I.\ PHKSIK -ors I.KMPIRK. Ifl'i
se prit, aussi lui, dans un piège, lorsqu'il composa ses Bose-croix, sorte de lanterne magique où sa spirituelle souplesse ne lui servit pas à dissimuler les longueurs d'une fable dépourvue d'unité, d'action et d'intérêt. La même méprise égara Millevoye qui, dans sa languissante ébauche de Charlemagne à Pojcie, s'époumona vainement, et dut aggraver sa phthisie par les efforts qu'il fit pour enfler sa trompette. Le grand homme qui releva l'empire romain en Occident ne pouvait manquer d'être en faveur sous l'aventureux capitaine qui prétendit renouveler ses destinées grandioses. Aussi des profanateurs nombreux osèrent^ils attenter alors aux gestes carlovingiens. Mais ils ne méritent qu'une mention posthume dans un catalogue.
Entre ces pâles fantômes, nous no distinguerons qu'un nom, très-oublié pourtant, celui de Creuzé de Lesser, intarissable trouvère qui a droit à quelque bienveillance, pour avoir un des premiers sauvé de la poussière nos romans de chevalerie, et les cantilènes populaires de la vieille France. Ce chaos, il tenta de l'organiser en un cycle qui ne comprend pas moins de cinquante mille vers. Il en résume ainsi les principales phases :
J'ai retiré des anciennes archives
La Table ronde, et ses scènes naïves.
Aux vrais Gaulois plus tard j'ai présenté
Leur AmadiSy et sa fldélité ;
Et Galaor, preux un peu moins ûdèle,
A fait une ombre à ce brillant modèle.
, Mais aujourd'hui, par mon ardeur lancé) Et pour flnir comme j'ai commencé, Fiers paladins, amour, chevalerie, Je vous invoque, et toi surtout, Roland, Toi, dont la gloire est à jamais ohérie, Toi, le patron de tout Français vaillant.
Cette justice rendue & notre littérature primiti lui assure, du moins, une place parmi les vulgari^ a^ teurs qui réhabilitèrent le moyen Age trop méoonir^^ par les préjugés dédaigneux des philosophes, oa 1^ moi^ue des pédants. Il faut aussi lui savoir g^^ d'avoir déridé par quelque enjouement le sériam:^^ glacial de la muse héroïque. Car il a des pages dozit e naturel nous délasse de cette fausse noblesse q;ui était le ton habituel de ses confrères. Nous dteroxaS) par exemple, ce fragment du sixième chant d'Afwm.€t' dis. On en goûtera Taisance, et le tour familier :
Du temps présent je disais pis que pendre ; Voilà que Dieu, de mes plaintes lassé.
Me transporta soudain au temps passé, Qu'avec chaleur il m'entendait défendre.
Faut-il vous peindre, hélas I ce que je vis? De toutes parts, châteaux-forts, ponts*levis; De toutes parts, régnait la violence :
Pour les hameaux point de tranquillité, Point de repos, peu de virginité; Chaque donjon était une puissance.
Force seigneurs, d'ailleurs peu délicats, Touchaient leur hien sur les routes publiques, Exerçant là, de leurs mains héroïques, Un beau métier que je ne dirai pas.
Puis disputant et de rase et de crimes, Entr'eux sans cesse ils allaient s'égorgeamt. Rentrés chez eux, ils demeuraient Teillant, Ou, s'ils dormaient, rêvaient à des abtnMS.
Dans ces chriteaux, la terreur des tyrans Vengeait un peu le malheur des victimes. En vain pour moi, parmi tant de fureurs, Je recherchais les arts consolateurs ; Je regrettais tant de plaisirs tranquilles. Du temps passé le charme s'effaçait, Et las bientôt d'un spectacle effroyable. Je dis à Dieu : « Rendez-moi, s'il vous plaît. Le temps présent qui ne vaut pas le diable. »
Bien que trop lâche, le style de ces vers n'a-t-il pas quelque affinité lointaine avec le badinage de Voltaire, ou plutôt deGresset? U nous ramène à des traditions effacées, à cette ironie malicieuse qui nous réussira toujours mieux que les grands airs^ où la voix se force pour monter au sublime.
Il en fut ainsi de M. Viennet^, et de sa Philip^ pidcy œuvre qui date de la même époque, et dont plusieurs passages se font lire encore, non sans un ^rtain plaisir, parce qu'un esprit gaulois s'y débat sous le poids des 16,000 vers qui le tiennent enseveli tout vivant, comme Encelade dans sa prison de l'Ktna. Jugez-en par la boutade que voici :
Quel triste amas de superstitions
A tourmenté ce monde sublunaire l
Sur ces fléaux de nos religions
Le sage en vain nous prêche, et nous éclaire.
L'homme toujours aura des visions,
Et les plus tins feront les bons apôtres,
t. Ne confondons pas dans la foule un poëte qui eut souvent, et
longtemps, i'origioalité d'un bon sens très-acéré. Il composa, sous le
pT«inier Empire, des ÊpUt^es « distinguées, mais qui se sentent de la
cOQtrainte du temps. Ce sont des belles fleurs venues en serre chaude j> ,
<^t M. CuTillier-Fleury, dans un spirituel article sur Arbogaste.
17S LA POfiSIB SOUS L'EMPIRE.
Pour exploiter la sottise des autres*
Une béate en ses rôves pieux
Croit voir un spectre ; une antre s'imagine
Qu'une statue a remué les yeux,
Et va le dire à sa bonne voisine.
Le bruit circule, et s'accroît en marchant*
Tout le quartier l'atteste en frémissant.
Un mage alors s'empare du miracle.
Il fait un conte, il y joint un oracle ;
La foule accourt, et porte son argent ;
Les charlatans arrivent à la ûle :
En moins d'un siècle, on les compte par mille.
Bien qu'irrévérente et un peu vulgaire^ la verve ^^ ce passage ou de tel autre nous fait regretter q^H^ d'agréables talents^ se fourvoyant à la poursuite d'u^^ gloire chimérique^ aient alors lâché la proie poi^^ l'ombre. Ces imprudents ressemblent à cet origine qui| parti pour la chasse au lion, revint tout al^ d'avoir attrapé une cigale*
Bien en prit donc à ceux qui restèrent fidèles i leur aptitude, et au génie d'une race narquoise; car on pourrait composer une anthologie fort amusante avec de simples pièces fugitives qui ont plus de droits à notre souvenir que tous les triomphateurs des concours décennaux. Qui de nous, par exemple, ne préférera pas à la Rosamonde de M. Brifaut, homme d'esprit pourtant, et du plus fin, cette bluette de Legouvé :
Une Lais perdit l'amant le plus Ûdèle.
On la disait en pleufs ; un ami court chez elle ;
Il la trouve riant en face d'un miroir ;
i.A i>()Esii: >(H> i;i:mimui:. 17..
« V(uis nu» surprenez fort, dit-il à la doiuelle « Je vous croyais au désespoir, »
a — Ah I lui répond soudain la belle, « C'est hier qo'il fallait me voir I
Qui ne donnerait la MaUéide^ la Davidéidcj ou la ^éroviidey pour cette fantaisie de Lebrun :
Philis n'a point d'esprit, mais sa bouche est si belle
Qu'à celle de Yénas elle peut s'égaler ;
Je ne l'écoute point quand je suis auprès d'elle,
Mais je la regarde parler.
Cette veine si française^ on n*osa pourtant l'ex-
Ploiter qu'à la dérobée. Car le solennel prévalut ; il
^'accordait mieux avec le décorum d'une cour où l'on
^ma trop cette pompe artificielle qui éblouit les yeux.
^^ailleurs la poésie légère eut à faire pénitence de ses
péchés récents, qui étaient devenus scandale. Vers
l^ fia du Directoire, un de ceux qui contribuèrent le
plus à propager le fâcheux exemple de la licence ne
îut^il pas réduit à rougir de ses imitateurs, qui lui
faisaient injure par un libertinage éhonté? Oui,
Pamy lui-même disait alors, en reniant ses disciples :
Quel est ton nom, divin enfant? — L'Amour.
— Toi ! l'Amour I — Oui, c'est ainsi qu'on m'api>elic.
— Qui t'a donné cette forme nouvelle?
— Le temps, la mode, et la ville, et la cour.
— Quel front cynique ! et quel air d'impudence ! Maisqu'aperçois-je? un masque dans la main! Des pieds de chèvre, et le poil d'un Satyre ! Quel changement!...
Reconnaissons-le donc : rEcnpirc, au lendemain d une orgie, eut la sagesse de comprendre que la
174 LA P0É81B SOUS L'BMPIRB.
littérature avait besoin d'être assainie par une sévérité réparatrice. S'il ne réussit pas & guérir les vices d'une société trop relAchée pour devenir capable cle ces œuvres viriles qui méritent la gloire, il lui impo&sa du moins certaine bienséance extérieure, et cou pa court à la contagion. Voilà ce qu'il faut ne pas trc^p oublier en &oe des efforts tentés pour encourager le goût des lettres sérieuses. Les Muses se convertirent même si bien que leur gravité nous fait mourir d'^Knui. Ce fut un autre excès ; mais la conscience f^miblique cessa d'être offensée par des outrages ^vi déshonorent la plume. Si l'épopée concourut à résultat, il est donc juste d*en tenir compte à sa diocrité présomptueuse.
lU
Ce défaut, nous allons le retrouver encore, mai^ sous des formes plus tolérables, dans la poésie didao* tique, dont la stérile abondance fut la suite d'uii^ impulsion qui datait de l'âge précédent. Plus d'una cause explique le long règne de ce genre qui fleurit à toutes les époques d'épuisement et de décadence. Ressource commode pour qui manque d'invention, ne devait-il pas se développer de plus en plus sous l'influence d'une philosophie qui bannissait Dieu de la nature, et ne vit dans notre intelligence qu'un servile écho du monde extérieur ? La sécheresse de l'esprit critique tendait aussi à substituer l'analyse des phénomènes sensibles à l'étude du cœur humain, et la mémoire à cette inspiration supérieure gui s^ali-
LA P()i:SlK <nL< L KMPllU:. 17:.
îiientc de sentiments et de pensées. Ajoutons que la curiosité fat vivement sollicitée par les progrès de la science^ et invita les lettrés à s'engager dans une voie qui menait' aux succès faciles. 8e rapprochant de la firtm, pour se faire accepter plus sûrement par des itidilNireâts, le ¥ers se mit donc à enseigner et ti disserter, sans renoncer toutefois au désir de plaire. De là tant de poèmes descriptifs éclos vers la se-» oonde moitié du xvui" siècle.
Venues de l'étranger avec Gessner et Thompson, les Pastorales et les Bucoliques s'acclimatèrent sans IMeine, en un temps où les imaginations blasées s^amu^ tient volontiers à des rêves d'innocence primitive, où les économistes prirent l'homme des champs * sotts le patronage de leurs doléances. Le talent ne fit point défaut à cette école ; car il y en a dans les ^(lisotu de Saint-Lambert, comme dans les Jardins- ^^ Rosset, et les Mois de Roucher. Mais ces beaux ^rits ne furent que des citadins habitués à demander aux livres Tétude de la nature, et non à vivre près d'elle dans une intimité quotidienne. Aussi n'eurenl^ils ni l'exactitude lumineuse de Texpression, ni la candeur d'un accent personnel^ ni la naïveté de la rêverie, ni la franchise de l'observation. Ces hommes de salon prétendent nous faire aimer ce qu'ils n^aiment pas eux-mêmes ; et, dominées par un parti pris littéraire, leurs peintures ne sont trop souvent que les jeux d'une fantaisie mondaine. Car ils D^entrevoient les objets qu'à distance, à travers des souvenirs classiques; ou, s'ils se risquent à les
176 LÀ POESIE SOUS L'ËMPlRf:.
regarder en face, ils sont trop prudes pour ne pas les affadir par des gentillesses de boudoir. Tantôt ils ont l'air de puiser en des cahiers d'expressions des images toutes faites ; tantôt ils s'ingénient en raffinements précieux, ou en minauderies griin^çantes. Vagues et maniérés, tous leurs paysages s^ ressemblent donc par des couleurs convenues das^^ Tà-peu-près ne rappelle rien de distinct^ ni déprécia* Ce ne sont guère que les lieux communs d'un pii ceau routinier qui s'étudie laborieusement coquetteries d'une gr&ce fardée. Dans ces tableai^^ mensongers se rencontre à chaque page soit ui^ ^ emphase sentimentale qui agace les nerfe, soit un timidité qui, n'osant appeler les choses par leu^-nom, dédaigne, condamne, élimine, ou dérob^^ comme vulgaire tout détail expressif et familier.
Les travers qu'avaient mis en vogue des vsxsi^^ applaudis ne pouvaient que s'exagérer en passant des maîtres aux disciples; et la dictature d'un brillant esprit que ses contemporains appelèrent trop fostueusement le Virgile français ne ramena point le goût vers l'intelligence du simple^ du grand, ou du vrai. Delille, en effet, comme toutes les renommées populaires, eut son cortège d'imitateurs. Mus, en le parodiant à leur insu par des pastiches, ils ne réussirent qu'à discréditer ses procédés ; et cette émulation indiscrète transforma ses qualités mêmes en abus dont le ridicule saute aux yeux. L'excès du mal étant toujours voisin du remède, ils nous rendirent du moins, à la longue, un service dont ils ne se dou*
LA PnESlK SOLS L KMl^lRK. [11
Uiioiit guère; et, par l'ennui qu'ils inspiraient, ils c^odtribuèrent indirectement à la fortune des talents qui bientôt les firent oublier.
Si ce mérite involontaire n'est point de ceux qui nous obligent à la reconnaissance^ ne refusons pas cependant tout à-propos à un mouvement qui eut son utilité relative. Après une crise sociale qui avait dispersé dans l'exil ou dans les camps toute une génération dont les premières études ne purent s'achever, il n'était pas mauvais, ce me semble, que la langue française se remît à des exercices dont l't^nique visée fût l'adresse de l'exécution. Avant de prendre un essor indépendant, n'avait-elle pas besoin de s'assouplir, de s'initier aux ruses de la fao- ^ïire, d'essayer les ressources du vocabulaire, de s* enhardir sous la discipline de la difficulté vaincue, ^^ de faire ainsi cette année de rhétorique dont les Meilleurs ne sauraient se passer ?
Tel est, à mon sens, le profit des efforts tentés par à^ plumes qui luttèrent, parfois victorieusement, contre des sujets où la forme était le principal. Le vers français devint donc un apprentissage analogue à la pratique du vers latin. Tous ces motifs de développement, oîi ridée ne fut qu'un prétexte à l'industrie du détail^ ne ressemblent-ils pas un peu à ces modestes devoirs où l'écolier commence à se faire la main? Grâce à cette gymnastique, certains poètes finirent par se dégourdir, et réussirent môme à manier leur outil avec une dextérité remarquable. Aussi n'aurait<>on que l^embarras du choix, si l'on
voulait en offrir de jolis échantillons auxquels s'appliqueraient assez bien, comme un éloge m6Ié de blâme, ces vers où Campenon représente les fleurs artificielles :
Oui, loin des champs, il est uae autre Flore,
Que Tart fait naître, et que Paris adore ;
Vous ne verrez, dans ses temples trompeurs,
Que festons secs, que guirlande inodore .
Là, quand l'hiver nous livre à ses rigueurs.
Un faux printemps se reproduit sans cesse ;
Kt, sous les doigts 'de la jeune prétresse
Qui par son art ose imiter les fleurs,
Le lin docile en pétale se plisse,
Se frise en feuille, ou se courbe en calice.
Sur ces bouquets, méconntis des zéphirs,
Un pinceau sûr adroitement dépose
L'or du genôt, le carmin de la rose.
Ou de l'iris nuance les sapliirs.
Puis on les voit, dans nos folles orgies,
Au sein des bals, loin des feux dii soleil.
S'épanouir aux rayons des bougies.
L'œil applaudit à leur éclat vermeil ;
Mais sur ces tleurs, enfants d'une autre Flore,
Je cherche en vain les pleurs d'une autre Aurore.
('ampenon aurait pu distinguer sur ces fleurs jusqu'à ces gouttes de rosée qu'il n'ose nommer que par périphrase ; car elles s'imitent, elles aussi. Mais ce que nous chercherions en vain^ soit en sa Maison des champs^ soit en d'autres œuvres analogues, c'est l'âme, le sentimeai, la vérité, la vie, à savoir le secret de cet art souverain qui est la poésie même*.
1. Camp€Don mi tourner en vers faciles des détails secs ou techniques, iugeir-eiï par cette description du Paratonnerre :
Que si la uueeu long sillon tranchant Ouvre son sein, le fenue, et l'ouvre encore,
U P0ÉS1£ SOUS LEMPIRË. 179
S dénier toute estime à un genre protégé par le venir de Delille, de Fontanes et de ChénedoUé, nettODs-nous donc de préférer à la monotonie du e descriptif telle ou telle épigramme dont la pointe nllait alors des lecteurs assoupis, ci du moins, la langue française reprit sa frane, et sa verdeur. Oui, quand on vient de subir mignardises de ces agronomes a qui ornent de rs le soc de Triptolème )>, on est prêt à faire bon leil même à des méchancetés trop brutales qui )chent la flèche sans Tenjoliver, par exemple à
Il m'appelle petit auteur :
Eh bien ! c'est un petit malheur.
En attendant que l'on me dise
De quelle taille est mon censeur.
Je le mesure à sa sottise,
Et suis frappé de sa grandeur.
el est encore ce coup de boutoir administré a
Et (le nos toits tout à coup s'approchaiU, Semble y porter Teffrayant météore, N'aVez-Toua pas la tlèche de Franklin, Qui, vers le:» cieux s'ou^rant un 8Ùr chemin, Dresse sa tige, atteint la foudre errante, Kt de se« feux aussitôt s'eraparaut, Du haut du fer où leur flamme serpente. Guide à vos pieds leur courroux expirant; Tamlis qu'au loin les clochas du village. Que font mouvoir l'ignorance et la peur. Vont dans les airs tous noircis de vapeur. De leur vain bruit irriter le nuage.
I* n'en persistons pas moins à dire que l'accent passionné fit léfaut à tant de redites pastorales. Ces versilicateurs oublièrent în est de la campagne comme de l'amour; pour la bien dianler,
C'e»t peu rl'ètre poète, il faut être amoureux.
Luce de Lancival par le môme écrivain, Fabien Pillet, qui se trouvait du reste en cas de légitixue défense :
J'ai lu les vers dont il m'assomine, Mais je les ai lus sans humeur.
Si tous ses madrigaux sont d'un méchant auteur, Son épigramme est d'un bon homme.
On avait la fibre fort chatouilleuse dans ce moXB.^^ de critiques et de régents, où se coudoyaient tan t ^^ vanités rivales et jalouses. En voici un nouveau '•^ moîgnage qui, pour être anonyme, n'en sera ï>^s moins le bienvenu.
Du Dieu des arts obscurs persécuteurs, Je ris, pédants, de vos complots barbares : Je ne crains point vos plats inquisiteurs, Vos agrégés, ni vos sots en simarre.
Je dompterai tous vos grimauds latins ; Nouveau Samson, j'en aurai seul la gloire. La charge sonne; avancez, Philistins:
Et toi, Dorval, préte-moi ta mâchoire I
Parmi ces duels d'amour-propre figurèrent pl^^ d'une fois des acteurs en vue, notamment Bao«-^f' Lormian et Lebrun, dont les épées s'étaient cf^^' sées dans cette attaque, et cette riposte :
Lebrun do gloire se nourrit ; Aussi, voyez comme il maigrit!
— Sottise entretient l'embonpoint ; Aussi Baour ne maigrit point.
Puisque l'épigramme seivit alors d'asile aux gQO^
rît, profitons-en pour sauver aussi de Toubli bagatelle d'Andrieux :
Que de coquins dans notre ville, Monsieur Hcrpin, sans vous compter !
— Morbleu ! cessez de plaisanter, {jîï railleur m'échauffe la bile I
— Hé bien ! soit : je change de style ; Déridez ce front mécontent.
Que de coquins en notre ville.
Monsieur Hcrpin, en vous con)ptant !
I correction malicieuse n'est-elle pas d'un tour ; spirituel? Mais j'aime mieux encore la gaieté sophique de l'impromptu suivant qu'inspirait plume d'Ândrieux une promenade aux Gâtâtes :
De ces demeures redoutables Les froids et mornes habitants Sont devenus fort bonnes gens :
Point ennemis de leurs semblables, Point serviles, point arrogants.
Point envieux, point irrital)les, Point menteurs, et point médisants.
Et pgint bavards insupportables.
Ma foi ! quand je songe aux vivants.
Je trouve les morts fort aimables.
[ le voit donc : l'arme de l'ironie ne se rouilla is en terre gauloise. Mais César ne lui permettait le se jouer ailleurs que dans les querelles littés, ou contre les travers généraux qu'on peut jer sans irriter les puissants. Aussi est-ce à titre îreté que nous terminerons notre esquisse par leux traits qui eurent la chance d'échapper h
rœil vigilant de la censure. L'un est un jeu de mots assez înofrcnsif :
Du grand Napoléon je suis l'admirateur; S'il me croit son sujet', je suis son serviteur.
L'autre, intitulé Dialogue de Bertrand et de Bonaparte^ cache un cri de colère contre les hécatombes des champs de bataille. Le voici :
Sire, il ne reste plus un seul homme dos nôtres. — Ami, fais-toi tuer; je vais en clierclier d'autres.
Cette épigramrae perdue dans le Mercure pourraiL être la moralité de notre étude ; car elle expliqui mieux que toutes les raisons littéraires Tinanité d^^r^ la poésie impériale.