‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 2)Chapitre 6 sur 56 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

soucieux de les recueillir chez des écrivains conni ou dignes de l'être, que de passer scrupuleusemei en revue tous les ignorés qui eurent une heure d'exi tence éphémère, en un temps oîi les versifîcateu formaient, eux aussi, comme une grande arméi Cependant, pour combler les lacunes que nous in posait la nécessité d'un choix discret ou d'une o donnance lumineuse, nous ménageons, à la fin ( notre volume, une sorte de galerie biographique c petits et grands ont tous une notice appropriée à lei importance. Dans cette vallée de Josaphat, chaqi tombe porte son inscription. Mais, pour varier i peu la sécheresse d'un catalogue, nous y avons di séminé des citations qui éclairent ou commente] les jugements exprimés sur les oubliés dont il coi venait de raviver la mémoire. En cela, nous croyoi répondre aux exigences des lecteurs qui, maintena; plus que jamais, aiment à savoir les choses par menu, se décident volontiers par eux-mêmes, tex en main, et demandent presque aux lettres l'exa titude des sciences. S'ils ont la patience de feuillet cet inventaire, ils seront peut-être plus clémen pour une génération dont les modes furent parfo ridicules, qui eut assurément le tort de s'entêt dans la routine, et déparier trop souvent une lanj morte, mais qui racheta ses travers par le respect

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Tait, et la ferveur d'une bonne volonté littéraire où nous voyons encore une promesse de rénovation prochaine.

Autant nous avons craint de nous égarer dans les détails d'une érudition trop particulière, autant nous évitons ces vues systématiques dont le risque serait peut-être de convertir les faits en abstraction ou les hommes en formules, et parfois de donner à la vérité même je ne sais quel air d'arrangement ou d'ar* tifice. S'il est malaisé de surprendre le secret d'une âme isolée, n'y aurait-t-îl point quelque péril à emprisonner dans une définition cet être collectif qui s'appelle une société? Ce n'est pas qu'on doive méconnattre les courants généraux que déterminent des causes assez puissantes pour provoquer une impulsion décisive. Ces tendances, nous essayerons de les discerner en toutes les rencontres où elles s'accusent par des signes manifestes. Or, sous l'Empire, se produisirent encore des semblants de doctrines communes. Mais, au lieu d'être, ainsi qu'au xvn* siècle, un fleuve qui coule à pleins bords, en fertilisant ses rives, elles ressemblaient à des eaux stagnantes, ou qui vont se perdre dans les sables. Si des centres littéraires purent alors se constituer, il n'y eut donc là qu'une cohésion précaire entre des éléments inertes ; car nul ascendant supérieur ne ralliait les

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esprits. Quant aux groupes où la vie s'était réfugia ils ne se formèrent qu'à grand'peine sous le rega d'un Pouvoir inquisiteur ; et, partis de camps opp ses, ceux qui les traversèrent ne s'entendirent, plus souvent, qu'à condition de ne pas s'expliqui Leur alliance momentanée fut moins une sympati de principes qu'une coalition d'intérêts et de haini Au fond, chacun réserva ses regrets ou ses esf rances.

C'est que le jour approche où, sous l'influer d'une Révolution qui avait renversé toutes les ht rières, la plupart des intelligences se feront libi ment leur voie, sans se soucier de qui les pi cède ou les suit. Dès lors, l'affranchisseme ira jusqu'à la dispersion. Aux entraves des règles substitueront de proche en proche les aventures la fantaisie personnelle; et si, parmi les idées q vont affluer de tous les coins de l'horizon, quelque unes s'organisent en foyers de propagande, ces te tatives de recrutement seront plus bruyantes qu\ fectives; car les professions de foi qui battront rappel en faveur d'une croyance ou d'une poétic deviendront de plus en plus le calcul des indé dants ou des habiles qui veulent justifier leui priées par des théories inventées après coup lange et bigarrure, péripéties imprévues et ra]

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flux et reflux d'opinions ondoyantes et diverses^ oscillations du pour et du contre, tourbillonnement d'imaginations inquiètes et désabusées de leur idéal avant d'en avoir fait une réalité, voilà le caractère de l'avenir qui se prépare ; et l'époque impériale nous en laisse déjà pressentir quelques traits sous l'uniformité monotone d'une discipline tout extérieure qae déconcertera la moindre secousse.

Dans un temps où s'annonce la dissolution des anciennes écoles, sans que les nouvelles aient conscience d'elles-mêmes, la critique n'a guère sous les yeux que des individus. Aussi sa principale ressource est-elle de tracer des portraits ; mais elle doit les encadrer dans le milieu politique et social dont l'homme ou l'écrivain a pu recevoir l'empreinte. C'est ce que nous ferons, sans oublier jamais que le premier devoir du peintre est de respecter la ressemblance, et par conséquent d'être impartial. Or, ce mérite est belle à qui aime la vérité. Le plaisir de la connaître n'est-il pas assez vif pour qu'on désire ne point le gftter par ces partis pris qui troublent la clairvoyance de l'observateur ?

Est-ce à dire qu'il nous suffise de satisfaire notre curiosité ? Non, certes ; car ce serait aller tout droit à rindifférence. Or^ nous estimons que l'histoire doit avoir des principes, et contenir un enseignement.

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