‹ Tableau de la littérature française 1800-1815 (volume 4)Chapitre 9 sur 68 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

I. Joseph de Maistre; sa biographie. Préludes du polémiste. Le Vendéen piémontais. — Considérations sur la Révolution française. Idée mère de ses écrits; le gouvernement de Dieu. — Hommage ia^olootaire rendu à la France et à la Bévolutioo. Manie de prophétiser. Isale de ^lon. Le conseiller d'État de la Provilœ. — he Pape, La dictature spirituelle. Le politique dans le pant. Arguments temporels en faveur du pouvoir spirituel. La m de rinfaillibilité. Tout ou rien. Le rationaliste sans le sa- — IL Les Soirées de Saint-Pétersbourg, L'origine du mal. ^tioo. La rédemption. L'a- propos du livre; la Terreur guerre européenne. Entraînements de la polémique; inde l'isolement. — Le philosophe. L'homme. L'écrivain. ^dépit d*un vainca. Rétractations ou contradictions. Orthoivoque. Le surnaturel expliqué par des raisons naturelles. '

scandales de pensée. Le grand rhéteur. La théologie ^. Son influence posthume.

/. de Bonald disait à Tauteur des Soirées de fitmt'Pétersbourg : « Je n'aî rien pensé que vous /ne Tayez écrit ; je n'ai rien écrit que vous ne Tayez ^ pensé. » Entre ces deux personnages il y eut en effet cette harmonie préétablie que produit TafOnité des croyances, des affections et des haines. Plus royaliste que le roi, plus papiste que le pape, le comte Joseph de Maistre est aussi un de ces docteurs aux yeux desquels le progrès ne serait qu'un mirage, la liberté qu'une hérésie, la philosophie qu'un orgueil extravagant, et la révolution qu'une révolte crimi-

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uelle contre la vérité. Les catastrophes contemporaines dont il avait été le spectateur et la victime devinrent pour lui comme le texte d'un livre où il commenta ce qu'il appelait les conseils de la Providence. U y trouva le germe d'une politique et d'une théodicée, dont l'idée fixe fut d'écraser à son tour Tm/dme, c'est-à-dire les œuvres de 89 comme celles de 93, et les hommes qui les avaient préparées ou accomplies. S'il demeure le premier parmi les écrivains que sudcita l'indignation soulevée par la Terreur, il est donc aussi le prince des sectaires qui, au lieu d'éclairer leur siècle, lui ont déclaré une guerre d'extermination. Entre les partisans de Tancien droit nul n'a été plus éloquent, plus subtil, plus rigoureux, plus inflexible. Tous ses ouvrages s'enchaînent comme les propositions d un syllogisme ; et ce que de grands génies n'ont pu faire, il a eu le courage de le vouloir, le bonheur de le pouvoir. J'entends par là qu*il réussit à épuiser S4m système. De Tordre abstrait et des régions mêtaplijsiques, il sut conduire ses prémisses à toutes les consi^queuces qu'elle» étaient susceptibles d'entraîner dans le gouverne* ment religieui, social et civil. Lu tel râle et un tel talent dé>iguent donc en lui le représentant le plu^ considérable du parti qui, dépouillé, proscrit, ou décimé, ne pouvait apprécier avec calme les cau&e» ou les suites des événements i^irmi lesquels, témoin ou acteur, il avait amnu toute» les extrémités de la H)uffrance humaine.

Ce»l u ce p(»int de sue qu'il faut nous placer dè«

Tabofâ pour comprendre qe qu'il y eut à$ naturel dans les insolences de oe puisiant esprit qui, oppo« sant le despotisme à h licence, le demi^nda non pas à Tantorit^ temporelle dont il méprisait la Csûblesse, mais au pouvoir spirituel qu'il tenta de rendre lnvio<* lable, en le proclamant infaillible» Lorsqu'il s'engagea pour la première fois dans la mêlée des controverses, le sang criait encore vengeanooi les mauvaises mcMirs se compliquaient des idées fausses enfantée comme elles par l'irréligion, et l'anarchie venait d^ succéder aux crimes^ sous un gouvernement qui, ooblieux des maux récents, s'acheminait avec une insouciance étourdie vers le fléau d'une guerre eu** ropéenne. Parmi les obscurités du présent et de l'avenir, il était donc malaisé, même aux plus clair* voyants, d'apprécier avec sang-froid ou sérénité des coups de tbé&tre dont le dénoûment se dérobait comme une redoutable énigme, A plus forte raison l'impartialité ne pouvait-elle être la vertu de ce pa« tricien né en 1753, jt Gbambéry, dans le voisinage de Vûhaire, nourri de traditions patriarcales, él^vé par des jésuites, ruiné par les confiscations d'une con« quête franoaise, assombri par les malheurs de sa patrie, devenu le ministre d'une royauté sans eou'* ronne, et relégué pendant quator;se ans, de 4 803 à 1817, loin de sa femme et de ses entants, prte de la cour de Russie, QÙ, pauvre, h peine payé de son chétif traitement, réduit h s'abriter dans une auberge, à vendre son argenterie pour vivre, h, ne point paraître aux revues faute d'un ruban, à ne pas sortir

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par le froid faute d'une pelisse, il sut pourtant, par la dignité de son attitude, par sa probité parfaite et les lumières de sa parole, garder fièrement son rang, imposer le respect aux plus hautains, et pénétrer dans la confiance intime du souverain étranger dont il sollicitait le patronage en faveur de son pays a^^serv i , et de son roi déchu.

Ses rares aptitudes ne se révélèrent qu'assez tard. Sénateur roéîé aux grandes affaires d'une petite principauté, il avait mûri lentement dans le secret d'une vie modeste et studieuse, à Técole de l'histoire, et surtout de cette expérience pratique dont les leçons forment les sages. Quelques brochures, entre autres un pamphlet publié sous le nom de Jean- (>laude Têtu, sorte de provinciale populaire où >e manifeste TAcreté de son ironie, tels avaient été les préludes d'un maître qui n'attendait qu'une occasion pour entrer en scène. Un mémoire sur les émigré^ savoisieui nous montre aussi dans ce Vendéen du Piémont le publiciste qui $*initie à de vastes opé* rations par des escarmouches brillantes de tirailleur embusqué dans ses montagnes. Parmi ces engagements d*avantgarde se dislingue déjà, sous de> pn>* fes>ions de foi imj)érieuses et ira>cibles, Tintuition d'un reirard ptTçant qui interroge le ciel ; comme saint Augustin en pré>ence du monde boulever^^, il cherche l'asile d'une Citvde Dieu^ où les Ames vraimeut religieu>es puissent se satisfaire enfin par des clartés supérieures*

Ne sourions pas de ces ambitieuses vi>ées, S il e?l

impertinent de s'ériger en confident de la Divinité, et de la mêler indiscrètement aux menus accidents de la vie commune, le sentiment chrétien a le droit de reconnaître une action providentielle dans ces crises extraordinaires qui provoquent partout l'étonnement ou l'épouvante. Les païens eux-mêmes, lorsque déborda le flot des barbares, se demandèrent souvent avec un religieux effroi s'ils n'étaient pas frappés par le courroux d'une puissance vengeresse. Un trouble analogue devait agiter des esprits atterrés par le scandale de tant de victimes innocentes livrées à de meurtrières fureurs, a Ce mot, nous dit Joseph de Maistre^ était alors dans toutes les bouches : Je PL y comprends rien. Comment les hommes les phis coupables de F univers ont-Us pu triompher de ruiiivers?yi A cette question que se posait la conscience publique, beaucoup firent la réponse de Salvien, écrivant au iv* siècle: « Nous sommes jugés par Dieu, et c'est pour notre perte qu'a été envoyée cette race qui marche de {)ays en pays, ravageant tout sur son passage. Elle-même a voue que ce qu'elle fait n'est pas son œuvre. » Ces instincts mystiques avaient eu déjà pour interprète l'imagination candide d'un rêveur ; et dans les maux soufferts par les classes privilégiées Saint^^artin voyait une expiation destinée à rétablir le r^ne du Dieu véritable chez toutes les nations qu'elle devait visiter. ~ Inspiré par ses colères, Joseph de Maistre, aussi lui, dénonça donc comme un fait miraculeux cette Révolution dont la fatalité mena souvent en aveugles

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C6UX mAme qui crurent la conduire. En face de la France trahissant le Christ dont elle avait toujours été le soldat, et portant sur la croix une main sacrî* lége, il jugea que le châtiment devait Aire immense comme le forfait ; et il expliqua par un fatalisme tout judaïque pourquoi notre nation « condamnée à mort » s'était si passivement isoumise à Tarrèt dont les jacobins furent les exécuteurs. II ajoutait qu'en se décapitant les uns les autres, ceux-ci venaient d'accomplir contre eux-mêmes la justice de Dieu, et d'assurer la restauration prochaine de tout ce qu'ils croyaient avoir détruit.

'Tel est le sens de ses Comidémtions sur la Révohuion françnviey qui datent de 1796, heure à laquelle se produisit parmi nous une recrudescence de regrets et d'espérances, dont le courant, refoulé parle 16 Fructidor et le 18 Brumaire, circula durant l'Empire par des voies souterraines jusqu'au jour où le rappel dos Bourbons lui ouvrit une issue victorieuse. Première assise des monuments qu'il édifiera plus tard, cet écrit contient pnr avance toutes les doctrines du philosophe, et surtout l'idée mère d'où elles procèdent, à savoir la foi permanente en un gouvernement proudentiol qui est la raison des choses ; car, sans lui, l'histoire ne serait plus que chaos et ténèbres. « Nous sommes tous, disait-il, attachés au trône de l'Être suprême par une chaîne souple qui nous retient sans nous asservir » ; et ce principe 11 l'applique aux récentes épreuves dont ses conjectures cherchent les cau*»es, on veulent pré-

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voir les résultats. Quels sont les crimes commis par le peuple que le bras du Seigneur a si manifeste'* ment frappé? Pourquoi la noblesse et le clergé ontîls mérité d'être sacrifiés ? Comment la peine du coupable se reverse-t-elle sur rînnocent ? Quelle étrange vertu demeure inhérente à TetTusion du sang ? Voilà les problèmes qu'aborde son dogma-* tisme téméraire, et qu'il tente de résoudre avec une autorité d'accent capable de faire quelque impression sur les sceptiques eux-mêmes.

Si ses aperçus sont plus originaux que plausiblesy sa haine contre les auteurs du mal qu'il déplore n'exclut pas du moins de vives sympathies pour la France : car il la croit nécessaire aux destinées des nations voisines, et accepte ce qu'on pourrait appeler sa magistrature européenne. N'écrivait* il pas déjà en 1794 : m D'autres peuples ou peur mieux dire leurs chefs ont voulu profiter, contre toutes les r^les de la morale, d'un accès de fièvre chaude qui était venu assaillir les Français, pour se jeter sur leur pays et le partager entre eux. La Providence a dit non. Toujours elle fait bien, mais jamais plus visiblement, à mon avis. Car l'empire de la coalition sur la France et la division de ce royaume seraient un des plus grands maux qui pttsseni arriver d r humanité. »

Avouons aussi que l'appareil de la guerre qull déclare aux idées nouvelles, et le déploiement de ses thèses métaphysiques sont un hommage involontaire rendu à l'ennemi qu'il combat. De la part

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d*un royaliste qui entendait partout ses amis réduire la Révolution aux mesquines proportions d'une émeute fortuite, il y eut en effet un singulier mérite à lui restituer son caractère grandiose, et à la consi-> dérer comme un fléau réparateur envoyé d'en haut pour régénérer le monde. C'était, en dépit de diffé* rences radicales^ abonder un peu dans le sens de »os adversaires qui se justifiaient par des raisons de salut public, et croyaient aussi, par leurs e\cè^, inaugurer un Age d'or pour l'humanité.

Dès ce début s'accuse encore un des traits qui seront le plus familiers à la physionomie du comte de Maibtre, je veux dire sou goût de prévisions lointaines, et sa manie de prophétiser l'avenir. Ici, la sûreté de sa logique est attestée par de^ pressenti* ments lumineux, et par des éclairs qui percent le nuage. Mais notons en passant que le bonheur de ses rencontres va lui devenir un piège. Trop confiant dans « la force indéfinissable qu'il sentait en lui », il continuera de prédire en l'absence de Dieu, et alors jouera parfois le rAle d'un Isale de salon qui s'expose au ridicule par l'outrecuidance d'une prétention à laquelle les faits donnent de fâcheux démentis. Ne s'a\isa-t-il pas d'écnre avec aplomb : « L'on pourrait gager mille contre un que la ville de Washington ne se bAtira (tas, ou que le Congrès n'y résidera pas. »

Nous ne saurions non plus prendre au sérieux toutes les suppositions d ins lesquelles se lance sa fantaisie^ lorsqu'il se met en tête de nous initier

aui moindres secrets de la Providence, comme s'il avait assisté de près à ses conseils. Pour grandir la Divinité, il rapetisse tellement les hommes qu'il en arrive à leur refuser jusqu'au sens commun. Les choses lui paraissent d'autant plus divines qu'elles prêtent plus à la moquerie, et il advient ainsi que cet ennemi personnel de Voltaire finit par juger le train du monde avec un sans-façon presque voltairien. Cette impression est sensible surtout dans ce pamphlet composé sous la dictée des circonstances, et avant les méditations qui lui permirent d'organiser ses idées en un système fortement lié. Il n'en est encore qu'à la guerre de partisans. Ses anathëmes s'afiBIent en épigrammes. Il se joue en tirailleur^ même sur le terrain théologique, et semble plus ^ioacieux de blesser ses antagonistes que de les convertir. Usant de raillerie et de mépris plus que de graves arguments, il dédaigne les objections, songe moins à se défendre qu'à prendre l'offensive, et, faute de mieux, veut prouver au moins par sa verve que l'esprit passe enfin du camp des incrédules à celui des croyants.

Du reste, le croyant même va chez lui se transformer de plus en plus en politique, et il sera moins inquiet d'assurer notre salut dans l'autre monde que dans celui dont le bonheur dépend, à ses yeuz, d'une alliance définitive entre le trône et l'autel. C'est c qui ressort d'un ouvrage qu'il édita seulement en 1819, mais qui ne paraîtra pas étranger à la période impériale, si l'on se demande sous quelles influences

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il fut conçu. En se faisant couronner par la Papaut<^ Napoléon avait, sans le vouloir, donné des armes à une puissance qui, dans la France, la Belgique, ritalie et rAllema^rne, contribua bientôt à susciter contre lui TelTort d*une coalition européenne. Bien que Rome fût réduite en province française, le Souverain Pontife, retenu prisonnier dans le palais de Fontainebleau , avait été relevé plutôt qu'abaissé par des infortunes noblement subies. Aussi la réaction des consciences coUabora-t-elle au livre intitulé le Pape^ manifeste dans lequel M. de Maistre, aver cette intempérance qui est à la fois sa force et sa faiblesse, ose faire de la personne morale ce que l'Empire faisait de la personne civile. D y impose en e^et non-seulement à TÉpiscopat, mais à toutes les couronnes, la tutelle administrative d'une souveraineté infaillible qui échappe au contrôle des conciles comme à celui de toute raison individuelle. En se réfugiant ainsi aux pieds du Saint-Père, pour lui décerner la toute-puissance, et cela sur les rois non moins que sur les peuples, il agissait comme ces nations qui« dans un extrême p^ril, >e ralliant autour du centre menacé, défèrent à un dictnteur l'unité du commandement. Pour en arriver là, il n'eut d'ailleurs qu'à suivre la pente de ses principes. Convaincu de cette vérité, que la Providence préside à la direction dc^ choses terrestres, un logicien si obstiné ne pouvait se contenter de cet à-peu-près et de ces vagues formules qui font belle figure dans un discours officiel. Aussi lui bllutnl, à tout prix, rencontrer ici*bas le ministre

visible de la puissance mystérieuse à laquelle il rap* portait tous les événements humains. Sans tenir compte de scrupules ou dlobjections qui partaient du sanctuaire même, il montra donc, dans la chaire de Saint-Pierre, le siège de ce pouvoir toujours vigilant qui 6*unit sans cesse à Thorome, en dehors, de tout intermédiaire, par la permanence de ses oracles. De là cette thèse conclue par cet axiome : a Le dogme capital du christianisme est le Souverain Pontife. » Ce ne fut point l'enthousiasme d'un cœur religieux qui le poussa vers ce coup d'État. L'élan spon^» tané de la foi n*y parait guère, dû moins si nous en jugeons par les prémisses tout à fait empiriques sur lesquelles se dresse l'échafaudage de sa construction. Elles sont en efEet d'un publiciste qui, altérant l'histmre par des illusions complaisantes , ne plaide que par des lu^ments temporels la cause de la toutepuissance spirituelle. Lorsque plus tard Lamennais soutint la même doctrine, il tenta du moins de relayer sur des spéculations philosophiques. Mais Joseph de Maistre ne s'appuie que sur des faits sujets à controverse^ et sur des intérêts de police sociale. Suivant lui^ l'infaillibilité n'est pas un privilège exchisif quil réclame pour le chef de l'Eglise, mais un dnnt conunun inséparable de toute souveraineté, et qu'A revendique comme l'essence même de tout pouvoir. Cette prérogative, qui ne serait possible qu'à la condition d'être un miracle toujours subsistant, il nous l'offre comme une fiction indispensable à tout gouvernement, et surtout à celui qui, supé-

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rieur aux autres, ne saurait admettre Tinterr^e du moindre doute. Assimilant l'intervention directe et constante du Saint-Esprit aux arrôts de la Cour «le cassation, ou aux décisions du Parlement anglais, il nous mène à cette conclusion, qne le titre dont il investit le Saint-Père est un fait, 61 qu*il convient de le légitimer comme un droit, pour en finir avec toute chance périlleuse d opposition et de dispute. Cette conséquence, M. de Maistre ne répugne point à l'accepter ; car il est de ces intrépides qui se refusent auK transactions. Tout ou rie/i, voilà ^a devise. Il ue connaît que l'absolu, il ne tend qu'à l'universel, et so croit toujours en présence de lois définitives. C*e>t le tour naturel de son esprit.

Qu'il y ait là, parmi les écarts d'une dialectique d'ailleurs ingénieuse, des échappées d'éloquence, de ghandioses perspectives ouvertes sur l'histoire, de< esquisses tracées par un pinc<'au magistral, nous ne le nierons point. Toutefois, ce n'e>t jamais impunément qu'on s'éloigne du vrai ; et l'on s'eu aperçoit ici non-senlement aux fantaisies d'une science captieuse» et à l'étrangoté de ses affirmations, mais à des bizar* reries de stjle qui nous autoriseraient à l'appeler le Sénèque de l'école ultramontaine. Aussi ne nou:» étonnons pas que ces anachronismes é\oqués des profondeurs du moyen Age nient été reçus comme une provocation par un public animé d'une vive ferveur pour ses institutions parlementaires. Les dépositaires de la tradition religieuse n'accueillirent pas eux-mfimes sans ombrage un docteur qui semblait

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usurper, sans mandat régulier, la garde du sanctuaire. Leur crainte était fondée. Car on pourrait démontrer par des textes que le comte de Maistre fut souvent un rationaliste sans le savoir, par exemple . lorsqu'il définit les dogmes « des lois du monde divinisées, et des notions innées déposées dans les traditions de tous les peuples » , lorsqu'il ramène le christianisme « à des vérités de conscience universelle », lorsqu'il admet a des révélations progressives correspondant à chaque transformation sociale », lorsqu'il regrette que l'Église ait rédigé par écrit ses décisions, et se soit ainsi comme enfermée dans des remparts qui l'empêchent d'embrasser le genre humain. — On rencontre donc chez lui plus d'un germe dont l'éclosion serait facilement une hérésie. Ici même, nous voyons qu'il humanise le dogme de l'infaillibilité, puisqu'il le déclare inhérent à l'exercice de toute autorité souveraine, et dit expressément : « Dans l'ordre judiciaire, il est indispensable d'en venir à une puissance qui ait le dernier mot, juge, et ne soit point jugée. Or, dans la pratique, c'est identiquement la même chose de n'être pas sujet à l'erreur, et de ne pouvoir en être accusé.» En résumé, s'il garde les mots orthodoxes, il en change bien souvent le sens et la réalité.

Cependant, il n'y a rien de médiocre dans l'impression qu'il nous laisse, et ses erreurs mêmes ont grand air. Malgré des paradoxes qui nous impatientent, il ne nous déplaît pas non plus d'ajouter que le livre du Pape a fait bonne justice des préjugés accré-

dites sur le moyen &ge, et sur le rôle qn'y joua U eeur de Roine. Ouï, il y eut du courage à nous représeoter pour la première fois le Pontificat comme un Pouvoir accepté par la République féodalCi dont lei respects s'inclinaient voluntairement devant cet arbitre international qui, dans maint conflit, modéra des passions barbares, et, parmi des violences sans frein, conserva ce droit des gens, ou ces garao* ties de morale publique et privée en dehors desquelles toute vie conmiune deviendrait intolérable, Pourvu qu'on n*exagère pas l'importance de ce bienfait, et qu'on fasse aussi la part des déviations ou des abus qui en atténuèrent la portée, nous souscrirons donc à cette réhabilitation, sous bénélice d'inventaire. Mais l'illusion commence avec la prétention d'appU« quer à l'Europe moderne une théocratie qu ont périmée tant de changements définitifs opéré» dans les lois et les mœurs, dans les rapports des princes ou les intérêts des peuples, et i^urtout dans les esprits aujourd'hui indiflérents ou rebulles à des ^sentiments sans lesquels cette utopie d'un tribunal amphict} nique ne pourrait ni s'établir, ni se maintenir.

Si nous ne consultions que les dates, nous devrions encore ajourner u n autre ouv ra^e du comte de Maistre, et le plus populaire de tou», les Soirres tU Saùu» Pfttrsbaury^ qui, publiées eu 1821 , appartiennent à

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la Restauration* Maia, outre que la chrouologie est trompeuse quand il s'agit d'une étude morale ouliit^ nure qu'on ne saurait sans inconvénient interrompre et briser en menus fragments, le choix môme de ce stqet où U est question du gouvernement temporel de la Providence nous avertit dès l'abord que ces pages furent entre toutes le contre-eoup récent de la Révolution frangaise, C'est en effet le décisif épanouissement des idées que l'auteur des Considérations avait touchées en courant du premier feu de sa polémique. Aux environs de 93, il entrevoyait déjà des promesses de rédemption dans le sacrifice qui venait de faire couler à flot le sang des JQStes. Plus tard, le penseur qui promenait sa rêverie morose sur les bords de la Neva découvrit d'autres horizons que la place funèbre où le bourreau avait porté sa main sur les têtes les plus augustes. Parmi les ravages dont l'Europe était le théâtre, devant ces hécatombes humaines immolées par le génie des combats dans des luttes qui, déplaçant toutes les frontières, faisaient chanceler du Nord au Midi les trônes de tant de rois ou la fortune de grandes nations, il embrassa de ses regards l'histoire universelle si féconde en fléaux qui punissent ou purifient ; et il y reconnut comme une loi de nature démontrant par des signes visibles un dogme religieux sous lequel se cachent d'importants problèmes de philosophie.

Quelle est l'origine du mal ? D'où vient la démence de la guerre ? Comment justifier les épreuves des

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bons ? Qu*est--ce que la solidarité des fils d*Adam 7 Que vaut la prière ? Que faut-il entendre par le mot terrible A' expiation ? Peut-on concilier la liberté de rhomme et la bonlé de Dieu ? Tels sont les formida* bles Pourquoi auxquels s*attaque ce Platon biblique dont l'aventureux essor nous emporte vers des cimes où Ton ressent une sorte de vertige, mais assez hau* tes pour que toutes les contradictions paraissent un instant s*accorder en une merveilleuse harmonie* A Tintérët des idées s*allie la beauté de la forme dans ce dialogue échangé entre trois interlocuteurs, un chevalier français d'ancien régime, vif et léger, mais sincère en ses propos, un sénateur schismatique dont le sens droit ne demande qu'à se laisser convertir, et le comte de Maistre en personne, facilement reconnais.sable à l'entrai n superbe de son ardcnto parole. Ce cadre, on le voit, se prête bien au mouvement, à la variété du discours, aux surprises de 1 érudition, aux boutades imprévues de la ver\e, à Tescrime serrée de la dispute, comme aux éclats d'une ékxiuencc qui tour à tour nous charme, nous irrite, ou nous égare.

Au^si ne nous liAtons pas de traiter cavalièrement ce gentilhomme do vieille race qui, venant de voir Louis XVI succomber avec tant de pures rictimos sous le poids d'une re>[>onsabilité lointaine, commente par don analogies quelquefois trop subtiles, mais M>u\eiit frappantes, le dogme de la déchéance, ou la loi héréditaire du mérite et du démérite. Pour peu que Ton examine les vicissitudes de

rUstoire, il est certain que la destinée de chaque génération ne dépend pas uniquement de ses actes, mais des vertus ou des fautes dont les conséquences lui furent transmises comme un heureux ou triste héritage. Oui, il y a de siècle en siècle un flux et reflux de dettes réciproques, et il importe que chacun de nous le sache, ne fût-ce que pour travailler plus sûrement à la fortune de ceux qui nous suivront. Or, si cette succession de richesse ou de pauvreté morale fait les familles prospères ou indigentes, pourquoi donc ne causerait-elle pas également la grandeur ou la décadence des natioos?

Quant aux déductions qu'une logique outrée tire de ce spectacle, elles ont pour excuse Tentratuement de ces souvenirs indignés qui venaient de mettre tant d'honnêtes gens en droit de légitime révolte contre les acteurs d'une tragédie sanglante. Sans Eure porter à la philosophie du xvni^ siècle la peine des attentats qui la calomnièrent sous prétexte de l'introniser, comprenons pourtant ce qu'il y eut d'irrésistible dans la revanche prise par une croyance opprimée contre les tyranniques injures qui l'avaient si longtemps réduite au silence. Ce n'est pas que nous partagions ce pessimisme impitoyable qui s'acharnait à De voir dans la nature humaine que la misère de sa chute, et semblait se faire une joie cruelle des châtiments infligés aux coupables. Ces rigueurs sont aussi contraires au devoir du chrétien qu'à celui du philosophe. Mais ne furent-elles pas une réponse provoquée par ces optimistes naïfs dont les chimères fondées

50 LKCOLE THÊOCRATigLIC.

8ur des rêves d'innocence primitive avaient déginëré si vite en démentis donnés aux idylles de leur fausse philanthropie? Pour des esprits encore émus par les visions d'une orgie forcenée, le dogme de la Providence ne pouvait donc plus avoir cette majesté sereine que nous admirons chez Bossuet parlant à des ccBurs dociles et reposés. U y a toi]yours de Teicès» dans les représailles ; et, si le comte de Haistre courbe trop servilement les peuples ou les rois sous la main d*uo Dieu inexorable, son christianisme irrité s'éloigne moins encore de la vérité que ne fit Tirrévérenée d'une impiété qui livrait le monde à la merci du hasard. Pour rester équitables, ne le jugeons donc pas comme uo penseur désintére>sé qui dogmatise à loisir, et à distance de toute passion, mais plutM comme un combattant qui monte à l'assaut d'une place ennemie, l'épée nue, et prêt à tout saccager.

N'oublions pas non plus que le bruit des armes retentissait par toute l'Europe, lorsque, dans soo observatoire de Saint-Pétersbourg, et pour ainsi dire à la lueur de l'incendie, de Haistre écrivait cette mémorable page ; « Coupables mortels , el malheureux parre que nous sommes coupables, c*est nous qui rendons nécessaires tous les maux physiques, et surtout les guerres I Les hommes s'en prennent aux souverains, et rien n'est plus naturel. Horace disait en se jouant :

regti, ptertuntur Arhivi K 1. A «hAqu« fob« dm ruiâ, c« «oui Irt Greci qui |»4Um«qC

« Jean-Baptiste Rousseau a dit aussi, avec plus de gravité et de véritable philosophie :

Cest le coarroax des rois qui fait armer la terre ; C'est le coarroax da ciel qai fait armer le srois.

« Observez de plus que cette loi déjà si terrible de la guerre n'est cependant qu'un chapitre de la loi générale qui pèse sur l'univers. Dans le vaste domaine de la nature vivante, il règne une violence manifeste, une espèce de rage qui arme tous les êtres m mutua funera,^ Dès que vous sortez du r^e insensible, vous trouvez le décret de mort écrit sur les frontières mêmes de la vie. Déjà dans le règne végétal on commence à sentir la loi ; depuis l'immense catalpa jusqu'aux plus humbles graminées, combien de plantes meurent, et combien sont tnées 1 Mais, dès que vous entrez dans le r^ne animal, la loi prend tout à coup une épouvantable évidence. Une force à la fois cachée et palpable se montre continuellement occupée à découvrir le principe de la vie par des moyens violents. Dans chaque grande division de l'espèce animale, elle a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres. Ainsi, il y a des insectes de proie, des reptiles de proie, des oiseaux de proie, des poissons de proie, et des quadrupèdes de proie. B n'y a pas un instant de la durée où l'être vivant ne soit dévoré par un autre. Au-dessus de ces nom-

t. Pour de nmtiMUei taeriet.

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breuses races d'animaux est placé rhommey dont la main destructrice n'épargne rien de ce qui vit. Il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer : roi superbe et terrible, il a besoin de tout, et rien ne lui résiste.

<( Mais cette loi s arrAtera-t-elle à l'homme? Non sans doute. Cependant, quel être exterminera celui qui les extermine tous? Lui. C'est l'homme qui est chargé d'égorger l'homme. Mais comment pourra-t-il accomplir la loi, lui qui est un être moral et miséricordieux, lui qui est né pour aimer, lui qui pleure sur les autres comme sur lui-même, qui trouve du plaisir à pleurer, et qui finit par inventer des fiction*^ pour se faire pleurer, lui enfin à qui il a été déclaré qu'on redemandera jusqu'à la dernière goutte du sang qui aura vie versé injustement? C'est la guerre qui accomplira le décret. N'entend*>z-vous pas la terre qui crie, et demande du sang ? Le sang des animaux ne lui suffit pas, ni même celui des coupables saisis par le glaive des lois. La terre n'a pas crié en vain; la guerre s*allume« L*homme pris tout à coup d'une fureur di\ine, étrangère à la haine et à la colère, s*a\ance sur le champ de bataille, sans savoir ce qu'il veut, ni même ce qu*il fait. Hien ne résiste, rien ne peut résister à la force qui traîne l'homme au combat. Innocent meurtrier, instrument pas>if d'une main redoutable, il se plonge, tête baissée, dans l'abtme qu'il a creusé lui-même;

il donne et il reçoit la mort, sans se douter que c'est lui qui a fait la mort. Ainsi s'accomplit sans cesse, depuis le ciron jusqu'à l'honune, la grande loi de la destruction des êtres vivants. La terre entière, continuellement imbibée de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consonunation des choses, jusqu'à l'eitinction du mal, jusqu'à la mort de la mort. La guerre est donc divine en ellemême, parce que c'est une loi du monde ; la guerre est divine, par ses conséquences d'un ordre surnaturel ; divine dans la gloire mystérieuse qui l'environne, et dans l'attrait non moins inexplicable qui nous y porte, divine par la manière dont elle se dé-* clare, divine par l'indéfinissable force qui en détermine le succès. »

Dans ce tableau dont le coloris égale les sombres q^lendeurs de Lucrèce, nous saisissons au vif les qualités de l'écrivain comme aussi les saillies du thédogien qui, donnant à l'orthodoxie un air de paradoxe, est plus voisin des traditions hébraïques et de leur ftpre dureté que du christianisme et de sa mansuétude. Nous dirons même que son Jéhovah ressemble beaucoup plus au Tentâtes des Druides qu'au Dieu d'Israël, et surtout à celui de l'ÉvangUe. Aussi n'aura-t-il jamais nos prières. Mais ne déclamons pas contre un talent généreux qui, impatienté par les déclamations de ses adversaires, alla luimême, pour les narguer, au delà du but où il visait, et dépassa peut-être ses convictions intimes. Ne

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voyons point des articles de foi personnelle dans ces ripostes inspirées moins par la raison que par rimagination, par Fennui du lieu commun, et l'arrogance d*un pamphlétaire qu'emportait la dispute. A propos du livre qui nous occupe, Joseph de Maistre ne disait-il pas à Vun de ses amis : « Mettons ceci, ajoutons encore cela ; ça les fera enrager Iù-^hms » ? Dans ce propos tenu près du foyer nous surprenons le brusque ressort qui fit souvent aller sa plume, 11 voulait pousser à bout des gens qu*il n'es* timait pas, et envers lesquels ses aversions ne se croyaient tenues à aucun égard. De là ces traits lancés à brûle-pourpoint par un provocateur qui n'eût pas craint de marcher, à lui seul, contre toute une armée. De là ces sorties furieuses faites, têla baissée, par un combattant qu'enivre Todeur de la poudre. De là tant de bravades inconscientes ou préméditées, dans lesquelles on sent à la fois et le parti pris d'une plume qui a besoin d'exercer sa vigueur, et Texaltation d'une pensée trop solitaire pour être réglée par ces contre-poids qui assurent l'équilibre. Ses écrits furent en effet rédigés loin du public, dans l'isolement d'une espèce de désert où nul écho ne lui renvoyait sa voix perçante. Réduit à eanaer avec lui-même pour consoler les tristesses de son exil, il n'eut jamais cette sauvegarde de la contradiction qui vient avertir les téméraires, et leur crier : Bolà I Aussi perdrait-on sa peine à chercher l'esprit du Christ dans ce contempteur de la raison, si préoccupé d'intérêts terrestres qu'il abaisse parfois

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U religion jusqu'à u'ëtre qu'un instrument d'État, par exemple, quand il dit: « Si j'étais athée, je déclarerais le pape infaillible par édit public, pour l'établissement de la paix sociale. »

Laissons donc de côté des théories plus singulières que profondes, et l'étalage trompeur d'une érudition où fermente le levain de la haine. Nous ne ferons pas au dénigrement des plus grands noms la faveur de croire qu'il puisse suffire à une réputation. Pour être digne de mémoire, ce n'est point assez d'avoir injurié Voltaire dans un accès de rage éloquente, mais épileptique. Toutefois, s'il y a là trop de parties périssables, les ouvrages du comte de Maistre vivent encore par des questions élevées qui sollicitent puissamment la curiosité du philosophe.

Si elles s'y trouvent agitées sans être résolues, c'est quelque chose pourtant de les avoir abordées de front avec une bravoure qui coupa court aux dédains de l'ironie, ou aux langueurs de l'indifférence. Outre que ces ambitieuses visées nous retiennent toujours en de hautes régions oîi l'air est vivifiant, un souvenir durable est dû à ce flot d'idées qui chez lui coulent de source, et surtout à ces épisodes qui se détachent en pleine lumière comme d'un fond ténébreux. Parmi ces pages restées célèbres, l'apologie du bourreau est une des peintures dont l'infernale magnificence atteste les impressions que la Terreur avait gravées en des cœurs blasés par la souffrance. Citant ce passage dans son cours de Sorbonne, M. Villemain s'arrêta tout à coup sur une phrase inachevée , au

S6 L'ÉCOLE THÉOCRATIQLC

momeot le plus affreux de la description, et ajouta : « L*horreur que vous éprouvez m'avertit de ne pas continuer, etcette horreur est un jugement.nPar cette suspension ingénieuseï le goût du critique mettait son auditoire en juste défiance contre les beautés inquiétantes d'une tirade trop froidement combinée pour TeOet. 11 infligeait un blAme discret à un procédé qui consiste à n*agir que sur les sens, et cette leçon litté* raire avait aussi sa portée morale. Car entre le fond et la forme il y a solidarité si intime que les mieu\ doués courent le risque d'un réalisme brutal, bloque, cessant de parler à l'âme, ils substituent la sensation au sentiment.

On se tromperait pourtant si Ton s'autorisait de ces Apretés pour refuser à Joseph de Maistre les dons sympathiques de la sensibilité. En général, il convient de ne pas prendre strictement au mot le langage public des plus sincères. Dans notre temps surtout, il y a chance de méprise à n étudier les personnage> que sous leur costume de cérémonie, et comme en représentation. Aussi ce rude censeur de ses contemporains gagne-t-il beaucoup à être visité au coin du ieu, dans le sans-façon de sa correspondance familière* U n'y est plus à 1 elat de volcan faisant éruption. Le publicisle altier qui nous elTarouchait par des sem* blants de grand-inquisiteur y devient aimable, avenant, simple, facile, indulgent; père de famille tout moderne, badinant avec ses enfants, et prompt à des tendresses qui nous réconcilient avec son cœur. Recoonaltriea-vous l'apologiste de la guerre dans ce<

plaintes touchaDtes inspirées par le départ de soa fils, eorélé Yolontaire en 1807 : « Il est parti, il s'en va, faisant sept à huit lieues par jour ! Ah I mon cher ccHDtei je n'ai point d'expression pour dire cela, la pauvre mère ne sait pas le mot de tout ce qui se passe ; et moi je suis seul ici, sans fenune, sans enfant, sans amis, du moins de ceux avec qui l'on pourrait pleu-^ rer. H a fallu avaler ce breuvage amer^ et tenir le calice d'une main ferme. Je ne vis pas : nul ne sait ce que c'est que la guerre, s'il n'y a son fils. » Nous pourrions citer aussi comme des modèles de gr&ce^ de bon sens et de c&linerie paternelle les lettres qii*il adresse à la plus jeune de ses filles, à M*^* Constance, née quelques mois après une séparation qui le priva de ses plus douces joies. Le politique lui-même semble alors se tempérer ; il paraîtra presque modéré^ si on le compare à M. de Bonald. Par raison, il se rtsout à faire la paix je ne dis pas avec son temps^ mais avec la France qu'il aime, malgré tout, quoiqu'elle ait confisqué ses biens, chassé son roi , conquis son pays, et outragé son Dieu. Elle ne cesse pas d'être sa patrie de prédilection ; et, au lendemain de nos suprêmes désastres, il s'écriera résolument: « Pami de seJut que par la France. »

Soyons également généreux envers lui, et ne marchandons pas la louange à un style où l'on rencontre tout ensemble du Machiavel^ du Montesquieu, du Tacite, du Bossuet, du Pascal, et parfois, ne lui en déplaise, du Voltaire. Par l'énergie, les jets étincelants, l'intensité de l'accent, la souplesse du tour,

5« L'ÉCOLK THAOCRATIQUE.

Tamplear et la hardiesse des imaffes, de Maisire forcejusqu'à l'admiration de ses ennemis. Sa langue surtout 8 une rare franchise. Écrivant à un homme d*Êtat, il disait quelque part : « Il y a, votre Eicd* lence le sait, deui langages ministériels. L'un e^t de convention, tout en compliments et en grande mots ; il ne parle que de cmt/lanee parfaiie^ rft re^ connaissance sans bomesy <f augustes amis^ de hautes puissances, etc. Je connais cette langue, et je la vénère comme bonne dans Tusage commun et extérieur. Mais il y a une autre langue, sévère et laoonique, qui atteint la racine des choses, les causes, les motifs secrets, les effets présumables, le$ tours de passe-passe, et les vues souterraines de rintérèt particulier. Cette langue a son prix, a C'est oe qu'il prouve en la maniant si bien que je l'appellerais volontiers le Gentilhomme du Danube. Sous sa plume, la parole n'est pas moins vibrante que $ur ses lèvres ; et, si ^n expression touche une pensif juste, elle la grave sur l'airain. Dardés comme des flèches, ses mots s'enfoncent invinciblement dans la mémoire.

Aussi r^^retterons-nous d'autant plus qu'il justi* fie souvent à ses dépens cette réOexion si juste que nous lui empruntons : « Ces temps sont bien triste^, les passions s'y mêlent k tous les débats ; chaque diF> fèrence d'opinion produit des jugements outrageux, et par conséquent des haines. C'est une chose étrange qu'à l'époque ob les hommes se sont donné le plus de torts, ils ne veuillent s'en pardonner aucun, et

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regardent comme des erreurs monstrueuses et pour ainsi dire comme des forfaits des opinions qui ne peuœni être jugées que par les événements futurs, n Toilà un ▼éritable meâ culpdj et les fougueuses incartades dont il s'accuse indirectement pourraient bien avoir été provoquées par le secret dépit d'une intelligence qui sentit sa oause perdue, mais était trop engagée par le point d'honneur pour rendre les armes, et confesser sa défaite.

C'est ce que nous laisse soupçonner plus d'un secret désaccord surpris par une analyse attentive à démêler tous les traits de son caractère. Oui, bien que la foi pratique ait été souveraine sur ses actes, son ftmedut pourtant oonnattre^ elle aussi, les conflits intérieurs; car certaines contradictions s'entre^ voient non dans sa vie, mais dans le tumulte de ses pensées, parmi les violences qui affligent ses admira*» tenrs, et sous les embarras d'une conscience parfois désorientée qui demande sa direction à des paradoxes, ou s'échappe en aveux furtifs dont l'adversaire pourrait tirer avantagé. Ne lui fait-il pas la partie belle lorsqu'il met les prêtres et les nobles au rang des grands coupables que la Révolution devait punir, parce que leur abaissement moral exigeait expia*» ûoa 7 Ne s'est^il pas rendu à l'évidence quand il écrivit, en 1794, à H"* de Costa i a II fiiut avoir le courage de le déclarer^ nous avons pris la Révolu'^ tian pour un événement; nous étions dans f erreur y €€st une époque n ? Bien plus, il va jusqu'à dire : « Il me semble que tout vrai philosophe doit opter

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entre ces deux hypothèses ; ou qu'il va se former une nouvelle religion, ou que le catholicisme sera rajeuni de quelque manière extraordinaire. » Il ne se faisait pas non plus d'illusion sur la fragilité des cou* ronnes : car, dans une lettre également datée de 1794, il r^ardait les trônes de Naples, de Madrid et de Lisbonne comme des « monstres de faiblesse n'existant plus que par leur aplomb » ; et, parlant de la France, il ajoutait : « Nos neveux qui danseront sur nos tombeaux riront de notre ignorance actuelle ; ils se consoleront aisément des excès que nous avons vus, et qui auront conservé Tintégrité du plus beau royaume après celui du ciel. »

Ouant au gouvernement militaire, « t horreur du siècle n^ suivant son expression, il ne crut pas davantage à son avenir, le jour où il prononça cet arrêt : o La Révolution est trop grande pour la tête d'un homme » . 11 serait long le catalogue de loua les passages où s'annonce indépendance d'un ob* servateur trop éclairé pour se dissimuler ce qu'il y avait de caduc dans les institutions qu'il eût vciulu rendre impérissables. Ce partisan déterminé de la légitimité admettait « qu'il y a des familles usées, au pied de la lettre », que « les fleurs de lis sont périssables », et que o la suprématie de la France est seule éternelle, autant que les choses humaines peuvent l'être » • Ces rétractations furtives auraient même pu se traduire en actes, si j'en crois cette rè> flexion : « Toute grande révolution agit to^^ourt plus ou moins sur ceux même qui lui résistent^ et ne

permet plus le rétablissement total des anciennes idées. Tel qui désire le roi très-sincèrement, et le lui aura écrit, sera très-capable de lui dire à son retour : Cette mesure est tyrannique^ et le roi n'a pas le droit de faire cela. » Allons plus loin. Il est telle rencontre oîi il semble se résigner à la force des choses^ notamment en cette lettre oii, vers 1810, il dit en propres termes que la Révolution « dont la base est le monde » égale par ses conséquences « la chute de l'Empire romain » ^ et qu'il serait impossible de la faire reculer. Il le laissait entendre à un ministre auquel il donna ce conseil prophétique : « L'esprit italien est né de la Révolution, et jouera bientôt une grande tragédie. Que le roi se fasse chef des Italiens, et que, dans tout emploi civil et militaire de la cour môme, il accepte indifféremment des révolutionnaires. Ceci est essentiel, vital, capital. On se tromperaitinfîniment, si Ton croyait que Louis XYIII est remonté sur le trône de ses ancêtres. Il est remonté sur le trône de Bonaparte. D'abord démocratique, puis oligarchique, puis tyrannique, la Révolution est aujourd'hui royale ; mais toujours elle va son train. L'art du prince est de régner sur elle, et de l'étouffer doucement en l'embrassant. La contredire ouvertement et l'insulter serait s'exposer à la ranimer, et à se perdre du même coup. »

Nous ajouterons que Joseph de Maistre soulevant les voiles du tabernacle est aussi plus philosophe qu'il ne le croit. En cherchant l'esprit du dogme, son exégèse en atténue sensiblement la rigueur, et substitue

SI L'ÉCOLR THÊOCRATIQUE.

des lois ntionnellei à la pure tradition léguée par les âges de naïve croyanoe. 11 introduit ainsi sous les symboles une sève qui en fait pour ainsi dire éclater l'enveloppe. D ne voit pu qu*il peut devenir périUeoi d'expliquer le surnaturel par le natureli et de ramener la théologie du del sur la terre, c'est-è-dire de Tin vidable au contestable. Dans les raffinements d'à ne controverse qui veut acclimater le mystère parmi les incrédules se distinguent les inquiétudes du siècle qu'il réprouvci et dont il a dit s « Lliooune de dos jours semble ne plus pouvoir respirer dans le cercle antique des facultés humaines ; il prétend le franchir, et s'agite comme un aigle indigné contre les barreaux de sa cage. » Lui aussi, dans l'ordre spirituel, il éprouve, par accident, les impatiences de la pensée captive que tourmente le besoin d'un libre essor. Sans s'affranchir de l'obéissance, il s'arrpge,en sera* tant les Écritures, un droit que n'oseraient prendre les humbles de cœur. Les affinités qu'il découvre ou suppose entre le dogme et la science n'eussent-eUes pu alarmé les maîtres dont il s'imaginait suivre les traces? Quelques-mns, ce me semble, auraient vu dans ces entreprises des audaces révolutionnaires qui n'élargissent la doctrine qu'en altérant son intégrité* La contagion régnante atteignit donc, à son inso, le médecin lui-même; et, dans le remède qu'il prescrit, il y a quelques pa rcelles du poison qu'Ô voudrait neutraliser. C'e^t de l'homodopathie.

▲force de r^eunir le catéchisme, il finit par se rapprocher de Rousseau plus que des Pères de rEgU^e,

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et donner la main aux utopistes, à ceux du passé oomoie à ceux de l'avenir. C'est ainsi qu'il fraye les voies à Lamennais* Malgré la distance qui les séparé, ees deux noms se tiennent en eflét, au moins par le dessein de renouveler l'air des écoles théologiques, et d'y introduire le commentaire soit d'une métaphyaqne transcendante , soit de l'histoire universellCé Bossue t avait eu le même instinct, mais réglé par le frein d'une exigeante orthodoxie. Il s'était borné à cherdier dans les annales de l'antiquité la préparation extérieure et politique de l'Evangile. L'unité de l'Empire romain lui avait paru la condition provi* deo^e de son avènement De Maistre et, après lui, Lamennais vont au delà. Au lieu de creuser un abtme eotre le paganisme et le christianisme, au lieu de déclarer ces deux mondes incompatibles , ils tentent de retrouver dans l'un les éléments de rautre,c'est-à« dire Tessence d'une doctrine antérieure et perpétuelle qui n'attendait que le miracle de la Rédemption pour seformuiM* et se révéler. Us essayent par là de renouer la chaîne des ftges, et de saisir le principe de conti* Qoiié par lequel le dogme se concilie avec les lois permanentes de la nature morale et même physique. C'est une de ces ambitions héroïques dont on souhaite le succès, et ses échecs mêmes ne sont pas sans gloire. Aussi, quel doounage que che2 un si grand esprit la passion ait été la plus forte 1 h était digne de lui d'écouter seulement sa raison, et de ne pas braver l'opinion par des scandales de pensée qui nous feraient presque &>uter de sa bonne foi, s'il n'était plus cour-

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lois de considérer les jeux du logicien comme dcf sarcasmes dont le caprice ne doit pas être pri$ au tragique. Nous ne saurions par exemple nous attaquer sérieusement à des saillies analogues à celle-<i : « Contre notre légitime Souverain, fût-ii un Néron, nous n'avons d'autre droit que celui de nous laisser couper la tête, en lui disant respectueusement la vérité. » Notf, Ion ne réfute pas ces gageures sou* tenues contre le sens commun. Disons pourtant que le mépris de Thumanité ne profite point à celui qui Taffiche. Si Joseph de Maistre n'a pas eu le crédit qui est la récompense du talent >oué à la vérité, s*il paraît un génie déclassé, ou même (ce qui serait exces^if j un grand rhéteur de décadence, la faute en est aui sophismes par lesquels il ruina sa propre autorit<^. Lorsque, raisonnant à perte de vue pour nous int»'rdire le droit de raisonner, il renverse tout ce qu*il v a de plus irrévocable dans nos idées d'affranchissement civil ou politique, et demande notre salut à des institutions qui n'ont pu se sauver elles-mêmes, il ressemble à cet ermite lé^'endaire qui, dans Tespoir de le faire fleurir, arrosait obstinément un bftton planté dans le sable. Ce serait le cas de répéter aussi ce miH de M. de Talleyrand : « Il ne faut jamais se flkrher contre les choses ; car cela ne leur fait rien du touU • Notre mauvaise humeur ne les empêche pas de che* miner à la façon d'une aiguille de montre qui, tantôt trop lentement, tantôt trop vite, \a toujours, mais en avant, et jamais en arrière. Puisque Dieu nous a donné la raison, il y aurait aussi quelque impiété à

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ne pas respecter en elle son auteur. Rien ne serait d'ailleurs plus maladroit ; car elle se venge de tous ses détracteurs, et a toujours le dernier mot. Le comte de Maistre eut trop d'esprit pour l'ignorer. De là vient que la fin de sa vie fut assombrie par le découragement d'une lutte inégale. «Nous marchons vers un trou, s'écriait^il en 1819; la tête me toame, mais je meurs avec l'Europe. On écrira sur ma tombe : PeriU cum sonitu. »

Du bruit 1 il en fit sans doute, mais plus que le bien n'en doit faire. Quant à son influence, elle D'arrèta pas le flot sous lequel allait s'engloutir la dynastie que croyait protéger le patronage dangereux de son éloquence. Du reste, pendant la Restauration même, s'il fut, comme M. de Bonald, encensé par son parti, sa célébrité n'était guère que la parure littéraire d'une opinion, et ses prôneurs les plus remuants ne l'acceptèrent jamais sans défiance. Car Tabsolutisme de sa doctrine ne rachetait point, à leurs yeoi, ce que M. de Rémusat appelle spirituellement ion péché originel^ à savoir cette curiosité métaphysique dont il usait jusqu'à l'abus. Par là même, il devint suspect de défendre <( la bonne cause )> avec des armes empruntées à la mauvaise. Tandis qu'un pouvoir circonspect n'osait paraître trop ostensiblement le client d'un avocat impopulaire, l'autorité ecclésiastique aimait trop la discipline pour ne pas tenir à distance un allié dont les nouveautés déconcertaient ou effrayaient les timides et les habiles. On loi pardonna sans doute en faveur de son zèle ; mais,

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cooune nous dit un coiilciupurain, ou laissait volontiers ses livres « aux gens réputés pour avoir trop d'esprit « .

Ses conseils n'eurent donc pas de prise sur le» habiles qui s'acquittaient envers lui par des élogL*s de pure politesse, et ne tirant pas à conséquence. Ce sera plus tard qu'il deviendra une puissance. Pour qu'il soil écouté comme un interprète de la foi, il faudra que le scepticisme finisse par perdre toute mesure, et que la raison publique s'énerve par l'indifférence. Alors, les excès de doctrine étant recherchés comme un :>timulant d'imaginations blaaées qui* n'ont plus le goût du vrai, Joseph de Maistre se trouvera naturellement le chef d'une secte dont le ion habituel sera la violence, non pas seulement contre les idées, maia contre les personnes. Dari^locratiques qu'elles étaient, ces colères se démocratiseront ; et, se donnant pour un prédicateur inspiré d en haut, l'esprit de parti ne fera plus qu'injurier la société, sou& pn texte de la convertir. 11 rei)utera les &mes au lieu de Ic:^ per^uader, il envenimera le> malentendus, il cuntrilmera de jour en jour à isoler rK^;!iso du ^iùc!o, au dctriment do l'une et de l'autre. Or, ne l'oublions pa<, en sécularisant la théul<i&:ie et la mêlant à la p 'lân'iue, le c^nutc de Mai^t^e offrit le pn mier exemple do ces dial> regrettables où le t )jnie devient une arme dans la main d un jourua* hM) liiïi|ue, l'ouvrant de sa voii les mandements des e\ê<jues, et ctjnipromettant le banctuaire dont il s'e^t institué le uardieu indiscret.

C'est donc sur lui surtout que retombe la responsabilité des déviations qui détournèrent les idées religieuses de leur lit naturel, je veux dire des pentes indiquées par les accidents d'un sol remué dans tous les sens. Ce tentateur sera trop écouté par un groupe de disciples posthumes qui croiront que la parole de vie ne peut prospérer à Tabri d'une charte écrite par des hommes, et que, pour relever le cœur des fidèles, il est nécessaire d'abaisser le caractère du citoyen. Ils ne comprendront point que pour l'Église la meilleure pditique est de s'occuper activement de ses (Buvres spirituelles, à la faveur des jours tranquilles ménagés à toute bonne volonté par la sagesse d'un gouvernement conforme aux besoins publics. Or, en parlant ainsi, nous n'entendons pas limiter un droit qui suppose un devoir, celui de lutter sans faiblesse contre les préjugés qui faussent les consciences, ou contre les entraînements qui égarent les &mes« Que le christianisme soit l'adversaire des vices et des passions, rien de plus indispensable. Lui 'conseiller ici l'indulgence, ce serait lui demander une sorte d'abdication. Mais, en revanche, vouloir qu'il se fasse l'ennemi de Tordre civil, dont il faut qu'il soit l'élé* ment conciliateur, c'est le reléguer dans l'ombre solitaire a où il ne serait plus que le privilège de quelques élus, et la consolation tardive de ceux que la douleur ou la vieillesse ont séparés du monde ^ » • N'est-il pas à craindre qu'on ne lui retire ainsHr

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