CHAPITRE IV
N . AlHAOLT. DéYOuement et fidéliU du po9t« à la penonne de l'Emperour. Ses ambitiona dramatiques. Son exil après les Cenl- Jours. La fable satirique et politique. Par sa facture, il a des airs da ressemblance atee Béranger. Le don d'épi^ramme. Le CoHmaçon. Le Ri(Mi et le Pauvre. Le Chêne et le Buûson, L'élé^e de la FetàUe.
fiieo que ministre de TEmpire, M, de Fontanes ne porta guère la marque d'un régime auquel il ne liYra point son cœur. Il appartenait d'avanee à la Restauration. Tel ne fut pas un autre poOte, M. Arnault, qui» fidèle à la personne même du Souverain, devait figurer un jour parmi les légataires du testament de Sainte-Hélène. Soit qu'on le charge&t d'importantes missions, entre autres du gouvernement des îles Ioniennes ; soit qu'à l'Hôtel Chantereine, ou à bord du vaisseaU'-amiral partant pour rÉgypte, il fût admis familièrement à ces oonversaticms prophétiques dont quelques*unes étaient déjà de rhistoire, il entra fort avant dans la confiance du général que son zèle servit avec tant de dévouement, à la veille de Brumaire.
Nul ne fut, en effet, plus soucieux de préparer Topinion à cette journée décisive. Mais, de même qu'il avait traversé la République sans s'y eom-
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promettre, il put se donner à l'Empire sâu que sa considération en souffrit la moindre aUeinle ; car jamais il ne sentit le courtisan, et ne profita de >. faveur pour des visées de fortune politique. Homm^ de lettres aussi désintéressé qu'indépendant, il semblait se résigner par devoir d*affection aux postes qui* accepta sans les désirer, et la scène du Théitre ht !a seule vers laquelle se tournèrent ses ambitîoQ^. Nous avons déjà vu précédemment que le snonk» de ses œuvres dramatiques fit honneur à son imagination, comme leur échec à son caractère. T«<utefois, si l'auteur de Marius^ de Lucrèce, de Cmemnahts^ d'Oscar , de Scipion et des Vénititm ne>* pas mort définitivement, il n'en fut point rede%ib> à des héros dont quelques-uns méritèrent d*a«<<r Talma pour interprète. Sans les déprécier, dow estimons donc que ses tragédies ne valarent pmDt ses Pabldy et qu'il déploya son inventioo avec p:ti» d'avantage dans les bagatelles malicieuses qui fnrrs: d'abord le passe-temps de ses kûsin, pois sa cotn^^ lation, et sa vengeance.
Ce fut après la disgrftoe de Don Pedro qu*il (•*•' goAt à ce badinage dont le jeu lui devint une arme« lorsqu'au lendemain des Cent-Jours, enveloppé da» le naufrage de la dynastie qu*il aimait d'autant p!*> qu'elle était malheureuse, l'ancien offider do de Provence se vit destitué de son fauteuil mique par un ordre exprès de Louis XV III, et bani par la brutalité d'une aveugle réaction.
Réfugié à Bruxellis, où sa plume acérée tmova l» -
ARNAULT. 4ia
accueil, il suivit dès lors son penchant naturel, et se voua définitivement au démon de la satire, Peut« être y mit-il trop d*ftpreté. Ce fut l'avis de ses vio* times ; d'autres aussi, qui n'avaient pas la conscience tranquille, lui en firent un crime. Mais, outre qu'il était en droit de légitime défense, on pardonnera bien quelques hyperboles à un homme d'esprit qui ne voîdut louer Napoléon qu'après sa chute, et paya cher l'éloquence des représailles^inspirées à un exilé par la pitié, l'admiration et la reconnaissance, c'està dire par les plus nobles sentiments. Cette humeur acerbe ne fut-elle pas d'ailleurs l'originalité du fabuliste qui, non sans fierté, se rendit ce témoignage légitime :
QaaDd je vois mon petit trésor, Je me tronve assez riche encor ; Car je n'ai rien pris à personne.
Sans lui dérober ses travaux, De Jean j'ai suivi le système :
Je me dois le peu qne je vaux.
Je snis^moi, comme il est Ini-méme.
Rien de plus juste; car M. Ârnault garde sa physionomie propre en un genre où ne lui restait que la ressource de glaner après La Fontaine. 11 le fit de telle sorte qu'en le lisant, dit M. Yillcmain, on ne s*écrie plus, à chaque page : « Âh I le bon-homme ! » mais bien : « Âhl l'honnête homme, dont l'âme est toujours loyale, même quand elle s'exaspère plus qu'on ne voudrait I » Ne le comparons donc point à un devancier incomparable, ni même à Florian, auquel on a rq^roché d'avoir mis trop de moutons
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dans ses bergeries. Certes, ce n'est point le câs d« M. Amault ; il abuserait plutôt des loups. Mais, >i son pessimisme ne résiste gu6re au plaisir d*un k o mot, même cruel, les lettrés ne s'en offensen nt pas ; car ils goûtent, jusque dans ses eraportaBirat^. la verdeur d'un laconisme eipressif, et le don «npérietir de lancer le trait final, c'est^-dire mie m ^^ ralité saisissante con:me ces proverbes qui se rrv vent dans la mémoire du bon sens. A propos de^ allusions dont l'intérêt s'est évanoui, nous reocoQtrons là de fines observations, des maximes toutes pratiques, et des vérités piquantes dont la conci^i- -n spirituelle fait pressentir Béranger. (Test vraiment à s'y méprendre. La Muse de notre grand chiosonnier ne lui auraiv-elle pas soufflé ces jt. ? mots:
Il De faat point casser le§ Titres, Mais il faat bien les nettorer...
^ La tache est font jaste à l'endroit Où l'on voit brill(*r la paillette.^ -^ Un brait accru par des Achos Btsemhte beaacoup à la gloira...
Amault sait, aussi lui, condenser en rapide un sentiment ou une pensée, par dans sa fabie de la Pierrt à fusily où 3 ment:
Si qnel<iiio ^tinoaUa m'ècliap(»e, Ia faute n'en est pa5 à mot :
Elle e^[ â C4*lui qui uie fr.ip|ie.
ARNÀULT. 415
Ses apologues lui veuaieut d'ordiuaire à Tétat (i epigrammes, notamment celui-ci :
On nous raconte que Léda, Par le diable aatrefois tentée.
D'un amant à l'aile argentée, Ud beaa matin, s'accommoda.
Hélas I ees triomphes insîga« Sont encor les jeux des Amours»
Si cê n*est qu'on voit, tons les jours, Lea dindons remplacer les cjgnes.
Parmi ses boutades, signalons surtout un vrai chef-d'œuvre dans cette pièce enlevée de verve :
Sans amis comme sans famille^ Ici-bas vivre en étranger; Se retirer dans sa coquille, An signai da moindre danger; S'aimer d'une amitié sans bornas, De soi seul emplir sa maison ; En sortir, suivant la saison.
Pour faire à son prochain lescomes; Signaler ses pas destractears Par les traces les plus impures, Outrager les plus tendres fleurs Par ses baisers, on ses morsures ; Enfin, chez soi, comme en prison»
Vieillir de jour en jour plus triste : C'est l'histoire de Tégoiste»
£t eeUe du colimaçon.
Ailleurs, sa rudesse se mitigé d'une émotion qui nous touche comme une larme fortive. Tel est ce dialogue du riche et du pauvre :
Pensea-y deux fois, je t'en prie t A jeun, mal chaussé, mal vêtu, Paavre diable, comment penx4a Sur un billet de loterie
416 LES POETES DB TRANSmON.
Mettre ainsi ton dernier éenî
C'est par trop manquer de pradeoce ;
Dans l'eau c'est jeter ton argent.
C'est vouloir — Non, dit l'indigent.
C'est acheter de l'espérance.
Ces fantaisies pèchent pourtant par un certain air de sécheresse, ou de brusquerie. La flèche ?t droit au but, mais trop rapide. On voudrait plus d'agrément dans ce style où tout se réduit au strict nécessairt, et plus d'aménité dans ce moraliste impitoyable dant la sentence ressemble àuncoupde pistolet tiré à brùirpourpoint* L'action fait trop défaut à la loi:i<iue de ces petits récits, et les caractères y sont à peine inAqués d'un trait. Le mouvement de la vie D'animé donc pas assez les abstractions de leur symbolisme. S'il sai* sit la raison par sa justesse, il ne dit presque rien aui yeux, et ne se traduit pas en images. Nous le itfrrettons d'autant plus qu'à Toccasion M. Âroanlt s' tendait à développer ses motifs en des cadres étroits, par des touches plus larges, ou plus tes. Chaque livre du recueil nous offrirait un échan* tillou de cette seconde manière, par exemple, Talie» gorie du BU et des Fleurs^ leçon judideitte et digne d'un ancien Conseiller de l'Uni versité, qv résume tout un progranune d'éducation dans la formule suuvante :
Ne cnlUvei que le froment ; Le blnet Tiendra de lai-ménie.
Mais la perie de Técrin est encore k Chtm m h