II
5l4 TABLEAU DE LA POLOGNE.
devant ce fantôme, et effraie son lecteur en lui montrant l'abîmé onvert devant lui. A la fin de ce tableau il jette comme par hasard un coup d*œil sur ces peuplades sauvages ; une lueur d'espérance brille à la fois à ses yeux : il observe avec plus d'attention le désordre qui règne parmi elles, et fait entendre qu'elles ne sont pas aussi terribles qu'il l'avait cru d'abord. Il découvre peu à peu leurs faiblesses, trouve près de lui quelques moyens de défense : bientôt il reprend courage, ranime la confiance de ses lecteurs , les irrite , les enflamme , les excite à prendre les armes, leur fournit les moyens, leur indique les traités à conclure, enfin leur assure les plus brillans succès. Toujours juste et profond dans ses idées, noble dans ses paroles, plein de vivacité dans ses tableaux , exact dans l'exposé des faits , habile à manier le ressort du pathétique , il maîtrise, il entraîne à son gré l'esprit et le cœur de ses lecteurs.
Ce discours fut favorablement accueilli par Topinion publique; mais l'auteur avait encore à vaiocre la résistance du roi ; il écrivit donc sa seconde Turcique. Il y expose à peu près la même chose que dans la première ; les paroles qu'il adresse au roi sont si fortes, qu'un autre monarque que le sage Sigismond I*' eût pu être subjugué par cette arme terrible de l'éloquence. Mais Sigismond connaissait bien la puissance des Turcs , et n'ignorait pas non plus le machiavélisme de la cour de Rome ; aussi il aima mieux conclure une paix étemelle avec Soliman II ^ et hii promettre amitié, comme un sûr moyen de mettre la Pologne à l'abri de tous les dangers, que de se fier à rhypocrisie de ceux pour qui de pareilles croisades n'étaient qu'un instrument de domination universelle.
Plusieurs années après, quand on voulut engager la Pologne à faire la guerre contre les Turcs, on réimprima ses discours. Telle fut l'édition de Rome, en i594* Le nonce Malaspina et plusieurs autres personnages répétèrent les idées et même des tirades entières d'Orzechowski dans les discours qu'ils prononcèrent ensuite aux diètes polonaises sur le même sujet. Même à la fin du dix-septième siècle, la maison d'Autriche , effrayée de la guerre des- Turcs, non contente d'implorer à genoux et avec toute sorte
LITTÉRATURK. 5l5
de bassesse les secours des armes polonaises, essaya de tirer avan-^ tage de Téloqueiice d'Orzeehowski , et fit publier ses Turciques à VienDe, eo i663.
III. Funehrù oratio habita a S. Orichovio ad Equités polonos in funèbre Sig^ismandi*J€^eitonis Poloniœ régis ; Krakovie, i^/fi,
A la mort du grand Sigismond I«% Martin Kromer, Samuel Macieîôwskl et FranconniSy disputaient à qui porterait plus haut la gloire de ce monarque ; Orzechowski , après s'être montré le rival de Démosthène dans ses Turciques , s'il ne surpassa son maître dans le panégyrique de Sigismond, dit Ossolinski, atteignit le même but en suiTant une autre route. On peut lui appliquer ce que Horace dit de lui-même,
Suhlimi feriam sidéra verlice.
Que «Itti qui veut connaître l'éclat et la gloire de la république poloomîse dans le seizième siècle , l'auteur de cette splendeur dn p>ys, l'état de l'éloquence en Pologne, enfin le grand monarque bienfaiteur de ses peuples; que celui-là lise ce discours d'Orzecbowski. Son talent n'est point dégradé par la basse adulation du panégyrique, mais il est noblement employé à montrer dans tout leur jour les grandes vertus et les grands services de ce prince. Cependant, dans l'exposé des travaux guerrier» du héros , Kromer est beaucoup plus exact
Ce discours fut réimprimé la même année à Venise , et ensuite dans divers recueils comme : in Script, re. poL Guagniniy éd. Franeof. , f. ///; puis in Orat. tUrorum homimtm , etc. , à Venise , en iSSg;in Oradanièus gratukuoriis , etc., Hanovre, i6i3 , etc., etc. On l'a réimprimé aussi à l'usage des écoles en Pologne.
IV. Annales Sta. Oriehoviî, Cest une partie de l'histoire nationale depnis i54d jusqu'en i55s. On l'a publiée d'abord à Dobromil, en 1611; ensuite à Dantzig, en 164S; puis à Leipzig, en 171a , a^ec l'histoire de Dlugosz.
L'ouvrage perd beaucoup de son prix à cause de la généalogie bizanre que son auteur donne à la nation ; mais à part cette partie, c*est une des plus belles productions historiques. Il est écrit sans passion, sans sophisnws, sans flatterie et sans indulgence pour les
5l6 TABLEA.I] DE LA POLOGNE.
individus : raateur est toujours grave, développe le cours des évéueinens et les caractères des persouoes dans un ordre pârfitit; cependant il s'étend beaucoup plus qu'il ne conviendrait sUr ce qui regarde son mariage. On lui reproche quelquefois sa négligence et ses jugemens superficiels, mais personne ne lui conteste un Trai talent pour écrire l'histoire.
Nous passerons sous silence ses autres prodactions, nous réduisant à quelques idées générales sur cet auteur.
Il se laissait toujours entridner par la faveur et l'intérêt; les éloges qu'il mérita dans le commencement de sa carrière enflèrent trop son amour-propre; et docile à la voix de ses passions, il oublia cet ancien amour de la gloire , qui avait été le mobile de ses premiers ouvrages. L'éloquence qui distingue ses compositions latines fait honneur à la nation polonaise, et les éloges de Reszka (fiescius)^ qui l'appelle le Démosthène de la Pologne^ ne sont pas exagérés, non plus que ceux des autres auteurs qui le comparent à Périclès et à Cicéron. « Si je compare son éloquence à celle des orateurs anciens , dit le savant Ossolinski , je placerai sans hésiter ses nombreux ouvrages à côté des Catiltnaires, des Yerriènes, des Philippiques,etc., de Cicéron; et je pense avec d'autres auteurs , que si Orzeehowski traitait ses adversaires avee moins de fureur et plus de retenue , et s'il exposait ses idées avee plus de modération ( il s'agit ici des écrits dont nous ne parlons point dans cette notice), on pourrait le regarder comme le nvai de Démosthène dans l'éjpquence délibérative. Enfin, son paoégyrlque de Sigîsmond P' l'a élevé au premier rang parmi les rhéteurs anciens et modernes. Dans le panégyrique de Trajân, Pline se montre plus ingénieux, plus brillant par l'ornement et la recherche des pensées; Orzechowski, dans son Éloge de Sigismond 1% a plus de .profondeur dans les idées, plus de majesté dans les taUeaux,et plus de noblesse dans l'expression.... Il connaissait aussi par&itement la langue grecque , continue Ossolinski, mab il n'égala pas Gornicki dans celle de son pays. Il fut théologien plus subtil que savant, hbtorien respectable, quoiqu'il n'ait écrit qu'un senl ouvrage de ce genre ; philosophe vil et méprisable ; et dans les ouvrages politiques qu'il publia avant d'écrire sur la théologie, il
miODtre un jugement sain , un* raison éclairée et une grande ar^ ^eor pour la vertu. »
MODRZEWSKI ¥KYCZ(Avmi),JruireasFricitt3 Modrevius, issu d*nne famille noble, naquit vers Tannée i5ao, dans le village «le Modrzewo. Il se rendit en Allemagne, dans un âge déjà assez. avancé, et étudia à Wurtemberg, aous le célèbre Philippe IMEélancfaton. Quelque temps après il se rendit en Italie; et après en avoir visité toutes les universitées , il^ retourna en Pologne. Si^ gismondI*>r Tacoueillit avec distinction, le chargea de diverses ambassades, et Sigiamond-Auguste, son successeui!, le nomma son secrétaire et le combla de bienfaits.
C'était un des plus savans Polonais de son temps , mais mal* heureusement personne n'a donné de notice sur sa vie puUique, ni une analyse raisonnée des ouvrages qu'il a composés, excepté l'honorable abbé Xavier Szaniawski, auteur d'un discours prononcé à une séance publique de l'Université de Warsovie , et dont nous sommes obligés de n'indiquer que très-imparfaitement le mérite.
Le nombre des ouvrages de Modcsewski s'élève à treize, maia le plus important est celui qui a pour titre de Republica emendanda, Ubii qmnque, La première édition parut à Krakovie en iSSii in-8, et ne contient que les trois premiers livres; la seconde à Bâle, en i554 ; et la troisième , qui est la meilleure, fut imprimée dans cette même ville, in-folio, en i55g. Une excellente traduction polonaise par Cyprien Bazylik en a paru à Losk (Uthuanie), 1677.
Dans le premier livre de cet ouvrage il parie de la nécessité des mœurs dans la république, des moyens d'en assurer la pureté pas la propagation des connaissances utiles. Il développe les devoirs des divers états , et expose les moyens qui peuvent aider le gouvernement à corriger les mœurs des habitans d*un pays. Un défaut facile à apercevoir dans cette partie de son excellent ouvrage, est qu'il veut soumettre au frein des lois celles des actions des hommes qui doivent être libres , et empêcher la démoralisation des individus en les accablant d'une foule de dispositions législatives, sans réfléchir si elles sont applicables à
5l8 TABLEAU DE LA POLOGNE.
TéUt de société politique. Mais on lui pardoooera ce défifUiC cb lisant avec attention son second livre, consacré spécialemeat ma lois. Il dit que les bonnes mœurs et les bonnes loia oot ^Dtre elles un rapport intime; il prouve que la convictioii ou plutôt la conscience et une liberté éclairée, aoot pour les citoyeos de la république la source des premières , et Tantorité du pays c^Je des secondes ; et en même temps il fait ressortir la difiEérence ^oi existe entre la justice et la légalité. La véritable probité» celle que le sentiment unanime des gens de bien et Futilité puhliqat approuvent, est, selon lui, le but réel des lois, qui se développent ensuite en empêchant de faire le mal» en protégeant Tianocence, et en punissant l'audace nuisible à la traw{uillité des individus et de la république tout entière. Il veut que les lois commandent à tous les citoyens sans distinction de rang; il regarde la soumission aux lois que la nation elle-même s'est àoonéetf comme le véiitable état de liberté ; ennemi de l'inégalité , il s'élève contre la noblesse polonaise. Il parle des tribunaux» des juges, des avocats; puis des preuves, des témoins et de toute la procédure. Selon lui , les législateurs doivent être choisis dans les diverses classesydes citoyens du pays ; ils doivent connaître parfaitement, non -seulement les lois et les usages de leur patrie* mais au^si ceux de toutes les nations anciennes et modernes, ainsi que les sciences philosophiques.
Dans le troisième livre , qui est consacré à la guerre , il montre qu'une république sage doit toujours éviter la guerre platM que la chercher, et ne jamais donner à ses voisins aucun motif de querelle. Ensuite , il dit quels sont les cas dans lesquels la • guerre est légitime, quels sont les moyens et les pr^puratifii avec lesquels elle doit être commencée et soutenue ; quels sont les devoirs des gens de guerre, en quoi consiste leur gloire réelle; quelle doit être leur conduite dans les marches , dans les batailles^ après la victoire; et comment, après le rétablissement de la tranquillité, ils doivent reprendre leurs occupations civiles.
Dans le quatrième livre, intitulé de t église, il trace le tableau du gouvernement ecclésiastique, et donne les motiiis qui peuvent prévenir les dissensions religieuses. Il écrivit cette partie de son
LITTÉRATURE. SlQ
ouvrage au moment où il fut envoyé à la tête de Tambassade ^polonaise au concile de Trente.
Enfin son cinquième livre, sur ^instruction^ renferme un juste ^loge des avantages qu'une république retire d'une bonne éda«> cation de la jeunesse, etc., etc.
Son ouvrage était sans doute digne de l'attevlifiA de Montes* quieu , qui ne le connaissait cependant point, quoiqu'il fût écrk en latin. Tous ceux qui l'ont lu donnent à son auteur les plus, farauds éloges. Ainsi Jean Justinien , savant de Padoue, dans une lettre qu'il adressa à Modrzewski (i) dit qu'il y avait plus de mille ans qu'il n'avait paru un ouvrage de ce genre , et qu'il est digne d'être traduit dans toutes les langues. Pierre Martyr ou Yermilius de Florence, dans les Commentaires sur Us livres des Bais ^ donne à peu près les mêmes éloges à notre auteur. Moréri , dans son Dictionnaire historique^ répète la voix unanusedu public de l'Europe en sa faveur. Starowolski, dans sonHécaton, quoique peu juste à l'égard de Modrzewski , partage cependant l'admiration universelle pour lui. Bayle dit ces paroles^ dans son Dictiormaire historié que et critique : « Les livres de Repnèlica emendanda sont fort esti*' « mes; ils ont fait ranger l'auteur parmi ceux qui ont écrit le plus n sensément de la politique , etc. »
Considéré comme orateur, Modrzewski est non moins grand écrivain ; voici le parallèle qui fut établi entre lui et Orz«-<. chowski par notre célèbre savant du seizième siècle, Jacqiies Gorski :
« Il est difficile de résister à l'impétuosité d'Orzechowski ; il écrase, il brise , il emporte tout avec lui , tandis que Modrzewski s'avance lentement et avec prudence, li expose ses idées avec habileté , et il est toujours sûr de la victoire. Orzechowdii s'é* lance sur la cime des Alpes , et il n'y a pour lui rien qui ne soit accessible ; Modrzewski travaille lentement , et les fruits de ses travaux sont aussi beaux qu'utiles : son éloquence coule comme un fleuve majestueux , qui n'écume point et ne frappe pas nos
(i) Cette lettre se trouve à la tête de Te'ditiua de Bàle, i559, de Touvrago dq Modrzewski.
SaO TABLEAU DE LA POLOGNE.
oreilles d*uo bmh soudain , mais qui nous attire par sod doux murmure. Il persuade la raison en lui laissant sa liberté , et ne cherche jamais à la subjuguer. Orzechôwski entraîne les rochers, renverse les obstacles , s*élève avec rapidité , et atteint les lieax les plus sublimes ; Modrzewski évite des obstacles par de légers détours y et atteint son but , non par la force , mais si naturellement, qu'on croirait que Tobjet qu'il cherche s'approche de lui; et l'orateur termine son travaiUsans fatigue. >
Une partie des discours de Modrzewski se trouve dans l'édition de Bftie iSSg. Il mourut vers Fannée iSgo.
GORNICKI (Lvc), né vers Tannée iSao, mort en i5go. Élève de l'Université de Krakovie et secrétaire du roi Sigismond- Auguste» Gornicki a l'honneur d'être jusqu'à présent le premier prosateur polonais ; tout ce qu'il a écrit est dans cette langue, et pas un seul ouvrage latin n'est sorti de sa plume. Nous avons dé lui : I. Histàke de Pologne, depuis i538 jusqu^à fannée iSya , qui fut publiée après sa mort en 1687. II. Le Chemin d^une liberté parfaite^ 1590. III. Dialogues entre un Polonais et un Italien sur la Kberté^ sur les lois, surles moeurs polonaises; 1616. La traduction allemande de G. G. Friese a paru à Breslaw en 1762, in-8. IV. Démonde Socrate, i6a4* V. Essais sur t orthographe. polonaise^ i^94- VI. Le Polonais homme de cour, i566. VU. Sur les bienfaits, traduction de Sénèque; iSgS. YIII. Troas, tragédie de Sénèque, traduite en vers polonais ; iSSg.
Pour faire connaître à nos lecteurs cet illustre écrîvaiD , nous n'avons qu'à citer le jugement que le savant Bentkowskl porte sur lui dans son Histoire de la littérature de Pologne, % En jugeant Gornicki seulement d'après les ouvrages que nous possédons maintenant , dit - il, nous pouvons assurer sans crainte , qu'en ce qui concerne la pureté de la langue polonaise , l'arrangement des périodes, la vivacité et la précision d'expressions , nous lui donnons la première place parmi les auteurs qui illustrèrent le siècle des deux Sigismond. Et en parlant ainsi, nous n'oublions point que les matières que cet auteur a traitées sont généralement si intéressantes, qu'elles peuvent être à la portée de toutes les classes de lecteurs. L'objet de Tou-
vi-age U Chemin de la liberté parfaite et le Dialogue, s(Mit traités avec une telle sagacité et exposés avec tant de clarté, que, si nos compatriotes eussent mieux connu le but de ces ouvrages, celui du célèbre Konarski sur la réforme du gouvernement aurait été inutile; car ce n'est qa*un développement plus hardi des idées de Goraicki. Dans son Histoire se trouvent des remarques de l'auteur très-ingénieuses, très-profbndes , la plupart jetées çà et là sans avoir l'air d'y attacher une grande importance, et que nous sommes habitués à trouver dans des historiens pragmaH" ques. Nous dirons plus encore : si elles diffèrent de ces dernières, c'est par leur simplicité et leur clarté : elles sont d'ailleurs exposées toutes naturellement et sans prétention. Quant aux dis* cours qu'il met dans la bouche des divers personnages cités dans c^ même ouvrage, ils peuvent être présentés comme des modèles d'éloquence. Pour ce qui concerne l'ouvrage de Sénèque , nous pouvons assurer qu'il est écrit avec une telle facilité et une telle clarté , qu'on croit lire un ouvrage original , et que Ton oublie que ce n'est qu'une traduction. En un mot, poursuit M. Bentkovirski, de nos jours où , par différentes causes , la langue polonaise n'a pas son ancien éclat, où parmi de nombreux ouvrages il n'y en a que peu qui soient écrits tout-à-fait comme il faut, les écrits de Gornicki peuvent contribuer beaucoup à l'amélioration de la langue ; et ce que Quintilien a dit de Cicéron , nous pouvons l'appliquer à notre Gornicki : que celui qui se plaît à lire ses ou' vrages , a déjà fait beaucoup de progrès. »
On a publié beaucoup d'éditions des ouvrages de cet écrivain célèbre , et de nos jours ils ont été deux fois réimprimés, moins comme un monument de l'ancien langage que comme un modèle pour les écrivains du dix -neuvième siècle.
STRUT (Josbph), en latin Strutfdus, fut dans son temps un des plus célèbres médecins de TËurope ; il fit même époque dans la médecine par le renouvellement de la sphygmique, ou doctrine sur le pouls , qui avait été entièrement oubliée pendant douze siècles. Il naquit à Posen en 1 5 lo, et fit ses premières études à Krakovie; il suivit ensuite les cours académiques sous les célèbres professeurs qui occupaient alors les chaires : c'étaient Gsorges
âaa TABLE .\U DE LÀ PULUClfE*
LibâD pour la Uof^e grecque , Yalentin Morawski pour les m* thématiques et la philosophie » et Cyprieo de Lowicz poar la nèdecÎD^ Il coDunença par toire des poésies latines , et par tn> duire du grec quelques onn*ages de Lucien et de Samosatew Ei x533 f il se rendit à Padoue , o{l il se perfediomiia jAumè» la liué* rature grecque sous Iju^aro Bonomco , dans la mécleciBe sou FraoçoÂs Phrigameli, Après quatre ans de séjour àfua» csette vilfei il fut nommé professeur public de médecine à l'Université de gadoue , à Tige de vingt-aix ans.
Il publia alors plusieurs ouvrages aut kmédeciiie , umek qu'une traduction latine des ouvrages du célèbre Galien , ^U>zU la plupart n'avaient jama» été traduits, (je nn Sigismondi - Aogustei qui savait af^écier le mérite» et qui aimai( à eocoarager ki talenst engagea Strut à quitter l'Italie et à rentrer dans st palricr Strut revint en effet en Pologne, et fut nommé premior médecin de la scBur de Sigismond, Isabelle , reine, de Hongrie^ qu'il accompagna dans le voyage qu'elle fit dans aea États.
SeiUman II, empereur de Turquie* sans s'arrêter aux usages de ses prédécesseurs , appela Strut auprès de lui dans une ma* ladie dont il fiit atteint; rendu à la santé par les aoîns de cet habUe médecin , il le renvoya comblé de bjenCftits.
Strut s'occupa ensuite de la traduction de l'ouvrage de Galien,. sur le pouls, dont il enseigna la doctrine à Padoue, et ce travail a immortalisé son nom dans les anàales de la médectoe moderne. Cette traduction, publiée à Baie , fut accueillie par le public avec une telle faveur, que huit cents exemplaires en furent vendus à ^doue le même jour de leur arrivée de Bâle (i).
La renommée dont jouissait cet illustre médecin parvint jusqu'aux oreilles de Philippe II , roi d'Espagne , qui le consulta quelquefois dans ses maladies» et voulut même se l'attacher; mais Sigismond ne laissa pas passer dans une cour étrangère on talent ai distingué et si utile à la Pologne ; il l'appela près de
(l) Examen themalum D. Stanislai Zttwaeii. Crue. i563, p. 25, et Staro-^ yi'olski in elogiù centum, scrip., Striiiy
LITTERATURE. 5a3
lui 9 le nomma son premier médecia , et le combla cf honneurs et de richesses. (Voyez ks ouvrages bibUographiqnes de lanockL)
Voici y d'après Tordre chronologique de lenrs publicatiomt, uoe énufflération exacte de ses poésies et des divers ouvrages qu'il a composés snr la médecine :
I. Ad Cypiitutum de Lomez^ de Medieœ ariis exceUentia, carmen ekigiacwn.li.rt^GH\^^ i5i9 , in«>8« -- IL Jd Joan. Zaudscium Mpis. Pasna, Elegia. Ibtd., iSSo, in-8. -^ îïl,jidèonœmen^€ulolescentes eUgiacum carmen panateûewn , puUié avec Touvrage suivant. — IV. Jaannis a Ltuco anhiep,, etprùnatis regni EpiâeeRon. Ib. , iSSi, in-4* — y.LitcimSamosati astrùlogia. Brasmo Roterdamo mtetprete, /0tf. Struthii in Ludaniastrologiam eommentariorum Uhri duo. iMcianî declamatio lepidissioM, quœDAe Phoneenton i. e, Judicium Voct^m in^ âcrihUur Jos, Strutïùo interprète. Ibid. iSSi, in-8 maj. — VI. Galeni astrologia odAphrodiàum. Spuriaquidem Judicata, Exhibeas matkematicœ scienHœ prognotâca dedecubitu infirmontm. Nuncprimwn à Jos, Struthio e graseo translata^ Venise» i535, in-8. Inséi'é aussi dans le septième volume de l'édition latine de Galien , publiée par Jean Gornarius.-— VU. Gaieni de UrinU liber, genuinus aiiU visas, aliis suppositidus, nuncprimum a Jos. Strut/tio e grœco traductus; à Venise, i535y itt-8, dédié au docteur Morawski, réimprimé dans l'édition des Junth à Venise, i6a5. — VIII. Claudii Galeni deJntidotis Ubri duo^pertot scecula ab omnibus maguo opère desiderati in gratiam magni aatUtitis Joan. Chmemski ep, Piocen. e grxeo in latinum traducti et coni' mentariîs brevUus illustrad à Jos, Struthio. Venise , iSSj, in-8 maj. On y trouve jointes: Astrologim ad Aphrodisium liber unus, et De Urinu libsrunas, du même traducteur. — IX. Galeni in librum Hippocrtttis de frcLcturis, eommentariorum Ubri très e grœco in latinum conpersi à José. Struthio polono , pubUco aNis medieœ Patavii prof essore. Venise, iS38, in-8 maj. — X. Gateni in libntm Hippocratis de ArHculis eommentariorum Ubri quatuor latine redditi a José. Struthio. Ibid.,' x54o. -— X. Artis sphygmicœ Ubri quinque. Bâle, i555, in-8.
C'est l'ouvrage qui contribua le plus à la gloire de Strut. Il fut réimprimé sous ce titre :
Arûs sphygmicœ jam mille ducentos annos perditœ et desideratœ Ubri quinque a Jos: Strut/Uo Posnaniense medico^ conscripti, nunc denuo di-
Ugentitsime emendêA. Venise, i573. Trente an^ après od l'a réiBprimé soui le titre à^Ars sphygnùca seu pulsuum doctrina, stqfra MCt annosperdUa et desiderata. A José. Struduo Posnamensa Sig", -Aug, n^ Pol» olt'm medico, lihris quinque eonscripta etjampnmtun aaeta, Aecaà Hieronimi Gapisagcbi de puisiùiu eiegans tractatus, et Ceupan Bis- ■|vi int/vducih puIsuum,sYnopsin continens. Baie, i6o3y ia-8.
GOSLIGKI ( LAuaBXx), évéque de Posen, né en- x-537, mort en 1607. Il fit ses études à PUnWersilé de Krakovie, et embrasa de bonne heure Tétat ecclésiastique. Nommé d'abord aecrétaÎR de Sigismond-Auguaie, ensuite cbanceli^er du duché de Transylvanie, sous Etienne Batory; ambassadeur en Saxe, en Suède, ete. il sut partout mériter la plus haute estime. Au mooient de rékc* tion de Sigbmond III, sa noble conduite lui valut le titre de père de la patrie ^ que la diète lui décerna. Dans toutes les aiBiirei les plus importantes il exerçait son influence salutaire ; il plaidait auprès du pape Siite Y la cause de l'Université de Krakovie, contre les jésuites ;, sa voix éloquente étonna les étrangers même les plus savans, et le cardinal Gaêtano, après son retour es Italie, disait qu'il n'aurait jamais cru trouver en Pologne autant de lupiières et des esprits aussi élevés. Le vénérable historien. Piasecki définit ainsi le genre de son éloquence ( Chron. p. i4>)' « Il avait un don de parler très-rare , l'esprit gai , une raisoo d'une vivacité singulière. Il résumait avec ordre toutes les idées de ses adversaires, en présentait un sommaire, et accom-. pagpait chaque pensée de ses observations. » Outre un grand nombre de manuscrits, il laissa un ouvrrge intitulé-: De opûmo senatore, libri duo; publié à Venise en i56S , in-4; lai deuxième édition à Venise en i588; la troisième à Bâle iSqS, in-8. Cet ouvrage fut traduit au dix-huitième siècle en anglais, sous le titre de Laurence Grimald Gozliski. The accomplished Senator in two books. Done into englishfrom the édition printed at Fenice i588 bj M.Oldis^ worth, Londres, 1733, in-4> £n outre, des extraits de cet ouvrage ont été traduits en anglais sous le règne d'Elisabeth et sous celui de Cromwell. L'auteur nous retrace le portrait d'un parfait sépateur. Il développe les causes, les projets et le but fies sociétés humaines; il traite de la nature et des formes du goa-.
LITTÉRATURE. SsS
vernement ; des attributions des magistratures qui y sont nécessaires; des divers travaux et des rapports de ces magistratures entre elles; enfin, des causes de la grandeur et de la décadence des républiques. Son ouvrage, quoique un peu trop favorable à la noblesse, restera cependant toujours comme un monument digne de la mémoire du pète de la patrie. Nous avons de lui beaucoup de discours, et mtre autres celui qui fut prononcé en polonais à l'avènement de Sigismond III au trône , et publié à Krakovie, en 1587. Quelques extraits de cet ouvrage feront le mieux connaître à nos lecteurs et Tesprit qui animait notre bonnéte clergé, et les idées qui dominaieqt alors en Pologne. «Sire, disait- il, ce n'est ni l'éclat de l'or, ni celui de l'argent, qui nous ont entraînés yers vous. Nos généreux sentimeos,etnos bouches qui en sont les interprètes, n'ont été ni souillés, ni violés, ni subjugués par aucun intérêt personnel. Nos cœurs et nos mains sont purs devant Dieu comme devant la république: hommes sans reproche, nous pouvons nous regarder avec une noble fierté. C'est l'esprit de la divine liberté , et non celui de ce monde , qui a présidé à notre choix : il a pénétré nos yeux et nos cœurs , et les a dirigés vers un lieu où ils ne s'étaient jamais élevés. Nous étions séparés de votre personne par une immense étendue, par les flots de la mer et des rochers impénétrables (i) , qui toutefois n'ont pu dérober Y. M. aux vœux de nos cœurs. Le vol de la renommée est rapide; la vertu se fait connaître de loin. Enfin nous avons trouvé un roi du sang
de DOS rois {%) , du sang des pères de notre patrie
Si vous voulez ajouter aux bienfaits que nous tenons de vos ancêtres^ dans quel lieu pôurriez-vous vivre plus heureux, et régner avec plus de gloire? La Pologne est le centre de l'Europe, la fleur du monde civilisé; d'ici vous pouvez aller partout où vous voudrez. Les nations les plus nobles et les plus éclairées peuvent
( i) Il parle ici de la Suède , car Sigismond III e'tait le fils de Jean III , roi de ce pays. ^
(2) Les rois Jagellons. La mère de Sigismond III ëtait sœur de Sigismoud- Auguste. ^
526 TABLEAU DE Ul POLOGNE.
contempler la gloire da règne de Y. M., en remercier la Divinité, et en ressentir un plaisir continnel. Yoos allez régner sar an peuple qui, pour Tantiquité et la beauté de sa langue, ne le cède pas aux plus illustres. Ici, le souverain trouve une fidélité constante; ici Tardent amour de la patrie, la vertu et la gloire, sont les trésors les plus ehers. . . . Je ne vous parle pc^nt de la valeur et de la bravoure de ce peuple : si vous voulez la connaitre, interrogez les Tatars , les Moskovites et tous fes autres ennemis de notre liberté » . • Vous verrez, quand Les circoiistaoces l'exigeront, si les citoyens de cette terre craignent de dire la vérité. Vous n*allez pas vous asseoir sur le trône d'un pays où on ne compte que les boutiques;- mais vous allez régner dans un État qui est rornenent et le rempart de la chrétienté contre les ennemis de la cro». Voua ne trouverez point ici les douceurs da reposa l'ennemi voua appellera bientôt: tous les jours voua àat- Htz le ciel pour vous et pour vos guerriers; à ebaque heure vous offriez les sacrifices des têtes et des langues païennes qui blasphèment le nom de Dieu et sa sainte gloire. . . . Ainsi, heureux de monter sur le trône d'une nation libre, prenez le sceptre dans vos mains, et gouvernez le peuple de Dieu. «
BZOWSKI (hBWLUUM)f Bùoi4us, naquit en 1667. U fit ses premières études à Secymin , se rendit ensuite à l'Université de Kcakovie, et après y avoir terminé ses cours de théologie il entra ^ans l'ordre des Dominicains. Envoyé en Italie il professa Ja théologie à Milan et à Bologne; puis, revenu dans sa patrie, il ne s'occupa plus que des afiaires de son ordre, et nous ignorons sur quel fondement BayW, Touron , Quetif et Ëckhard ont pu soutenir que les troubles qfui éclatèrent alors en Pologne furent apaisées par Bsowski.
En ï5ia il fit un voiyage à Rome. Yirginius Ursinns, duc de Bradùano, et le cardinal Scipion Borgbèse, l'aidèrent à faire uo résumé de V Histoire ecclésiastique du cardinal Baronius. Ce travail lui ouvrit le chemin à des occupa lions plus importantes. La première pierre du grand édifice de Baronius était déjà posée, mais l^rsonne n'avait eu le courage de le continuer. Après de longues délibérations , le choix du pape Paul Y tomba enfin sur
Bzowski , qui se mît totltaassitôt à continuer cet auteur. Les vor himes se succédèrent rapidement, et le talent supérieur avec lequel ils étaient écrits excita l'attention publique. Mais la cour de Bavière, indignée du tableau qu'il avait tracé du règne de Louis ÎV, chargea son chancelier Jean-Georges Herwart de défendre sa cause. Celui-ci donc publia en 1618 , à cet effet, un ouvrage dans lequel il s'élève contre Bzowski ; et les autres savans suivirent son exemple.
D'an atttre côté, le continuateur de Baronius offensa les moines, qui regardaient le fameux théologien Jean Dnnstus Scotus comme un miracle, en lui donnant l'épi thète de Tenebricosus. Il indigna en outre les jésuites en appliquant à leur ordre la prophétie de sainte Hildegarde. Par conséquent on publia, dans l'année 1637, ia Défense de f Ordre des Pranciscains et plusieurs autres ouvrages où respire le plus grand acharnement contre Bzowski , et Théophile Raynaud prouva même qu'i( était hérétique. Toutet ces attaques cependant restèrent sans réponse , et le seul Nicolas Janse* ■ius de Cologne, et puis Yincent Baron, prirent la défense de notre auteur.
Après avoir offensé la cour de Bavière, il lui donna Une pleine satisfaction en insérant dans un des volumes de son ouvrage le diplôme sur lequd Herwart appuyait sa défense. Mais quelques années plus tard, le même Théoplule Raynand, qui s'était d'abord le plus déchaîné contre Bzowski , après avoir trouvé dans les ar« chives de Rome les nouveaux documens qui combattaient Topinîonde Herwart , publia un ouvrage où il rendit justice à son ancien adversaire.
En général on reproche à notre auteur, avec justice, d'être entré dans beaucoup trop de détails insîgnifians; mais l'objection que lui fait Bayle, qu'il s'appropriait les petits écrits des autres auteurs en les insérant dans son ouvrage, n'a aucun fondement; car Bzowski ne le fit jamais sans indiquer ce qu'il empruntait aux autres auteurs. Ses contemporains lui ont fait Tfaonneur de le reconnaître comme le plus digne de continuer le travail de Baronius ; et en effet il était le théologien le plus habile de son siècle, et n'était en rien inférieur à son prédécesseur. Tout
n*éuit pas or chez Baronius, non plus que chec Bzowski : rond l'antre renferment un grand nombre d'erreurs. Pagios avait pablié en quatre volumes in-folio , un ouvrage consacré à iadiquer les fautes de Baronius; l'auteur polonais fut obligé de suivre «s traces» de remplir ses pages de mysticisme, d'ascétisme et de légendes ; d'élever les bassesses des papes, de disculper leurs démvcbes, de considérer leurs décrets comme infaillibles , etc.; car teOe était aussi la tâcbe de Baronius. Celui-ci ofîeosa Philippe m, roi d'Espagne, celui-là excita la fureur de la cour de Bavière. L'un n'avait à faire qu'avec une hérésie éteinte, l'autre était au prises avec une hérésie vivante. L'un n'était pas parvenu au temps de la puissance des moines, tandis que l'autre était obligé (fcs parler. Ceux donc qui avaient élevé l'un , condamnaient l'aatR. La cour de Rome prenait le parti de Baronius, car il était revétn de là pourpre du cardinalat, et crut ne pas avoir besoin de a'ioléresser à.un simple moine. Il n'est donc pas étonnant que plusienn écrivains soient tombés dans l'erreur relativement à Bzowsid. ht dominicain polonais n'a pas trouvé un second Pagius^ et Langtet du Fresnoy daigna à peine en faire mention dans son ouvrage. Toutefois ces circonstances ne peuvent nuire à sa gloire littéraire ni laisser dans l'oubli son ouvrage.
Notre illustre Ossolinski , qui se donna la peine d'écrire aae biographie très-détaiilée de Bzowski , dit qu'il possédait tous les dons précieux de la nature; et si son esprit, habitué dès Venùatce à scruter la vérité, eût entrepris des travaux plus mériro/res, ses ouvrages ne seraient pas restés aussi inconnus à ^étranger qu'ils le sont aujourd'hui. Son esprit approfondissait tous les objets d'un seul coup d'œil; les idées se succèdent sous sa pUipue avec une rapidité étonnante; sa mémoire prodigieuse conservait une foule des connaissances , rangées dans un tel ordre , que son immense savoir était toujours à sa disposition. On voit, il est vrai, beaucoup de négligence dans ses écrits ; toutefois son style ûicile et léger possède des beautés de diction qui manquaient à Baronius.
Vicinius Ery threus n'a pas exagéré en disant que Bzowski a écrit tant d'ouvrages qu'ilseraitdiiBcile de trouver quelqu'un quiputles
1 ire tou9y y employât-il sa vie entière. BaroDÎns a publié douze gros vol. in-folio de V Histoire d€ ^Église ;Bzoiwak\ 9y9iii îfùt aussi douze volumes de même grandeur et de même grosseur. Neuf de ces volumes ont été imprimés et renfermaient l'histoire depuis 1198 jusqu'en 1 57a; les trois autres sont restés en manuscrit , ainsi qu'une foule de ses autres ouvrages. Ossolinski disait que sa bibliothèque (à Léopol en Gallicie) possède en manuscrit la traduction {x>loDaise de lUistoire de Bzowski, depuis l'année 1198 jusqu'à Fannée i3ai. La bibliothèque de Saint-Honoré, à Paris, possédait le naanuscrit de son Histoire ds t Ordre des Prédicateurs, et celle de Zalaski (aujourd'hui à Saint-Pétersbourg), le manuscrit de son Histoire de la Smate^Inquisition. Enfin nous nous dispensons de £aire ici une énuméralioo succincte des ouvrages qu'iha-publiés, car le lecteur curieux la trouvera facilement dans Bayle , Quetif > £ckhard et autres auteurs.
PSZONElA (Stahislas)» juge au tribunal du Lublin, mort vers Vannée 1590.
Nous ne pouvons mieux terminer notre ouvrage que par- cette notice, qui prouvera à nos lecteurs quel était le genre vie civilisation en Pologne au seizième siècle.
Pszooka, propriétaire d'un village appelé. Babin^ et situé dans le palatinat de Lublin, composa une société satirique et littéraire de ses amis les plus éclairés et les plus distingués par leur probité et la gaieté de leur caractère. Les pi us remarquables de ce nombre furent son fondateur, et Pierre Kaszowski, autre juge au tribunal de Lublin. Ces deux amis étaient tellement recherchés, qu'aucune fête, aucune réunion de famille n'avaient lieu dans les environs qu'ils n'y fussent conviés. Le seul nom du village de Babin , dit l'historien Sarnicki, dissipait la tristesse et l'ennui ,car il rappelait Pszonka et son caractère gai , qui lui attirait partout des amis. Cette société, qui se rassemblait à Babin, avait pour but la satire de toutes les actions blâmables des grands personnages. Pour rehausser son éclat, Pszonka connut l'idée, qui fut^ccueil- ' lie avec empressement , de lui faire prendre le nom de République de Babin, et de la modeler sur celle de Pologne , en choisissant UD roi , des palatins, des castellans, des archevêques , des
53o TABLE ilU DE LA POLOGNE.
évéques, des staro&tes , des faetmans oa grands-géuéraox , d» chanceliers ; enfin en instituant tous les magistrats établis dm la véritable république. Dans Torigine y les amis de Pszooka se partagèrent ces divers emplois pour donner quelque coostsCance à leur gouvernement. Le fondateur lui-même se contentait do titre de préfet , et Xaszowski de celui de grand-chancelier. Le nombre des emplois était illimité, et ces républicains d'un nonveau genre se les distribuèrent si libéralement, qu'il n'était personne parmi eux qui n'eût une dignité. Pour que la critique eût plus de sel , on distribuait ensuite les charges titulaires aux personnes qui en étaient l'objet, et par conséquent qui furent étraogères à la société elle-même ; dans ces cas , on avait toujouis égard aux défauts des individus , et le soin de leur conférer an titre tout-à-fait opposé à leur caractère et aux qualités qu'il exigeait dans la véritable république.
Si quelqu'un, dans les assemblées nationales, parlait de choses au-dessus de sa portée et qui ne le regardaient pas, il recevait le titre d'archevêque de la république de Babin, par un diplôme revêtu des signatures et des sceaux du joyeux gouvernement. Un individu avançait-il dans la chambre des députés un fait extraordinaire et difficile à croire, on lui expédiait le diplôme d'orateur ou de chancelier de Babin. Celui qui faisait à contre-temps parade de son courage , était créé chevalier de Babin , ou bien grand-général delà république. Un individu avait-il parlé sans respectdela religion, il était nommé prédicateur ou saint iogo/siteor de cette république. Ces joyeux amis savaient se tenir au courant de ce qui se passait dans toute la Pologne, au point qu'aucun personnage possédant une place un peu élevée ne pouvait soustraire ses défauts aux plaisanteries de la républiqne. Elle montra toujours la plus grande impartialité dans ses critiques ; car ja^ mais elles n'atteignirent que des coupables qui n'osaient s'en offenser dans la crainte de devenir l'objet de la risée publique. Cette manière de faire la guerre aux vices ne put que tourner an profit du pays; car, si elle ne les corrigea pas toujours , du moins elle força à les bien cacher, et à ne pas scandaliser la jeunesse.
Cette société était renommée par son talent à ridiculiser tout ce qui pouvait être nuisible à la patrie. Elle se maintint avec
d'aulani plus d'éclat» que jamais on ne put lui reprocher d'avoir employé l'arme de la calomnie, ou d'avoir reçu un membre capable de s'en servir. Tout individu, pour être admis dans la société y était obligé de donner des preuves de la délicatesse de ses sentlmens , d'un esprit cultivé, et d'un jugement juste des choses et des hommes. Elle attira dans son sein les premiers personnages du paya y tels que les palatins, les ministres, les évéques, etc., afio que , dans le cas où il faudrait punir un coupable dans la vraie république , celui-ci ne pût se trouver offensé en recevant son diplôme des mains d'une personne non moins respectable dans la répubUque de Pologne que dans celle de Babin , et pour que le châtiment produisit un effet plus salutaire.
Sigismond- Auguste, sous le règne duquel les deux républiques jouirent de leur plus f^rande splendeur, était spirituel, éclairé , libéral , et ennemi de la tristesse. Il aim^t à entendre parler de la république de Babin ; et, étant un jour entouré de plusieurs de ses membres, parmi lesquels ae trouvait Pszonka, il leur demanda s'ils avaient un roi parmi eux. « Non» sire, lui ré- « pondit le préfet Pszonka» de ton vivant nous ne songerons pas « à en choisir un. Régnez dans la république de Babin comme « vous régnez dans celle de Pologne. » Le roL reçut cette réponse en riant , et, loin de s'en offenser, il en manifesta au contraire son contentement à Pszonka , et désarma ainsi le ressentiment excité chez plusieurs personnages par le châtiment que leur avait infligé la république de Babin par l'envoi des diplômes.
Cette association nous a paru mériter l'extension que nous lui avons donnée dans cet article, à cause du grand empire qu'elle exerça sur l'esprit national , et sur les mœurs dans le seizième siècle. Le jeunes gens qui faisaient le premier pas dans la carrière publique tremblaient devant ce tribunal, dans la crainte d'encourir sa censure, et ceu\<«là faisaient tous leurs efforts pour y échapper qui occupaient des charges. C'est ainsi que cette république , futile au premier coup d'œil , rendit des services réels à l'État, en attaquant le vice, et eut une influence bienfaisante sur la conduite et les démarches des membres du sénat , du conseil , et de la chambre des députés.
53a TABLEA^U D£ LA POLOGinS*
Fszooka moamt vers FanDée 1570. Ses successeiirs soatiiirait long-tempt encore rfaonnenr et l'éclat de la républiqoe de Babin, dont toutes les archives disparurent pendant les gaerres de h Pologne avec la Suède. Cependant le prince Adam Czartoryski, élant ministre des affaires étrangères de toutes les Russie», envoya, en i8o9y en Suède pour obtenir la permission de recoa^rer qodqnes actes polonais que les Suédois avaient enlevés pendant leon invasions; il en a obtenu une petite partie, et entre autres les protocoles de la république de Babin , depuis 1601 jasqa^en 1677. Ces actes font partie des plus riches trésors natiooaoz qui se trouvent réunis dans la bibliothèque de ce prince, à Pulawy.
En lisant ces protocoles, d'une date beaucoup plus postérieure de l'ancienne splendeur de la république de Babîay en voit la même stagnation que l'histoire politique et littéraire de la Po* logne nous présente. On y trouve des pièces en vers et en prose de plusieurs personnes les plus distinguées; cependant l'infloence morale de cette république , dans le pa]fs, était nulle à la fin de son existence.
Tous les historiens des seizième et dix-septième siècles parlent avec les plus grands éloges de cette institution , qui disparat enfin à la suite des malheurs communs à toute la Pologne.
FlIV.
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