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n'a pas cessé de dous rendre présents. La poésie surtout, qui avait émigré dans la prose, ne nous offre que des talents distingués, mais secondaires, ou de pAles ombres dont le soufQe s'épuisait à ranimer les cendres de foyers éteints. Les meilleurs subirent les influences d'un despotisme qui paralysa toute initiative, soit par ses coups de force, soit par le zèle d'un patronage trop intéressé pour être vraiment libéral. Quant aux événements tragiques dont retentissait l'Europe, leur douloureuse grandeur sembla stupéfier la Muse oppressée par une émotion qui la réduisit au silence. On avait bien sans doute conservé le goût de la forme ; mais la plupart ne la recherchaient que pour elle-même, sans lui donner d'autre soutien que de froides réminiscences. En un mot, le ciel étant devenu d'airain, toutes les sources languirent. Hûs, en un pays tel que le nôtre, il ne faut jamais désespérer de l'avenir ; et cette indigence passagère recouvrait le travail des forces créatrices qui, dans un sol généreux, allaient se réveiller au premier rayon de soleil. Or, sous l'Empire même, l'éclipsé ne fut que partielle, comme l'attestent des lueurs de bon augure, qui plus d'une fois percèrent le sombre nuage.
Ces symptômes de vie latente nous ont surtout préoccupé; et voilà pourquoi nous avons été plus
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soucieux de les recueillir chez des écrivains oonnns ou dignes de Tètre, que de passer scmpuleuseroent en revue tous les ignorés qui eurent une heure d*exis« tente éphémère, en un temps où les yersificatairs formaient, eux aussi, comme une grande armée. Cependant, pour combler les lacunes que nous imposait la nécessité d'un choix discret ou d'une ordonnance lumineuse, nous ménageons, à la fin de notre volume, une sorte de galerie biographique où petits et grands ont tous une notice appropriée à leur importance. Dans cette vallée de Josaphat, chaque tombe porte son inscription. Mais, pour varier un peu la sécheresse d'un catalogue, nous y avons disséminé des citations qui éclairent ou commentent les jugements exprimas sur les oubliés dont il con» venait de raviver la mémoire. En cela, nous croyons répondre aux exigences des lecteurs qui, maintenant plus que jamais, aiment à savoir les choses par le menu, se décident volontiers par eux-mêmes, texte en main, et demandent presque aux lettres l'exactitude dos sciences. S'ils ont la patience de feuilleter cet inventaire, ils feront peut-être plus cléments pour une g<^nération dont les modes furent parfois ridicuW, qui eut assurément le tort de s'entêter dans la routine, et déparier trop souvent une langue morte, mais qui racheta ses tra\er8 par le respect de
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l'art, et la ferveur d'une bonne volonté littéraire où nous voyons encore une promesse de rénovation prochaine.
Autant nous avons craint de nous égarer dans les détails d'une érudition trop particulière, autant nous évitons ces vues systématiques dont le risque serait prat-ètre de convertir les faits en abstraction ou les hommes en formules, et parfois de donner à la vé* rite même je ne sais quel air d'arrangement ou d'ar* tifice. S'il est malaisé de surprendre le secret d'une &me isolée, n'y aurait-tril point quelque péril à emprisonner dans une définition cet être collectif qui s'appelle une société? Ce n'est pas qu'on doive méconnaître les courants généraux que déterminent des causes assez puissantes pour provoquer une impulsion décisive. Ces tendances, nous essayerons de les discerner en toutes les rencontres où elles s'accu* sent par des signes manifestes. Or, sous l'Empire, se produisirent encore des semblants de doctrines communes. Hais, au lieu d'être, ainsi qu'au xvn'' siècle, nn fleuve qui coule à pleins bords, en fertilisant ses rives, elles ressemblaient à des eaux stagnantes, ou qm vont se perdre dans les sables. Si des centres littéraires purent alors se constituer, il n'y eut donc là qn'une cohésion ^précaire entre des éléments
inertes ; car nul ascendant supérieur ne ralliait les
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esprits. Quant aux groupes où la vie s*était réfugiée, ils ne se formèrent qu'à grand*peine sous le regard d'un Pouvoir inquisiteur; et, partis de camps opposés, ceux qui les traversèrent ne s*entendirent, le plus souvent, qu'à condition de ne pas s'expliquer. Leur alliance momentanée fut moins une sympathie de prindpes qu'une coalition d'intérêts et de haines. Au fond, chacun réserva ses rejets ou ses espé* rances.
C'est que le jour approche où, sous l'influence d'une Révolution qui avait renversé toutes les barrières, la plupart des intelligences se feront librement leur voie, sans se soucier de qui les précède ou les suit. Dès lors, l'affranchissement ira jusqu'à la dispersion. Aux entraves dés règles se substitueront de proche en proche les aventures de la fantaisie personnelle; et si, parmi les idées qui vont affluer de tous les coins de l'horizon, quelques* unes s'organisent en foyers de propagande, ces tentatives de recrutement seront plus bruyantes qu ef* fectives; car les professions de foi qui battront le rappel en faveur d'une croyance ou d'une poétique deviendront de plus en plus le calcul des indépendants ou des habiles qui veulent justi6er leurs ca* priées par des théories inventées après coup. Mélange et bigarrure, péripéties imprévues et rapides,
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flux et reflux d'opinions ondoyantes et diverses, œcillàtions du pour et du contre, tourbillonnement d'imaginations inquiètes et désabusées de leur idéal avant d'en avoir fait une réalité, voilà le caractère de l'avenir qui se prépare ; et l'époque impériale nous en laisse déjà pressentir quelques traits sous l'unifonnité monotone d'une discipline tout extérieure que déconcertera la moindre secousse.
Dans un temps où s'annonce la dissolution des anciennes écoles, sans que les nouvelles aient conscience d'elles-mêmes, la critique n'a guère sous les yeux que des individus. Aussi sa principale ressource est-elle de tracer des portraits ; mais elle doit les encadrer dans le milieu politique et social dont l'homme ou l'écrivain a pu recevoir l'empreinte. C'est ce que nous ferons, sans oublier jamais que le premier devoir du peintre est de respecter la ressemblance, et par conséquent d'être impartial. Or, ce mérite est bcileà qui aime la vérité. Le plaisir de la connaître n'est-il pas assez vif pour qu'on désire ne point le gftter par ces partis pris qui troublent la clairvoyance de l'observateur ?
Est-ce à dire qu'il nous suffise de satisfaire notre curiosilé ? Non, certes ; car ce serait aller tout droit à l'indiOérence. Or^ nous estimons que l'histoire doit avoir des principes, et contenir un enseignement.
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Celle de TEmpire ne nous apprend-elle pas que les talents faiblissent toujours avec les caractères? Si un peuple est responsable de ses insUtutious, comment ne le serait^il pas aussi de ses livres? Oui, ses arts, ainsi que ses lois, représentent la fortune bonne ou mauvaise qu^ont méritée ses mœurs, ses croyances, ses sentiments et ses actes. Ce n*est donc jamais im* punément que les âmes fléchissent. Toutes les ibis qu elles abdiquent leurs droits, et par conséquent leurs devoirs, les esprits déclinent, et cette inévitable expiation est surtout visible en un pays qui, plus que tout autre, peut dire avec Descartes : a Jû pense^ donc je suis. »
Professer cette doctrine, c'est affirmer que la littérature ne nous parait pas seulement un jeu de la fantaisie personnelle, mais un écho de la conscience publique, et qu'elle se ramène toujours au suprême intérêt de tout ordre social, à une question de Morale et de Liberté. C*est donc déclarer aussi que le Protrrès indéûui nous semble pos>ible, et que nous n'admettons pas un fatalisme qui condamnerait toute élo* quence ou toute pcM!*>ie à parcourir trois périodes, la naissance, la vie et la mort, sanb aucune chance de résurrection. Non, la langue française n*est point une de ces plantes chétives qui ne fleurissent qu*une foisi et se dessèchent aux approches de Thiver,
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mais plutôt cet arbre généreux dont parlait Horace, et qui renouvelle ses feuilles à chaque retour de printemps. Aussi ne serons-nous jamais de ces pessimistes qui ne peuvent se consoler d'être nés dans leur siècle. Sans vouloir flatter le nôtre, nous ne prendrons pas pour devise : Laissez là Fespérance. An lieu de faire l'oraison funèbre des vivants, disons plutôt que le découragement seul est sans remède ; ajoutons qu'il n'y a pas de malheurs irréparables pour un Peuple soucieux de conserver, avec le sentiment de ce qu'il vaut, une foi vaillante en son avenir, et les vertus publiques ou privées qui en assurent la fortune. Confirmer cette certitude par l'histoire de la littérature impériale et de la Renaissance qui suivit de grands désastres, voilà une des leçons que se proposent ce livre et ceux qui le continueront, si nos rares loisirs le permettent.
Gustave Merlet.
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