‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 16 sur 68 · DE8TUTT DE TRACY · texte numérisé non relu

DE8TUTT DE TRACY

dans le voisinage des tribuns, mais sans autre ambition que de régler pour le bien de tous, selon la justice, une société trop longtemps dominée par le privilège : nobles illusions que suivirent de près des mécomptes cruels I Car, s'il n'est rien de plus cher à de pures convictions que les joies d'un patriotisme désintéressé, l'épreuve dut être douloureuse pour le citoyen, quand il vit succéder si brusquement à ses rêves optimistes la tyrannie sous prétexte d'émancipation, des échafauds dressés au nom de l'humanité, en on mot, un naufrage où s'engloutissait tout à coup la vieille France. Jeté lui-même au fond d'une prison d'où chaque jour il voyait partir pour le supplice un compagnon de ses espérances, il se réfugia dans l'étude de l'homme qui lui déroba les maux du présent et les menaces de l'avenir.

Parmi des temps prospères, il avait aimé la philosophie par une sorte d'élan chevaleresque. Sous la Terreur, il la mit en pratique, et l'Empire lui offrit aussi l'occasion de confirmer ses paroles par des actes. Car, soit à Ilnstitut où l'appela sa renommée, soit au Sénat où il se laissa porter sans l'avoir désiré, son attitude et ses votes ne furent jamais complices du plébiscite aveugle qui, entraînant vers des abtmes le génie d'un grand homme et la fortune d'un grand peuple, poussa l'un au despotisme et l'autre à l'oubli de ses libertés. Toutefois, s'il prévit les périls et voulut les prévenir, les dissentiments et le bl&me de sa froide raison n'allèrent pas au delà de ce que sa dignité lui commandait; et, quand la

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guerre déclarée à Tidéologrie atteignit dans sa personne les droits de la conscience, il se retira sans éclat d^une scène où il se sentait impuissant, ou importun. Réduit, en 1811, à faire imprimer et pu» biier en Amérique son commentaire sur cet Esprit des lois dont Montesquieu, en 1750, avait vu paraître vingt-deui éditions en moins de deux ans, il s'eiH ferma de plus en plus dans sa solitude d'Auteuil ; et, dès lors, tout entier à ses livres ou à ses amis, il ne sortit guère de la retraite qu'au jour où no< désastres lui imposèrent la douloureuse néces>ité de voter la déchéance d'un pouvoir qu'il avait subi, mais sous lequel il sut également parler avee firan* chise, et se taire avec indépendance.

Si, dans ses ouvrages, M. de Tracy dédaigna trop les communes croyances, reconnaissons donc que sa conduite ne cessa pas Q*ôtre inspirée par ce qu'on peut appeler le s^iiritualisme pratique. Oui, il eut le cœur plus haut que la doctriue ; et, à ce titre seul, nous devions le signaler, ne fût-ce que pour KTuter ses erreurs par ses vertus. Il se recommande aussi par b probité logi({ue de ses écrits où nous aimons, en dépit de tendances regrettables et d'une certaine sécbe* resse, la sûreté d'une anal} >e judicieuse, une e\{Hw sition limpide qui rend a(*r(\^sibles au bon ^eu^ les sujets les plus ardus, et surtout rcletrance d*un langage simple qui « traii-iK>rle je ne ^ais qui*! d*eiquis des manières dans le» idées* »• Di>ciple

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