‹ Tableau de la littérature française, 1800-1815 (volume 3)Chapitre 50 sur 58 · L'Empereur de Russie · texte numérisé non relu

L'Empereur de Russie

Usurpant l'euphémisnae et l'onomatopée, La gazette se guindé au ton de l'épopée ; Et le drame si cher aux sensibles bourgeois. Pour qui de nos laquais plaident toutes les voix, Si près de son berceau, le drame dégénère : Il prend chez le Vandale une face étrangère : Et nous enrichissant des chefs-d'œuvre des Goths, Fait du cintre au parterre éclater les sanglots. Au nez de Poquelin, sans voiler sa statue, L'Odéon retentit des cris de Kotzebue.

L'ÉPiGRAMME étant un genre éminemment français, recueillons ici quelques-unes de celles qui eurent leur moment de célébrité sous l'Empire.

Contre Chénier.

Tout fait bâiller Joseph-Marie :

Nous avons beau nous travailler.

Monsieur toujours bâille et s'ennuie ; Rien ne saurait le réveiller.

Laissons bâiller Joseph-Marie; S'il bâille autant qu'il fit bâiller, Il bâillera toute sa vie.

( Ferlus. )

Auprès de Jupiter, Prométhée en disgrâce Se vit en proie au bec d'un vautour inhumain, Qui lui rongeait le cœur et le rongeait sans fin. Supposez Chénier à sa place :

Le vautour serait mort de faim.

( Vigée.)

Les grands et les petits Voleurs.

De grand malin, chez un banquier fameux. Certains voleurs avaient su s'introduire; Quel coup pour eux! Besoin n'est de déduire Combien d'avance ils s'estimaient heureux. Au coffre-fort vole toute la bande; Mais le banquier les avait i)révenus, Et la nuit même, avec tous ses écus, Le drôle était parti pour la Ilollaiido.

{A'/iflncux. )

Le maître du genre fut surtout Lebnin-Pindare, comme on en jugera par ces citations :

Sur le Dictionnaire de l'Académie.

On fait, défait, refait ce beau dictionnaire,

Qui, toujours très-bien fait, sera toujours à faire.

Sur Dorât.

Dorât, qui veut tout essayer, tout feindre, Trompe à la fois et la gloire et l'amour : Il est si bien le poëte du jour Qu'au lendemain il ne saurait atteindre.

Sur un méchant auteur.

En prose, en vers, Lubiu compose ; Mais je ne sais par quel travers, 11 met trop de vers dans sa prose.

Et trop de prose dans ses vers.

Sur une dame poëte.

Églé, belle et poëte, a deux petits travers : Elle fait son visaye, et ne fait pas ses vers.

Dialogue entre un pauvre poëte et l'auteur.

On vient de me voler : — Que je plains ton malheur!

— Tous mes vers manuscrits. — Que je plains le voleur !

Défense de La Harpe.

Non, La Harpe au serpent n'a jamais ressemblé; Le serpent siffle, et La Harpe est sifflé.

La Harpe, professeur de poésie.

Oh! La Harpe est vraiment un professeur unique! Il vous parle si bien de vers, de poétique Qu'instruit par ses leçons, on ne peut désormais Lire un seul des vers qu'il a faits.

Moyen de parvenir.

Un chêne ét^it, sur la cime hautaine Du mont Ida, roi des monts d'alentour : Un aigle était sur la cime du chêne : Près de l'Olympe il y tenait sa cour.

o42 APPENDICE.

A l'improviste apparu it, un beau joiir, Maitre escargot, fier d'être au milieu d'elle. Des courtisans l'œil ne se croit fidèle. L'un d'eux lui dit : « Me serais-je trompé : Insecte vil^ toi qui jamais n'eus d'aile, Gomment vius-tu jusqu'ici? — J\d rampé. »

Tragédie et drame.

La Harpe (Jean-François de) [1730-LS03]. Né à Paris, fils naturel d'un gentilhomme du pays de Vaud, orphelin à neuf ans, recueilli au collège d'Harcourt, où il remporta deux ans de suite le prix d'honneur, enfermé plusieurs mois à Bicêtre pour des couplets contre ses professeurs, il débuta dans le monde des lettres par un volume d'Hcrotdes^ et une tragédie, Warvlck [MQ'i). D'autres suivirent : Timoléon (1764), Pharamond (1765), Gustave Wasa (1766), les Barmécides (1778), Jeanne de Naples (1781), Philoctête (17.^^3), /es Brames (1783), Coriolan (17.S4), et y^r^ime (1786). 11 fit aussi des drames, Menzikoff, Mélanie{illO), eiBaimevelt. Lauréat couronné pour ses Éloges de Fcnelon (1771), Racme (1772), et Catinat (1775), il avait forcé les portes de l'Académie, en dépit des ennemis que lui avaient suscités ses articles rogues et hautains du i)ferc?/re (! 770). Il quitta ce journal en 1786, pour entreprendre au Lycée (depuis VAtliénêe) des conférences qu'il continua pendant douze ans, et qui devinrent son Cours de littérature. La sûreté de ses jugements qui eui-ent alors beaucoup de crédit lui valut le surnom de Quintilien français. Partisan très-exalté de la Révolution, il n'en fut pas moins arrêté comme suspect, en 1794, et ne sortit de prison qu'après le 9 Thermidor. Cette captivité métamorphosa le libre-()enseur et le réjmblicnin en catholique et royalisie ardent, mais sans amendei' son caractère irrita])le. Il ne fil dès lors que changer d'ennemis. Proscrit au 18 Fructidor, et réduit k se cacher pour échapper à la déportation, il rejiarul, après Brumaire, dans sa

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ohairo du Lyoéo. Sa Correspondance littéraire avec le ^raïui-diii' deUussio (Paul V\ 1709-1803), arma contre lui bien des liaines. Mentionnons encore, parmi ses œuvres, des Épitres, des Odes, des Discours, des Contes, entre autres Tangu et Fêlime, des traductions de Suétone^ CamoènSy Lucain et le Tasse, enlin, avec un A6rc^d6^e VHistoire des voyages, des Commentaires sur Racine et Voltaire.

Fenocillot de Falbaire (CbarleS'Georges) [1727-1800]. Né à Salins, il fit jouer un opéra-comique, les Deux Aveugles (musique de Grélry), et deux drames, le Fabricant de Londres (1772), puis V Honnête criminel, en vers (1787), pièce dont le héros est un jeune calviniste de Nîmes, qui prit aux galères la place de son père.

Ducis (Jean-François) [1733-1816]. Né à Versailles, d'une famille pauvre, originaire de Savoie, constamment étranger aux passions des partis politiques, bien que fidèle aux principes républicains, nommé en 1778 à l'Académie française, où il remplaça Voltaii^e, il fut un des maîtres de la scène française, de l.SOO à 1812. Voici l'énumération de ses œuvres dramatiques: Hamlet {\1Q9), Roméo et Juliette (1772), Œdipe chez Adméte {\11S), le Roi Lear (1783), Macbeth (n84), Jean-Sans-Terre (1791), Othello (1792), Abufar, ou la Famille arabe (1795), Fédor et Waldamir, ou la Famille de Sibérie (1803). Ses poésies diverses et sa correspondance ne le recommandent pas moins que son théâtre.

Mercikr (Louis-Sébastien) [1740-1814]. Né à Paris, il débuta par des Héroides, des pièces de théâtre, et un Essai sur Vart dramatique ; il semblait y pressentir les principales réformes du Romantisme. En 1771, il publiait aussi un ouvrage étrange, VAn 2440, ou Rêve s'il en fut jamais. Il prétendait depuis y avoir tout prédit, depuis les crimes de la Révolution jusqu'à l'adoption des chapeaux ronds. En 1781 parut son Tableau de Paris, qui l'eût fait enfermer à la lîastille, s'il ne s'était réfugié en Suisse. Durant la Révolution, il rédigea les Annales patriotiques, devint député à la Convention, membre du conseil des Cinq- Cents, puis de l'Institut, et professeur d'histoire à l'École

Centrale. Très-fécond on aperçus nouveaux, il eut le travers de trop aimer les paradoxes, comme le prouve entre autres son ouvrage sur V Impossibilité du système de Copernic et de Newton. C'est lui qui, sous l'Empire, répéta souvent : <( Je veux voir comment cela finira ; je ne vis plus que par curiosité. » Ses principaux drames sont Natalie, le Faux ami (1772), le Juge{\ll^) la Brouette du vinairp'ier (1775), Jenneval (17^1), Vîndigent (1782;, le Déserteur (1782). Il avait écrit plus de cinquante pièces. Il réussit dans le pathétique ; mais son style est sans valeur.

KoTZEBUE (Auguste-Frédéric-Ferdinand de) [176 1-1 8 iU]. Né à Weimar, secrétaire d'un général russe à vingt ans, recommandé par lui à Catherine II, qui le fit gouverneur civil de la province de Revel, puis directeur du théâtre de Vienne (1795), il revint en Russie vers 1800, subit un an d'exil en Sibérie pour un pamphlet contre Paul P^, dirigea le théâtre allemand de Saint-Pétersbourg, et retourna bientôt à Weimar d'où ses querelles avec Goethe le forcèrent de partir. Après des voyages en Italie et en France, il alla rédiger à Berlin un journal hostile à notre pays, et, de 1811 à 1814, fut secrétaire d'Alexandre l^'*. Il mit la main à ses manifestes, proclamations et notes diplomatiques. Après la paix, devenu consul général de Russie à Kœnigsberg, il retourna en Allemagne vers 1817. Là, ses écrits peu sympathiques aux idées libérales lui aliénèrent les étudiants, et l'un d'eux, Sand, le poignarda à Manheim. Ses œuvres dramatiques, traduites en français par Weiss etL. J. Jauff'reten 1703-, comprennent plus de trois cents pièces, dont les principales sont : Misanthropie et Repentir, la Uéconciliation ou les Deux frères, Gustave Wasa, les Hussites, Hugo Grotlus, Octavie et Bnlla. On a traduit aussi les ouvrages suivants : les Malheurs de la famille d'Ortemberg (180Ï), W'?, Aventures démon père (17î)î)), V Année la plus remarquable de ma v?'e(1S02), les Bijoux dangereux (1802), Souvenirs de ma vie (1804), Voyage en Livonie, à Rome et à Naples (ISOO), les Premiers siècles de la Prusse (1808), VEmpire germanique (1814). Il a du feu, du pathéli(iue, et une remanjuable entente de la scène.

]\£me DE Vallivon, connuG SOUS le nom de Julie Mole, pensionnaire de Tancicnne Comédie-Française, sut accommoder adroitement au goût français le drame de Kotzebue, Misanthropie et Repentir. Le succès fut éclatant. Dans une; petite comédie du temps, intitulée Comment faire ? on représente un mari dont la femme s'évanouit à ce drame. Il s'écrie :

Comme elle est pâle et blême !

Alors le garçon de tbéâtre qui la ramène lui répond :

Ne vous alarmez pas :

Madame est la vingtième

Aujourd'hui dans ce cas.

Mais comme cela gagne, à la fin, moi je tremble

Qu'un jour acteurs et spectateurs, Auteurs, moucheurs, ouvreurs, souffleurs,

Ne se pâment ensemble.

j^mc ^e Vallivon avait fait aussi plusieurs comédies, VOrgueil puniy et le Sultan de vingt-quatre heures.

Laya (Jean-Louis) [1761-1833). Né à Paris, originaire d'Espagne, il fit représenter, en 1789, les Danc,ers de l'opinion, drame en vers qui mérita des applaudissements, et en 1793 VAmi des lois, joué quelques jours avant le supplice de Louis XVL Cette protestation contre un régicide valut au poète l'honneur d'être jeté dans une prison d'où fil ne sortit qu'après Thermidor. Sous l'Empire, il devint professeur au lycée Napoléon, puis à la Faculté des lettres. Il composa aussi d'autres drames, lis Deux Stuarts, Jean Calas, Une Journée de Néron, et Falkland.

Raynouard (François-Juste-Marie) [1761-1836]. Né à Brignolles (Var), avocat à Draguignan pendant quinze ans, suppléant à l'Assemblée Législative en 1791, il devint célèbre par sa tragédie des Templiers (1805), qui le conduisit à l'Académie française, en 1807. J^es États de Blois, composés en 1804, et représentés le 22 juin 1810, à Saint- Cloud, devant l'Empereur, ne furent joués publiquement que sous la Restauration. Quant à sa troisième tragédie, Léonore de Bavière, elle est absolument oubliée. Nommé en décembre 1813 par le Corps Législatif membre de

la commission qui devait prononcer sur les négociations entamées avec les puissances, il rédigea le rapport que prononça Laine ; cette adresse précipita la chute de l'Empire. Membre de la Chambre des députés en 1814, il devint en 1817 secrétah'e perpétuel de l'Académie. Érudit et philologue, Raynouard était moins fait pour le théâtre que pour les recherches historiques. Un Lexique roman (1838), un Choix de poésies originales des troubadours, ses études sur les Templiers (1813), et le Droit municipal en France (1823), font honneur au savant. Ajoutons toutefois qu'il se trompa, lorsqu'il supposa l'existence d'une langue romane primitive, type des idiomes néo-latins. L'homme se fit estimer, en dépit d'un caractère peu avenant. On raconte que, chargé de défendre une cause dont le gain lui assurait cent cinquante mille francs, il ne voulut recevoir que soixante-deux francs cinquante centimes pour frais de vacation et de timbre.

Caigniez (Louis-Charles) [1762-1842]. Né à Paris, auteur dramatique, surnommé le Racine des boulevards, il fut, >! dans le mélodrame, un des émules de Pixerecourt. L'une i( de ces pièces, la Fie voleuse, qui fournit un libretto à la Gazza ladra de Rossini,fut longtemps applaudie en 1815.

DuvAL (Alexandre) [1762-1842]. Né à Rennes, il fut buraliste, marin, soldat volontaire en Amérique, ingénieur, acteur, directeur de l'Odéon (i807), et bibliothécaire à l'Arsenal. Académicien en 1812, il composa plus de cinquante pièces de théâtre, qui réussirent souvent et à bon droit. Ses principaux drames et ses comédies furent la Jeunesse du duc de Richelieu ou le Lovclace français (1796), les Héritiers (1796), les Projets de mariage (1798), Edouard en Ecosse ou la Nuit d'un j^roscrit {\S02), Struensée ou le Ministre d'État (1802), Guillaume le Conquérant (1803), Shakespeare amoureux ou la Pièce à l'étude (1804), le Menuisier de Livonie ou les Illustres Voyageurs {\S0'6), les Jlussites ou le Siège de JSaumbourg (180'0, la Jeunesse d'Henri V (iSOo), le Tyran domestique {\HOi3), la Tapisserie {]H()S), la Princesse des Ursins ou les Courtisajis (1820), la Ma?Ue des grandeurs {\H\1), enUn la Fille d'honneur

(1818). On lui doit aussi bon nombre d'op6ras-comiques, entre autres le Prisonjiiery le Trente-eUquarante^ Benioivski, Maison à vendre.

BouiLLY (Jean-Nicolas) [1763-1842]. Né à Tours, avocat en 1781), plus tard membre de la commission qui organisa les éQoles primaires, il finit par se consacrer exclusivement à des œuvres de littérature morale : Contes à nia fille. Conseils à ma fille, les Jeunes Femmes, Mes récapitulations, sorte de mémoires où il raconte sa vie. Parmi ses pièces de tliéatre, mentionnons l'opéra de Fierre le Grand {WdO), une comédie, Madame de Sévigné, des opéras-comiques, les Deux Journées, Une Folie, Fanchon la Vielleuse, et surtout son drame rAbbé de l'Èpée, qui unit l'intérêt de l'action à l'accent d'une sensibilité souvent dramatique.

JouY (Joseph-Etienne, dit) [1764-1846]. Né à Jouy (Seine-et- Oise), il eut une jeunesse très-romanesque. Sous-lieutenant à treize ans, il avait déjà fait un voyage en Amérique lorsqu'il revint achever ses études à Versailles. Officier d'artillerie, il partit pour les Indes, où un trait d'audace lui valut un collier donné par Tippo-Saib, Mêlé aux premières campagnes de la Révolution, il sauva d'nn grand péril M°^*^ Adélaïde, sœur du duc de Chartres, menacée d'être prise sous les murs de Tournay. Devenu commandant de place, il prit sa retraite en il9\, pour se vouer aux lettres. Ses débuts furent des vaudevilles trèsapplaudis {Comment faire ? 1798; les Sabiîies 1799). Puis, l'opéra de la Vestale, mis en musique par Spontini, lui mérita le prix décennal de poésie lyrique (1810). Il composa le libretto de Fernand Cortez (1807), des Bayadéres (1810), des Abencerrages {CAiiiYwhïm, 1 8 1 2) , de M oi'se (1827), et de Guillaume Te/Z(1 829). Ambitieux d'une gloire plus personnelle, il fit jouer au Théâtre-Français, en 1813, la tragédie de Tippo-Saib, inspirée par un souvenir de ses voyages. Outre que la mort du héros est fortuite, et ne se lie guère à l'action, cette pièce est plus lyrique que dramatique, mais offre un sérieux exemple de couleur locale. Il soutint ce succès par la tragédie de Sylla (1822), qui réussit bruyamment, grâce à Talma. Il fut moins heu^

peux àsinsBélisaire{{S2o),ei Julien ({S21). Son talent flexible amusa le public par des esquisses de mœurs qui furent populaires sous ce titre : VErmite de la Chaussée-d'Antln. Mais il épuisa cette veine, lorsqu'il voulut transporter son Ermite en Province, à la Guyane et en Prison. Libéral et voltairien, rédacteur du Constitutionnel et de la Minerve, il fit une guerre très-vive à la Restauration,* et fut nommé bibliothécaire du Louvre, en 1830. Il était académicien depuis 1815. M. Empis lui succéda.

GuiLBERT DE pixERECOURT (René-Charles) [1773-1844]. Né à Nancy, il suivit son père dans l'émigration (1791), et revint à Paris sous la Terreur, avec l'intention de travailler pour le théâtre. Il attendit, durant cinq ans, une première représentation qui eut lieu en 1797. Ce succès lui ouvrit toutes les scènes secondaires, sur lesquelles il fit jouer, pendant trente années, plus de cent vingt pièces, surtout des mélodrames, dont le dénoûment est très-moral. Les principaux sont les Mystères d'Udolphe (1798), Cœlina ou VEnfant du mystère (1800), le Pèlerin blanc (1801), VHomme à trois visages (1801), la Femme à deux maris (1802), les Mines de Pologne, Téléki (1803), la Forteresse du Danube (1805), les Ruines de Babylone (1810), le Chien de Monta7'gis{\8li), etc. Les journalistes l'appelèrent, non sans ironie, le Shakespeare, le Corneille, le Crébillon du boulevard. Une habile construction et une mise en scène pittoresque s'associent dans ses œuvres à un style ronflant, dont l'enflure paraissait alors de l'éloquence. Il avait traduit, en 1804, les Souvenirs de Paris de Kotzebue. J. Janin le juge ainsi :

Il avait une façon d'arranger son banc de gazon, de disposer sa forêt de vieux chôncs, de piéparer son kiosque, qui faisait que, bon gré, mal gré, dès que la toile était levée, on regardait, on s'inquiétait, on était attentif. 11 avait do petites ressoin'ces sons nombre qu'il disposait à merveille ; le tictac du moulin, un rayon de la hiuc, une amorce mal brûlée, un pont qui croulait à propos, un cri inattendu, un gémissement du vent, des riens, des misères... Mai.^ ces riens remplissaient la scène d'un frisson inattendu. Je sais très-bien que tout cela n'est pas de la po/isie, qu'un bon vers, parti (h l'àme, vaut cent millions de fois mieux (jik; toutes ces surprises; mais je sais aussi qn'à défaut de poésie on est encore trop lieureux de trouver ces curieux arrangements d'une imagination qui n'est jamais en défaut.

Brifaut (Charles) [1781-1 8o7]. N6 à Dijon, il se fit d'abord connaître par un poëme épique en trois chants et en vers de dix syllabes sur les aventures de Rosamonde, maîtresse de Henri II, roi d'Angleterre, et tuée d'un coup de poignard par la reine Éléonore. Voici comment s'annonce ce dénoùment tragique :

C'est ton arrêt : frappons; ma voix l'éveille.

— Qwel bruit soudain a frappé mon oreille?

— Moi. — Qu'ôtes-vous, étrangère ? et quel sort Vous mène ici? qu'y cherchez-vous? — Ta mort.

— Ciel! un poignard! — Retiens tes cris, écoute : Me connais-tu ? — Je frémis ! — Réponds-moi. -^ Je suis perdue! ah! c'est elle, sans doute, Éléonore. — Oui, c'est la reine. Eh quoi!

Tu sais commettre un forfait, et tu trembles ! Lâche I — Un forfait, moi ! — Plaire à mon époux, M'ôter son cœur, c'est le premier de tous.

Il fut plus heureux dans ses tentatives dramatiques. Si Jeanne Grcy se vit interdite par l'Empire, et ne put être jouée qu'en 1815, si Charles de Navarre n'obtint qu'un succès d'estime , son ISinus II réussit bruyamment en 1813. La censure avait obligé le héros, d'abord Espagnol, à se métamorphoser en roi d'Assyrie. Ce déménagement se fit sans difficulté, dans un temps où les héros tragiques n'avaient pas de patrie. M. Brifaut dut au souvenir de cette journée un fauteuil académique, — en 1826. Causeur très-spirituel, il a laissé des mémoires qui ont de l'agrément, et représentent au vif sa physionomie mondaine. (Voir une étude sur ses œuvres, dans Réalistes et Fantaisistes, par Gustave Merlet.)

Saucerotte Raucourt (M"^ Françoise- Marie -Antoinette), [1756-181 o]. Née à Nancy, fille du comédien Saucerotte, elle débuta en 1773, au Théâtre-Français, dans le rôle de Bidon, au milieu d'un enthousiasme que justifiait la pureté de son jeu. Mais, l'envie s'éveillant, elle dut, pour se dérober aux cabales, s'enfuir en Russie [1776], et ne rentra aux Français qu'en 1779. Dès lors, on ne lui contesta plus sa supériorité. Si les notes sensibles n'étaient pas son triomphe, elle excellait par la noblesse, l'ironie, la véhémence et la passion. Ses créations furent Gléopdtret

Cornélie, Agrvppine, Athalie, Médée, SémiramU. Emprisonnée sous la Terreur, elle rallia plus tard à l'Odéon l'élite des comédiens, vit fermer son théâtre transporté dans la salle Louvois, rentra rue Richelieu en 4799, et, protégée par Napoléon, reçut de lui le privilège de la direction des théâtres français en Italie.

Talma (François-Joseph) [1766-1826], Né à Paris, fils d'un dentiste, il vécut d'ahord en Flandre, puis en Angleterre, et revint, à neuf ans, faire ses études en France. Attiré vers la scène par une vocation qui s'essaya d'abord dans les salons, il pratiqua durant dix-huit mois la profession paternelle avant de se vouer au théâtre. Les leçons de Mole, Dugazon et Fleury le préparèrent à ses débuts qui se produisirent à la Comédie-Française, en 1789, par le

' rôle de Séide^ dans Mahomet. Devenu sociétaire, deux ans après, instruit par l'étude de l'histoire, il médita la réforme du costume, déjà tentée par Le Kain, M^^'' Clairon, et M^^^ Saint-Huberti. En t789, jouant le personnage de Proculus dans la tragédie de BrutiŒ, il se montra sous la toge romaine, avec une rigueur d'exactitude qui triompha définitivement de la routine traditionnelle. La Révolution le compta parmi ses adeptes les plus ardents. Sous l'influence des idées nouvelles, il sut communiquer la vie à des œuvres où plaidait la passion politique. Sa première création fut le rôle de Charles IX. Tempérant peu à peu sa fougue première, il atteignit la perfection dans le Maniais de Lafosse, V Achille d'Iphigénie en Aulide, Œdipe, Néron, Othello, Hamlet, Abufar, dans le Sylla de Jouy, et le liégulus de Lucien Arnault. La comédie qu'il joua jusqu'en 1796 lui réussit moins; pourtant, vers la fin de sa carrière, il sut tenir avec supériorité le rôle de l)anville dans l'École des Vieillards de Casimir Delavigne. Avec le drame il fut également heureux; mais la tragédie antique était ]i) vrai cadre de son génie. Napoléon l'admit dans sa familiarité. Talma laissa un ouvrage hititulé: Réflexions sur Le Kain et l'art théâtral [1825].

DucHicsNois (Catherine-Joséphine Rafin, M'^^), [1777-1835]. Née à Saint-Saulve, i)rès de Valenciennes, fille d'un domestique de maquignon, élevée dans les travaux les plus

grossiers, elle avait huit ans lorsque, appelée à Paris par sa sœur aînée qui était en service dans la maison de Monsieur (depuis Louis XVIII), elle fut mise en pension par ses soins. La vue de M'^° Raucourt, dans Médée, éveilla les instincts de son art ; et, placée dans une maison de commerce à Valenciennes, elle s'en échappa pour courir à Paris, où, grâce aux leçons de Legouvé, elle put suivre son penchant. En 1802, le patronage de Chaptal, ministre de l'intérieur, et de M"^° Bonaparte lui permit de débuter aux Français dans le rôle de Phèdre. Son exquise sensibilité la fit surnommer V actrice de Racine. Elle prêta au drame moderne l'appui de son nom, et créa les rôles de Jeanne d'Arc et de 3Iarie Stuart. Mais la mort de Talma et l'invasion du romantisme finirent par la décourager : peut-être aussi son jeutrahissait-il une décadence qu'elle sut prévenir à temps. Elle se retira en 1820. Généreuse et charitable, elle recueillit chez elle la mère de La Valette ; elle eût sauvé Labédoyère, s'il y eût consenti. Weymer (Marguerite - Georges) , connue sous le nom de M"*^ Georges [1786-1868]. Née à Amiens, fille d'un chef d'orchestre, remarquée par M"'' Raucourt, placée par elle au Conservatoire, elle dut à la protection de M™*' Bonaparte (plus tard la reine Hortense) d'obtenir un ordre de début à la Comédie-Française (27 novembre 1802), où sa beauté majestueuse lui valut l'honneur de jouer Clytemnestre, Didon et Sémiramis. Bientôt, elle osa disputer les rôles de princesse à M'^° Duchesnois, ce qui donna lieu à de bruyantes rivalités. Elle allait paraître dans la tragédie d' Artaxer^cès (Delrieu) [^807], lorsqu'elle quitta brusquement Paris pour l'Allemagne et la Russie. En 1812, à Dresde et Erfurt, elle figura devant Napoléon et Alexandre. Autorisée à rentrer au Théâtre- Français, en 1813, elle s'esquiva de nouveau en 1816. Plus tard, à l'Odéon, elle créa des rôles dans Jeanne d'Arc [1825], la Maréchale d'Ancre, Christine à Fontainebleau, et Utie Fête de Néron [1830]. Le Théâtre Saint- Martin la vit ensuite soutenir le drame romantique. On l'applaudit dans Lucrèce Borgia, Marie Tudor^ la Tour de Nesle, et Perrinet Leclerc.

Comédie.

Carmontel [1717-1806]. Né à Paris, lecteur du duc de Chartres, ordonnateur de ses fêtes, il imagina les petites pièces de salon connues sous le titre de Proverbes. Il y peint avec esprit le valet, la commère, le paysan, le marchand, le chirurgien de village. Ce genre fut repris avec bonheur par Théodore Leclercq [1777-1851].

Rochon de Chabannes, mort en 1800, ancien diplomate, fut un homme d'esprit qui mérita la faveur du public par une petite pièce intitulée : Heureusement [1762], et des comédies, dont les mieux venues sont : la Manie des arts [1763], le Jaloux [1784], les Ainants généreux [\ll^]y et les Prétendus [1789], œuvres qui restèrent dans le répertoire du Théâtre Impérial.

Patrat, mort en 1801, composa un grand nombre de fantaisies comiques, parmi lesquelles un souvenir est dû aux Amants Protées [1798], à VHeureuse erreur [1783], aux Deux Frères (drame imité de Kotzebue 1799), au Complot inutile [1799], au Pouraisonnahle [1781], et aux Méprises par ressemblance [1786]. De 1800 à 1815, il eut un regain de faveur.

Cailhava de l'Estandoux (Jean-François) [1731-1813]. Né à l'Estandoux (Haut-Languedoc), il devint membre de l'Académie française. Auteur d'un livre sur VArt de la Comédie, il prouva dans ses pièces qu'il l'entendait assez peu. Les moins faibles sont le Tuteur dupé [1765], VÉgoïsme [1777] et les Ménechmes grecs [1791]. Il portait au chaton de sa bague une dent de Molière, ce qui donna prétexte à cette malice de Fayolle :

Mons l'Estandoux est tout fier caujourd'hui : Il porte au doigt une deut de Molière : Convenoz-eii ; c'est dupe bien grossière Que L'EsLandoux : la dent est cuutre lui.

DoRviGNY [1733-1812]. Pendant une trentaine d'années, à partir de 1774, il ne < cessa pas d'inonder les théâtres secondaires d'un déluge de comédies, parades, farces,

folies ou vaudevilles dont plusieurs, entre autres, les Valets payent l'amende, les Fausses Consolations, et le Désespoir de Jocrisse, eurent une prodigieuse vogue. Mais ses œuM'es sentaient trop le cabaret.

BouTET DE MoNVEL (Jacques-Maric) [1745-1811]. N6 à Lunéville, acteur et auteur, père de W^° Mars, membre de l'Institut, il composa des drames : Clémentine et Des Ormes [1780], les Victimes cloîtrées [1791], Mathilde [1799], puis des opéras-comiques : Julie, Biaise et Babet, Philippe et Georgette, Ambroise, Sargijies, Raoul de Crèquy, enfln des comédies, dont la meilleure est V Amant bourru [1797].

Ghoudard-Desforges (Jean-Baptiste) [1746-1806]. Né à Paris, il fut l'auteur d'un opéra-bouffe VEpreuve villageoise (musique de Grétry 1783); de comédies agréables, la Femme jalouse [1785], Tom Jones et FeZZamar [1787], et d'une farce excellente, le Sourd ou V Auberge pleine [1790]. Il était acteur très-populaire.

GuiLLEMAiN (Jacob) [1750-1800]. Né à Paris, il produisit pour les théâtres de foire et de boulevards trois cent soixante pièces, parmi lesquelles on peut citer : Annette et Basile [1793], les Bonnes Gens [1793], le Bouquet de famille, les Cent écus [1784], la Rose et l'Épine, le Nouveau Parvenu et le Mensonge excusable. Comique de bas étage, il avait du sel gaulois.

Marsollier des Vivetières (Benoit-Joseph) [1750-1817]. Né d'une famille de magistrats, il annonça de bonne heure un goût décidé pour le théâtre, mais fut, dit-on, refusé vingt-trois fois, avant de pouvoir se faire jouer. Il donna en 1774 au Théâtre-Italien un opéra-comique, suivi de comédies en prose qui finirent par lui valoir un nom. Ses principaux opéras-comiques sont : Nina ou la Folle par amour [1786], les Deux Petits Savoyards [1789] Camille ou le Souterrain [1701], la Maison isolée [1797], Gulnareou VEsclave persane[ild^], Adolphe efC/ara [1799], l'Irato [1801 ], Edmond et Caroline [1819]. Ces pièces furent mises en musique par Méhul, Gaveaux et Dalayrac. Il a de l'esprit et de la grâce. Il composa cinquante ouvrages dramatiques.

La Chabeaussière [1752-1820]. Une de ses pièces se conserva longtemps au répertoire de la comédie française ; ce fut une bluette agréable, intitulée les Maris corrigés [ild\].

Faur (Louis-François), se fit remarquer par quatre comédies, la Prévention vaincue, la Veuve anglaise, V Amour à l'épreuve, et le Confident par hasard [1801].

DuMANiANT [1754-1818]. Né à Clermont en Auvergne, acteur et auteur, il composa une quarantaine de comédies, jouées pour la plupart au théâtre des Variétés. Voici les principales: Guerre ouverte ou Ruse contre ruse [1786], la Nuit aux aventures ou les Deux Morts vivants [1787], les Intrigants ou Assauts de fourberies [1787], Ricco [1789], les Ruses déjouées [1797], le Secret découvert [1797], VEspiégle et le Dormeur [1(S06], VHonnête Menteur [1809], le Mariage impossible [1809], la Femme de vingt ans [1811], Est-ce une fille ou un garçon? [1812] On peut reprocher trop d'imbroglio à la conduite de ses pièces.

Aude (Joseph). Né en 1755 k Apt, secrétaire du ministre Caraccioli à Naples, puis de Buifon, il est le père de Cadet Roussel, et a le premier mis ce type à la mode. Sa trivialité populaire ne manque pas de sentiment et de finesse.

Collin-d'Harleville (Jean-François) [1755-1806]. Né à Maintenon (Eure-et-Loir), il composa V Inconstant, [1784], d'abord en prose, puis en vers, VOptimiste [1788], les Châteaux en Espagne [1789], Monsieur de Crac dans son petit castel [1791], le Vieux Célibataire [\192], puis, sous l'Empire, Malice pour malice [1803], et les Querelles des deux frères, jouées après sa mort [1806]. Membre de l'Institut en 1795, il fut académicien en 1803.

Andrieux (François-Guillaumc-Jean-Stanislas) [1759-1833]. Né ù. Strasbourg, d'abord avocat, puis chef du bureau de la liquidation, juge au tribunal do cassation [1796], membre du conseil des Cinq-Cents [1798], du ïribunat [1800], éliminé par le Premier-Consul [1802], professeur de belles-lettres à l'École polytechnique [1804-1816],

enfin do litti'rature au Collôiro de France [1814-1833], il fut admis à Tlnstitut en 1707, et nommé secrétaire perpétuel de l'Académie française, en 1829. Ses œuvres sont Anaximandre [178*2], les Étourdis [1788], Helvétius [1802], la Suite du Menteur [1803], le Trésor [1803], la Soirée d'Auteuil [\SOil leVieuxFat [1810], laComédienne [1816], le Manteau [1826], et une tragédie, Junius Brutus [1828]. Ses principaux contes furent le Souper des six sages, le Procès du sénat de Capoue^ Socrate et Glaiicon, le Meunier Sans-Souci, rAlchiuiiste et ses enfants, le Charlatan et les trompettes, la Mystification de Poinsinet, et le Doyen de Badajoz. C'est une de ses plus jolies fantaisies. II suppose que le doyen va cUez le docteur don Mcndrito pour apprendre la magie. Après s'être bien fait prier, celui-ci commence ses leçons, non sans avoir dit à sa cuisinière Inès de u mettre à la broche deux perdrix, pourrie souper de M. l'abbé ». Alors s'ouvre au doyen le monde des visions fantastiques : il croit monter à toutes les dignités de l'Église; et, à chaque degré de l'ascension, don Mendrito lui présente une supplique, toujours poliment repoussée. Enfin voici le doyen devenu pape! alors nouvelle requête, à laquelle il répond ainsi :

« Notre cher fils, nous sommes informés Que tous les jours seul vous vous enfermez Pour pratiquer d'horribles sortilèges, Qui sont, mon fils, autant de sacrilèges; Vous vous damnez, nous en sommes fâchés : Nous devrions, pour de si grands péchés, Vous imposer très-rude pénitence, liemerciez notre extrême indulgence, Qui, pour tout ordre et pour tout châtiment, D'auprès de nous vous bannit seulement.

Nous vous mandons sans délai ni remise ' De quitter Rome et l'État de l'Eglise : Faute de quoi, comme hérétique ou juif. Nous vous faisons dans trois jours brûler vif. » Sans sourciller, sans lui faire un reproche. Don Mendrito cria cette fois-ci :

« Inès, ôtez les perdrix de la broche, Monsieur l'abbé ne soupe pas ici. »

A ces seuls mots, le malheureux élève, Frappé soudain, s'éveille d'un beau rêve,

Et se retrouve où ? dans l'étroit réduit

Où le sorcier l'a d'abord introduit.

Même au cadran d'une vieille pendu.e

Il voit qu'un tour est à peine achevé,

Taudis qu'il a si doucement rôvé.

Sans déserter la magique cellule,

En moins d'une heure, il fut deux fois mitre,

Prélat, légat et cardinal et pape :

Et tout cela dans un clin d'œil s'échappe !

Tout est magie et prestige, sinon

Qu'il reste dupe cncor plus que fripon,

Diï fois ingrat et ceut fois ridicule.

Muet, confus, il sort de la maison,

Près de la porte il trouve encor sa mule

Toute sellée, et monte sur son dos.

Comme il montait, Lucifer en personne

Lui saute en croupe, et prononce ces mots

D'un ton de voix dont le doyen frissonne :

« Comme tu vins, retourne à Badajoz :

Et souviens-toi que, même aux yeux du diable,

L'ingratitude est un vice effroyable. »

Pons (Robert) [1759-lR19].Né à Verdun, il publia des poésies diverses sous ce titre : Mes Loisirs. C'est un conteur alerte, témoin les bagatelles suivantes :

Je te tiens donc enfin, fripon huppé.

Depuis six mois et plus que tu m'évites; Rends-moi l'argent que tu m'as attrapé.

Ou ce bâton, comme tu le mérites

— Pardon, monsieur, d'affaires occupé, Je ne suis pas à ce que vous me dites.

Champagne un beau matin reçut cent coups de gaule Que depuis plus d'un an lui promettait Lafleur : « Dieu soit loué, dit-il, en se frottant l'épaule. Me voilà guéri de la peur. »

Demoustier (Charles-Albert) [1 760-1 «*^0I]. Descendant de Racine par son père, et de La Fontaine par sa mère, avocat distingué, écrivain célèbre par ses Lettres à Emilie sur la mythologie [I78G-1798], il publia des poèmes précieux et fades : le Siège de C/ylhère, la Liberté des cloîtres [nOO], et fit jouer des opéras : le Divorce, V Amour filial, Agnès et Félix; des comédies doucereuses : le Conciliateur ou V Homme aimable [1790], les Femmes [1791], le Tolérant, et Alcestc à la campagne [1796]. Empruntons à

une des Lettres à Emilie cette description du Printemps :

Sur un nuage de rosée

Doré des rayons du soleil, 11 parcourt nos guérets, et presse le réveil

De la nature reposée,

Qui, de mille feux embrasée,

Sort des bras du sommeil, Le sein couvert des Heurs qui parent la prairie.

Une légère draperie,

Pareille <à l'écharpe d'Iris, Couvre le sein du Dieu, Son aimable souris,

Qu'un tendre regard accompagne,

Ranime les vallons flétris.

Et fait sourire la campagne.

A l'aspect des coteaux qu'il vient de rajeunir,

Le jeune amant de la nature

Rougit, comme une vierge pure.

De modestie et de plaisir.

Son front est couronné de l'herbe des prairies

pour prouver que de la beauté Le premier ornement est la simplicité.

DiEULAFOY (Joseph-Marie-Armand-Michel) [1762-1823]. Né à Toulouse, il échappa, comme Désaugiers, aux massacres de Saint-Doming-ue, et se distingua par plusieurs comédies spirituelles, entre autres : Défiance et Malice [1801], et le Portrait de Michel Cervantes [1802].

GuERLE (Jean-Marie-Nicolas de) [1766-1824]. Originaire d'Irlande, professeur d'éloquence à la Sorhonne, traducteur de VÉnéide, auteur d'un Éloge historique des perruques, d'une Apologie de la satire , et de Recherches sceptiques sur Pétrone, il tourna d'assez jolis contes, entre autres les Cygnes, Stratonice et son peintre, la Malvoisie, et surtout Pradon à la comédie ou les Sifflets.

LoNGCHAMPS (Charles de), naquit à l'Ile Bourbon, en 1768 ; conduit en France par la curiosité, durant la Révolution, il fut arrêté comme suspect en 1793. Après sept mois de captivité, nommé adjoint de l'adjudant-général Jouy, il s'essaya dans le vaudeville et l'opéra-houlFe. Ma Tante Aurore fl803) fit les délices du théâtre Feydeau. De 1803 à 1805, il donna aux Français le Séducteur amoureux, le Garçon malade, et la Fausse Honte. Ce sont des pièces spirituelles et vivement menées.

HoFFMAN (François-Benoit) [1768-1828]. Né à Nancy, critique littéraire du Journal des Débats, il fit représenter à l'Opéra- Comique le Secret et les Rendez-vous bourgeois [1807], avec un vif succès. Ses œuvres dramatiques furent nombreuses; mais il n'en est resté que VOriginal [1797], et le Roman d'une heure (1803). Le style en est franc et animé de verve. Sur la fin de sa vie, devenu misanthrope, il se retira à Passy, pour y fuir la foule ; mais il se tenait toute la journée à la fenêtre, espérant qu'on viendrait le visiter.

Picard (Louis-Benoit) [1769-1828]. Né à Paris, fds d'un avocat, il songea d'abord au barreau, puis se voua définitivement à la scène , où il se produisit sous les auspices d'Andrieux. Auteur, acteur, et directeur de divers théâtres, LowT;ois, VOpéra-Buffa, V Opéra-Français, ÏOdéon, il quitta la profession de comédien en 1807, pour entrer à l'Académie française. Il composa près de quatre-vingts pièces, comédies, vaudevilles ou opéras-comiques. Les plus remarquables furent : le Conteur ou les Deux Postes [1793], le Cousin de tout le monde [1793], Médiocre et Rampant [1797], le Voyage interrompu [1798], le Collatéral [1799], l'Entrée dans le monde [1799], la Petite Ville [1801], Duhautcours ou le Contrat d'union [1801], le Mari ambitieux ou l'Homme quiveut faire son chemin [1 802], la Grande Ville [1802], M. Musard [1803], les Tracasseries ou M. elM"^"" Tatillon [1804], les Marionnettes [1806], la Manie de briller [1806], les Ricochets [1807], V Alcade de Molorido [1809], les Deux Réputations [1816], les Deux Philibert [1816], le Capitaine Belronde [1817], Vauglas [1817]. Il excelle dans la comédie bourgeoise, par le naturel et la gaieté, la vive peinture des mœurs et la prestesse de l'action. Mais il y a quelque monotonie dans ses moyens, et son style n'a pas assez de relief.

RiBOUTTK (François-Louis) [1770-1834]. Né à Lyon, il fut un de ceux qui défendirent cette ville contre la Convention. Après le 9 Thermidor, il lit bonne; giKîrn; aux Terroristes. Agent de change et auteur tiramati(|iio, il composa le Ministre anglais [1812], la Réconciliation par ruse [1818], V Amour et V Ambition [i^tT^y le Spéculateur ou l'École de

la jeunesse [1826], et V Assemblée de famille [1808], qui eut trente-neuf représentations. On lui décocha cette épigramme :

Riboutlé dans ce monde a plus d'une ressource. Il spécule au théâtre, et compose à la Bourse.

Mercier DupATY (Louis-Emmanuel-Félicité) [1775-1851]. Fils du président Dupaty, l'auteur des Lettres sur l'Italie, il naquit à Bordeaux. Simple soldat en 1792, puis aspirant de marine, il se signala par son courage à bord du Fatriote, dans le combat naval illustré par l'héroïsme du yengew\ Blessé grièvement, il faillit y périr. Chargé d'une mission comme ingénieur hydrographe sur les côtes de France et d'Espagne, puis ruiné par le désastre de Saint-Domingue, il demanda des ressources à sa plume. La plupart de ses ouvrages dramatiques appartiennent à l'époque impériale. Les plus connus sont la Jeune Frude^ Ninon chez M™*^ de Sévigné, l'Intrigue aux fenêtres^ le Jaloux malade, la Jeune Mère, la Leçon de botanique^ Picaj'os et Diego, les Voitures versées, qui firent la vogue du Vaudeville et de l'Opéra-Comique. 11 produisit en cinq actes et en vers une comédie d'intrigue bien menée : la Prison militaire. Après 1815, la politique lui inspira une satire intitulée les Délateurs. Rédacteur de la Miiierve et du Miroir, membre des sociétés du Caveau et des Enfants d'Apollon, il entra à l'Académie en 1835, et fut nommé en 1842 administrateur de la bibliothèque de l'Arsenal. Son style n'était pas de la meilleure source. Un jour que, pour une élection académique, Nodier lui demandait sa voix, en le faisant souvenir qu'il lui avait donné la sienne, Dupaty répondit : « Je n'avais pas besoin que tu me le rappelas )> — asses, répliqua seulement Nodier. On fit là-dessus cette épigramme :

De ton mauvais français nos oreilles sont lasses, Dupaty : quand l'aspect du fauteuil faisait fuir, Fallait-il donc encor que tu nous rappelasses Qu'il réunit souvent le velours et le cuir?

Dupaty disait lui-même : u Je suis entré à l'Académie avec du billon. »

Roger (Jean-François) [1776-1842]. Né à Langres, fils d'un receveur des dîmes, il devint en 1807 député au Corps Législatif, en 1809 conseiller de l'Université, sous la Restauration secrétaire général des postes. Collaborateur de Jouy et de Creuzé de Lesser, il fit avec l'un V Amant et le Mari, avec l'autre le Billet de loterie [1811], le Magicien sans magie et la Revanche [1807]. Après l Épreuve délicate, et la Diqoe de lui-même, il eut un franc succès dans rAvocat, comédie en trois actes et en vers, imitée de Goldoni [1806]. Le 30 novembre 1817, il entrait à l'Académie. Le jour de sa présentation, Louis XVRI lui dit: « Monsieur, votre cause a été plaidée par un bon avocat. )>

ETIENNE (Charles-Guillaume) [1778-1843]. Né à Chamouilly (Haute-Marne), secrétaire du ministre Maret, chef de la division littéraire au ministère de la police [1810], censeur des journaux, académicien en 1811, destitué par les Bourbons en 1814, rédacteur du Constitutionnel et de la Minerve, où il dirigea les Lettres sur Paris, député de la Meuse en 1820, il fut en 1830 un des rédacteurs de l'adresse des 221, et, après la Révolution, entra à la Chambre des pairs. Ses comédies sont les Maris en bonne fortune [1803], Brueys et Palaprat [1807], les Deux Gendres [1810], et Vlntrigante [1813]. Il composa aussi plusieurs opéras-comiques, Gulistan [1803], Ccndrillon [1810], Joconde [1814], Jeannot et Colin [1814], le Rossignol [1817], Aladin ou la Lampe merveilleuse [1822]. Auteur de jolis vaudevilles, il écrivit une Histoire du Théâtre- Français depuis la Révolution.

Planard (François-Eugène de) [1783-1833]. Né à Milhau (Aveyron), fils d'émigré, incarcéré pendant la Terreur, commis-greffier au conseil d'État en 1806, il donna au théâtre Louvois, à l'Odéon, et aux Français le Curieux [1807], le Paravent [1807], VÉpouseur de vieilles femmes [1808], le Portrait de 'famille [iSOH], le Faux Paysan\\S[{], les Pères créanciers [1811], la Nièce supposée [1813], les Deux Seigneurs [1816], ai f Heureuse Rencontre [1821]. Il fit aussi le libretto du Pré aux Clercs, immortalisé par la musique d'Hérold.

Barré (Yves), Radet et Desfontaines, collaborèrent à un grand nombre de pièces comiques ; une des plus connues fut /(/ Chaste Suzannej qui les lit incarcérer sous la Terreur. Dans ces paroles applaudies par le public : « Vous êtes ses accusateurs, vous ne pouvez être ses juges », on avait vu une allusion au procès de Louis XVI.

Dans le voisinage de Pain, de Piis, Chazet et Ourry, noms populaires alors sur la scène des boulevards, distinguons Gentil et Désaugiers dont le répertoire fut inépuisable. Nous signalerons seulement l'Entresol [1802], C'est ma femme [1<^04], les Trois Étages [1808], Cadet Roussel esturgeon [1813], le Biner de Madelon [1813], Jocrisse aux enfers, Je fais mes farces, et les Grandes Fassions.

Mars (M"° Anne-Françoise-Hippolyte) [1778-1847]. Fille de l'acteur Monvel, et d'une actrice nommée Mars, née à Paris, elle débuta, à treize ans, sur le théâtre Montansier : beauté, intelligence, talent, tous les dons, elle les posséda portés à la perfection par les conseils de M"^ Contât. Après avoir fait les délices de Feydeau, elle figura parmi les artistes qui reconstituèrent le Théâtre- Français. Dans les rôles d'ingénue et d'amoureuse, on admira sa grâce piquante, la fmesse de son jeu, son naturel, je ne sais quoi d'enchanteur qui captiva les plus sévères. Ne l'avait-on pas surnommée Vlnimitable, le Diamant? Ce fut vers 1812 que son art souverain inaugura le personnage des grandes coquettes, et nous rendit toutes les séductions des Célimène et des Araminte. Molière et Marivaux n'eurent pas de plus expressif interprète. Ses créations contemporaines furent les rôles de Betty dans la Jeunesse d'Henri V, d'Emma dans la Fille d'honneur, de lady Athol dans Edouard en Ecosse, de M°^^ d'Orbeuil dans le Secret du ménage, de Valérie et Hortense dans V École des Vieillards, et de M^^^ de Belle-Isle. Le timbre de sa voix ne perdit jamais sa fraîcheur et sa jeunesse. Elle quitta la scène en 1841.

Bourgoing (Marie-Thérèse-Étiennette) [1781-1833. Elle tint l'emploi de jeune première dans la tragédie et la comédie, de 1801 à 1829. Elle fut aussi célèbre par sa beauté

que par ses bons mots et la distinction de son jeu. Geoffroy disait d'elle : « Thalie pouvait être jalouse de Melpomène; M^^° Bourgoing a réconcilié les deux sœurs. »

Nota. — Mentionnons quelques-unes des comédies qui attirèrent encore l'attention sous l'Empire : la Leçon conjugale ou Avis aux Maris, par Chazet et Sewrin ; la Petite Maison de Thalie, les Descendants du Menteur, le Voyageur fataliste, par Gharlemagne ; les Caquets, par Antoine RiccoBONi ; Une Heure d'absence, par Michel Loraux ; le Jeune Savant, par Rougemont ; Céleste et Faldoni ou les Amants de Lyon, par Augustin Hapdé ; le Tartufe de mœurs, par Chéron ; les Suites d'un bal masque, par M™^ de Baur ; la Belle Fermière, par M^^^ Gandeille ; le Jaloux sans amour, par Imbert ; les Deux Figaro ou le Sujet de comédie, par Martelli ; Minuit, par Désaudrais.

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