XIV PRÉFACE
Celle de TEmpire ne nous apprend-elle pas que les talents faiblissent toujours avec les caractères? Si un peuple est responsable de ses institutions, comment ne le serait-il pas aussi de ses livres? Oui, ses arts, ainsi que ses lois, représentent la fortune bonne ou mauvaise qu'ont méritée ses mœurs, ses croyances, ses sentiments et ses actes. Ce n^est donc jamais impunément que les âmes fléchissent. Toutes les ibis qu'elles abdiquent leurs droits, et par conséquent leurs devoirs, les esprits déclinent, et cette inévitable expiation est surtout visible en un pays qui, plus que tout autre, peut dire avec Descartes : « Je pense^ donc je suis. »
Professer cette doctrine, c'est affirmer que la littérature ne nous paraît pas seulement un jeu de la fantaisie personnelle, mais un écho de la conscience publique, et qu'elle se ramène toujours au suprême intérêt de tout ordre social, à une question de Morale et de Liberté. C'est donc déclarer aussi que le Progrès indéfini nous semble possible, et que nous n'admettons pas un fatalisme qui condamnerait toute éloquence ou toute poésie à parcourir trois périodes, la naissance, la vie et la mort, sans aucune chance de résurrection. Non, la langue française n'est point une de ces plantes chétives qui ne fleurissent qu'une fois^ et se dessèchent aux approches de l'hiver,
PRÉFACE. ZT
mais plutôt cet arbre généreux dont parlait Horace, et qui renouvelle ses feuilles à chaque retour de printemps. Aussi ne serons-nous jamais de ces pessimistes qui ne peuvent se consoler d'être nés dans leur siècle. Sans vouloir flatter le nôtre, nous ne prendrons pas pour devise : Laissez là F espérance. Au lieu de faire l'oraison funèbre des vivants, disons plutôt que le découragement seul est sans remède ; ajoutons qu'il n'y a pas de malheurs irréparables pour un Peuple soucieux de conserver, avec le sentiment de ce qu'il vaut, une foi vaillante en son avenir, et les vertus publiques ou privées qui en assurent la fortune. Confirmer cette certitude par l'histoire de la littérature impériale et de la Renaissance qui suivit de grands désastres, voilà une des leçons que se proposent ce livre et ceux qui le continueront, si nos rares loisirs le permettent.
Gustave Merlet.
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