‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 15 sur 68 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

I. Diftor^dit de la fihilostopliie; in<lifr*^renr«», ou l)A<«iiliti^ ilAni prtift<'« rKin|Mre. I»4>l»mtiit île* lihrfn pt-n^tur-*. |^« b»'ntJ»T< tl»« (" i di.lar. I.e« |ilr«»l«»jfuci jk* reîi-vent «ifxaiil ropinion jiar U-ur i»t > *ilM>n ïMtliiiijnf. ^ M. Destitt hE Tn \r\ ; i*«]ui»>r bi«vn|'h.<) ;». l)«K»"i»" de ftn attitiidf. L'homme, l roriNain. — 11. L»-» j»r»-- ur- «•'iir* du f>|»irittuli!>iii»*. — II. L4RoMl(.( ÙHR. Oort'*»Q «J** m pAMle. — >UlNE 1>E BlRAN. SoU Menintre nur i'ha^ttyrfe^ \^<^\ t^tifii %ur la iit*''umfntuii'fH lif la /K/i^e-V, ISO"». L»' libr»» a'I» Irr. L*»« dr>it'* d«' ia jirr^'jniH' în<»r.»l»'. L«* m»''l.»pS\»!Mfn p*M L" ■«^•'î'. ^tifi Journal, 0'iifi<l»Mr»"» d un «!»pril jmr. Iiid»''«'i«h»n* d «j'»*» *• » «•Il 1» me. L»' nin'id»- d»* la <iri«'«'. — L»* iii\»lii -tu** »l la H»* j ti«tn. SaI\T-M.%RTIX. Il pr.itr»l»' cttiilr** W nj.il«ri».i*m'-. Il «!• •• n-l la HrtiM Iftii**-. — ' Baul^n^ liK, If SnTilr K.imui*. ﻫ |to%«t »4Mik'^>>H cliri-tM iio et |»i.tl'>uic:('ii«. Kiilli u«ii<»tut' c«>nletL)'l4l» '.', C^mtiiBioti d«' la m'.U|di\M<}u«* *•( d« la p<M«it*.

Tandis quo la religion s*alliait à la poi^sie pour re* conquérir les Ames d(Iai>sées ou perdues, la phiK» sophie, elle aussi, s*a^MK*iait à cette œuvre bienfaî* santé par une transformation qui prouve que des affinités naturelles uniront toujours les cioyances 8pirituali>ti's au\ f:arantios d'urdre social, et Mirtout à la renaissance du S4Uitiineut chri*tien. Le bensuali^me avait séparé la liberté de la ri^-'le, le

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droit du devoir, et Thomme de Dieu. Si les propagap leurs de ces doctriaes ingrates défendirent plus d'une fois des causes généreuses avec un zèle qui nous oblige à honorer nos adversaires, ce sont là de louables inconséquences qui profitent au caractère des personnes, sans recommander leurs principes. Car, en fondant la morale et par suite la politique sur des intérêts et des appétits, ils avaient, sans le savoir ni le vouloir, encouragé d'avance les conséquences brutales qui ne tardèrent pas, en bas comme en haut, à trahir le vice de leurs systèmes. Malgré des intentions philanthropiques, ils eurent donc leur part de responsabilité lointaine et indirecte dans les excès qui leur eussent fait horreur s'ils avaient pu les prévoir, mais par lesquels la passion populaire croyait logiquement mettre leurs théories en pra<« tique.

Aussi devaient*elles tomber tôt au tard dans un discrédit qui ressemblait à un ch&timent. Si les gouvernements finissent par devenir des causes dont l'influence agit sur les mœurs publiques pour les réformer ou les pervertir, ils commencent presque toiyours par être des effets, et répondre à des besoins. Il serait donc injuste d'attribuer seulement au Pouvoir Tesprit général dont il n'est souvent que l'interprète et le représentant. On le vit clairement au début de notre siècle. Il y eut alors, et avant rétablissement de l'Empire, une réaction universelle contre tout ce qui était suspect de libre pensée. N'aspirant plus qu'au repos, après tant de secousses, et prête

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aux plus lAches abdicationSi à celles qui n'ont que des dédommagements perfides, la société se défia de toutes les idées qui éveillaient le souvenir des orages récents. Si les jouissances du monde, des lettres et des arts furent recherchées avec ardeur, c'est que chacun vit dans ces biens retrouvés des signes ou des promesses de sécurité prochaine. Mais les problèmes politiques et métaphysiques obtinrent à peine une attention distraite : on les évitait comme des trouble^féte, et les regards se détournèrent par instinct de toute recherche importune qui pouvait inquiéter par des vues d'avenir llnsouciance de l'heure présente. La génération qui désirait une dictature ne voulait donc plus se préoccuper d'affaires sérieuses, et susceptibles de gêner l'assoupissement qui suit les crises. Cette langueur égoïste, qui se désintéressa* des grandes questions, eut même on faux air de sagesse, dans cette France malade qui ne demandait que le silence et la diète.

Nous savons trop comment l'Empire profita de cette inertie. Ceux qui aimaient l'obéissance et la discipline furent servis au delà de leurs souhaits ; et^ lorsque le calme intérieur parut assuré, les événements qui éclatèrent au dehors permirent peu de loisir à la spéculation pure. En face des luttes redou* tables dont l'Europe était devenue le thé&tre, les disputes dos idéologues durent en effet sembler bien creuses, ou bien mesquines. D'ailleurs, b guerre ayant suspendu toute communication entre les esprits, le commerce des intelligences subissait.

aussi lui, une sorte de blocus infranchissable. Pas un écho oe venant d'Edimbourg, de Munich ou de Kœnigsbei^, la psychologie écossaise et Tidéalisme de Kant passèrent donc inaperçus pour ces héritiers de Condillac qui, de plus en plus casaniers, ne se doataient pas des changements accomplis loin d'eux dans le monde philosophique. Déconcertés par Tisolement, ils demeurèrent pourtant fidèles à leur routine traditionnelle comme à une habitude que l'âge tourne en manie. S'amusant aa\ jeux innocents de l'analyse, ils continuèrent à traiter obscurément leurs éternelles questions de grammaire ou de logique, et à débrouiller ou embrouiller l'écheveau des sensations transformées. Mais ces travaux restaient ensevelis dans l'ombre. Car si quelques cercles, entre autres ceux de M*"* d'Houdetot, de M. Suard et de l'abbé Morellet, furent encore des asiles oh l'esprit du siècle précédent se déployait à Taise et non sans grâce, rien, en dehors de ces centres distingués, ne rappela le mouvement de ces salons où fermentèrent d'abord sans péril apparent les idées qui plus tard descendirent dans la rue, et devinrent la Révolution. Elles comptaient encore de nombreux dévots, mais qui n'avaient connu l'ancien r^ime que pour le renverser. Or la bonne compa* gnie d'autrefois n'eut rien de commun avec ces raisonneurs* farouches qui, mêlés à des événements terribles, avaient vécu dans les assemblées, les clubs ou les camps, et ne s'y étaient guère façonnés à l'agrément des relations sociales. « Jusque dans les

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réunions de la Décade, nous dit un contemporain ', Montesquioi, Voltaire, finffon, Turgot, Diderot mteae et Rousseau, les moins mondains de leur temps, se seraient sentis dépaysés et oomme étrangers. Us y eussent trouvé plus d*aigreur que d*élév»tkm, je ne sais quoi de méfiant, d*envieux et d^inscn dable, des haines de faction s'unissant aux préjugés de ooterîe, tous les ridicules des lettrés de pnmnec ▼ÎTant seuls et entre eux, sans parier d'une oerlaioe discordance de manières tour à tour iSumlières et tendues, dépourvues de réserve et d'abandon, s

Bien que les contempteurs de TAme et de Dîao semUent prêts à s'accommoderdu despotisme, et que l'Empire n'ait jamais négligé de faire à tous les par« tis des avances intéressées, il opéra pourtant peu de conversions parmi ces idéolojnies convaincus, qui presque tous avaient combattu dans les rangs répii> blicaios. La plupart eurent le mérite de ne pae renier leurs regrets, sinon leurs espérances; et, dans un pays où la politique entre partout, cetlt constance finit k la longue par donner un faux air de popularité aux demien^ disciples d'une École qui, n'ayant régné que pour détruire, était par sa vie* toire même condamnée à périr. A mesure que le sceptre du mattro parut plus pesant, l'opinion se montra donc moins rignurense pour des noms asso* déi^ k no9 malheur?, mais amnistiés par lair d'op* position dont ils offraient l'exemple peu coutagiem.

DESTOTT DE TRACY. 111

Par im de oes reviremeats ordinaires à notre mobilité, oo lear sut gré d'une indépendance qui faillit rflabiliter des doctrines mal famées. Dans un temps où les intelligences, impatientes d'échapper aux liens de la centralisation administrative, se sentaient comprimées de toutes parts, on eut comme un respect d'étonnement pour ces débris du passé qui s'obstinèrent à former un groupe dont les rancunes ne manquaient pas de Aerté. D'ailleurs, après le Conoofdal, l'incrédulité devint une ressource pour les mécontents. Car ils se persuadèrent, ou affectèrent de croire que les idées libérales étaient intéressées à la fortune des abstracticms inoffensives qu'arboraient comme un drapeau quelques maussades continuateurs de l'esprit encyclopédique.

TeHes furent les causes qui honorèrent une décadence inévitable. Toutefois, des germes nouveaux s'épanouissaient jusque dans les oeuvres des penseurs qui avaient eu pour parrains Locke et Condillac. Mais, avant d'assister à ce travail de rajeunissement^ arrétons<4)ous un instant devant le plus célèbre représentant des idées qui allaient s'évanouir comme des brouiDards aux premières lueurs du jour.

Nous voulons parier de M. de Tracy, qui -mérite entre tous l'estinie et le souvenir de la postérité. Car sa vie et ses écrits témoignent des heureuses contradictions qai, ches les sensualistes les plus endurcis, existaôent d'ordinaire entre les théories du philo* sophe et les prédilections de l'homme publie ou piivé. S'il professa des opinions contraires à notre

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dignité morale, s'il asservit l'intelligence aux organes, et borna notre destinée à la vie terrestre, il n'en fut pas moins un publiciste soucieux de mettre sa politique en harmonie avec un idéal du droit et du devoir. En cette arrière-saison, ses qualités et ses défauts nous offrent donc l'expression cboi^ie d'une doctrine qui, venue d'outre-Manche, propoe^^ sans succès par Ilobbes et Gassendi à un âge croyant, réduite en système par Condillac, vulgarisée par Saint-Lambert et Volney, travestie en physiologie par Cabanis, répondit pendant un demi-siècle aux besoins de la curiosité ou aux passions des partis, exerça son action dissolvante sur les abus de Tancien régime, et se trouva parmi les morts, au soir de U bataille livrée à Tordre social qu'elle détrui^it en voulant simplement le réformer. Sans entrer dan> les débats techniques auxquels se rattache la mémoire d'un peu>eur considérable, esquissons du moins la physionomie de la personne et de Técrivain. Né dans une famille patricienne et militaire, au fond d*un vieux manoir dont la tour portait cette devi^e : Bien bien acquis^ M. de Tracy, tout jeune encore, avait élé séduit, comme les meilleurs, par les pers[)ectives que firent entrevoir ces hardio^-o^ philosophiques dont Tinfluence atteignit plus ou moins toutes les classes, aux environs de 89. Quand s ou> rirent les Etats-Généraux, il y 6gura donc (larmi ces députés de la noblesse qui soutinrent le parti des nouveauté?, aux déf^ens de leurs plus an* tiques prérogatives. A la Constituante, il ^it^eaJt

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