I.a mer à TOpéra, les forêts à LungcuaiDi
Papillun en rabat, coiiïé d'une aurrolr. Dont le manteau plisi^^ voltige an gré d*K4»l^, CcmI assez qu'il effleure en s«*s légers pro|io^ Les bosquets, et la ruse, et Vénus, et Papho».
Ducis toucha plus juste encore, dans une Uitrf intime où il écrivit : « Ce livre ne sera pas la volupté du rêveur solitaire qui a coutume d'emporter avec lui Virgile, ou La Fontaine. C*est qu'il y a dans U nature un charme dont ne se doute pas cet e>prit gdieurde raison, et quelquefois de poésie. • Si, dan» le Songe de Vaux^ il vous arrive de relire les plainte> éloquentes de la nymphe Ilortésie plaidant la grlcr de Fouquet, ces vers presque techniques, et pourtant éclairés d'un reflet qui vient de Tàme, vous feront comprendre quelle distance il y a de Tartifice à U \érité.
Delille fut cependant de bonne foi, quand il ;*« cru; ami passionné de la nature. Otte illusion, il U partageait avec tous les citadins qui savouraient d^ licieusemeut ses vers. Pour plaire k ces faux ama* teurs de rusticité, ne fallut-il pas mêler k leui> idylles h*s parfums du boudoir? Ils voulurent retrouver le luxe de la ville dans la peinture des eaiu < j des bois qu'ils honoraient parfois d'un coup en.. protecteur, parmi les loisirs de leur vill<\i:iature« I ^ aimèrent à voir dans les bluets des saphirs, dans \*^ pavots des rubis, dans les gouttes de ro^ée de^ peh- ^ ou des diamants, dans les prairies l'émail des fleiuv. dans les goions des tapis d'émeraudes, dana it-
fruits le velours^ la pourpre, l'or et Tambre. Pour rendre ces objets dignes dcf leurs regards, il convenait donc d'aller quérir des métaphores chez le bijoutier, ou dans les magasins de porcelaines et de cristaux. Or, Delille paraîtra presque un audacieux, si OD le compare à tant d'autres dont la fadeur ferait pitié même à Watteau. Lui, du moins, au milieu des travestissements que lui imposa le caprice du jour, il garde une sincérité relative ; et parfois on hésite à retourner contre lui ce trait malin qu'il se permit contre lin grand prosateur, auquel il devait pourtant beaucoup de reconnaissance :
Des bosqnefts de Montbard, Buffon jugeait le monde.
A des jeux étrangers se confiant en vain,
n Tit peu partlni-méme; et, tel qu'un souverain,
De loin, et sur la foi d'une vague peinture.
Par des ambassadeurs courtisa la nature.
S'il ne varia guère les ressources de sa palette, ce ne furent point les occasions qui lui manquèrent. X'eut-il pas la bonne fortune d'être enlevé par notre ambassadeur d'Orient, M. de Choiseul-GoufGer, qui le conduisit en Grèce, à Constantinople, sous le ciel du Bosphore, dans son magnifique palais de Thérapia? Mais de cette éblouissante Odyssée, le poète revint, hélas! presque aveugle, pour recevoir les adieux des amis qu'allait disperser la Révolution. Car elle éclata bientôt ; et, dès lors, ne songeanto^\'à se foire oublier, le favori des salons ^'^^igiytC^^ de plus en plus dans le silence de ses triste* iéwà^^^' qu*aa lendemain de la crise à laquelle s .^^^^"^^
m LES POETES DE TRANSITION.
inoffensife finit par échapper à force de prudeocf , non sans avoir eu comme uq furlif éclair de courage) lorsqu'il chanta son dithyrambe sur timmnt* kUùé de fâme. S'il n'émigra pas durant la Terreur, le voisinage de la foudre encore fumante lui Uûmi du moins un tel frisson d'eifroi, qu'aussitôt après le 9 Thermidor, quand tous les proscrits se dispv salent au retour, il s'empressa de quitter la France, pour échapper k de sinistres souvenirs.
Sa Huse tremblante erra donc de Suisse en Aile* magne, d'Allemagne en Angleterre; et chacune de ces stations enrichit ses cartons d'une nouvelle esqui&se : car ses yeux entrevoyaient encore u lumière, et il faisait des provisions pour Tavenir. C'est ainsi qu'assistant au bombardemeol d*Uu* ningue, en 1796, il reproduit dans ces vers le \tu des projectiles :
De 8oa lit embrmsé tAOlôt l'affreuse bombe En longs sillons de feu part, sVlève. et rriombe. Se rouie, se déchaîne tTec un long fracas. De ton globe de feu disperse les éclats, Poonnit, menace, atteint la foule épouvantée. Et courra au loin de morts la terre eosanglantre.
Au delà de nos frontières, il put jouir de sa r^ nonunée cosmopolite. A Darmstadt, il visita des jirdins exactement dessinés d'après son poème. Ha» k f*rcure de Wieland, un article flatteur le cla»MJt pn^is *^ ^|yg Jqjji i^ réputation éveille de? écho- ^ jr^des d q f^gid^îi ^ Londres, en compagnie àt Mft^.^n^ lorsque, par des instances pressantes, 11^-^
DELILLE. m
titot le pria de mettre un terme à cet éloignement regrettable. Mais, par une sorte de coquetterie, il voulut se fidre désirer encore jusqu'à Theure où, daignant consentir au vœu public, il reparut enfin dans sa patrie pacifiée, le 1^ frimaire an m, pour assister triomphalement à la rentrée du Coll^ de France*
Il lerint donc escorté des po6mes qu'il rapportait de son exil volontaire. L'un d'eux, la Pitié (1802), précéda même un retour qui fut celui d'une soore* raine décbne, de la Muse restaurée dans ses dimts lotîmes, mais reprenant avec le gouvernement des sdons tous les abus du bel esprit, et toutes ses habitudes d'ancien régime. L'csuvre où, évoquant les souvenfars du Tempk, il pleurait sur d'augustes infortunes, ne pouvait manquer d'être saluée avec des transporte d'enthousiasme par les émigrés dont se composa l'élite d'une société renaissante. Mais si les accents du royaliste lui allèrent droit au ccMir , ils suscitèrent un frémissement de colère parmi les jacobins qui entouraient le Premier Consul, et fidsaient assaut de zèle pour devenir bientôt dignitaires de l'Empire. Aussi dénonça-t-on comme un crime d'État cette religion du r^ret et du deuil. « Pas de pitié pour ia Pidiliè s'écriait un ennemi anonyme. L'abbé DeliDe n'avait pourtant ancune intention militante, ou hostile. Ami de la paix et de son repos, il se pré* senta [totAt en conciliateur ; mais les âmes n'étaient pmnt encore assez fatiguées de la haine pour déposer les armes. Cette veine de sensibilité touchante eut
donc surtout un succès politique, dont laeoDSéqaeoee fut d'engager de plus en plus le poCte dans las intérêts de la cause monarchique à laquelle Tattaduit d'ailleurs la reconnaissance. Se tenant dès Ion à di?* tance d'un Pouvoir habile à conquérir des adhésioi» parmi les plus récalcitrants, il ne répondit à aucune de ses avances. Or, ce silence eut de rëloquence dans un monde qui s'enhardissait k ropposHîoo, depuis qu'il n'avait plus aucun intérêt à fiatlar eehii qu'il appelait naguère un sauveur. Cette attîtode tourna donc au bénéfice des vers qui allaient s'en* voler par milliers d'un portefeuille bien garni.
En effet, à partir du jour où Delille fut privé de la vue, il ne cessa pas de rimer sans désemparer, et à perte d*lialeine. Ledéfilé commença par fflofiunr'/^ champs^ titre fort trompeur; car il s'agit ici d'un p!i* loéopbe millionnaire qui habite un chAteau seigneu* rial, mène brillant équipage, vitdanssabiblîolhèquplus que dans ses fermes, cultive les beaoï-arts plu^ que ses terres, fonde des hôpitaux ou des éoûles, àou des jeunes filles, et se croit modeste lorsqu'il s'érm :
Oh ! d'un Mmple hainean si le ciel mVtU f^ît maltrr!
Delille avait pensé d abord à i ▼rage : les Géorgiques françai$e$. Mais, trop iM pour ne point se ravis^«r, il se garda bien de »>\pc^ ser aind k une double comparaison. D*ailkofv, l'agriculture ne joue qu*un rAle accessoire descriptions consacrées, comme dit sa préfaee» prodiges de cette industrie qui perfectâooM le»
DEULLt:. on
indigènes, acclimate les espèces exotiques, fait croître la vigne sur les rochers, force les torrents à dévider la soie, à dompter les métaux, à corriger les terrains, à féconder par des irrigations le sol le plus aride, à réprimer ou utiliser les ravages ou les usurpations des rivières, en un mot, à opposer aux éléments les miracles du génie servi par la richasse » . Si encore il avait suivi ce plan qui promettait tout an programme d'économie agricole 1 Mais il disparaît sous les broderies qui TétoufTent, et Chënier n'exagéra pas trop en disant :
Sous son maigre et joli pinceau La nature est naine, et coquette ; l/habile airangenr de palette N'a vu, pour son petit tableau, Les champs qu'à travers sa lorgnettt*.
Et par les vitres du château.
Oui, Delille est encore ici trop prompt à voltiger de droite à gauche, de site en site, du trictrac au jeu d'échecs, du maître d'école au curé de village, dlnventions en inventions. Son cœur n'a pas séjourué dans le sujet dont il se joue. Il n'en soupçonne ni la simplicité, ni la grandeur. Bien qu'il ne possède que par à peu près les sciences précises qu'il efQeure, ses villageois sont trop physiciens^ ou métaphysiciens ; ils nous vienneut tout droit des bergeries de Fontenelle, et ont fréquenté Jean-Jacques plus que la Maison rustique. Cependant, ce papillotage de couleurs disparates ou fausses conserve certaines apparences d'unité, parce qu'ici du moins ces difTô-
reots motifiB gravitent autour d'un acteur priacipil, et ont pour oentie la figure sentimentale de ce philanthrope dont les laigescea répandent partout k bien-être et la joie.
Aussi prAlérons*nous cet ouvrage à ceux qui sui* virent coup sur coup, entre autres à FEniidê^ doot les premiers chants avaient été lus à Vottaira» en 1T76, et dont les derniers ne virent le jour qn*en 1 W4. Malgré ces trente années d'intervalle, on sent tiop en ces pages les traces d'une prédpitatioo manitoe* Ce n'est pas seulement Viigile, mais bien DsUUe qui se reconnaît mal dans cette traduction reprise, comme une tâche, par une verve refinoidie. EUe n'a donc point, ainsi que k$ Géorgique$^ l'entrain d'ooe plume animée par l'ardeur de la jeunesseï et par le» sourires de la Gloire.
Quant au Paradis perdu^ qui j vers ISOrS, prêtai* dit nous révéler un génie dont randace étonna même les compatriotes de Shakespeare, ce Art oa essai plus téméraire encore. Il est visible que Dahiie approche son modèle indirectement, et de biais, par rintermédiaire du chevalier de Mervy, et de sa proie vague ou fleurie. Ce travail rapide a pourtant tboit à une sympathique indulgence, si on raccueiUe eoaiM la distraction d'un vieillard aflligé parla pfaiscnieua des infirmités, et réduit aux ressources de la m^ moire. Ajoutons que Milton n'avait point aoeora cq de vulgarisateur, et que les inexactitudes de U)ù interprète devinrent un mérite de plus pour df« juges timorés qui n'eussent point accepté, san^
DRLIULE. 315
recnler d*ép(mvante, les sublimes hardiesses d'un maître réputé barbare. Ils furent, en effet, una* nSmes à louer les déguisements conseillés par le souci « de Tembellir ou de le corriger x> , comme ils le disaient avec un sérieux imperturbable. C'est ce que fit trop souvent l'infidélité d'un imitateur qui ne craignit pas de mettre du vermillon à nos premiers pères. Avouons cependant qu'il fut parfois, sans le savoir, supérieur à lui-même, lorsque, s'oublient, il se laissa ravir par les ailes de l'Archange, et inspirer par le souffle du Dieu.
A tout prendre, ces soutiens étrangers lui réus* sissaient mieux que l'indépendance de sa propre fantaisie. C'est l'impression que nous laisse le pofime de tlmagmatùm (1806), qui paraîtra plus froid en« core, si l'on se rappelle qu'il fut composé sous le so* leil d'Orient, en face des plages radieuses dont le souvenir avait suffi pour enchanter à jamais la lyre d'André Chénier. Ce n'est pas qu'ici l'exécution ait faibli. Au contraire : Delille eut rarement la main plus déliée ; mais une matière trop fluide devint un péril pour un talent qui se complaisait en ses défauts. De là les amusettes de la difficulté vaincue ; de là de brusques contrastes qui déroutent les yeux par leurs secousses ; de là tous les détours d'un labyrinthe où Ton s'égare. C'est qu'au lieu de s'assijyettir à la logique d'un sujet défini, Delille s'abandonne aux mille surprises de l'imprévu. Il est évident qu'il veut utiliser ses croquis d'autrefois, et qu'il puise à pleines mains en ce réservoir. No fait-il
316 LES POETES DB TRANSmON.
pas entrer de force dans son cadre, iKMi-«eiilemeBl h politique et la métaphysique (à la rigneur, oo le lui paràonnerait), mais toutes les sciences y sans excepter la géométrie, mais tous les sentiments humains, et toutes les aptitudes de TintelligenceT Oui, si Ton en croit ses analyses, Tlmagination est le grand. Tunique ressort; elle n'a pas moins dlmportancr que la Sensation dans la psychologie de CoodiUac
11 est vrai qu'en ces jeux il prodigue lesagrèmeou de sa facture ; car nul ne s'entend mieux à fixer des nuances légères, à saisir Timpalpable, et à donner du corps aux abstractions les plus ténues. S'il a le tort de régenter comme une écolière la lacnlu créatrice par excellence, et de l'asservir trop strictement à la tutelle du sens commun, son vocabulaire poétique atteste du moins une invention vmri^ qn nous offre un riche trésor d'analogies spirituelle».
Que d'ingénieux détails dans l'anatomie de c^«^ fibres délicates auxquelles la nature a confié iVi> • preinte de nos souvenirs I
Tel, dans renfoncement d'une retraite ol»ear^« Ou'^Uire d'un rayon aoe étroite uavrriare, Lt magique miroir» en ses mouvants tibleani. Représente à no5 >eui et la terre, et le» eaut. Les travaui des ciié^, les lointains paysagr^. Des uhjet^ rétlécliis fugitiies images.
Veut-il expliquer les rap()orts ^^ecrets qui endialne?!? nos idées, il dit finement :
Tel un caillou touillant forme un cercle dan« Tocw lu autre lui snrrèile. et tous les flots troobl^ htf iideut ju*M|u'iiu& bortls Ic^urs cercle^ rrtitmU*-*.
DBULLE. 377
Ailleurs, il exprime la bizarrerie des songes par une comparaison qui ne manque pas non plus de nouyeanlé:
Tel, aa miroir des eaux, notre œil voit retracés Les naages en bas, les arbres renversés, La terre sous les eanx, et les troopeaax dans Tonde, Et des misseanz roulant sons la voûte dn monde. Mais le fond est le même. En songe, un orateur En quatre points encor lasse son auditeur. Bercé par le rouet d'une rauque éloquence, En soDge> un magistrat s'endort à l'audience. En songe, le ministre, arrangeant son dédain. Pour prendre des placets étend encor la main. En songe, sur la scène, un acteur se déploie. L'auteur poursuit sa rime, et le chasseur sa proie: Le grand voit des cordons, l'avare de l'argent. Et Penthièvre ouvre encor sa main à l'indigent.
Mais ne nous laissons pas entraîner, nous aussi, par le plaisir de vider tous ces tiroirs ; et, sans parler d'autres fragments très-brillants qu'on savait alors par ecBur, du récit des Catacombes, de l'Hymne à la Beauté, de la tirade sur la Sœur grise, du pan^yrique de Rousseau, des pages où sont si cordialement célébrées les douceurs de l'étude et de l'amitié, h&tons-nous d'en venir aux Trois Règnes^ c'est-àdire au bouquet de l'interminable feu d'artifice dont l'ossature, aujourd'hui ténébreuse, nous montre, au lieu d'éclatantes girandoles, un dessin noir sur des baguettes en bois blanc.
La lumière, le feu, l'air, l'eau, la terre, les minéraux, les végétaux, les animaux et l'homme, tel est le fond de cette encyclopédie pittoresque où la
378 LES POETES DE îlUNSmON.
prose de Buffon est veniflée par un émule do Plrt Vanière. N'ayant pas, comme Delille, Tart de nous répéter sans nous copier, nous n'insisteron» point une fois de plus sur le vice d'un procédé qu.' exclut Tordre^ la méthode, l'intérêt p^pg^es^if, l'équilibre, et la proportion. Disons poorlant que If genre, sinon le pofite, est condamné par on abo^ qui devient ici comme une manie sénile* TantA*. c'est une lanterne magique, où passent el repa>sent ces verres multicolores dont les silhouettes fnnt la joie des enfants. Tantôt c*est un cabinet de buunique et de minéralogie, où sont rangés tous les numéros d'une collection soigneusement étiquetât*. QuH y ait sous ces vitrines des pièces jolies à voir, on ne saurait le nier. Nous signalerons, par exemple*, les portraits du colibri, du cygne, du ehien, du cheval et de r&ne, l'hommage à Linné, l'épisode àt Christophe Colomb, l'éruption d'un voloan, l'anéantissament de l'armée de Cambyse, le tableau de li peste, les amours des plantes, l'éloge si cooim do café, de la biàre, du cidre, et du vin de Champagnt. U y a donc là beaucoup de savoir*faire, mais rnooe» toM sous sa variété spécieuse.
Nous ne verrons dans cette exhibition qu'une sortr de réalisme classique et discret, mais vide de sentiments et d'idées, comme eelui qui, plus tard, ton» le second Empire, sera le dernier louptr du r»* mantisme. Entre ces deux écoles, il n'y a guènr que la différence de l'image coloriée à Ul photographie, de l'a peu près timide à la copie ser^iJf h
brutale, de la pèripln» «■ buA propre. Au {ood, k siérilîlé flil b mtee. D on cAlè coimedel'utre, oa lent llmpnwnnce de coooewQÎry et k bâte de pradoiie. Or, ce mal s'eqilîqiie, dains les dem cet, parrinertie des foliés viriles. Ilyeftdesâgaes de décadenee 401 tiennent à rengoardjasenent de rteemoraL Voilà ponriiioi IlmiiKinatÎQn n'ert pins qu'on appeieil nuémoleduûqne findâannanteQnune on loaage adroit, sans pooroir noua rondro, bien qu'aile 7 piétende, la maeîlé des aensatinna. Car, sans rime, la mémoife eUe-mlme n'e^rime rien ; elle n'est plna qn'on prisme qui décompose lea rayons, aana dégagar ni ehaleor, ni lomièro*
DaUOe en est là. H sait patiemment eiécoter nn ftie-mmi9 trèa-exaet, mais devant lequel nous rastoosindiiltrents; son habileté finit même par devenir toute mécanique. En la voyant agir, on croit assîstar aui «opérations d'un castor, qui, privé de sa liberté, oonatruirait encore, par instinct, labntte dont il n'a plus beaoin. Ou phitdt, il aemble que ces vers, fin connés à l'emportei^ièce, sortent d'un atelier où l'on labrique sur commande des meubles, des décors, des paysages, des joujoux, des objets d'étagère, et mille autres fimtaisies de luxe*
Que dirions^oos donc si du maître nous passions aux disoiplas ; au doux Boiajolin, poSte dans sa aou8« préfeoture et aous*préfet en poésie ; à Parseval-Grandmaison, autre Chapelain qui vécut vingt ana aur la promeaBe d'une épopée ; à Lalanne, le chantre des ehoux et des reves, qui cuMva la littérature comme
un potager; à Castel qui se désolait de ne pouvoir, m dépit de Phébus, nommer le navet et la carotte ; à Dubos, rhorticulteur des roses artificielles ; à Tambi* tieux Esmenard, qui navigua sur tant de mers, »an^ pouvoir conquérir la Toison d'or ; en un mot, à Uros^ les défunts dont les reliques reposent encore dans le» Leçons de KuircUure de No6l, comme en leurs eaUcombes? Une sensiblerie bonasse prise pour rémo- Uon, l'abondance des mots suppléant à Tiodigena» des idées, des traits maniérés et iaux, sans relief ui franchise, un rhythme qui ne résonne qu'à l'oreille^ une couleur à la détrempe, des parfums éventés, àt^ minauderies de prude dont le sourire est une grimace, tout le clinquant de la rhétorique faisant de l'art comme on brode une tapisserie, voilà le signalement qui distingue cette postérité valétudinaire de l'abbé DeliUe.
Mais respectons au moins le Doyen de la bmillr, ne fût-ce que par déférence pour un grand non ; car jamais poGmes ne furent plus achalandés. U^ tirages de cinquante mille exemplaires ne s'épui* saient-ils pas en quelques mois? Ce succès de ventf, qui simulait la gloire, tient à des causes diverses, entre autres, à Tédipse de tout idéal, cbei un public qui, ayant perdu l'habitude des hanli^ pensées, ne rechercha plus que l'amnaMnam do yeux. Encore nefallait*il à des sens émoussés qtv des impressions douteuses. Malgré les lefoas do malheur, ces survivants du zvui* «ècle étaient tmp frivoleti pour devenir, du jour au kndenaia»
DELILLB. 381
publes de cette réflexion émue qui interroge le cœur ou la conscience. Croyant encore, par routine, sur la Toi de leurs maîtres, que Thomme est tout entier dans ses o^anes^ ils ne s'avisèrent pas de soupçonner qu'il pût exister des poëtes du monde invisible. Aussi Delille vieillissait-il impunément. Ses admirateurs, qui n'étaient pas non plus de la première jeunesse, ne s'aperçurent point de ce déclin, surtout quand le despotisme eut remplacé l'anarchie; car cette versification sonore et creuse fut alors un bruit qui rompait l'ennui du silence, et s'associait assez bien au roulement du tambour.
Ce talent, qui eut son à-propos, n'a donc pas été seul responsable de ses défauts. Trop loué par les uns, mais trpp déprécié par les autres, il fut digne pourtant de recueillir une partie de l'héritage laissé vacant par la mort de Voltaire, celui de la poésie légère où il ne connut guère de rival, quand il se résigna tout simplement à n'être qu'un charmant Ovide, sans aucune visée virgilienne. Nous ne serons pas démentis par ceux qui ont lu son poème sur la Cofi" tersaiianj moins célèbre que tous les autres, et cependant bien préférable ; car on y voit qu'il lui eût été facile d'être mieux qu'un gentil espriU
Ici, du moins ^ se montre un observateur pénétrant auquel la pratique des travers mondains offrait plus de ressources que son vagabondage de naturaliste amateur, ou ses inépuisables descriptions de baga« telles. Nous y retrouvons enfin Delille en personne avec son badinage enjoué, sa naïveté d'enfant, sa
galanterie, 8a politesse, ce tour fin qui doone da prît à des riens, cet air de supériorité qni n'eol jamab de morgne, et les façons engageantes qni M firent tant d'amis. Coryphée de salon, roi des caoseon* il n'eut en effet qu'à se peindre lui-même pour noot apprendre l'art d'animer un entretien par des saiDief piquantes, des compliments sans Csdeor, une railla rie exempte d'amertume, et des anecdotes bien m^ nées. On ne goûtera pas moins les croquis satiriqoei entremêlés dans cet album aux soineoin d^one longue expérience qui a?ait vu passer tant de lêgime^ divers, et se disperser tant de cercles dioisis. Le nouvelliste, le voyageur bavard, Ténidil enimyeinf le bd-esprit bourgeois, le bouffon, l'égrtMe, le my»> térieux, le menteur, le médisant et le brouifloii, sont autant d'esquisses prises sur le vif. Elles nous ibnt r^^tter que DeliUe se soit voué constammenl à h nature morte ; car, s'il avait intéreesé rboome à la connaissance de lui-même, il aurait pu mourir d'apo* ptexie, dans la nuit du l** au 2 mai 1813, sam que ses œuvres courussent le risque d'être, elles ansai. comme suffoquées par un oubli foudroyant
Bien qu'aujourdîiui sa renommée nous rappek un peu ce lit de parade où sa dépouille demeura pie* sieurs jours, la tête ceinte de lauriers, et le peint d'un fard qui recouvrait la pâleur de la ne soyons pas ingrats envers le promoteur dHmr réforme désirable, mais qui passa trop ina|Wfoe, parce qu'A l'accomplit sans en avoir pleine coas» cienoe. J'entends par là que son initiative donna
eoon à bien des tomes
qu'alors par Torgneil d'me
Habituée qo'elle èliil, per ks praMases 4e a
gédisi à Téloquoiee «Icnnplle des lOBCldes
elk dnt à Delille une eUnre nuM ikBÉtnk, «B
rapprocha des soiels aiioples H hailiin Or, ce
ht dxise prédeose eo un temps oà la
s'annait dlndignalimi cootie oa
écrire:
Un haricot grimpant à la lame atUeiiè.
Il y eut, en effet, da mérite à biaTer les par un vocabulaire où Qguraient cd FÉtabm^ la Cavak d tAne^
Dont \t non méprisé dégiaderait vh tocs,
oomme disait un de ces doutés qui u arbitres du goût.
La traduction des Géorffigues fiii, à cOe aenie, BoeTictoire décisive remportée surlesdé qui, mettant la nature en interdit, et loi DOS distinctions sociales, suf^rimaiait par mépris les trois quarts de la création. Grâce ao patronage de Yiigile, Delille fit entendre à des oreÛies françaises bien des détails que ne se pei^ mettait pas la prose elle-même. Décrivant ndnntien* ^«ment la charrue^ il nomma sans détours le eouire, les orei/foftf, les coins^ le tùnan'j et la vertu de son imitation féconde eDrichit le dictionnaire poétique de tous les termes campagnards que l'usage avait
3bi LKS POETES UB TRANSITION.
relégués dans les traités d'agriculture, ou dans /t Maison rustique. S'il chemina d'un pas ioégal sur cette voie qui semblait prohibée, la iaute en f»: moins à lui qu'à ses contemporains. Lorsque U crainte des puristes l'arrêtait en route, il regafroai: bientôt, par de soudains élans, le terrain perdu pir ces langueurs ; et, rattrapant son guide, il pat sou* vent s'appliquer à lui-même ce vers de XÉniiie :
Il le ducem haud timùlis vadenUm }htssibtts »*fw*t ^
Disons plu< : nous devons même de rindulgence a des périphrases qui furent, en bien des cas, un ei{«^ dient approprié aux scrupules d'un public pusillanime; car c'était encore faire acte de bonne volonté (it> d'introduire ainsi, par des portes dérobées, les objei« qui n'auraient pas eu le droit de s'offrir à visage dl^couvert, et de prime-saut. Pour ne pas effaroucher k beau monde, il fallait bien recourir à ces voiles discrets qui ménagent et amortissent la lumière. Ce:» circonlocutions, a dit un juge excellent, « dompté» rent la langue poétique, comme on dresse une monture trop susceptible ». Elles lui firent voir de loèn les épouvantails qui lui causaient une sorte d'effroi ; puis, le cercle se resserrant de plus en plus, à me* sure que l'expression se rapprochait davantage de la réalité, les instincts ombrageux de la Muse floimi \\aT céder à ce prudent manège. Aussi M. Martha u-t-il ingénieusement comparé ces potaiet iniua*