CHAPITRE m
l ResUaration officielle du culte. Le premier Coosul ; fîls du xvni* sièeie, laof être Toltairiflo, il Toit dam la rtliiflon une garantie d'ordrt social, et un moyen de gouTeraement. — Son déisme indifférent à toute foi positive. — Le Concordat, œuvre politique. PériU de ce traité d'alliance.-* H. M. DE Chatsaubriand. Biographie du poêta ; son enfance rêveuse, ses révoltes indépendantes, ses instincts aveatureux. Séjour à Paris (1788}; initiation à la vie littéraire, dans le ▼oiiinaga de Jean-Jacquea et de Bernardin de Saint-Pierrt. — Voyage en Amérique (1791}. Son journal; le paysagiste, -'> Ke« tour en France (10 décembre 1791). — Le camp de Condé, l'émigré à Londres. «- Essai sur tes révolutions. Scepticisme politique et religieux. Contradictions. Années d'épreuves qui sauvegardent l'originalité de Técrivain. — I1L Le Génie du Christianisme (1802). Influence de Pontanes. Griie morale. Conseils de Joobfrt. L*à* propos de l'ouvrage; attendrissement des âmes môle de respect Dom∈ réhabilitation littéraire et sociale du sentiment religieux. -^Défkota et mérites. Le théologien et le peintre. Monumeoi d'ordre composite. Prose descriptive; Venchauteur. Il ferme la pé^ node Yoltairienne.
Un grand politique et un grand écrivain devaient ^re les promoteurs de ce réveil désirable dont le ^gnal fut donné par le Concordat , et le Oéniê i^ christianisme. Quand M. de Bonald faisait à l'ancien régime l'honneur de Tériger en théorie mô» ^physique , il ne releva que les chimériques espé» wnces d'un parti qui se plaisait à vivre d'illu* sions. Quand M. de Maistre poussa des cris de ^lère contre les destructeurs du trône et de Tautel,
son verbe impuissant n'avait pas non plus la vertu qui ressuscite les morts. Tous deux auraient donc vraiment prêché dans le désert sans Tbomme d'État qui, voulant utiliser la discipline de TÉglise au profit de sa domination, rendit au culte sa vie extérieure^ et sans le poète qui, réconciliant l'esprit français avec un Dieu calomnié, (( dressa la Croix sur toutes les avenues de l'intelligence humaine » *, pour conduire enfin les foules repentantes ou émues vers le seuil des temples reconstruits.
Dans un pays que des siècles de monarchie et l'oppression révolutionnaire avaient habitué à recevoir d'en haut son mot d'ordre, l'initiative d'une réparation attendue, sans être encouragée par l'opinion régnante, ne pouvait guère procéder que d'un pouvoir assez habile pour en saisir l'à-propos, et assez fort pour imposer silence aux mécontents. Puisque la volonté d'un seul allait devenir partout maîtresse, expliquons la portée d'un acte solennel dont les conséquences subsistent encore, et interrogeons les mobiles qui l'inspirèrent au premier Consul. Ses propres témoignages seront ici notre lumière.
Et d*abord, il n'est pas douteux que la haute intelligence de l'Empereur se soit toujours inclinée respectueusement devant la croyance à un Être suprême. Mais, s'il faut s'en rapporter aux confr* dences du Mémorial de Sainte^Hélène, il n'allait pas au delà du déisme spiritualiste, et s'en tenait per-
i« M. dd Sacy. Variétés morales , littéraires et historiques*
iL DE CiUTEAUBRIAND. 73
sonnellement au catéchisme du Vicaire savoyard. En rétablissant les cérémonies catholiques, il accomplit donc une œuvre sociale et politique dont il résumait ainsi les intentions : « Je me servais de la religion comme de base et de racine. Elle était, à mes yeux, l'appui de la morale, des vrais principes, et des bonnes mœurs. D'ailleurs, l'inquiétude de l'homme est telle qu'il lui faut le vague du mystère. Mieux vaut donc, pour lui, prendre là le merveilleux que de le demander à Cagliostro, à mademoiselle Le Normant, à toutes les diseuses de bonne aventure, et à des fripons. » Dans ces échappées de sens pratique, mais trop brutal, dont la franchise n'est pas exempte d'une involontaire irrévérence, ne cherchons point des sous-entendus et des réticences de voltairien. Non, Bonaparte n'eut jamais un tempérament de libre penseur, élevé à l'école du persiflage superficiel. Bien qu'il fût, aussi lui, fils du xvm* siècle, son fHtionalisme, tempéré par une secrète indifférence^ fcconuaissait plutôt des bornes qu'il ne voulut jamais franchir témérairement. Un jour, quelqu'un ayant osé lui dire qu'il pourrait finir par être dévot, il répondit d'un air sérieux : u Je crains que non, et je le regrette; car c'est une vraie consolation. » ^iiis, l'entretien continuant sur ce sujet, il ajouta : « Dire d'où je viens, ce que je suis, où je vais, est au-dessus de ma raison, et pourtant cela est : je suis la montre qui existe, et qui ne se connaît pas. Toutefois, le sentiment religieux réconforte tellement les ftmes que le posséder est un bienfait. » Ce ton
74 RESTAURATION RBLIGIBUSE.
de grave attendrissement avait peut-être alors si source dans les douleurs d'une infortune qui app» lait à son aide le calmant d'qne foi positive. Mais j( soupçonne qu'au temps de sa grandeur, le Souve rain habitué à voir dans le monde des forces plu que des principes dut mêler une certaine sèche resse à ces questions qu'il n'avait ni le goût, ni 1 loisir de méditer autrement qu'au point de vue d rintérêt temporel, comme des faits envisagés d sang-froid, sans amour et sans haine.
Il sut du moins toujours concilier avec sa dignit morale la plupart des actes officiels que lui impos l'exercice du pouvoir, et jamais il ne poussa le souc dynastique jusqu'à engager trop avant son intim responsabilité. Ce fut ainsi qu'après son roariag avec Marie^Louise, malgré les pressantes instance qui lui conseillaient d'aller, comme les anciens rai de France, communier en grande pompe à Notre Dame, il s'y refusa résolument, et ne voulut poin s'exposer «à un sacrilège». Entre les différent cultes qui se partageaient son vaste empire, oett attitude d'impartiale neutralité convenait du.rest au devoir suprême qu'il formule en ces mots : « Nu doute que mon espèce de scepticisme ne fût prafl table aux peuples. Autrement, aurais*je pu pratique une véritable tolérance parmi des sectes contrafartt si j'avais été dominé par une seule? Gomment ai] rais-je conservé Tindépendance de ma pensée et i mes mouvements, sous les suggestions d'un conf« seur qui m'eût gouverné par les craintes de l'enfei
IL DE CHATRAUBRIÀND. 75
J'éUii tellement pénétré de ces vérités que je me promattais bien d'élever mon fils, autant qu'il eût été en moi, dans les mêmes principes, n
Eq d'antres termes, la religion, sous ses formes variées, lui parut être surtout une garantie d'ordre, et on instrument d'influence. Dès son expédition d'Italie, ses clairvoyants pressentiments avaient compris qu'une réaction religieuse était inévitable en France, et que l'appui du clergé serait un levier poissant pour un ambitieui. De là un double jeu qu'il sootint très -habilement. Tandis que dans sa correspondance particulière il parlait de la cour de Borne avec le dernier mépris, pour flatter les passions du parti révolutionnaire qui avait l'impru* dance de traiter l'Église en ennemie , il ne cessa pu, dans ses rapports particuliers avec le Sainte Siège, d'être obséquieux ou c&lin, et, dans ses démarches publiques, d'exagérer des hommages intéressés qui pussent obliger le pontificat à la recon« naissance. Gr&ce à cette diplomatie, les deux camps ^^rorent qu'il était pour eux un ami. Mais au fond, il ftvait lortout souci de sa fortune ; et, une fois assuré de la dictature, il ne visa plus qu'à transformer ses auxiliaires de la veille en sujets dociles au moindre <^price de ses volontés. Tout en favorisant les doc* urines et les pratiques dont le retour concourait au bien de ses peuples, à leur police administrative, à romement de son trône et à la sécurité de sa couronne, il prétendit surveiUer de près une autorité rivale dont les empiétements pouvaient gêner ses
vues, et usurper sur son domaine. Plus il sera obsédé par sa folie de domination universelle, et plus deviendront tyranniques les ombrages d'un despote qui voulait étendre sa suprématie sur toutes les consciences, et protégeait les prêtres catholiques de la même façon qu'il avait ménagé les imans, ou les sectateurs de Mahomet.
Musulman en Egypte, philosophe devant le Directoire, et catholique à Rome, il aurait donc pu dire avec Zaïre :
J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux.
Outre que ses actes en témoignent^ ses aveux nousr apprennent que, s'il avait été libre d'accomplir tout ce qu'il méditait, il eût gouverné le monde religieux aussi impérieusement que le monde politique. ((Pie VU, dit-il avec impertinence, était vraiment un agneau : si nous eussions été laissés à nous seuls, je l'eusse amené à ne plus regretter son temporel; j'en aurais fait une idole ; il fût demeuré près de moi; Paris serait devenu la capitale de la chi;^ tienté : mes conciles en auraient été la représentation!* J'aurais eu mes sessions religieuses comme mes sessions législatives. Les papes n'en eussent été que les présidents, j'eusse ouvert et clos ces assemblées, approuvé et publié leurs décisions, conune l'avaient fait Constantin et Charlemagne. » Voilà le rêve qui peut-être traversait déjà son imagination vers l'époque du Concordat. Car il écrivit plus tard qu'ayant alors à choisir entre la foi luthé-
Tienne 00 catholique, il se décida pour celle-ci, parce que le conquérant de l'Italie ne désespérait pas d*eïercer un jour sur le Saint-Siège une influence prépondérante qui deviendrait pour le maître du monde un irrésistible a levier d'opinion d . Bref, il eût voulu faire manœuvrer l^glise comme un régi* ment.
Nous ne prendrons pas à la lettre ces paroles datées de Sainte-Hélène, et prononcées à distance des événements avec un charlatanisme inconscient ou calculé qui prétendait éblouir la postérité par l'extraordinaire. Mais il nous est permis, du moins, d'affir* . mer qu'en ouvrant les temples Napoléon pensait à lui-même encore plus qu'à la France. Lorsque, pré- ^ par un cortège épiscopal , il se dirigea vers %tre-Dame au milieu de sa garde musulmane, il P'iparait le décor de la scène impériale ; et, suivant le mot de M. de La Fayette, il songeait alors à la ^nte ampoule.
I)es mobiles personnels se mêlèrent donc à un bieniidt qui eut sa triste rançon; et pourtant il est é^îtable de reconnattre qu'aprte dix ans de persécution, d'exil ou d'oubli, ce coup d'État, accueilli par ies rires étouffés des uns et la colère des autres, pouvait seul, du matin au soir, restituer à la religion l'autorité légitime dont la violence l'avait dépouillée. D'un trait de plume, en dépit des mœurs encore rebelles, le christianisme rentrait ainsi d'emhlée en possession de ses presbytères et de ses élises, sous les yeux des profanateurs dont la m^u-
78 RESTAURATION REUQIEU8E.
vaise bameur, désormais impuissante, ne tarda pi
à subir le ohfttiment du mépris public. Quelquo
uns jugeront peut-être qu'il eût été préférabte i
voir la Croix reconquérir peu à peu le sol popukin
au lieu de revenir, comme une émigrée, sous Tabi
de la pourpre , par la &veur d'un patronage qui Ym
posait, tôt ou tard, à se trouver Tobligéed'un hommi
ou la vassale d'un sceptre exigeant. C'est une ques
tion de décider s'il n'y eut pas un péril dans oeti
situation. Au moins estril manifeste qu'il ne sufGsa
point d'un décret pour ranimer les croyances^ i
d'un contrat pour les maintenir. C'était beaucoo]
sans doute, d'avoir rendu à l^glise la sécurité c
son utile ministère ; mais il fallait rallier le troupes
dispersé, déconcerter l'impiété frémissante, enhardi
le respect humain, désarmer <tes préjugés tenaoei
raviver des souvenirs elEacés, ou des traditioii
éteintes, incliner doucement les âmes vers une fi
qui s'ignorait elle-même, ménager aux frivdes l'ai
irait d'une énH»tion, en un mot, annoncer la bonn
nouvelle à des Ames disponibles, mais qui, apH
tant de secousses, se reposaient de leur lassitd
dans Tasile provisoire de l'indifférence.
Or, cette cure di£Bcile, nous en sommes redevi blés au G^ie du christianisme ; et ce fut Cbateai briand qui contribua le plus efficacemrat à la ooi valescence d^une société malade. Puisqu'il y ei tant d'opportunité dans l'apparition d'un livra c toute une génération salua son initiateur et son il terprète, chercbons dans les origines et le caradà