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Tableau de la mer

Le nom de Ma/ri% est trop élastique , ceux qui ont un droit égal à le porter diffèrent trop les uns des autres pour qu’il soit possible de tracer, même à grands traits, un esquisse commune de leurs physionomies. Au début de notre volume la Vie Navale , nous l’avons dit déjà. Et dans cette seconde partie * du Tableau de la mer , nous nous proposons de pousser Tétude du personnel naval , plus loin même que ne le comporte la vague débnilion du mot marin selon l’Académie qui nous renseigne assez peu en nous apprenant qu'il se dit en général des gens de mer.

Si nous consultons les dictionnaires spéciaux , Romme nous dira que c’est le « titre distinctif de tout homme dont l’état et l’art est de naviguer , » —

s TABLEAU DE LA M^R.

et l’amiral Wiliaumez paraphrasera longuement les qualités qui doivent distinguer l'homme de mer accompli.

Enfin, si nous nous adressons à quelque brave grognard du beaupré :

— Un marin , répondra-t-il , c’est celui-là , voyezvous , qui n’est ni ni Parisien , sauf votre

respect ; un homme comme moi , quoi ! un ancien , une peau tannée qui a louvoyé sur toutes les mers , sait prendre une empointure de tout temps, a plaisir à bûcher l’Anglais et aime une fois le temps courir bordée sur le plancher des vaches.

— Mais votre commandant n’est donc pas un marin ?

— Ah! si fait, dam, — et un vrai! — mais d’autre sorte , quoi ! — qui fusille le soleil avec son tire-pied ' ! connaît sa carte comme ma poche , et sait faireses calculs mieux que pas un maître d’école. Il faut l’entendre quand nous sommes proche d’at- * terrir. On ne voit pas un brin de côte : c'est égal 1 il monte sur le pont, demande combien on file de nœuds : a Dans une demi-heure , dit-il , on verra Morne aux Bœufs ou la tour d’Ouessant. » Çà dépend de l’endroit. Et sûr, demi heure après, la vigie crie : Terre ! Avec çà , il connaît son monde et fait

(1) Tin-pied, nom burlesque que les matelots donnent aux instruments astronomiques , tels que sextant , octant et cercla de Borda , dont ils voient les officiers sa servir.

manœuvrer le vaisseau à son idée. — C’est un vrai fini , mais qui n'a pas eu de chance pour le choix de son second !

— Comment cela , s’il vous plaît ?

— C'est que notre lieutenant , monsieur , n’est qu’un frise-poulet , marin tout juste comme ma petite sœur. Le gouvernement , à ce qu'il paraît , a des corvettes à perdre, vu que ce joli cœur va ces jours-ci prendre le commandement àelaCuirassière. Excusez ! Je n’aurais pas goût à mettre mon sac à bord.

L’explication du vieux cbiqueur en vaut bien une autre ; pour lui aussi le terme de marin désigne plutôt une qualité qu’une profession et cesse d’être applicable à ceux qui ont choisi le métier de la mer comme moyen d’existence ou de fortune. Cependant, n’ayant pas les mêmes raisons que le sévère gabier pour exclure de notre série d’études ceux qui , dans sa pensée , sont indignes de ce nom glorieux , nous accepterons le mot dans son acception la plus générale ; et sans nous restreindre à un beau idéal , nous représenterons les gens de mer tels que nous les avons observés , avec leurs bons et nobles instincts , mais aussi avec leurs imperfections et leurs ridicules.

Le maître d’équipage , le canonnier , le cal fat , le timonnier , le capitaine d'armes , personnages de second ordre , ont des physionomies tranchées qui méritent notre attention. Chemin faisant , tout en

décrivant les traits caractéristiques des uns et des autres , nous parviendrons à démêler le chaos des grades , fonctions , attributions spéciales ou rôles momentanés des divers acteurs du bord parmi lesquels il en est qui, tels que l’aumônier, par exemple, ne sont aucunement marins.

Mais en somme, c’est surtout à la peinture des nombreuses variétés de gens de mer que nous consa* crons des pages où, nous commencerons par répéter ce que nous avons dit maintes fois et notamment dans Is Langage des marins, des deux séries de dénominations qui se présentent et se croisent en marine, l’une en vertu des grades , l’autre en vertu des fonctions. '

La première nomenclature se compose des grades correspondant comme il suit à ceux de l’armée de

terre :

Amiral Maréchal de France.

Officiers généraux.

Vice-amiral général de division(lieutenant général)

Contre-amiral. . . . général de brigade (maréchal de camp).

Officiers supérieurs.

Capitaine de -vaisseau, colonel.

Capitaine de frégate., lieutenant-colonel.

Capitaine de corvette, chef de bataillon.

(1) Voir Le Langage des Marins, introduction, §V1,

Difji'

Ce dernier grade a été supprimé.

Dans la pratique du service , tous les officiers supérieurs sont également appelés : commandants.

Officiers subalternes.

Lieutenant de Taisseau. capitaine (ordinairement appelé à bord

capitaine).

Enseigne de vaisseau. . lieutenant ( ordinairement appelé à

bord lieutenant).

Parfois ces titres sont intervertis en raison des fonctions : ainsi tout officier qui commande un navire, ne serait-il qu’enseigne , prend le titre de capitaine, sinon de commandant.

Et d'autre part , un lieutenant de vaisseau qui remplit à bord les fonctions de second, est ordinairement appelé lieutenant.

Aspirants de marine.

Aspirant de première classe., lieutenant en second.

Aspirant de deuxième classe. , ( sans assimilation dans l'armés

de terre.)

La seconde série de dénominations résulte de l’emploi des officiers à bord, sans acception de grade :

CapiLiine. ,

Second ou lieutenant.

Chefs de quart.

Sous-H:hefs de quart.

Les autres membres de l’état-major d'un navire de guerre sont :

L’aumônier, dit l’abbé.

Le ehirargien-major, dit doctear on major.

Le commis d’administration , agent comptable , dit commissaire.

Les seconds chirurgiens , assimilés généralement aux aspirants de marine.

Ces arides notions préliminaires suffisent pour dissiper la confusion et nous permettre de dire comment on débute dans le métier de la mer.

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