I.E MAITRE MÉCANICIEN
Le maîtré d’équipage , le pilote , le chef de timonnerie , tous les vieux , tous les vrais matelots , tous les anciens , le regardent d’un œil sévère et triste , cet homme qui représente le règne nouveau delà vapeur, du charbon , du feu , du moteur interne.
Ils le dédaignaient à ses débuts , quand les premiers vapeurs, machines frêles et dangereuses, s’aventurèrent hors des limites fluviales ; ils le regardent aujourd’hui comme la personnification du système qui tend à détruire le matelotage.
Le maître mécanicien prend rang parmi les premiers maîtres ; — il avance avec les progrès de la science ; il grandit au détriment de ses anciens collègues.
^ 11 y eut toujours en marine des mieux , des innovations et des progrès; le vieux grognard d'eau salée
chantonne avec humeur sur l’air : Nous Mons trois marins ;
— Ta navigues d’hier Mon petit, sur la grande mer,
Tu vois partout du fer Où j’ai vu de la corde- Des créve-cœurs D’ingénieurs
Que le grand diable morde ,
Des chlffreurs de malheur ,
Un tas d’amateurs de vapeur Et d’autre puanteur ,
M’ont gâté la marine.
Tout à tribord Comme à bâbord Maintenant est machine !..
Le jeune navigateur partisan dee méthodes nouvelles , des installations qui diminuent les périls ou les fatigues, et enfin de la vapeur, sourit et répond :
Contre la vapeur, mon ancien ,
Quoi , diable , vous tortille?
La vapeur est fille de bien Et de crâne famille I
Ho!
Le feu , c'est son père ! llo!
Sa mère
■ C’est l’eau I
Par vent de bout , par calme plat ,
En avant la machine !
Quand la vapeur fait son sabbat, üroit en route on chemine.
Dans les courants plus de danger Et jamais de dérive ,
A l’honneur eile peut ranger N’importe quelie rive 1
Faut-il remorquer un ami Contre vent et marée ,
Ou reconnaître l’ennemi , >
La vapeur est parée.
Vous dites : • Ni vu ni connu Les dangers , la misère ! »
Quand nous avons tout cru tout nu Enrôlé le tonnerre I . . .
Le tonnerre qui sous nos baux Gronde en mangeant la houille Far galettes de cent tonneaux Où le ringard farfouille-
La vapeur travaille pour oons.
C’est vrai !... mais la didh'eas Va nous faire les cinq cen-scoun’;
Pour une maladresse I
Veille au feu qui dans nos fourneaux Fait bouillir la chaudière,
Veille à la rage des chevaux De notre prisonnière. . .
Le danger ne noos manque pas Soyez calme , mon brave ,
Nous ne nous croisons pas les bras Naviguant sur la lave.
LA maistrance. ♦
' Manœuvrant le jour et la nuit Le fer, l’huile et la braise,
Car si la vapeur nous conduit,
Elle est souvent mauvaise.
Pour une paille , pour un rien ,
A bord , voici l'alarme !
Tranquillisez vous donc, l'ancien',
La vapeur a son charme !
Uol
Le feu, c’est son père 1 Uol
■ Sa mère C’est l'eau! (1)
Pareil plaidoyer désarmera-t-il les rancunes de maître Michel, de Simon le pilote on de M. Vrimond le chef de timonnerie ? — Nous en doutons ; et cependant , le rimeur les a pris par le bon bout , en leur vantant encore moins les services que les dangers de la nouvelle navigation , qui introduit à bord de nos vaisseaux un personnage inconnu de nos devanciers — le maître mécanicien qui règne dans la machine et sur l’escouade des chauffeurs, race fort indisciplinée dans l’origine, mais qu’on est parvenu à enrôler, incorporer et assouplir.
Le maître mécanicien doit à ses études spéciales une physionomie qui le rapproche un peu de ce jeune
(1) "Voir POÈMES ET CHANTS MABLNS. — Le gaillard d'avant, chansons maritimes, Nos 27 et 28.
chef de timonnerie dont nous avons esquissé le profil semi-aristocratique. — Assurément, il frayera de préférence avec lui, si d’aventure ils font campagne ensemble.
D’après le règlement annexé au décret du 15 août 1851, il a des fonctions nombreuses, inspecte les contre maîtres mécaniciens et chauffeurs qui relèvent de son autorité directe, leur fait des leçons de théorie et de pratique, tient le registre de leurs punitions, et plusieurs autres casernets où il doit consigner ses observations ou sa comptabilité. — L’embarquement, l’arrimage , la consommation du combustible et enfin l’entretien des machines sont nécessairement de son ressort.
 bord d’un navire mixte, on conçoit que le maître ' d’équipage soit encore fondé à lui disputer la prépondérance , mais à bord d’un de ces magnifiques ' vapeurs à hélice de 600, 800 ou 900 chevaux qui refoulent aisément vents et marées contraires, le maître aura beau faire , il a trouvé son maître, hélas ! — La voile et la corde sont forcées d’amener pavillon ' devant la vapeur. Le mécanicien l’emporte.
Maître Michel , — on vous le demande , — n’est ’ il pas bien fondé à dire que les cbiffreurs de malheur , lui ont gâté la marine?
Digiti. : y GoOgI
LA MAISTRANCE.