‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 42 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dblilu*. Udo n»yniil4 litt'^riiin». Un liomnir h^iiivux. S^ \t^ le patniDftice de Louis Racine. Influenr<> de (irtu t. TrUnrt -. »> Gértrgiqu^M, Voltaire lui ouvre !«»< port»»« de rArad*-mie. « >• r •• lilé d'une «puvre périlleuse. — L'Kf*>l«' didactique ei de^rf-l »- U poésie et la M^ience. L^g Jardins, recueil de inorr«*am rh 4«t«. !»• honM]'œuyi>'. Del il le, et La Fontaine. Le |^uU d** ««»n t *•(:.(». S ▼rtjaff»' en Orienl. — S<in exil volontaire aprè« la T-rr .r. — ^ rpntr»*e triomphnle au Coll/«jre de France. La Pttté (|H«ii . S-* --• politique. Inventair* de M>n portefeuille. L'Homme </-• ('• i : te frrand M'itfneur philanthrope. Traduction de CÊmnâe, If hvi * fterdu. L'Imagination (1806. La Tnns hrtjnet^ Rnc«r; 5- « pittoresque. — Il faut co 1 damner le genre plu* que le p»»**». I réali-inie claMîqne. Fahrique de joli» Teni. L*an fnT«4^, \.i*^ • franeai*. Pocm" »ur Lu Conversa han,'^ Su mort, son lit d* (»•-«■>. Il apprivoisa les tiuiidit^i de la Muse. S«'« bardir«<e« de «îw. t ranrhit le T<icabnlaire po4^tique. Ne iiiédto<H» paji tn>p n * * •es périphrases. Sas u'U>res furent un Jinlia d'accumataU «n.

Si Lebrun eut ses jours d'ovation, ils lurent Mii\i^ d'une disgrftce définitive ; car Topinion ne lui pardonna pas d'avoir encouragé des criroe^f et il s*mi défendit mal par des strophes où protesta vainement une indignation trop tardive. Mais, tandis que 1^ désert se faistiit autour de sa mendicité morose, on autre po^te qui datait de loin, Jacques Delille, rentrait solennellement en possession de sa roj-auté débonnaire ; et, de 1800 à 1813, ses ouvres ne re>v-ront plusd'étre la principale décoration d*une«ori'-tr qui acclamait en lui s^es souvenirs d autrefois. Puique re nom rappelle Térlat d'un lone rtene« fMDi»n-

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tons jasqu*à 1 avènement de co bel esprit dont on a pu dire :

I^ Mode a a vol changeant, aux mobiles aigrettes, Semble avoir ponr lui seul fixé ses f^irouettes.

En effet, l'histoire littéraire n'offre guère de destinée plus heureu$«e. Car il n'eut qu'à paraître pour devenir l'idole d'une génération qui se vantait d'avoir secoué le joug de tous les préjugés. Us furent pourtant bien modestes les débuts de cet abbé sémillant qui devait égaler la réputation de Ronsard, dans le siècle de Voltaire. Né clandestinement, près d'Ai* gueperse, au fond de la Limagne, en Auvergne, au mois de juin 1738, fils d'une personne de condition et de l'avocat Montanier, qui mourut en laissant k l'enfant une rente viagère de cent écus, n'ayant pa$; même le droit de porter le nom de son père, il fiit élevé par charité^ d'abord au presbytère de son vil* lage, puis chez les jésuites, au collège de Lisieux, où le distinguèrent des aptitudes précoces. Plein de gentillesse et de vivacité^ surnommé f Écureuil par ^es condisciples, il apprit à cette école les plus ingénieuses traditions du Père Rapin. Lauréat de concours, déjà célèbre dans les régions universitaires, il ne s'en trouva pas moins fort dépourvu, lorsqu'au lendemain de succès retentissants il dut songer à l'avenir. Faute de mieux, il lui fallut donc accepter les humbles fonctions de mattre de quartier au collège de Beauvais, et, bientôt après, de régent à celui d* Amiens. Mais il ne tarda pas à se mettre en vue :

3fi2 LES POETES DE TRANSITION.

car une épttre qu*il adressa, vers 1761, à M. I^urent, inventeur d*un bras artiCciel, eut laboDiiefur* tune d*6tre couronnée par TAcadémie française.

Dans cette pièce s'annoncent déjà tous ses instincts. U s'amuse à y décrire les appareils d*im* primerie, les moulins à vent, les pompes, les écluses, les ponts portatifs, les automates de Vaaeansoo, la machine de Marly, et autres merveilles de la mécanique moderne. C'est encore là qu'au mot glnt^ il substitue les détours de cette périphrase :

Et le sal)lc disM)US par des feux dt'VuranU

Pour les palais des rois brille en murs trmn»{iarent«.

Par ces industrieux enfantillages, il relère de €^ premiers maîtres, et applique au vers français h'i ruses de la prosodie latine. Biais il donne aussi \\ main à Louis Hacine, que Ion peut regarder comme le patron du genre descriptif. Delille nous racunie lui-même, avec un pieux accent, la visite qu*il fit à ce p&le héritier d'un grand nom, vers Tépoqua où, dau% son obscure chaire de Beauvais, il se délassait de pénibles travaux en méditant set Géofyifues. L'auteur du poème sur la Religion jueoa d'abord ce de^ sein bien téméraire ; mais une trentaine de ven lu» timidement d une voix émue changèrent ces défiaoo*^ en vifs éloges, dont l'aiguillon piqua dlxmmur uo talent qui ne voulait point s*ensevelir dans l'ombnp d'une clahso.

Parmi les influences qui agirent encore mr *« -n imagination novice, n 'omettons pas non |ilus k^

exemples de Gresset, qu'un admirateur désireux d'Atre son émule put fréquenter à loisir, quand, après l'expulsion des jésuites, il fut appelé à Tun des postes d'enseignement qu'ils laissèrent vacants au collège d'Amiens. C'était là, dans la patrie de Yoiture, que vivait comme en pénitence le chantre espiègle de Vert" Vert. Or entre les deux esprits qui 8ê rencontrèrent alors existait une sorte d'entente naturelle. Ils se valaient du moins par leurs grâces coquettei, et par les séductions qui feront dire un jour à une admiratrice de Tabbé, à une de ses défotes : « Son âme est d^un enfant ; elle a quinze ans ; elle a vingt mouvements à la fois. Il est, aussi lui, ehose légère et volage. » Ces traits ne s'effaceront pas. Car Delille aura beau se vouer, comme il aimait à le croire, aux Muses les plus graves ; il sera toujours plus voisin d'Ovide que de Virgile, sous les auspices duquel U allait à entrer en scène.

Dans les derniers mois de 1769, un an après les Sai$tmê de Saint-Lambert, parut enfin le monument qu'attendait la gloire. Il était prôné d'avance par rimpatlente curiosité des salons qu'avait affriandésla primeur de quelques fragments débités avec charme par un lecteur habile h duper les oreilles. On ignorait trop le modèle pour ne point fêter la copie. Aussi fut-elle déclarée, je ne dis pas égale, mais presque supérieure à l'œuvre même de Virgile. Dès lors, les deux noms ne firent plus qu'un, et le signal en fût donné par Voltaire en personne. Ravi de cette facilité brillante où il se reconnut, il applaudit de tout

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cœur à un tour de force qui lui avait semblé naguère impossible. Avec sa pétulance ordinaire, il s'empressa môme d'écrire à TAcadémie, pow recommander à ses suffrages Tauteur du «meilleur po^mf qui eût honoré la France^ depuis VArt Poétique • •

Un tel patronage ne pouvait manquer son effet; et, en 1772, à trente-quatre ans, encoiv simple régent de troisième au collège de la Marcbe« Delille dutThonneur d*un fauteuil aune élection qu^^ le roi confirma seulement deux ans plus tard, pâme qu'il trouvait le récipiendaire trop jeune. « Tr>p jeune ! dit alors un prélat ; mais il a près de deux mille ans, Tftgc de Virgile ! » Cétait bien Texpn^ sion du sentiment universel; car, dans ce concert de louanges ne détonna qu*une note discordante, lancée par Clément, de Dijon (surnommé depuis fhclément\ « vipère jalouse qui se cassa les denL^ à la lime », suivant le mot de Voltaire. Dès k»i^, comblé de toutes les faveurs, professeur au G»IW-«*' de France, chanoine de Moissac, abbé de Saint-N-vérin, favori du comte d*Ariois, hôte habitue) A^ Choiseul, des Bragance, des Boufllers, des N.irbonne, des Ségur, du prince de Ligne, et de ton*'* une élite patricienne, où il compta les plus grand-'- Dames parmi ses clientes, Delille n*eut plus qu'à hlaisser porter par le flot.

C'était assurément beaucoup d'avoir fait adœirfr aux femmes elles-mêmes un pot^me que la plu|a:'connaissaient à peine par ouI«dire, et d>tre ai:i-. comme un autre Anacharsis initiant les Pah>ier-

aux beautés du Latium. Ne fallait-il pas une dextérité bien rare pour forcer notre langue indigente et fiëre à rendre, sans faste et sans bassesse, tant de détails rustiques dont s'effrayait alors son inexpérience, ou son orgueilleuse délicatesse ? Gr&ce à l'élégance d'une version limpide, aisée, spirituelle et merveilleusement adroite, il triomphait enfin d'un préjugé social autant que littéraire ; et, tantôt par subterfuge, tantôt par contrainte, il habituait la Muse à vaincre sa pruderie séculaire. Par cet endroit, il fut traducteur vraiment original, comme on le répéta sur tous les tons. Hais, cet éloge même implique certaines réserves : car il nous avertit des infidélités inconscientes, ou préméditées, sous lesquelles disparaît trop souvent le génie de Virgile. Ne cherchons donc pas en cette étude r&me des choses, je veux dire la majesté de la nature romaine, les ravissements d'un enthousiasme sacré, ni l'idéale perspective d'une antiquitélointaine. Ce serait plutôt du Poussin arrangé par Watteau, du Raphaël retouché par Mignard ; ou bien encore, comme l'a dit spirituellement Sainte-Beuve, « c'est la demeure patriarcale d'Évandre restaurée par l'architecte de Trianon. »

Ce succès qui prit feu comme une traînée de poudre décida victorieusement d'une vocation qui n'avait plus qu'à suivre sa pente. Delille sera désormais le chef de cette École didactique et descriptive qui représente le dernier effort de l'invention défaillante. Tous les grands sujets étant ou paraissant épuisés, la science va de plus en plus devenir l'asile des

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imaginations appauvries. Pour s'épargner b peiue de penser, de sentir et de oomposeri les ver^ificatean exploiteront donc à TenTÎ leâ minas ouverti^i par ]e% BufToni les Daubenton, les Lavoisier, les llonlgolfier ; et Ion ne verra plus guère que des naturelle ou de physique s'alignant à la file, les plates-bandes d*un potager, les cages d*Doe nageriei ou les échantillons d*un Muséum.

Tel fut le poCme des Jardins qui, publié par De» lille en 1782, peut être considéré comme le lypt d'un genre dont la vogue et le discrédit serooi à jamais inséparables de son nom. Nousysurprpnoiu en flagrant délit des procédés aussi commodes pour les improvisateurs que peu conformes aux lois duii art sérieux. Malgré leur engouement, les oontamporaiof De s*y trompèrent pas; et, tout en adoucissant sa le* rule pour un (avori de la mode, Tauteur de tAimie liiiéraire lui reprocha judicieusement d*avoir fait un recueil de morceaux choisis. Voilà bien le défaut or> dinaire d un po<^te qui sait assurer le sort da chaque vers, mais néf^lige trop la fortune de rensemblt. II ne C4'ssera plus d'exposer, en une sorte de galerie* (1('^ tableaux dont le pèle*m(Mo laisse des imprtMÎoo^ errantes et disparates qui dissipent le regard ^ et UCguont Tattention.

Cet écucil était ici plus périlleux que jaroati; ta^ une matière ^^ei ingrate se prétait mslaisémeot a Tunité d'une grande composition. De là bien de» minuties et des digressions. Tantôt Del iile aaUanli' aux moindres bagatelles, comme ces prof»riélairc»

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qui, promenant un visiteur dans leur petit domaine, l'excèdent par Timportun plaisir qu'ils éprouvent à passer en revue tous les fruits de leurs espaliers, et toutes les fleurs de leurs parterres. Tantôt i! s'échappe en épisodes parasites où s'aperçoit trop l'embarras d'un pinceau pris à court, qui use d'expédients pour remplir sa toile, et meubler ses fonds. Ce souci perpétuel est surtout visible dans une seconde édition, où il dut se mettre en frais de sensibilité, pour répondre à ceux qui l'avaient accusé de substituer Tesprit au sentiment. Une arrière-pensée d'apologie lui suggéra donc ses élégies sur la destruo^ tioD du parc de Versailles, sur le bannissement des chartreux et des trappistes recueillis par la générosité d'un grand seigneur, sur la mort du capitaine Cook,sur la nostalgie du jeune Indien transplanté par Bougainville en plein Paris, et reconnaissant un arbre qui lui rappelle sa patrie; enfiu, sur la restauration d'Abdolonyme^ dont les aventures avaient alors un air de pressentiment politique; car c'était un appel indirect fait aux espérances du parti royaliste.

Sans doute, il y eut jadis quelque à-propos dans ces hors-d'œuvre ; mais on leur préférerait aujour^ d'hui cette verve intérieure qui anime tout, et dispense de l'habileté par la candeur de l'accent. Oui, plus de franchise et moins de mesquines finesses nous vaudraient mieux que les calculs ou les minauderies d'une plume qui justifie ces malices de Rivarol :

Son style citadin peint en beaa les campagnes ; Bur UD papier ciiinuis ii a \n les montagnes,

36d LES POE! » DE TKANSITIdX.

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