ARNAULT
Buissons^ œuvre magistrale d'où nous détacherons ces vers :
Les Baissons indignés qu'en une année ou deux
Un Chêne devint grand comme eux,
Se récriaient contre l'audace De cet aventurier qui, comme un champignon, Né d'hier, et de quoi? sans gêne, ici, se place, Et prétend nous traiter de pair à compagnon ! L'égaJ qu'ils dédaignaient cependant les surpasse ; D'arbuste il devint arbre, et les sucs généreux
Qui fermentent sous son écorce, .
De son robuste tronc à ses rameaux nombreux, Renouvellent sans cesse et la vie, et la force. Il grandit, il grossit, il s'allonge, il s'étend.
Il se développe, il s'élance ; Et l'arbre, comme on en voit tant, Finit par être un arbre immense.
De protégé qu'il fut, le voilà protecteur. Abritant, nourrissant des peuplades sans nombre : Les troupeaux, les chiens, le pasteur Vont dormir en paix sous son ombre.
L'abeille dans son sein vient déposer son miel,
Et l'aigle suspendre son aire A l'un des mille bras dont il perce le ciel. Tandis que mille pieds l'attachent à la terre.
Dans cette miniature grandiose s'entrevoit, à la dérobée^ l'ombre d'un grand deuil ; il y a là des allumions laites à la fortune de César. 11 s'en dégage aussi une moralité que l'on devine, et qui put couYenir à un temps où le mot à'égalUé cachait déjà le venin de l'envie et de la haine. A l'accent de Tensemble, qui ne reconnaît un po6te visité jadis par la Muse tragique, encore tout ému de son souvenir, mais assez souple pour devenir capable, lorsqu'elle Ta délaissé, de distraire ses regrets par des poésies
légères où les douceurs de Tait se mMeni à rimère philosophie de Texpérience?
Une telle variété de tons est un signe d'aptitude privil^ée. Nous en verrons un dernier gage dan? cette élégie vraiment exquise, dont la résignati«m plaintive contraste avec le tour habituel de sud Apreté mordante :
De ta tige détachée^ Paavre Feaille desséchée, Ob ¥as-tu T — Je n'en sais rien.
L'orage a frappé le Chêne Qui seol était mon sootien.
De son inconstante haleine Le léphyr ou l'aquilon.
Depuis ce jour, me promène De la forêt à la plaine.
De la montagne an Talion.
Je vais ob le vent me mène.
Sans me plaindre, ou m'e&aTer.
Je vais ob va toute cbo^, Ob va la feuille de rose, Et la feuille de laurier.
Cet adieu qu'envoyait aux siens un proscrit victun^ de sa fidélité ne suffirait-il pas à justifier une eattiv bien méritée par Thomme et le poète que des softifrr* réparateurs rendirent tardivement à la Franee et a l'Académie, en 1829 ? Oui, sa modeste immortali'i^ date de cette feuiUe charmante qui, rose ou Uoner, ne perdra jamais son parfum.