VI PREFACE
k principe d autorité eut perdu toute mesure, les cjutraintes d'un goût trop exclu>if et d'une orthodoiie trop étroite u'enjpécbèrent pas non plu> I'e:^* prit nouveau de s*e>?ay»T dans l'ombre, par desescarm^juchf'S d'avant'garde, à la grande bataille dont le dénouaient devait être une Révolution. Tels furent, entre autres éclaireufs, Saiut-É\reraond et Bajie, Fontenelle et Lamotte, qui, par un sceptici^^le furtif ou d'innocente paradoxes, annonçaient la \enue de Voltaire. Mais en revanche, on vit aus^i, dans leur voi«inairp, Louis Racine et Jean-Baptiste Rou^seau, Vertot et Rollin pratiquer dévotement le culte des traditions dpl;ii?>éos. A l'heure où les hostilités s ou* vrirent de toutes parts contre Tordre ancien, ses exemples ^e continuaient donc dans la piété de quel* ques di?>ciples obstinément fidèles à si^s doctrines.
A plus forte raison Tan 1800 ne fut-il pas témoin d'un brusque changement à vue. Car la crise qui venait d'inaugurer un monde sur les ruines d'uu autre n*avait pu pnnluire encore ses conséqueDoe^ littéraires. Elle ne réus>it qu'à remuer plus de pasi«. ' / u\ d uiées, et à supprimer toute fine culture. A<j^ i, j '^^ n*i« \iolentedi>persion,lesintelligeDce« n*eurcnt- .« < r • n de plus pressé que de retourner à leurs habitudi's de la veille. Se rappelant sa pr&» mière ponte, le fleuve débordé rentra dan» son lit, et
PRÉFACE. vu
les lettrés semblèrent, eux aussi, comme tant d'au* très, n'avoir rien appris ni rien oublié. A les en* tendre chantonner d'une voix cassée leurs refrains d'autrefois, on eût même dit que ces sourds et ces aveugles ne s'étaient point aperçus des convulsions ftcondes qui venaient d'improviser d'autres cieux et une autre terre. Mais ce n'était là qu'une apparenct}, car, tout en ayant parfois l'air de se répéter, l'esprit français ne cesse jamais de se renouveler. Cette immobilité provisoire ne fut donc qu'une de ces haltes nécessaires au coureur fatigué qui se repose on instant pour reprendre un plus vigoureux élan.
Qore le xvm* siècle et introduire le xix% voilà le double caractère de la période que nous allons aborder, et dont les limites s'étendent à peu près du Direc* toire à la seconde Restauration, de l'an III à 181d. Elle est donc à la fois une fin et un commencement, par conséquent une transition entre ce qui va naître et ce qui achève de mourir. La définir ainsi, c'est justifier la pensée du travail que nous présentons au public. En effet, ayant l'intention d'embrasser plus lard l'ensemble des métamorphoses traversées par notre génie littéraire depuis les origines du xix"" siècle jusqu'à nos jours, nous avons dû, malgré des préventions peu encourageantes, nous résigner d'abord an chapitre de TEmpire ; car il est le vestibule de
viii PRÉFACE.
l'étude générale que nous voudrions entreprendre. Or, si les œuvres de l'art ne sont pas régieS| comme les découvertes de Tindustrie, par la loi d'un progrès mathématique et continu , leur développement n'en a pas moins sa logique secrète, et ne saurait obéir au pur caprice du hasard. D importait donc de ne pas négliger une époque dont la connaissance con« tribuc à expliquer les temps qui suivirent, ne fût-ce que par le contraste d'une réaction et d'une revanche. Tel est l'objet spécial de cet ouvrage qui, pour la première fois, traite expressément de la littérature impériale. Encore n'épuise-t-il pas une matière moins aride qu'on ne le suppose. Car, nous bornant à décrire les principales phases du mouve* ment religieux, philosophique et poétique, nous ajournons à une autre publication le roman, la critique, Térudition, la acience, l'histoire, Téloquence et la politique, c'est-à-dire les parties les plus intéressantes d'une esquisse où figureront, parmi des écrivains estimables, Chateaubriand, M** de Stati, Joubert, Benjamin Constant, et Napoléon 1*'.
Ainsi donc, en dehors d'un monument alors trèsoriginal, le GV/ii> du Christianisme y et de quelques noms impodant>, MM. de Donald, Joseph de Maistre et Royer-CoUanl, ce vulume ne touche qu'indirectement à Télite de ces morts qu*une gloire durable