CHAPITRE V
• MiLLivOTB. HarmcMiie d'un talent et d'une destinée. L'élégie personnelle. La Chute des femlles. Le Poète mourant. — Premier Mgrnal d'un mode nonreau. Parny. L'accent de la passion. Les romances de M** Dcfresnot. Mémento d^wa oublié : Dknnb- Baron. — IL L'ossianisme : ses éléments. Vagues tristesses. L'Empereur, et son barde fiiYori. Ossian, et M"« de Staël. Le romantisme de l'Empire. — BAOUA-LoRtfTAN; l'arrangeur babile, et prompt à l'à-propos. Sa Jérusalem délivrée. Ses épigranmies. H se fait le Ducis d'Osaian. Berrices rendus par cet engouement populaire. VetUées poétiques et morales, Conclttsion.
Là où sombrent les épopées et les tragédies^ une simple fable surnage. Ce ne sont pas les flottes orgueilleuses qurarrîvent le plus dîrectementà la postérité. Un frêle esquif traverse mieuxles âges. MiUevoye nous en est une preuve nouvelle. Car une larme, voilà toute sa fortune. Son nom demeurera gardé par une seule page d'autant plus assurée de flotter sur l'abtme qu'elle fut comme le premier et le dernier mot d'une âme qui, passagère d'un jour, s'envola doucement dans une plainte impérissable.
L'harmonie d'un talent et d'une destinée, tel est donc l'attrait de ce poète qui devait défaillir dans la saison des promesses, avant la maturité. Encore y eut-il bien des heures perdues pour un chanteur trop précoce qui eut à peine le temps de se reconnaître.
Aussi n'exhumerons-nous pas les ébauches du rhëtoricien candide qui, de 1801 à 1804, émerveillait ses régeuts par sa facilité prolixe, et trop docile à la routine de TÉcole. Ces années eurent pourtant leurs vives influences dont la trace est visible en des essais trop vite interrompus. J'entends par là que Tenfant grandit, parmi les pures affections de la famille, sous le vigilant regard d'une mère attentive au premier sourire d'une vocation, et complaisante aux ravissements d'un rêveur auquel fut permis l'essor d'un heureux naturel. Ses guides littéraires sont donc seuls responsables des erreurs qui risquèrent de l'égarer, je veux dire des discours, des dialogues, des traductions, des pastorales, des héroïdes, des jeux descriptifs renouvelés de l'abbé Delille, en un mot, des autres amusettes que le vent a emportées bien Imo. Mais un jour vint où le lauréat fourvoyé dans les concours académiques finit, sans le savoir, par écouter son cœur ; et alors, affranchi de ses entraves, apparut tout à coup le TibuUe maladif et tendre, dont les élégies eurent, sinon la passion et sa flamme, du moins une suavité discrètement voluptueuse. C'est vous avertir qu'il ne faut y chercher ni le relief de l'expression, ni l'éclat de la couleur, ni les élans soutenus. Mais elles nous agréent par la limpidité d'un vers coulantqui s'abandonne à la pente du sentiment; elles nous enchantent par la mélodie d'un gazouillement voilé. Ses modulations pourront même sembler parfois trop frêles, et presque éteintes. Mais, si le souffle est court, le timbre de cette voix haletante