‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 32 sur 68 · LE DRAMB SOUS L'EMPIRE. S8S · texte numérisé non relu

LE DRAMB SOUS L'EMPIRE. S8S

d'on dévergondage cynique. Non, nous ne saurions explorer ces bas-fonds où des miasmes éteignent tonte lumière ; il y a des choses qui sont au-dessous du mépris.

Tandis que ces saturnales s'étalaient impunément, la Conciergerie s'ouvrît pour l'auteur de rAmi des , hiSy Louis Laya, qui ne craignit pas de stigmatiser les assassins de septembre, en ces vers où éclatait avec énergie la sourde révolte de la conscience publique:

Patriotes? Eh qai? Ces poltrons intrépides Qui, de icnr cabinet, prêchent les homicides; Ces Solons nés d'hier, enfants réformateurs, Qni rédigent en lois leurs rêves destractenrs. Loin de noas ces jongleurs, patriotes de places^ D'un iaste de civisme entourant leurs grimaces, Prêcheurs d'égalité, pétris d'ambition; Ces lanx adorateurs dont la dévotion N'est qu'an dehors plâtré, n'est qu'une hypocrisie ; Ces bons et francs croyants, dont l'âme apostasie, Qui, pour faire ha!r le plus beau don des cieuz, Noos font la Liberté sanguinaire comme eux I Non, non : la Liberté, chez eux méconnaissable, A fondé dans nos cœurs son trône impérissable. Que tous ces charlatans, populaires larrons. Et de patriotisme insolents fanfarons, Pargent de leur aspect cette terre affranchie 1 Guerre, guerre éternelle aux faiseurs d'anarchie I Royalistes tyrans^ tyrans républicains.

Tombez devant les Lois : voilà vos Souverains 1 Honteux d'avoir été, plus honteux encor d'être, Brigands, l'ombre a passé; songez à disparaître !

Parmi les plumes honnêtes qui restèrent dignes d'attention, on ne doit pas oublier un écrivain plus

connu par son Tableau de Paris que par les enivrer auxquelles il dut le titre de dramaiurge. Mentionnons donc Tesprit original, mais asseï mal réglé, que désigne plaisamment cette épigramme :

Reicrem! quel est Reicrem? c'est Mercier à IVnvers ; Et c'est, comme à l'endroity an esprit de trmYen.

Oui, ce reproche, Merder l'encourut trop sooYeni par ses incartades, et sa manie de contredire le sens commun ; mais il eut pourtant quelques inteimittences de raison, et sut même plus d'une fois parler avec à-propos, ou se conduire avec courage. Par exemple, dans le procès de Louis XVI, il n'hésita pas à voter contre la peine de mort; et, après h journée du 31 mai, son attitude lui mérita l'honneur d*ètre mis au rang des suspects qu'attendait la prison ou l'échafaud.

Ne dédaignons pas non plus trop légèremast son Essai sur fart éramaiique^ puisque cet ouvnire est un manifeste qui devance bien des doctrines accueillies plus tard comme des nouveautés sans précédents. Publiées en 1776, ces saillies d'indépendance sont au moins curieuses par la date de leur apparition. Aussi nous semble-t^-il qu'on doit un souvenir à ce précurseur, ou plutôt à ce prophète du romantisme. Ne fut-il pas le premier à proscrire l'imitation servile des anciens, k guider les poêbs vers les sources de l'histoire nationale et de la »>ciété contemporaine, à opposer, non sans partiile injustice, le sublime de Corneille à Téiégaiiee trop

discrète de Racine, à traiter Malherbe de grammairien, à nargaer la nidesse dogmatique de Boileau^ à railler la sécheresse lyrique de Jean-Baptiste Rousseau, à célébrer Shakespeare, Caldéron, Lope de Yéga et Schiller comme des génies révélateurs d'un noufeau monde, en un mot, à s'insurger contre la routine avec l'entrain d'un chef d'école ? Yoih donc les symptômes les plus lointains et les plus précis de l'émancipation trop irrévérente qui prétendit réformer l'ordre littéraire, mais sans avoir la sagesse de s'arrêter aux exigences commandées par le changement des mœurs, et le progrès des temps. Or, ces violences de l'avenir sont déjà contenues en germe dans les hardiesses du novateur.

A des aperçus judicieux se mêlent en eflét chez lui tant de témérités, et tellement irréfléchies que sa turbulence passa pour la fièvre d'un cerveau malade, ou travaillé par la fureur de dénigrer tous les grands noms. Comment pouvait-on prendre au sérieux les boutades d'un insolent qui s'acharnait à décrier la gloire de Newton, et s'était fait le détracteur du Rossignol? Outre que le critique eût compromis les meilleures causes par le charlatanisme de ses paradoxes, l'auteur dramatique n'était pas de taille à ébranler les colonnes du temple que sa main débile essaya de renverser.

S'il se distingue dans la foule, c'est donc seulement par la trompeuse fécondité d'une improvisation assez médiocre pour discréditer ses jugements et ses théories. Parmi les cinquante pièces

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