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L'expression est de Proudhon

332 l/ÉIX)OUBNCE SOUS l/fiMPIRB

SPH arri/M'e-politH-filH. Nos devanciers offnînt en effet un duel d'intérMs, d'habitudes, de préjugés, d'opinions, de souvc^nirs, de regrets et d'espérances qui qui se combattent encore, aujourd'hui même, sous noH yeux. Au seuil de notre âge, vjeA œnflits furent si flagrants qu'il» ne se manifestèrent pas seulement d'un camp à l'autre, mais éclataient sous le même drapeau, dans la conscicînce de ceux qui lavaient arboré ; car il y eut des chefn qui, douUnt de la cause à lariuelle ils se dévouaient, semblèrent lutter par honneur plus que par conviction.

N'est-ce pas un des traits qui caractérisent Chateaubriand? Né au milieu des ruines de l'anc^ien monde, il commença par le maudire, puis tenta de le reconstruire ; et, après avoir contribué à l'exil de ses rois, il mourut récx)ncilié avec la République dont les respect» s'inclinèrent devant son cercueil. Tandis que le passé emportait sa dépouille comme une relique, l'avenir saluait en lui un précurseur. Apôtre pour les croyants, chevalier pour les royalistes, tribun i)our les libéraux, philosophe peut-être sous ses professions de foi évangélique, il appartenait, sans le savoir, au dix-huitième siècle, même en restaur&it le sentiment religieux ; car il continuait alors Le catéchisme du vicaire savoyard et les llarvionies de la nature, La politique de Jean-Jacr{ues ne fut pas non plus étrangère au gentilhomme dont la retraite devait un jour être un pèlerinage pour les fils des preux, les néo-catholiques et les démocrates de 1850 ou de 1848.

Ces contradictions, on les a fait expier cruellement à sa mémoire. Mais nous n'avons pas plus souscrit à ces rancunes qu'aux censures de ceux qui ont été ingrats pour le père du romantisme. Mieux vaut leur imposer silence par cette apologie que nous empruntons à René: « On renie souvent les maîtres suprêmes, on se révolte contre eux, on compte leurs défauts, on les accuse de bizarrerie, de mauvais goût, tout en les volant et se parant de leurs dépouilles. Mais on se débat en vain sous leur joug. Tout se teint de leurs couleurs, partout s'impriment leurs traces ; ils inventent des mots qui vont grossir le vocabulaire général des peuples ; leurs expressions deviennent proverbes; leurs personnages fictifs se changent en personnages réels, lesquels ont hoirs et lignée. Ils ouvrent des horizons d'où jaillissent des faisceaux de lumière ; ils sèment des idées, germes de mille autres; ils fournissent des imaginations, des sujets de style à tous les arts. Leurs œuvres sont des mines inépuisables, et les entrailles mêmes de l'esprit humain. De tels génies occupent le premier rang ; leur nouveauté, leur variété, leur originalité les font reconnaître dès l'abord pour lois, exemplaires, moules, types des diverses intelligences, comme il y a quatre ou cinq races d'hommes dont les autres ne sont que des nuances et des rameaux. » Quand bien même cet éloge ne s'appliquerait pas sans restrictions à cet impérissable René qui compta une si nombreuse descendance, il n'en faudrait pas moins dire avec lui : « N'imitons pas

Cham le maudit. Ne rions pas, si nous rencontrons nu et endormi, à Tombre de l'arche échouée sur les montagnes d'Arménie, Tunique et solitaire nautonnier de Tablme. Mais honorons de notre piété filiale ce navigateur diluvien qui recommença la création. »

Si nos poètes les plus chers relèvent pour la plupart de Chateaubriand et de sa mélancolie pittoresque, la prose militante de M"' de Staël a propagé Tesprit de tolérance et de liberté, le sentiment du droit et de la justice, la foi dans la raison et le progrès, en un mot ce spiritualisme social dont l'avènement allait régénérer, avec la critique, l'histoire el l'éloquence, nos lois, nos institutions et nos mœurs. Formée à l'école de la philosophie, mais disciple, elle aussi, de Jean-Jacques Rousseau qui est décidément notre véritable ancêtre, elle a sauvé, dans le patrimoine que nous léguût le xvm^ siècle, tout ce qui fut digne d'échapper à un naufrage. Réhabilitant la Révolution par une morale généreuse, elle contribua plus que tout autre publiciste à vulgariser ses principes parmi les classes qui lui gardaient rancune, et à constituer cette élite de citoyens éclairés sans lesquels des réformes désirables risquent de n'être que les utopies de la violence, ou les mensonges d'une démagogie jalouse et oppressive.

Bien que sa vie soit un modèle de constance, elle fit pourtant à l'expérience des concessions sincères ; car le déisme voltairien de ses débuts finit par devenir plus intimement religieux que le Génie du

christianisme, et son brillant avocat. Elle n'a pas enchanté les imaginations comme Chateaubriand, et n'eut point le même souci de l'art; mais plus d'idées et de germes féconds furent semés par cette parole bienfaisante qui justifia si bien sa devise : modo viVf modo femina^. Tous les problèmes d'une restauration morale, littéraire et sociale, ne les a-t-elle pas entrevus, ou résolus, par l'intuition d'un cœur sympathique aux souffrances, ou aux vœux de son temps? Quel désintéressement dans ces œuvres écrites au milieu d'un^ tourmente, et dont la sérénité rappelle pourtant ces vallées silencieuses d'où Ton entend gronder une mer voisine, ' sans voir l'agitation de ses flots ! On demandait à Schiller mourant comment il se trouvait : « Toujours plus tranquille, » répondit-il. Ce mot pourrait aussi résumer l'impression que nous laisse ce génie pacifique jusque dans la lutte, et dont l'inspiration, malgré ses haines vigoureuses, fut toujours la bonté.

Chateaubriand et M""® de Staël, voilà deux témoins qui déposent contre l'Empire devant la postérité. Ils nous mettent en garde contre les courtisans ou les adorateurs que l'Empereur eut encore après sa chute. Ils nous conseillent de ne jamais sacrifier la dignité du citoyen aux mirages trompeurs des champs de bataille. Us nous disent très haut que le despotisme n'a point de compensations, et qu'un peuple n*est pas fait seulement pour acclamer des Césars

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