‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 23 sur 43 · XV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

XV* SIÈCLE

DLUGOSZ(Jba«), surnommé en latin Ixmgmmt naquit en 14 1&. Il ouvrit une ère nouvelle à la littérature historique de son pays : il est donc utile de retracer en peu de mots sa biographie ; elle nous servira pour mieux apprécier ses ouvrages.

Dhigosz fit ses éludes à T université de Krakovie , et fut ensuite attaché à la cour du cardinal Zbigniew Olesnicki , qui était un des plus «grands et des plus vertueux citoyens de son époque. Ayant bientôt embrassé Tétat eedésiastique, il demeura toujours attaché à la personne du cardinal, et fut employé dans dir verses charges diplomatiques. Il réconcilia J eau Hun niad y gouverneur de Hongrie, avec Iskra, gouverneur de Bohème, au moment où ces deux chefs, à la tête de leurs armées, n'attendaient que le signal du combat. En i454 9 il fut désigné par son roi en qualité d'ambassadeur près la cour du pape Nicolas V, et à la confédération germanique. Les discours qu'il prononça dans Texercice de ces hautes fonctions se trouvent encore dans

4lO TABLEAU DB LA POLOGNE.

la bîbltotlMqa* de KrakoTM. En i46o , il conclut , ma nom detoi roi, UD traité avec les ambassadeurs de George Poediebrade, roi de Bohème , et ce fut là un des faits saillans de sa carrière politique.

Kasimir-JagelloD le nomma ensuite son conseiller privé, loi confia Te soin de conclure le traité de i465 avec les cbevaliers Tentoniques de la Prusse, par lequel leur grand-maître devint vassal de la Pologne. Enfin il lui confia l'éducation de ses deux filsWla* dislas , depuis roi de Bohème et de Hongrie, et Jean-Albert, qui fut roi de Pologne.

Quand Wladislas, son élève, à Tâge de quinze ans, fut éhi roi de Bohème, il accompagna le jeune prince dans son royaume, et ne le quitta qu'après Tavoir affermi sur le trône et lui avoir inspiré les principes nécessaires à un roL Ensuite , aux congrès de Neisse, et de Troppau , en 1478, il contribua paissarament à étoufîer les querelles qui s'étaient élevées entre son élève, le roi de Bohème, et Mathias Korvin, roi de Hongrie. Envoyé à la diète hongroise à Iglo , en 147 S» il y traita les affaires concernant les principautés de la. Moldavie et de la Walachie qui reconnaissaient l'autorité polonaise. Enfin , après avoir arrangé encore quelques affaires avec le roi Korvin, il mourut en 14S0, au milieu de sa brillante carrière.

Ministre intègre, bon citoyen , savant distingué, ecclésiastique juste et éclairé, Dlugosz unissait à tous ces titres le plus grand désintéressement , n'attachant aucun prix aux honneurs et aox richesses. Il refusa la charge de grand trésorier en Pologne, et l'archevêché de Prague en Bohème. Héritier d'une fortiuie assea considérable, il employa tous ses biena à secourir les pauvres, à fonder des hôpitaux, à créer des écoles; et un institut philanthropique, qui se conserva à Krakovie jusqu'à nos jours, portait le nom de la bourse de Dlugosz pour ies Jariseott^ suites.

Un pareil homme en écrivant l'histoire , surtout celle de son temps , devait mériter une attention particulière. Il commence, comme nous l'avons fait observer, une ère nouvelle dans la littérature historique de son pays. Il consacra viogt«cinq ans de

LITTÉRATURE. J^il

travail « ton prioctpal ouvrage en ce genre; et Idio d'être prévenu es sa faveur, il k soumit à la critique des fnrofessears de rUniversité de Krakovk. Eu mourant il légua son manuscrit à cette école , afin que cette Histoire, qu'il avait poussée jusqu'à la dernière «nuée de sa vie, pût être continuée par un des professeurs. Au milieu des éloges dont on a honoré son ouvrage, il est des critiques qui se sont montrés plus sévères dans leur jugemeot. Sarniçki , historien du dix-«eplième siècle , dit que ce n'est qu'un recueil informe de matériaux pour écrire l'histoire » mais qu'il est loin de mériter d*être mis au rang des meilleares productions de ce genre. Kromer, célèbre historien du seizième siècle , qui lui-même puisa si souvent à cette source féconde , ne lui rend pas justice; il dit que DlugosE connaissait peu les affaires des pays étrangers. SoHgnac lui reproche de vouloir raisonner sur tout et d'être à peu près l'historien de tous les pays ; qu'il ou* hlie souvent les affaires de la Pologne, et qu'il fait trop de digres^ sions sur l'Europe et souvent même sur l'Asie, sans songer si cela est nécessaire ou non à son sujet. Braun et Struvius ne lui pardonnent point d'être trop attaché à la cause de sa patrie, et de n'avoir pas pu cacher son mépris pour les chevaliers Teutoniques, comme ai cette monstrueuse et sanguinaire puissance , avec ses cruautés , sa mauvaise foi , ses invasions , devait trouver un seul historien qui consentit à se faire son apologiste.

Tous ces reproches qu'on a faits à Dlugosz sont très-peu motivés et souvent trop sévères > surtout quand ils partent d'un écrivain qui cherche par là à donner plus de prix à ses propres ouvrages. Quant à nous, nous croyons impossible de porter le même jugement sur toutes les parties de cet ouvrage, «t qu'il iaut nécessairement le partager en trois sections distinctes : i** Les annales sur l'origine de la nation jusqu'au treizième siècle; a<»les annales jusqu'au commencement du quinzième siècle; 3"* les faits contemporains de l'auleur. C'est cette division judicieuse qu*avait adoptée M. Golembiowski , dont nous suivons tout le système.

Ainû les premiers ne sont qu'un résumé des chroniques polonaises et russes; les seconcb renferment moins de fiibles, moins

4ia TA.BLB4U DB LA POLOGITE.

de iaits, qui ne s'scoordeiit pas avec le but de Thistoire ; eniii l'histoire du quinzième siècle , dans lequel il vivait , est une da sources historiques les plus pures ; l'on peut y puiser sans héatcr tous les renseignemeDs nécessaires , et avec d'autant plus d'assurance , que l'auteur a joué un grand rôle dans les évènemeDs qall retrace.

Cependant Dlugoss ne possède pas toutes les qualités que no» exigeons aujourd'hui d'un historien. Dans Texposé des prenièits époques de l'histoire son ouvrage manque de critique , et renferme d*aussi longs détails sur les faits authentiques que sur les évéoemens dont la fausseté est reconnue. 11 a adopté l'ordre chnh nologique , en suivant les années et même les moisr; il charge en général ses récits de beaucoup trop de détails; on trouve dans soo ouvrage un trop grand nombre de discours et de raisonnemens sar les faits: cependanti il ne s'élève jamais audessus d'un aDaalîste,et il n'est point capable d'approcher de la dignité de l'historien, telle que nous la concevons dans le dix-neuvième siècle. Mais il (àutse rappeler comment on écrivait alors en Europe. Il faut songer que Dlugosz se montre toujours vrai, quoiqu'il lui fût trèsdifficile de distinguer le vrai du faux dans l'histoire des sièdei qui précédèrent son époque. Quant à la sienne, il n'épargne personne : le roi , les magistrats les plus élevés, les citoyens, le clergé, tout parait devant lui comme devant un juge impartial. Toutes les fois qu'il reconnaît que le clei^é est coupable, il s'élève contre lui sans ménagement ; et c'est à cause de cette sévérité que son ouvrage est resté en manuscrit deux cent trente-un ans. Il est le premier qui ait donné à l'histoire un caractère de vérité; c'est de son temps qu'on a cessé de suivre Cholewa, Kadlubdti Gallus, etc., et qu'on a commencé à copier son histoire dei premiers temps, et à faire des résumés de Fépoque postérieure. Miechowita et Kromer.furent dignes de le suivre dans la carrière historique qu'il venait d'ouvrir.

Félix Herburt publia, en 1 6x5, à Dobromil , une partie seulement de l'histoire de Dlugosz; elle ne renferme que six premiers livres de son ouvrage. La première édition de cet auteur n'a para qu'en 1711 et 171a, et renferme treize livres; c'est^-dire, toute

rbistoire de la Pologne jusqu'à Tannée i48o, qui fut celle de la mort de Tauteur. On y ajouta en outre, Thistoire de Kadlubek, de Sarnickiy et plusieurs autres auteurs historiques. Cette édition a pour titre : I. Joan. Dlugossi seu Longini hUtortœ poloniceB Uhri i3, etc., auctum GabrUUs Groddeckii; in-folio, tom. P', à Francfort^ tyii; tom. II, à Leipzig, 171 2. La seconde édition se trouve dans la collection de Mitzler. Autres ouvrages de cet auteur :

II. Fitœ episcoporum Posnanlensium, publié par Treter, à Bruns* berg, i6a4> in-4* i vol.

III. Episcoporum Smogorsoviensiê et Pitzinensis^ quœ nunc Vraûsla- 9mm ecclesiarum kisiorim et acta, Breslaw, 1730-1733, seconde édition , dans le Beciteil de Sommersberg.

IV. Fita s. Staniélai ep. Crac. Krakovie, i5ii. Ce n'est qu'un extrait de l'ouvrage qu'écrivit Dlugosz sur la vie des Polonais et des autres Sla^ves distingués par leur piété, et qui n'a jamais été publié.

y. Uber beneficiarum , en manuscrit.

YI. Commentaire sur 1^ Histoire de Pologne , manuscrit qui était à Rome, dans la bibliothèque des Pères de l'Oratoire, dans lequel a ftaisé le célèbre Baronius , auteur de X Histoire ecclésiastique. {Fojret Henri Spodanus, Annales ecclésiastiques, sub anno 1467- )

Page 1