocation. U eût même pu s'égarer à la suite de fâcheux modèles si son admiration gour Jean-Jacques et Beroardiû de Saint-Pierre n'avait été l'heureux préservatif d'un talent qui, sans avoir encore conscience
lui-même, se fécondait par la lecture enthousiaste des maîtres qu'il devait égaler, ou surpasser un jour.
En ce moment, aux environs de 89, l'élite de la jeunesse, exaltée par le récit des glorieuses infortunes de Gook et de Lapeyrou^e, tournait allègrement ses regards vers ce nouveau monde où venait de briller Tépée libérale de la France. N'ouvrait-il pas carrière aux constructeurs de ces belles utopies dont la vo^ue remontait aux plaidoyers où la misanthropie de Rousseau célébra l'état de nature, et l'innocence primitive? Ajoutons que le jeune chevalier de Chateaubriand avait assisté au triomphe des vaiQ« queurs avinés de la Bastille. Des fenêtres de son hôtel, il put voir les tètes de Berthier et de Foulon portées au bout de deux piques par des assassins déguenilles. Ce fut sous ces influences que l'ancien aspirant de marine fit voile pour l'Amérique du Nord, le cœur tout plein de ces ardentes chimères qui souriaient à un siècle honteux de sa corruption raffinée. Fuyant les horreurs qu'il appelait « des festins de cannibales » , il allait, aussi lui, chercher le Paradis terrestre de la vie sauvage.
Selon toute vraisemblance, il avait déjà conçu 10 plan des Natchez qui devaient faire oublier les IfuM^ de Marmontel. Il se proposa donc de visiter 1^ scène de son po@me, et le peintre emportait avec liM ses pinceaux, mais sans l'avouer. Car le prétexte A^ son expédition fut l'espérance de se frayer un pas^ sage entre les deux OcéailS. Était-ce sérieux ? TfX^^ jours est-il que le premier Américain auquel il pari^
de cette fantaisie se mit à en rire, et lui conseilla d'apprendre Tiroquois avant de tenter Taventure. Le conseil fut compris ; et, oubliant le pôle Nord, Chateaubriand se contenta de visiter les confins du Canada jusqu'à la cataracte du Niagara, sans faire d'autre découverte que celle de son propre génie. U nous a souvent redit cette odyssée ; mais son Journal de voyage est encore le témoin le plus sincère de ses impressions. C*est la naïve e^^plosion d'un talent qui en était à l'heure matinale d'un irrésistible épa* Douissement. Dans ces cartons crayonnés sous le coup de sensations vives, l'immortel paysagiste est déjà tout entier, bien qu'à demi voilé sous des réminiscences qui trahissent le commerce familier de Jean-Jacques. Jugez-en par cet hymne qui lui échappa comme un cri de ravissement, en présence des solitudes vierges dont il prenait possession :
tt Qui dira le sentiment qu'on éprouve en entrant dans ces forêts plus vieilles que le monde^ et qui seules donnent une idée de la création telle qu'elle sortit des mains de Dieu? Le jour tombant d'en haut à travers un voile de feuillage répand dans la profondeur du bois une demi-lumière changeante et .| naobile, qui donne h\k% objets une grandeur fantasque. Partout il faut franchir des arbres abattus sur lesquels s'élèvent des générations d'autres arbres. Je cherche en vain une issue dans ces solitudes ; trompé PWunjour plus vif, j'avance à travers les herbes, ^ orties, les mousses, les lianes et l'épais humus ^inposé àe& débris des végétaui ; mais je n'arrive
Si RESTAURATION REUGIEUSE.
qu'à une clairière formée par quelques pins Bientôt la forêt redevient plus sombre ; l'œil çoit que des troncs de chênes et de noyers qi cèdent, et semblent se serrer en s'éloîgnanl de l'infini se présente à moi. » Alors éclate un chant plein d'ivresse : u Liberté prîmitî' retrouve enfin I J^ passe comme cet oiseau devant moi, qui se dirige au hasard, et n'est rassé que du choix des ombiages. Me voilà ti Tout-Puissant m'a créé, souverain de la porté triomphant sur les eaux, tandis que 1 tants des fleuves accompagnent ma course, peuples de l'air me chantent leurs hymnes, forêts courbent leur cime sur mon passage, vous enfermer dans vos cités, allez vous sou: vos petites lois; gagnez votre pain à la sueur front, ou dévorez le pain du pauvre; égorf pour un mot, pour un maître; doutez de l'e de Dieu, ou adorez-le sous des formes supe ses: moi, j'irai errant dans mes solitudes; seul battement de mon cœur ne sera'compri une seule de mes pensées ne sera enchat serai libre comme la nature ; je ne recouu; Souverain que celui qui alluma la flamme leiis, et qui, d'un seul coup de sa main, û tous les mondes. »
Aux échos du souvenir se mêlent ici tes d'une voix personnelle et distincte. Le colori ébauches est vrai jusqu'à la crudité. Rien expressif que ces bulletins d'un conquérant (
sienne la terre où il laissera sa trace ineffaçable. Désonnais, TAmérique lui appartient du même droit que les îles de l'Inde sont à Bernardin de Saint- Pien:e, et les Alpes à Rousseau. Plus tard, il parcoun^ d'autres contrées, il saura décrire aussi d'autres cieux, la campagne roniaine, les rivages de TAttique, et la vallée du Jourdain : mais si, dans ces tableaux, la ligne est plus nette et le procédé plus sûr, il ne surpassera pas la fraîcheur et la vie de ces esquisses tracées en courant d'un trait enflammé, dont les négligences mêmes on» une grâce incomparable. C'est ainsi qu'il va de forêt en forêt, de savane en savane, de tribus en tribus, admire des effets de lune et de soleil, écoute l'harmonie des vents et des eaux, vogue sur les grands lacs, suit le cours majestueux des fleuves, explore les solitudes, interroge les vestiges des peuplades disparues, s'enivre de poésie, et arrive enfin au pays des Natchez, oîi il s'arrête pour méditer, avec son élégie de Rénéy son épopée i'Atala.
Ce fut au milieu de cette existence nomade qu'un ^ir, sous la hutte d'un planteur, à la lueur d'un feu de bivouac, un fragment de journal anglais rencontré par hasard lui apprit la fuite de Louis XVI, l'arf^tation de Varennes, la captivité du Temple, et le ^eudez vous pris par les officiers de l'armée royale T^i couraient en foule à Coblentz, sous le drapeau des princes. En lisant ces tragiques nouvelles, le gentilhomme qui s'attardait au delà des mers crut enten- ^fe l'appel de l'honneur. Au sentiment du devoir sa
mêla peut-être aussi le mal du pays, l'épuisemenlc la curiosité satisfaite, ce besoin de nouveauté qui d vait être un de ses plus vifs stimulants, le désir ( revoir un théâtre oîi il se distinguerait par Torigin lité de ses aventures, enfin l'espoir d'attirer Tallei tion par une œuvre où ses souvenirs serviraient ( cadre à la peinture d'une passion touchante. Voi comment, parti pour l'Amérique en avril 1791, apr la mort de Mirabeau, il en revint le 10 décembre ( la même année, au plus fort de la tourmente q allait l'obliger à un autre exil, celui de l'émigratioi A peine arrivé, il se marie brusquement, sans tn consulter son cœur, « pour complaire, dit-il à sa sœi Lucile » ; et, le lendemain de cette union, il rejoii bride abattue un de ses frères au camp de Condé. fit avec lui la campagne de 1792, assista au siège i Thionville, y fut blessé grièvement, laissé pour mo au fond d'un fossé, puis jeté dans un fourgon duprinde Ligne, et sauvé comme par miracle. Après 1 plus pénibles traverses, à l'âge de vingt-six ans, il retrouvaità Londres, malade, sans amis, sans ressou ces, réduit, pour vivre, à faire des traductions, et donner des leçons de français dans cette ville q plus tard devait le revoir ambassîideur de la mona chie restaurée.
Mais les épreuves du proscrit profitèrent àl'artisl car ce fut alors qu'inspiré par ses malheurs et eei de son pays, il improvisa, sous le titre d'Essai s les Révolutions j un livre incohérent, sceptique amer qui, parmi des aperçus souvent contestabli
M. DE CRATEAtBHlÂND. 87
mais curieux, nous révèle déjà sinon un penseur, du moins un écrivain.
Bien que sa loyauté chevaleresque eût partagé les périls du parti auquel Tenchaînait sa naissance, il n*eD avait adopté jusqu'alors ni les opinions, ni les passions. Au moment où un caprice de poëte le poussa vers TAmérique, il ne suivait guère d'autre guide que Jean-Jacques ; et, au retour de ce voyage qui* l'avait isolé de la France monarchique sur une terre républicaine, les disgrâces de sa cause ne le rendirent pas plus fervent qu'au départ. Entre les royalistes et leurs ennemis qui lui parurentégalement aveugles, il crut aussi peu aux fictions du droit divin qu'aux promesses de la liberté. Ses propres infortunes l'avaient aigri contre l'humanité, mais non contre des adversaires devenus moins odieux depuis qu'il avait vu de près ses compagnons d'armes. Irrité de son inaction, impatient de l'ombre où il languissait, farouche et désabusé, il entreprit de demander au spectacle de l'histoire universelle des enseignements et des consolations, ou plutôt la revanche d'un dédain stoïque et superbe qui se plut à railler la stérile activité des hommes. «Il faut, disait-il, étudier la carie, afin qu'en cas de naufrage on se sauve sur quelque Me où la tempête ne puisse nous atteindre. Celte îleli, c'est une conscience sans reproche . » Persuadé qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il se figura donc un peu témérairement que les révolutions antiques lui livreraient le secret de la nôtre, de celle qui sollicitait alors sa curiosité comme un douloureux
problème. « Émule de Franklin, dît Sainte-Beuve, s'exerçant en plein orage à des expériences scientifiques faites sur Télémentgui embrasait le ciel)», il voulut, aussi lui, sous les coups mêmes de la foudre qui incendiait TEurope, saisir la loi de la tempête sociale, et en apprécier les conséquences avec le sang-froid d'une réflexion qu'U crut désintéressée. • Dans ce sujet trop vaste et mal défini, mais susceptible de s'accommoder à toutes les saillies de son humeur, sa verve indisciplinée se trouvait à Taise ; elle pouvait circuler librement à travers l'espace ou le temps, et se permettre tous les jeux de la couleur ou de la lumière. Aussi, sous prétexte d'écrire pour lui seul, versa-t-il pêle-mêle en ce moule flexible le tropplein de ses sentiments et de ses pensées : tout un trésor de descriptions et d'images fermente au sein de ce chaos que n'organise aucune vue d'ensemble. Si une érudition hâtive s'y étale avec un luxe équivoque, des lueurs illuminent pourtant cette matière confuse. Il a le don de l'intuition, et devine d'un coup d'œil rapide ce que d'autres apprennent seulement par les lenteurs d'une laborieuse recherche. H excelle en ces rencontres heureuses qui échappent aux plumes privilégiées, lorsqu'elles se livrent sans frein aux accès de leur fougue. Parmi des fonnes déclamatoires, et les indécisions d'un art inconscient qui passe à côté de la muse sans la reconnaître et la fêter, on aime ici une imagination grandiose, la candeur d'une sensibilité puissante, une mélancolie sincère, mais déjà maladive, je ne sais quelle sauvagerie
d'eipression dont l'inexpérience nous agrée lorsqu'elle ne va pas jusqu'aux bizarreries préméditées pour l'effet, en un mot, les préludes d'une lyre qui s'essaye à des motifs harmonieux.
Quant au fond des idées, il se dérobe à l'analyse par ses contradictions ou ses caprices. Ce qui domine, entre de nombreux écarts , c'est un ton de découragement hautain s'alliant à une ironie cavalière qui n'exclut pas les effusions d'un caractère généreux. Dédié « à tous les partis », ce livre ne pouvait en satisfaire aucun. Car Chateaubriand attaque la Révolution en la déclarant inévitable. La République lui semble à la fois séduisante et impossible. Il admet le principe de la souveraineté populaire, et en répudie l'application. Il avoue bien sa prédilection pour les gouvernements mixtes qui lui paraissent les meilleurs, « parce que l'homme est complexe, et qu'à la multitude de ses passions, il faut donner une multitude d'entraves ». Mais il nous refuse la liberté civile, ne nous accorde guère que l'indépendance individuelle, et voit dans l'existence des lois une servitude dont le joug lui pèse. Philosophe par ses tendances, il n'est pas éloigné non plus, tantôt de croire à l'avènement d'une religion nouvelle, tantôt d'incliner vers un christianisme que ses vœux concilient avec je ne sais quel idéal de simplicité primordiale, où tant d'âmes déclassées pourraient enfin retrouver le bonheur. Les conclusions de cet ouvrage sont d'un Alceste prêt à fuir au désert. « La vérité, dit-il, n'est pas bonne aux méchants ; elle doit de-
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meurer ensevelie dans le sein des sages, comme Tespérance au fond delà botte de Pandore. Si j*ensse vécu du temps de Jean*Jacques, j'aurais voulu être son disciple, mais j'eusse conseillé le secret à mon mattre. »
Ces années de lutte ingrate qui devait se prolonger encore furent un salutaire apprentissage pour celui qui les subit sans défaillance. Elles sauvegardèrent du moins son originalité. Car, dans la soli* tude, et à distance de toute imitation, il put suivre ses penchants naturels, au lieu d'être emporté par les courants du siècle. Cette obscurité nous dérobe aussi les tâtonnements d'un talent qui, cherchant son issue, n'apparattra plus tard au grand jour qu'enfermé pour ainsi dire dans ses rives, comme un beau fleuve dont les eaux se déroulent majestueusement, loin de leurs sources ignorées.
De V Essai sur les Révolutions au GAiie du Chris-^ tianisme la distance n'est pas d'ailleurs aussi grandi? qu'il paraît au premier abord. Car l'incrédule d^ 1797 regrettait la foi perdue; et, si le néophyte de 4802 devint catholique, il le fut surtout par Timagi* nation. Deux influences, d'un côté les conseils d'un critique judicieux, et de l'autre une perte cruelle nous expliquent cette prochaine métamorphose. Tandis que Chateaubriand faisait à Londres ses débuts de publiciste, un proscrit de Fructidor, poCte
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élégant, chrétien par sentiment et royaliste de c(m, M. de Fontanes^ était aussi jeté par un coup de vent sur la même plage. Déjà les deux émigrés i'élâient connus à Paris, vers 1787 ; et, rapprochés par des malheurs communs, ils renouèrent facilement une amitié qui dut contribuer à changer la direction d'une intelligence jusque-là flottante, mais désireuse de se fixer, pourvu qu'on lui offrît un emploi retentissant. En même temps que Thomme de goût, fidèle Aux traditions classiques, tempérait par ses scrupules l'audace du novateur dont il reçut les confidences, et qu'il admirait avec une certaine inquiétude, il lui suggéra sans doute la pensée, je ne dis pas d'une Conversion, mais d'un retour sentimental vers les croyances auxquelles le conviaient ses affections de famille et des tristesses récentes.
Un double deuil fut l'occasion qui détermina la crise dont témoigné cette lettre écrite en 1798 : « Après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr ses enfants, ma mère expira dans un lieu obscur, sur un grabat où ses malheurs l'avaient reléguée* Le souvenir de mes égarements répandit sur ses derniers jours une grande amertume ; elle chargea en mourant une de mes sœurs de me rappeler à cette religion dans laquelle j'avais été élevé. Ma sœur me manda ce vœu suprême ; et, 9uand la lettre me parvint au delà des mers, ma sœur elle-même n'existait plus : elle était morte aussi des suites de son emprisonnement. Ces deux voix sorties du tombeau, cette mort qui servait d'in-
terprète à la mort m'ont frappé. Je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie du cœur ; j^ai pleuré^ et j'ai cm. )) Bien des consciences pouvaient alors se reconnaître dans ce langage, et nul n'a le droit d'en mettre en doute la sincérité. S'il y eut des calculs sous la pensée de l'œuvre qui suivit, ils procédèrent d'un groupe oti se trouvaient des habiles dont le zèle politique plus encore que religieux conspira très-activement au succès d'un livre sur lequel on fondait bien des espérances, et qui fut célèbre avant d'être public. Au premier rang de ces auxiliaires ardents à préparer les voies au défenseur d'une noble cause, mentionnons avec honneur un juge raffiné de toutes les délicatesses, le plus compétent des guides, l'oracle d'un salon tout dévoué, l'adorateur de M"' de Beaumont, le platonicien Joubert dont la censure fut aussi précieuse que l'éloge, quand il répétait avec tant de clairvoyance : « Ce sauvage me charme'; il faut le débarbouiller de Rousseau, d'Ossian, des vapeurs de la Tami>e, des révolutions anciennes et modernes, et lui laisser la croix, les couchers de soleil en plein Océan, les savanes de l'Amérique ; et vous verrez alors quel poëte nous allons avoir pour nous purifier des restes du Directoire, comme Épiménide avec ses rites sacrés et avec ses vers purifia jadis Athènes de la peste. » Parler ainsi, c'était comprendre merveilleusement et les aptitudes de Chateaubriand, et les conditions psychologiques de l'heure présente. Car il importait
bien moins de prêcher un dogme précis que dlnviter des profanes aux douceurs de la sensibilité mystique. D s'agissait de toucher des intelligences endurcies par l'ironie, et de ménager aux cœurs arides les sources d'une émotion qui pouvait, par ses voluptés mêmes, devenir un principe de foi. En dépit d'une indifférence apparente, beaucoup en effet ne demanddent qu'à se laisser faire. Car, sans être conquis à l'Évangile que Ton connaissait à peine par ouï-dire, la plupart de ceux qui avaient été victimes de ses persécuteurs le regardaient au moins comme une garantie d'ordre social. Mais, sous Tinfluence de cette lâcheté morale que produit la contrainte exercée par une prévention longtemps régnante , ils n'osaient professer à ciel ouvert sinon un symbole universellement délaissé, du moins des sentiments auxquels les inclinaient leurs haines politiques. Pour les décider, il fallait un entraînement d'opiuion, j'allais dire un accès de faveur mondaine. Oui, pour ces pusillanimes que retenaient des habitudes, des arrière-pensées d'amour-propre et la crainte des sourires voltairiens, la robe d'un prêtre venant solliciter leurs âmes engourdies eût été comme un pouvantail. Toute prédication austère aurait efla- ^ché cette incrédulité routinière qui n'était que îclavage du préjugé. En exigeant tout, on risquait ^e rien obtenir. Aussi fut-il bon que lapostolat d'un laïque, d'un gentilhomme, et d'un artiste soucieux de poésie que de propagande orthoavant les séductions du talent et non l'autorité
d'un caractère sacré, pouvant par là môme s'assurer d'autant plus d'ascendant que sa parole s'insiuuait sous les dehors d'un plaisir, et ne semblait recouvrir aucun intérêt d'église. Grâce à l'exemple donné par un indépendant qui défiait les railleurs, et osait opposer l'enthousiasme au sarcasme ou à l'injure, les moins braves furent pris d'un soudain courage. Se sentant raffermis contre leurs propres défaillances, et tout aises d'un signal auquel applaudie saient tant de vaincus, ils voulurent avoir leur part du triomphe, et furent les premiers à se doDoer, eux aussi, je ne sais quel air chevaleresque, en s'enrdlant dans cette croisade organisée par une élite qui allait bientôt devenir une foule.
Joubert eut l'instinct de cette situation, lorsque, justement alarmé des savantes recherches qui, dans le premier feu delà conception, tourmentèrent u^ instant son ami, et menaçaient d'égarer un pofite parmi les buissons épineux de l'érudition ou de 1^ scolastique, il lui dit impérieusement : « Non, noOi ce n'est pas là ce qui touchera le public : un souv^' nir de voyage, un trait de passion, une belle pensée vous vaudront plus de lecteurs que toute la science des Bénédictins. » Cet avis ne fut pas perdu, et Cba^ teaubriand, fermant les in^olio qu'il aurait dû k^^ jamais ouvrir, se contenta de démontrer que le cbri^^ tianisme a toujours été favorable aux enchantement^ de l'intelligence comme aux progrès de la civilis»"^ tion, ou aux plus intimes besoins de notre nature'- S'attacbant bien moins à la vérité de la doctrine qu'^
M. DE GIUTEâUBRIAND. 95
la magnificence du culte, il ne songea plus qu'à orner
l'autel, et à Tembaumer de tous ses parfums. Pour
réfuter les diatribes de ces diffamateurs qui s'étaient
fait un jeu d'affubler la religion d'un masque odieux
ou d'un travestissement ridicule, il prouva par des
raisons victorieuses qu'elle fut, dans tous les âges, la
mère et la bienfaitrice du monde moderne. N'est-ce
pas elle qui défricha tout d'abord un sol stérile,
adoucit la rudesse des races barbares, conserva dans
ses dottres les reliques de Rome et d' Alhënes, fonda
les premières écoles, offrit des asiles à toutes les
souffrances, brisa' les chaînes de l'esclave, affranchit
la femme de son servage, et fit passer dans les mœurs
ou les lois ces principes de justice et de charité dont
rÉvaogile est l'inépuisable source? Si rien n'est plus
divÎD que sa morale, rien n'est plus gracieux ou plus
imposant que l'appareil de ses cérémonies. Que dire
des monuments qu'elle a suscités ? Elle créa toutes
les merveilles de l'architecture gothique; nous lui
devoDs les temples construits par Michel-Ange et
décorés par Raphaël ; partout et toujours, elle a se«
<^adé le génie, épuré le goût, provoqué de sublimes
pensées ou des actes héroïques, en un mot, inspiré
Qon-seulement les verlus qui honorent l'humanité,
^ toutes les splendeurs de Fart, de l'éloquence ou
de la poésie.
Devant ces horizons qui leur apparaissaient tout h ^Qp, bien des Ames tenues dans l'ignorance et le ^nsoQge tressaillirent d'une joie analogue à celle de l'exilé qui, de la haute mer, entrevoit enfin à travers
la brume le rivage de la patrie. On ne rendra donc jamais assez pleine justice à la féconde originalité de cette initiative. C'était rajeunir la croyance antique par des nouveautés imprévues pour les fidèles euxmêmes. Car jusqu'alors les plus éclairés semblaient n'avoir jamais soupçonné la valeur de ces aperçus étrangers aux temps d'universelle ferveur. Il est vrai du moins que ces arguments secondaires avaient été dédaignés par l'Église, lorsque mattresse du nécessaire elle pouvait se passer du superflu. Mais ils devenaient une ressource précieuse, après la trop longue éclipse qui fit craindre une nuit définitive. Disons plus z des yeux accoutumés aux ténèbres eussent été certainement offensés par de trop brusques lumières . Il fallait donc leur ménager des transitions adoucies, et comme le demi-jour d'un crépuscule. Si la vérité pure est d'ordinaire trop forte pour la moyenne des courages, il convenait alors d'autant plus d'engager les cœurs par d'agréables détours, et comme par surprise, à l'assentiment préliminaire qui devait les conduire au parvis du temple. Ils eussent été bien malavisés ceux dont l'ombrageuse orthodoxie aurait préféré le ton de l'infaillibilité dogmatique à ces procédés insinuants qui avaient tant de vertu persuasive. A ces imprudents il eût suffi de répondre avec saint Paul : « Je vous ai donné du lait, parce que vous n'étiez pas capables de supporter des aUments plus nourrissants. » Après tant de dissertations où le pour et le contre avaient été si vainement débattus par le démon de l'analyse, chacun désirait
d'ailleurs, ne fût-ce que par dégoût et satiété, couper court à l'ennui séculaire d'une logique ingrate, et à l'assoupissante monotonie des controverses interminables. Aussi fut-on vraiment ravi d'entendre, vers la fin d'un sombre hiver, comme un chant printanier dont la mélancolie consolatrice pacifia les cœurs, tourna les contradictions en harmonie, changea les regrets en espoir, et rendit aux plus découragés l'allégresse d'une subite Renaissance.
Est-ce à dire qu'en dehors de l'à-propos qui fut un de ses mérites presque providentiels, l'œuvre de Chateaubriand ait aujourd'hui conservé la puissance d'action qui en fit un événement considérable? Non; cette question est maintenant jugée. Avouons donc d'aimables défauts que le temps a rendus sensibles en leur ôtant l'excuse du milieu social auquel ils s'accommodaient si bien. Nous reconnaîtrons d'abord ?ue le Génie du christianisme donna, sans le vouloir, le périlleux exemple d'un genre impatientant ^ consiste à justifier une opinion bien moins par des preuves solides que par des ornements de style, et l'à-peu-près des belles apparences. A la suite du ûïaître, des imitateurs ont pu se croire en droit de déplacer comme lui les questions, et de transporter ' qui ressort de la raison dans le domaine de l'imalation ou de la sensibilité. De là nous est venue te une école d'historiens assez épris du pittorespour vouloir nous ramener au moyen âge par ur de la couleur locale. Combien n'avons-nous u de publicistes archéologues prosternés devant
iOO RESTAURATION RELIGIEUSE.
lorsque, au lieu d'étudier des paysages etde prodiguer d'éblouissantes couleurs , il s'agenouillait au pied de la Croix, comme un naufragé en détresse, pour méditer sur l'homme intérieur, pour déplorer le dramatique contraste de grandeur ou de misère qui lui révélait la nécessité de la chute, et celle de la rédemption. Voilà, ce me semble, le véritable génie du christianisme. Quant à l'autre qui s'attarde dans le vestibule du temple, a peur de ses mystères, et ne contemple le Saint des Saints qu'à travers le voile de la nature ou de l'art, il agit moins sur les volontés que sur les imaginations, et il intéresse la forme plus que le fond des choses. Ses victoires peuvent être éclatantes, mais non décisives. Car il ne contribue directement ni à la conduite de la vie, ni à la réforme des mœurs ; et, s'il finissait par prévaloir, il ne serait plus que la parure décente d'une société où la religion déploierait encore ses pompes, mais cessei*ait peut-être de posséder intimement les âmes. Sans abuser de ces considérations générales qui invitent chacun à une sorte d'examen de conscience, bornons-nous à indiquer les parties fragiles d'un monument trop composite. Les chapitres qui trahissentle plus certains procédés factices sont évidemment ceux où l'incompétence théologique d'un grand poëte se risque, non sans indiscrétion,^sur le domaine réservé aux dépositaires du dogme. Lorsqu'il aborde la révélation proprement dite, et porte sur le tabernacle une main parfois téméraire, il remplace trop souvent les raisons par des images, et manque tout à fait d'auto-
M. DE CHATEAUBRIAND. lOi
é. Aussi superficielle que partiale ou approximae, son érudition de hasard ferait sourire les Pères rÉglise. Elle justifie donc les défiances de Joubert gageant son ami à s'abstenir de ce qu'il ne sait s, « à filer la soie de son sein, et à chanter son opre ramage » .
Il est vrai que ces occasions sont rares; et le iatre retrouve ses facultés supérieures dans les ncontres où il ne songe plus qu'à s'abandonner son plaisir, pour charmer nos yeux par les mertilles de la création. Mais pourtant, nous regretrons aussi qu'il ait alors exagéré l'argument des iQses finales par telle ou telle subtilité qui en dimile le crédit légitime. Oui certes, Montaigne était ^e quand il nous conseillait a de juger sobrement s ordonnances divines » . Car nous sommes expos à de singulières méprises par la prétention d'exiquer le comment et le pourquoi de toutes les loses naturelles, d'après le sentiment vague de itilité relative que nous en pouvons tirer. Bernarn de Saint-Pierre ne s'était-il pas avisé de découir qae les puces sont brunes, afin qu'on puisse les stinguer aisément sur des bas blancs? Dans ses ttres sur la physique^ Aimé Martin ne nous apsnd-il pas que, si les corbeaux ont un plumage ir, c'est pour être aperçus de loin sur la neige par perdrix et les lièvres dont ces oiseaux se nourrist pendant l'hiver? Chateaubriand ne va point jue-là : le ridicule, il l'évite, mais il ne se garde suffisamment de l'écueil que nous signalons.
Car, dans Bon livre, il est plus d'uM page où Tati^ teuî des Essais prendrait en fauté « liii de 6es io^ terprëtes et contrôleurs ordinaires des desetti&s de la Providence) faisant 6tat de trotiver des eMm aux moindres accidents » • Il faut par exemple hMi* coup de complaisance pour admirer avec lui 5 dâfii les crocodiles^ les marques de la bonté divine; et l'on se demande aussi , Uoq sans un peu d'étonoe^ ment, quel rapport existe entre la poule â*eau> M poule sultane, le héron ^ le butor et te génie du christianisme.
M&is insister sur ces détails serait irfévél*éfl6ei Boyons plutôt reconnaissants pour Titiimitâblê éôri* vain qui, dans sa prose descriptive^ surpassé à lu fois BufTon par la vivacité de ses couleurs^ Bferoftf* din de Saint^Pierre par les coquetteries d'un pin* ceau prêt à toutes les nuances, et Jean« Jacques pu la profondeur de sa mélancolie. Jamais le sentinieiit de la nature ne fut plus éloquent, et jamais la laôgue française n'a été plus éblouissante, ou plus riche tn trésors d'harmonie. Il lië faut donc pas traiter éét ou» vràge comme un système théologiqué, mais toxsm un poème; et alors, les éléments qui paraissaient dis^ cordants retrouvent leur unité dans la phyÉienWfiîe de Tenchatiteur qui fhscina son siècle pat* la magie de sa parole, tl réussit en eSbt à lui imprimer des i&« pulsions qui Se prolongèrent. Ce fût lui, éomme nous le verrons plus tard, qui lança toutes les idées dont le train rapide devait nous métier dU româli'' tisme» Ce fut lui qui jeta brusquement les esprits
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hors de Tornière t)ù s'éUit arrêté l'âge pfècédôùt.
Désondais Tépoqûe VOlt&iriÉnne est dô^e, Wtû ^
plaise à ceux qui, s'obstinant à continuer led tfAili^
lions d'une ironie fHvole, né fiéi'Âiènt plu^ qu'tiu
aAâOhroniB&e. Cô n'é&t pas que la guên>e tônité
rÉY&ngile goit finie; il est trop vrai t^û'ellé duré
encoire ; malB quiconque Voudra lâ poui^^uiVré devi^
changer de tactique, et usôi* d'àUtres armé». La H&i*pie,
qui véûait de brûler ses preniiéinôs idt^es, cotnpHt
donc bien la portée d*utt livi^ réparateur lortqùll
écrivait : « Ahl MeS9ieûi*s les philosophe», Vous
Aveis affaire à plus ton que vous ! )) Oui, lé critiqué
voyait justes Car iiâ se sentil*eiit bléSÈés au cdiut*, et
poUBBèlréUt des cris dé colèl'é, tUais qui se perdiréUt
parmi lés a^h^leitoatioUS du triomphe auquel féit dllu^
àlou ce mot de M. de Bonald : a Dans rbuvfâge dé
Ml de Chateaubriand^ la véHté est éômmé uuê reiUé
ftU jour de son éOUh)Uiléuient. »
6i tiD9 ttnpfessiou!! né sont plus àusM vives^ c'est que, par ingratitude pbur lé Service rendu ^ nou& pefdous trop de vue Tôppottunité des circonstances historiqueis àu tnilieu desquelles se produisit TàVé^ netuent d'un écrivain dont lë prëitige, aujourd'hui trop amoindri 3 ne souffrit pas d'éelip^e durant un demi>*siôôle» Malgré les vicissitudes qui renversèrent lés trônes âutout* de lui, trois générations ne cés- 5ert)nt pas de respecter désormais jusqu'au silence de ses hautaines tristesses. 6à royauté^ qui va sut>
céder à ceUe de Voltaire, ne connaîtra ni un rival, ni un héritier» Mais jamais elle ne fut plus popu-
laire qu'à cette heure vraiment unique où le Génie du christianisme apparut comme Tarc-en-ciel après le déluge.
C'était au printemps de 1802, au lendemain de ce traité d'Amiens qui consacrait une paix glorieuse, et à la veille du pacte d'alliance qui allait réconcilier la religion avec la France. Un Te Deum venait d'être chanté à Notre-Dame, le 18 avril, durant les solennités de Pâques, en présence de Bonaparte escorté de tous les corps de l'État, lorsque, dans k Moniteur, M. de Fontanes annonça ce livre que le Souverain accueillit comme l'auxiliaire de ses grands desseins. Le nom du jeune chevalier breton volait déjà sur toutes les lèvres. Car le gracieux épisode àAtala^ qu'on avait lancé d'avance, ressemblait « à la colombe envoyée de l'arche avec le rameau d'olivier qui promettait la sérénité du ciel * » . La conscience publique, éclairée par tant de calamités, appelait de tous ses vœux une ère nouvelle qui mît fin aux années d'oppression et de douleur. Croyants et politiques se trouvaient d'accord, les uns pour fêter le retour de ce qu'ils aimaient, les autres pour assurer à l'autorité monarchique son plus ferme appui. Y eut -il jamais un concours de conditions plus propices à l'entrée en scène d'un personnage destiné manifestement à la gloire, et au rôle privilégié que lui réserva son génie entre les deux révolutions qui bornent sa carrière, depuis la radieuse