‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 22 sur 43 · II · texte numérisé non relu

II

4oa TABLEAU DE LA POLOGNE.

moiiis qu'il ne donnait pas ces choses pour cerlaines. Or, en codmençant la seconde partie de Touvrage, il dit que tout ce qQll avait écrit jusqu'alors n'entre point dans le plan de sod travail, qui est de retracer l'iiistoire de la famille des Piasts. Aînn, nous devons regarder plutôt la première comme un recueil do traditions qui existaient dans son temps, et ne juger cet historien que sur la seconde partie de son ouvrage; et c'est là que, d'après M. Lelewel, se trouvent de riches et précieax tréson pour l'histoire nationale. Mais il ne faut iias s'efifrayer des diffieultés qu'on rencontre dans la lecture de cet ouvrage ; son texte est souvent défectueux^ le style de l'auteur obscur; une imitation trop aveugle de Justin, et une reproduction trop affectée de la forme narrative de cet écrivain. Quant à la première partie, c'est un recueil de traditions nationales appliquées à Thistoire des Grecs, des Romains, des Hébreux, et surtout au temps d'Alexandre-le-Grand. En somme, cet ouvrage est un monstre informe sans mouvement et sans vie; mais dans ce temps tous les auteurs, et surtout les Allemands, traitaient l'histoire de cette manière : cet étalage d'érudition était donc plutôt un tribut payé à l'esprit du siècle , qu'un défaut de l'auteur.

XIII* aiàcLB.

KADLUBEK ( ViircEirT ) (i). Nous parlerons de cet auteur ayec un peu plus d'étendue que notre plan ne le comporte, puisque nous l'estimons un des plus honorables historiens polonais, et qu'il nous parait juste de le laver des reproches dont les étrangers Font souvent accablé.

Il naquit à Karwow, vers l'année 1160. Destiné dès sa première jeunesse à l'état ecclésiastique, il fit un voyage en France pour achever ses études théologiques à Paris, et fut nommé^ en lao;^ à l'évêché de Krakovie. Jouissant d'une grande faveur auprès de Kasimir-le-Juste,Kadlubek eut quelque influence dans les affaires

(f ) Cet écrivain , ainsi que le précédent, n'est point désigné par ton nom de famille, qui était platôt Vincent fils de Kadlubek.

LITTÉRATURE. 4o3

publiques; on dit mène qu'il gouverna la jeunestedeLessek-le- Blanc, priocc célèbre par ses vertus. Savant distingué , bon ci» toyen ^ bomme bienfaisant^et un des plus illustres ecclésiastiques de son siècle, Kadlubek fit donation de ses ricbes domaines aux monastères y et ne se réserva que les revenus de son évéché , dont il fit constamment le plus noble usage « instituant des fondations ecclésiastiques, encourageant l'agriculture, construisant des villages entiers dans ses terres épiscopales, et y établissant des colonies. Enfin , dégoûté des honneurs , il renonça aux richesses «t aux grandeurs, et devint moine au couvent de Citeaux, à lendraeiow. Il mourut en iaa3. Sa mémoire passa de siècle en siècle,, toujours environnée d'une nouvelle illustration; et les JÊtats de la république, cédant au voeu général, envoyèrent à Borne, en iêS%f une députation pour demander que Kadiubek lut mis au rang des bienheureux, prière qui ne fut accueillie qu'en 1764» cinq siècles et demi après sa mort.

Il avait commencé d'écrire les annales de son pays, à la soUi- -citation du roi Kasimir-le- Juste; mais son ouvrage ne va que jusqu'à l'an i»o3. Ses devoirs d'évéque et de citoyen le forcèrent •d'abandonner cette entreprise , et plus tard la vie monastique l'arracha à toutes les occupations de ce genre. Ses trois premiers livres ne sont qu'un long dialogue entre Mathieu Cholewa, évéque de SLrakovie, et Jean, archevêque de Gnèzne. De là est veoiK l'opinion que Eâdlubek avait adopté pour l'histoire la Corme du dialogue; mais des recherches postérieures, et surtout «elles d'Oflflolinski et de Leiewel, ont donné la certitude que ces trois premiers livres sont réellement l'ceuvrede Mathieu Cholewa «t de l'archevêque Jean, et que Kadiubek, s'appropriant leurs travaux, s'est borné à les incorporer dans sa chronique. Aussi, dès le commencement du quatrième livre, change-t-il la forme de son récit , et c'est sûrement de là que commence la véritable chronique de Kadiubek, dans laquelle le savant OssoHnski re* trouve l'esprit brillant et éclairé de l'auteur.

Kadiubek pénètre d'abord l'obscurité des origines polonaises; et on lui a même reproché d'avoir donné pour de l'histoire des fables inventées à plaisir, et même d'avoir avancé des faits dont il

4o4 TABLEAX} DE LA POLOGNE.

ooDoaifsàit bien tonte la fausseté. Mais Ossolinskî prouve que cet auteur n'a fait que recueillir les contes populaires, et qu*il fîit forcé d'écrire /70ur obéir à une volonté supérieure, comme il le dit lui' même; il rapporte, à défaut de documens plus certains » iesévénemens merveilleux adoptés alors comme authentiques par le peuple. C'était donc la faute du siècle et non celle de Tauteor. On l'accuse également de n'avoir pas connu l'histoire des nations voisines, et principalement celle des autres peuples slavons; mais jusqu'ici personne n'a démontré que les traditions recueil'' lies à ce sujet par Kadlubek n'étaient pas admises dans le temps où il a vécu ; on n'a pu même donner la preuve qu'il en ait négligé ou inventé une seule; loin de là, Kadlubek n'abuse jamais de Cette liberté si commune et si tolérée chez les anciens historiens; il ne fait jamais intervenir la Divinité dans les événemens terrestres. Ses contes populaires ne sont pas, à beaucoup près, aussi bizarres que ceux de Cdme, historien de Bohème; et les fables qu'il a fait entrer dans le cadre de son ouvrage (car il savait que les fables ont aussi leur utilité); ces fables, disonsnous, ont du moins le mérite de plaire et d'amuser. On sait que les anciens Slaves faisaient souvent de lointaines excursions militaires, en secourant leurs frères, et qu'à leur retour ils racontaient les expéditions auxquelles ils avaient pris part : c'est ainsi que naissent les contes, que les traditions s'établissent, passent de bouche en bouche , et se perpétuent dans les différentes races. Ossolinski, en prenant la défense de Kadlubek, a justiGé jusqu'à ses contes sur les batailles des Slaves contre Alexandre-le-Grand ; et il est parvenu en effet à démontrer que Kadlubek ne méritait pas les reproches qu'on lui adresse a cet égard. Kadlubek , dit-il , recueillant religieusement tous les sons qui des profonds abîmes de la fable pouvaient arriver à son oreille, a rendu à la nation un plus grand service que si, armé du glaive de la critique, il se fût appliqué à dépouiller de ses der-* uiers rameaux un tronc déjà trop dégarni, et à effacer entière'ment les faibles vestiges d'un passé que Toubli nous dispute. Il applique les mêmes argumens aux rapports des Slaves avec

LITTERATURE. 4o5

les Oaulois, et jette uoe grande lumière sur les commeocemens obscurs de Thistoire polonaise.

IL«a chronique de Kadlubek fut accueillie dès sou apparition avec laip1«s grande faveur. Boguchwnl, qui, dans le treizième siècle, entreprit d'écrire les annales de Pologne, en fit la base de sou ouvrage; et tous les historiens postérieurs, la mettant l'un après l'autre à contribution , n'ont fait que la rac* courcir ou retendre; de sorte que si ces écrivains, jusqu'à I>lugosz , paraissent dignes de quelque estime , on peut , sans injustice, faire entrer Kadlubek pour moitié dans leur mérite.

Entre tous les éloges qu'ont prodigués à cet annaliste la plupart des écrivains anciens, nous devons surtout rappeler Topinion de Kromer, qui, dans le juste hommage qu'il lui rend» conyîent que Kadlubek possédait toute l'instruction qu'il étaâl possible d'avoir dans le siècle où il a vécu. £n eflet, Kadlubek est très-supérieur aux obscurs historiens du onzième et du douzième siècles en Europe. Son ouvrage, dit Ossolinski» est rempli de vie et de mouvement. Non content de prêter matière à d'amples réflexions, cet auteur développe les siennes; il explique les coutumes nationales ^pénètre jusqu'au fond des choses, analyse les événemens et leurs causes. Versé dans les sciences ecclésias> tiques et civiles , dans la philosophie et la jurisprudence, il cite avec un égal bonheur l'Écriture Sainte et les décrets des papes , les lois de Justinien et les règles d'Aristote. A la prose de Démosthène , de Tite-Live et de Justin, il mêle des fragmens poétiques dignes de Virgile, d'Horace et de Juvénal. Cependant, si le savant Ossolinski rend hommage aux beautés qui brillent dans les Annales de Kadlubek, il ne déguise point leurs défauts. Il ne dis-< simule pas la fatigue et le dégoût qu'on doit éprouver à lire uo ouvrage écrit dans cette latinité corrompue, qui était usitée dans le moyen âge. Néanmoins il conseille à ceux qui voudront juger sainement Kadlubek, de lire quelquefois et avec attention son ouvrage. A travers ce nuage épais de mauvais goût, de barbarie et d'obscurité grammaticale , particulier au douzième siècle , on découvre ce génie brillant dont Dlugosz n'a pas craint de dire: Cui naturœ prœgnanùs dotes et fœcundus utérus prœclarum in^enifi^

4o6 TABLEAU 0E LA POLOGNE^

eoMulerat, quêm Ami bemgno^ mtwdne mira respesenmU On oe rait eo effet mieux peindre ce génie Ttf et pénétrant qui troovail en lainnéme le fea dont il brûlait, cet esprit enrichi de tous les trésors de la science , purifié par Thabitade de la vie pabliqne, et par la connaissance approfondie des hommes et du monde. Le latin corrompu dans lequel il a écrit donne néceesasremeot à son ouvrage une empreinte de barbarie ; mais est-ce la fiiute de récrivain?Il voyait, il sentait le beau; il avait la coonaissanoe du quid deeet, quid non, mais dès qu'il prenait la plume il subis* sait malgré lui l'influence de son siècle.

La première édition de l'ouvrage de cet auteur parut soos le titre de Historim polomca V'meenUi Cadiuheoms episeopi Cracopiemis, à Dobromil en 1619, in-S**. II est facile de comprendre combieo cette chronique avait d& s'altérer en passant par les mains des copistes f et malheureusement la copie qui servit à Féditenr était du nombre de celles où le texte avait le plus souffert. Une se* conde édition non moins vicieuse fut publiée à Leipzig en 171a, avec l'Histoire polonaise de Dlugosz. La dernière et la meilleure, publiée par M. Kownacki, a paru à Warsovie en 181^, avec la chronique de Dxîerzwa.

BOGUGHWAL, évéque de Posen, abréviateur de Cholewa et de Kadiubek. Son travail n'est proprement qu'une chronique depuis I %02 , oh Kadiubek s'était arrêté , jusqu'à l'année i ssy. Cependant une foule de faits particuliers qu'il cite dans Tabrégé de ses deux devanciers, donnée son ouvrage de l'originalité et de l'importance. Il fut publié dans la collection des bistorieos de la Silésie, par Sommersberg; mais cette édition, comparée aux nombreux manuscrits, se montre tellement infidèle, qu'il est impossible de distinguer ce que dit l'auteur lui-même de ce que ses copistes lui ont fait dire.

BASZKO (GoDisLiks), chanoine de Posen. Il vivait vers la fin du treizième siècle , et ne laissa que les Annales de la Grande^ Pologne, où il embrasse aussi les faits généraux qui se passaient dans toute la monarchie des Piasts. Sa chronique commence à Tannée 1237, où celle de Boguchwal finit , et elle s'arrête à i**fi.' Elle fut imprimée dans la collection de Sommersberg.

LirriRATURfi. 407

MARTIN POLONAIS. U n'avait aucun nom de finnille , parca

que lea noois de fomille n'existaient pas encore en Pologne dans

son temps. La date de sa naissance et celle de sa mort sont in-

coonucs. On lui donne les noms de Strepa, Strzepski, Strzemien,

mais ce ne sont que des suppositions. Il naquit dans la ville

d'Opawa, qui s'appelle aujourd'hui, en allemand, Troppau,

et qcd depuis les temps les plus anciens appartenait à la Pologne •

et ne passa à la Bohème que dans l'année i%46^ Martin était

dominicain, on ne sait dans quelle ville de Pologne. Entre

les années ia43 et 1264 il se rendit à Rome et y demeura ensuite

très-long-temps. Sous les papes Innocent IV, Alexandre IV,

Urbain IV, Clément IX , Grégoire X, Innocent Y, Adrien V et

Jean XXI , il fut employé aux diverses charges de l'Église; enfin

Nicolas III le nomma en 1178 à l'archevêché de Gnèzne. Il mou-

ml à Bologne , selon les uns, en 1378 ; selon les autres, en 1979 ,

X a8i et i3io. U devait sa gloire, d'abord à un recueil des décrets

des papes , en abrégé , auquel il donna le titre de la Perle des,

décrets. Cet ouvrage fut un des premiers qui occupèrent les

presses lors de l'invention de l'imprimerie. On le publia trois

foi» à Strasbourg, en i486, 1489 et 149s, et une à Paris, en i5oo ;

ensuite à Lyon^ i543 et x56o, avec les décrets de Gracien ; puis,

à VenÎBe en 1684 ; à Paris, en i56o, avec les décrétales de Gré^»

gmre IX; et en 161 a dans cette même ville, à la fin de l'ouvrage

Hargeîithœ décrets.

On a publié, aussi à Strasbourg ses Sermoms de tempore et de tanctis, en 1484, i486 et i468.

entendant Martin est plus connu par sa ÇkrùnifHe des papes et, des empereurs f qu'il composa par l'ordre du Saint-Siège (i). L'opinion qu'il rapporte sur la papesse connue sous le nom de Jean VIII n'est point la sienne; et même elle n'était point regardée comme un scandale au treizième siècle. On 4>arlait de cette pa-^ pesse dans les sermons (a) et dans les ouvrages même dédiés aux ■ ■ ■ u

(i) Voir le manuscrit de la bibliothèque de Sainte-Generiève à Paris, cité par QuiTiF.

(a) Bblvillc , cité par Oisolinski.

4o8 TABLEAU DE LA POLOGNE.

papes (i); ce n'est qu'aux quatorzième et quinzième sîècbi, quand les hussites citèrent ce fait comme une preuve contre Tiaamovibilité des papes , que le concile de Constance la (M>ndamn8, I^ savant Ossolinski , biographe de Martin , nous assure qœ l'auteur lui-même n'était pas trop attaché' à cette opinion y et il cite plusieurs manuscrits de son ouvrage où elle ne se troofe pas. Quoi qu'il en soit , son ouvrage, quant aux faits contemporains , se distingue par une rare fidélité (3). On y troave plusieurs choses qu'on cherchera en vain ailleurs , surtout pour ce qui regarde les faits qu'il cite d'après des ouvrages qui ne se trouvent plus. Sa chronologie est la meilleure qu'on puisse désirer dans cette époque. Enfin , l'ordre» le choix des matières el la sévérité du style distinguent cet auteur. La première édicioo de la Clwomque des papes et des empereurs a paru en 1S59 , à Bâle, l'autre en 1574» à Anvers. Avant d'être imprimée , elle fut traduite en diverses langues. En 1488, Benoit Hodzowie la publia en langue bohème , à Prague, de 1S04 à i5o5; Verneron la traduisit en français et la publia à Paris ; et une traduction italienne se trouve en manuscrit à Florence.

On suppose que Martin est aussi auteur de l'ouvrage sur qtMt grands empires : de Babyîone , de Cewthage , de Macédoine et de Rome, Pauvin (3) dit qu'il était dénaturé par les copistes, et les autres (4) soutiennent que Martin n'en était point l'auteur. Un Anglais, Alexandre Cooke , a pris sa défense (5).

On dit en outre que Martin fit un ouvrage auquel il donna le titre de Miracles et faits extraordinaires (6). La bibliothèque de Leyde possède le manuscrit sur Ut Terre-Sainte ^ dont Martin doit être auteur (7). Enfin la bibliothèque du Vatican possède un

(l) ËCCASI», t. II, 9 XII.

(a) Ratnald, Âna. Eçcl, an. 1377.

(3) Sub Joann. VIII.

(4) Lambec. Com. p. 761.

(5) Dissert, sur la papesse.

(,6) Trituemius , Script. Eccl. p 535, (7) Arca. Bibli. , p i4i>

luscrik sur ^histoire du sobitmc de l'Église et sur les OuelCes , par notre Martin»

XIV* 8iàci.B.

JEAN4 chroniqueur, vécut vers Tan i359y et laissa une chro-> nique depuis rorigioe de la monarchie jusqu'à Tannée iSSg. Cet ouvrage se trouve imprimé dans la collection de Sommersherg,^ mais il ne traite que les faits qui se rattachent à la Silésie.

ANONYME, archidiacre de Gnèzne, vécyt sur la fin du quatorzième siècle. Sa chronique est des plus intéressantes* Elle commence en 1289 et finit à Tannée 1 384' Aucun des écrivains de cette époque n'entre dans des détails aussi précis, aussi minutieux et aussi scrupuleux que lui , soit dans ce qui a rapport à rhistoire publique , soit sur les affaires ecclésiastiques. Son ouvrage se trouve imprimé dans la collection de Sommersberg.

Nous passons sous silence une foule de chroniqueurs moin^ connus et moins intéressans.

Page 1