‹ Tableau de la Pologne ancienne et moderneChapitre 7 sur 43 · II. lO · texte numérisé non relu

II. lO

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paix y signés le i8 avril à Léobea, renversèrent de nouveau leurs espérances.

Mais cette contrariété ne put abattre la constance des patriotres. C'est même dans ce moment de détresse qu'ils eurent le sublime courage de convoquer l'ancienne diète constituante , limitée le 29 mai 1791, pour l'installer à Milan, et pour représenter ainsi leur patrie infortunée au moment où la paix de Campo-Formio et le congrès de Rastadt allaient décider du sort de l'Europe. C'était le projet de Wybiçki. La France, constituée garant du traité d'Oliwa en 1 660, aurait été alors autorisée à appuyer les droits de la Pologne. L'illustre Stanislas Malachowski , ma* réchal de cette diète , consulté à cet égard par Bon* neau, autrefois chargé d'affaires de la république française en Pologne , accepta avec enthousiasme cette résolution , et autorisa deux des constituans , Woyczynski et Kochanowski , à en conférer avec le Gouvernement français. Le palais Serbelloni^à Milan, fut disposé pour redfevoir la représentation nationale de Pologne; tnais fe malheur voulut que les patriotes Narbutf et Kochanowski , envoyés secrètement avec des lettres de convocation dans leur patrie, fussent arrêtés sur les frontières. Le maréchal Malachowski fut alors emprisonné pm l'ordre de l'Autriche, et, après une année de détention, il ne fut relâché que sur le paiement d'une rançon considérable. Sur ces entrefaites Bonaparte, imploré

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par Dombrowski ( i ) de faire admettre au congrès un représentant pour la Pologne , répondait froidement que « les vœux de tous les amis de la liberté étaient te pour les braves Polonais , mais qu'il n'appartenait «c qu'au temps et aux destinées de les rétablir. »

C'était un coup mortel pour la députation polo* naise résidant à Paris : des contre-temps aussi fâcheux devaient nécessairement la frapper d'inertie; aussi y de cette époque , la Pologne n'eut qu'une représentation militaire dans ses braves légions, qui s'augmentaient considérablement , dans l'espoir que par leur nombre et leur attitude, elles forceraient les puissances à s'occuper du sort de la Pologne. A la fin de l'année 1 797, elles comptaient sept mille cent quarante-six hommes, et formaient deux corps dont le premier était comniandé par Kniaziewicz, le second par le général Joseph Wielhorski. Sans être habillées ni soldées, elles combattaient et souffraient sans murmure. Beaucoup d'officiers surnuméraires faisaient le service comme sous-officiers, .et des rations

(i) « Dans un moment aussi intéressant, écrivait Dombrowski

«au général français, personne ne s'assoupira sur ses propres

«intérêts, et les ennemis de la France, même ceux qui ont fait

«le plus de mal à l'humanifé, chercheront à s'assurer un sort

« qaelconquil, tandis que les Polonais, oubliés, resteront les

« seules victimes : et pourquoi ? Pour avoir servi la cause de la

«liberté, pour avoir montré à l'Europe que, dans l'espace de

« cinq mois , éloignés de six cents lieues de leur pays , ils ont pu

« former un corps de six mille hommes ! » .

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leur étant refusées 9 ils se nourrissaient avec celles de leurs confrères. Rien cependant ne découragea ces braves légions, pas même la nécessité où elles allaient être exposées de combattre d'autres troupes que leurs implacables ennemis. Déjà dans l'émeute de Vérone, les Polonais avaient signalé leur valeur en prenant cette ville d'assaut. Le colonel Liberadzki paya de sa vie ce triomphe. Bientôt après ils furent appelés dans la guerre que la France entreprit contre le pape , au commencement de Tannée 1798. Dombrowski entra, le 3 mai, dans la capitale du monde chrétien, tandis que Wielhorski, avec sa légion , fut envoyé à Mantoue. L'étendard de Mahomet, que jadis Sobieski, après la victoire de Vienne, avait déposé, avec son sabre, à Notre- Dame-de-Lorette , furent les glorieux trophées que le consulat romain offrit à cette occasion à Dombrowski. L'étendard suivit dès-lors constamment le quartier-général des légions , et le sabre fut envoyé, en leur nom , à l'immortel défenseur des libertés polonaises, le généralissime Kosciuszko.

La formation des légions romaines, confiée aux généraux George Grabowski et Wladislas lablonowski , est un des faits qui marquèrent l'existence éphémère de la république romaine à cette époque.

La fin de l'année 1 798 vit éclater la guerre de Naples. Les victoires de Civita-Caslellana, deMagliano, de Calvi , la prise de Gaëte , de Sezza et de Cascano,

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de Naples et de Capoue , servirent de témoignage au dévouement et à la vaillance des Polonais, commandés dans cette expédition d'abord par le général Kniaziewicz , et ensuite par Dombrowski lui-même. Pour prix de leur coopération , le général en chef Ghampionnet chargea Kniaziewicz d'un honneur vivement recherché à cette époque, celui de présenter au Directoire français les drapeaux conquis sur l'ennemi y ce qu'il accomplit le 8 mars 1799.

Dans cette guerre^ des haras du roi de Naples , aux environs de Mondragone , étant tombés entre les mains des Polonais , Dombrowski obtint la permission de former un régiment de trois cents hommes de cavalerie polonaise.

Tandis que des chants de victoire retentissaient à Paris , une nouvelle coalition était déjà préparée contre la France. Souvaroff entrait en campagne à la tête des troupes russes et autrichiennes. La seconde légion polonaise allait être appelée à donner des preuves de son dévouement. Etablie en garnison à Mantoue elle était plus près du champ des opérations militaires que le général Scherer dirigeait en chef. Elle fut distribuée entre les divisions des généraux Montrichard, Victor et Grenier, qui défendaient la Hgne de l'Adige. On craignait, à l'état-major du général eu chef, que l'attitude des troupes autrichiennes n'effrayât les recrues polonaises ; on s'arrangea même , dans la première ac-

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tien 9 de manière à prévenir le danger qui aurait pn en résulter; mais toute précaution était superflue: partout les Polonais partagèrent le sort de leurs di* visions respectives. La perte qu'ils essuyèrent daDS les combats du 26 mars et du 5 avril 1799, est une preuve de leur courageuse résistance. Leur brave chef, le général Rymkiewicz, y succomba glorieusement; ses dernières paroles étaient encore pour sa patrie : a Pourquoi, s'écria-t-il , la destinée ne m'a- <c t-elle pas permis de mourir ainsi sur le sol de ma «patrie !.... »

De quatre mille hommes que la deuxième légion polonaise comptait au commencement de la campagne, à peine la moitié rentra-t-elle à Mantoue , pour y faire partie de la garnison, dont le commandement en chef était confié au général Foissac-Latour. La défense des remparts de la Porte-Cérèse échut en partage au général Wielhorski et à sa légion. Toutefois la forteresse ne put tenir long-temps contre l'ennemi , surtout quand des maladies épidémiques eurent enlevé la plus grande partie de la garnison. Cette circonstance et les pertes essuyées sur la brèche réduisirent cette deuxième légion à huit cents hommes. Mais un événement plus malheureux attendait encore ces nobles victimes du dévouement patriotique. Un article additionnel et secret de la capitulation signée le 28 juillet 1799, garantissait aux Autrichiens le retour des déserteurs avec la con-

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dition seulement de conserver leurs vies. Profitant de cette clause, les Autrichiens se jetèrent sur les Polonais, arrachèrent les soldats de leurs pelotons, insultèrent même des officiers, et, les accablant d'injures, ils les firent entrer de force dans leurs rangs. Au mépris de la capitulation, cent cinquante Polonais seulement rentrèrent en France; les généraux Wielhorski et Amilcar Kosinski furent conduits en Autriche comme prisonniers de guerre. Déjà , pendant le siège , tons les officiers polonais qui avaient eu le malheur, dans leurs sorties, de tomber entre les mains de Tennemi, avaient été réduits à servir comme simples soldats dans l'armée autrichienne.

Telle fut la fin de la deuxième légion ! La première, commandée par le général Dombrowski , ne fut guère plus heureuse. Faisant partie de l'armée de Naples, elle obtint Tordre, à l'ouverture de la campagne , de marcher par Rome sur Florence. Mais avant qu'elle pût y arriver, l'armée dltalie était déjà battue sur l'Adige. Une révolte générale éclata en Toscane par suite de cet événement. Il fallut alors s'ouvrir un passage les armes à la main. Presque toutes les villes et villages présentaient l'aspect de forteresses qu'il fallait prendre d'assaut; à chaque forêt, à chaque montagne ou marais , on pouvait s'attendre à quelques embûches dressées par les insurgés. Aussi la légion éprouva-

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t-elle des pertes immenses dans cette marche di& ficile. Arrivée à travers tous ces obstacles à Flo* rence^ elle reçut l'ordre de s'emparer de toutes les grandes routes dans les Apennins , pour assurer les communications entre les armées dltalie et de Napies y et quand celles-ci parvinrent enfin à se rejoindre Dombrowski , obtint le commandement de l'aile gauche. Sa légion fut alors renforcée par une demi-brigade française , et formait la cinquième division de l'armée. La bataille qui eut lieu sur la Trebbia, les 17, 18, 19 juin et jours suivans, fut aussi sanglante que funeste^ surtout pour les Polonais. Ils avaient en face les deux principaux ennemis qui opprimaient leur patrie, et ce même SouvarofF qui avait trempé les mains dans l'horrible ^ carnage de Praga. L'acharnement des deux partis n'eut point de bornes. La légion eut, dans ces journées, mille hommes tués et cinq cents blessés. A la suite de ce terrible combat l'armée française se replia sur Gènes. La bataille de Novi, livrée le i5 août X7999 fut la dernière qui signala l'armée d'Italie dans cette campagne; Dombrowski y commanda une division sous les ordres du général Saint- Cyr. La première légion polonaise fut presque anéantie dans cette journée : le peu qui évita la mort devait s'attendre à être détruit ou dispersé dans les combats qu'il fallut livrer journellement à l'ennemi jusqu'au moment où lairictoire de Zurich

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( ^5 et 26 septembre 1799 ) releva Farinée républicaine de ses longues défaites, et détacha les Russes de la coalition.

Ainsi se termina ^ pour les Polonais , cette campagne qui leur faisait entrevoir, à son ouverture, l'avenir le plus brillant, car, pour la première fois depuis la formation des légions , ils combattaient le front tourné vers leur patrie. Mais la fatalité qui les poursuivait voulut que cette lutte devînt pour eux une nouvelle source de revers.

Sur ces entrefaites, la république cisalpine, qui avait jusqu'alors soldé les légions polonaises, disparut par suite de la dernière guerre. Toutefois, incapables d'être abattus par les plus funestes désastres, les légionnaires résolurent de renouveler leurs efforts pour créer encore d'autres bataillons. La lettre que les officiers du corps polonais écrivirent, en date du a décembre 1799, au général Dombrowski^ est un rare monument de patriotisme. En rengageant à partir pour Paris afin d'y rechercher Fappui de Bonaparte, ils lui offrirent , pour les frais de ce voyage, jusqu'à leurs modiques appointemens. «Partez, disaient-ils, partez, général, pour le bonheur de votre patrie...»

A cette époque arriva en France la révolution du 18 brumaire ( 9 novembre 1799)* Bonaparte était arrivé d'Egypte. Là aussi il avait pu apprécier le dévouement des Polonais. Sulkowski, son aide-decamp et membre de l'institut au Grand-Caire, en

succombant dans la fameuse insurrection de cette ville j y avait mérité un monument que son général lui fit élever. Et quand le moment d'évacuer l'Egypte arriva, ce fut encore un Polonais ^ le général Zaïonczek qui, lui second dans le conseil de guerre, s opposa y avec une rare fermeté, au déshonneur de la capitulation.

Dombrowski, ayant laissé le commandement des débris de ses légions au général lablonowski, devait donc , à son arrivée à Paris , inspirer de l'intérêt au premier consul. En effet , il fut reçu avec une grande bienveillance. La constitution qui défendait au gouvernement français de lever des troupes étrangères venait d'être abolie. Aussi Dombrowski obtint sans difficulté l'ordre de former sept nouveaux bataillons d'infanterie et un d'artillerie, sous la dénomination de premièi*e légion polonaise, à la solde de la repu* blique française. La cavalerie devait être envoyée à l'armée du Rhin pour y faire partie de la légion dite du Danube , dont la formation fut confiée au général Kniaziewicz. Enfin, par le même ordre, tous les Polonais hors de service obtinrent le droit d'être reçus à l'hôtel des Invalides.

Marseille était le lieu assigné pour l'armement et l'habillement de la première légion. A mesure que l'enrôlement s'effectuait , les nouveaux batail- Ions entraient en campagne , et les Polonais combat" taient ainsi sans discontinuer, les troupes autrichien-

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nés, les Barbets dans les Apennins, et les Anglais sur les cotes, suivant les progrès de l'armée d'Italie que Bonaparte avait ramenée de nouveau à la vie* toire par la glorieuse campagne de Marengo. Le général Dombrowski transporta, le 3 octobre 1 800, son quartier-général à Milan , à la tête de plus de cinq mille hommes qu'il avait déjà réunis sous les drapeaux, ses phalanges paraissant renaître cfe leurs cendres. Une seconde fois il essaya d'engager le premier consul à rassembler sa légion et celle du Da* ' nube, sur l'aile gauche de l'armée du Rhin, à les porter à vingt ou trente mille hommes , et à les mettre en état de pénétrer en Gallicie , en s'avançant par la Bohème et la Moravie. Kosciuszko , que la gloire des légions et les espérances qui s'attachaient à leur création avaient amené à Paris , était prêt à accepter le commandement de cette expédition; mais Bonaparte ne donna aucune suite à ce projet. La légion du Danube se formait avec un égal succès. Kniaziewicz entra en campagne, en 1800, à la tête de trois mille cinq cents hommes: Attachée au corps du Bas-Rhin que commandait le général Saint -Susanne, sa légion fut répartie, par l'ordre de Moreau, entre les divisions De Labordcet Klein. Bientôt Francfort et OfFenburg attestèrent la vaillance de ces nouveaux bataillons. Quand, par la déclaration du cabinet de Vienne, l'armistice de Parsdorf fut rompu, Moreau appela Kniazieviricz,

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avec sa légion, sous son commandement immédiat , en le plaçant dans la division Decaen , qui formait le centre de Tarmée. C'est ce petit corps polonais qui, en délivrant la seconde brigade de la division Richepanse de l'attaque dont l'ennemi l'avait assaillie le 3 décembre, donna à cette division le moyen de tomber assez tôt sur les derrières de l'armée autrichienne pour décider la célèbre victoire de Hohenlinden. Après cette bataille , Kniaziewicz reçut l'ordre de balayer la route de Saltzbourg jusqu'aux rives de la Saltza. Le passage de ce fleuve ( j 4 décembre), couvrit d'une nouvelle gloire sa brave légion. Depuis lors , formant l'avant-garde de l'armée, elle ne donna aucun repos à l'ennemi. Les Autrichiens ne purent se rallier sur aucun point , et l'armée du Rhin n'eut plus besoin désormais de développer ses forces. L'armistice de Styrie couronna bientôt ( aS décembre 1800 ) cette glorieuse campagne. La légion du Danube obtint alors l'abbaye de Kremsmunster pour garnison.

L'armistice de Trévise, conclu par l'armée d'Italie le 16 janvier 1801 , suivit celui de Styrie. Il interrompit le siège de Peschiera que la première légion venait d'entreprendre après avoir poussé ses conquêtes jusque sur le Mincio. Dombrowski fat alors chargé du commandement du blocus de Mantoue, et ses légions présidèrent à la reddition de cette même place où , dix-huit mois auparavant , leur for^

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tane et jusqu'à leurs espérances paraissaient être ensevelies. La paix deLunéville, signée le a6 janvier 1801 , termina la guerre. La Pologne n'obtint pas seulement une mention dans le traité

Tant que durait la guerre, les contributions et les subsistances fournies par les pays ennemis suffisaient pour l'entretien des légions polonaises; à la paix elles allaient devenir un fardeau pour la république française. Cependant Bonaparte , qui déjà formait peut-être les plans de sa future élévation j résolut dès'Iors d'attacher à sa personne ces braves légions. Â cet effet, il expédia à celle du Danube l'ordre de se réunir à Strasbourg. Un nouvel ordre allait l'appeler à Paris. Mais les Polonais ne voyaient pour eux de gloire que dans les combats livrés pour leur patrie. Aussitôt qu'ils pressentirent les projets du premier consul, leur résolution fut prise, et Kniaziewicz le premier donna sa démission. Aussi, avant que sa légion arrivât à Augsbourg, elle, reçut l'ordre de marcher en Italie pour s'y réunir à celle de Dombrowski : le gouvernement français en faisait un don au nouveau roi d'Étrurie ! Rassemblées à Milan dans le mois de mars iSox^ les deux légions qui n'avaient pas perdu un instant pour augmenter leurs rangs , surtout depuis que les succès leur offraient tant de facilités , présentaient une armée de quinze mille hommes !

Le traité de Lunéville promettait une paix solide

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au continent ; et les cabinets , subjugues par le génie de Bonaparte, semblaient ne plus être offusqués de l'existence d'une grande république en Europe. Pour étouffer tout germe des troubles et des inquiétudes qu'une poignée de Polonais en armes pouvaient encore leur occasioner, les cours spoliatrices accordèrent une amnistie générale. Elle eut son effet. Abattus par l'inutilité de leurs efforts, et surtout indignés de l'ingratitude du gouvernement français , la plupart des émigrés profitèrent de la générosité de leurs oppresseurs pour retourner dans leur patrie. Il s'en trouva néanmoin&qui, soit qu'une misère extrême leur refusât les moyens de rentrer dans leurs foyers , soit que le souvenir d'une gloire commune les attachât invinciblement aux phalanges et aux drapeaux de leur patrie adoptive, soit enfin dans l'espoir que la coalition ne tarderait point à renouveler la guerre, résolurent de rester sous les armes. Ceux-ci passèrent, les uns, en Toscane, au service du roi d'Etrurie, et plus tard au service de Naples, les autres furent incorporés dans l'armée d'observation, organisée à cette époque dans la Basse -Italie. Mais ces témoins importuns de la plus cruelle ingratitude fatiguaient trop le chef (fe la république française pour qu'il ne cherchât pas à s'en débarrasser définitivement. L'expédition de Saint-Domingue offrait une occasion sûre : c'est là que ces victimes d'un admirable patriotisme furent

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envoyées en i8oa. Le général Wladislas lablonowski j qui , dans la dernière campagne , avait commandé une brigade française, reçut l'ordre de s'embarquer à la tête d'une légion polonaise à Gènes et à Livourne, d'oii il alla rejoindre le général Leclerc^ commandant en chef l'expédition de Saint-Domingue. Les armes des Nègres , et surtout la fièvre jaune, exterminèrent ^ dans cette malheureuse campagne, plus des trois quarts de la légion : le reste, fait prisonnier de guerre par les Anglais , fut forcé par ceux-ci de prendre du service à la Jamaïque.

Les légionnaires qui survécurent à tous ces désastres eurent le bonheur de rentrer, en 1806, les armes à la main , dans leur patrie, où ils furent reçus solennellement par le gouvernement du grand duché de Warsovie, qui leur assura , au nom de la patrie, tous les. secours qu'une mère tendre et pleine de sollicitude pour le bonheur de ses enfans devait à ceu'x qui avaient exposé, pour sa liberté et sa gloire, leur tranquillité, leur bien-être et leur vie. Mais n'anticipons point sur les événemens.

Depuis la formation des légions, les camps de la république française étaient la vraie patrie pour les Polonais, Aussi nous sommes-nous attachés à pré^ senter d'abord le récit de cette partie essentielle de leur histoire : il ne nous reste que quelques mots à dire sur les événemens qui se sont passés à cette époque dans leur pays même.

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La mort de Catherine II, qui arriva en 1 796, interrompit la série des persécutions que les Polonais subissaient dans la Pologne-Russe. Paul V rendit la liberté à Kosciuszko et à ses compagnons d'infortune. La Prusse s'adoucit aussi dans ses poursuites contre les malheureux patriotes depuis que la paix qu'elle conclutà Baie, avec la république française, l'eut rassurée sur la tranquille possession de son partage. L'Autriche seule tenait ses prisons constamment ouvertes pour les victiniés de sa tyrannie. Lé vicechancelier Kollontay ne dut sa liberté qu'aux instances de l'empereur Alexandre y lors de son avènement au trône de Rnissie.

Chacune des trois puissances co-partageantes avait imposé à la Pologne sa propre administration. La Russie introduisit dans sa partie des gouverneurs, la Prusse ses régences, et l'Autriche ses hauptmanns. Mais ce qui peut paraître assez bizarre, c'est que toutes adoptèrent l'impôt que la diète constiftiante avait offert à la patrie, cette diète dont tous les actes, excepté celui-ci, furent reconnus illégaux par ces mêmes puissances. Une commission, dite des trois cours, fut instituée à Warsovie, sous la présidence du maréchal Kasimir Raczynski, pour régler les comptes et expédier les affaires communes aux habitans de toutes les provinces de l'ancienne Pologne, et qui résultaient de la faillite de plusieurs

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maisons de banque , par suite des dernières calamités que subit ce pays.

Germaniser la Pologne avait été le but constant de la Prusse et de l'Autriche. Une législation et une juridiction allemande , une administration qui publiait ses actes dans la même langue , et l'emploi général de celle-ci jusque dans les écoles publiques , tels furent les moyens dont se servirent les deux puissances à cet effet. Tous les employés du Gouvernement étaient des Allemands. Pour parvenir plus tôt à son but, la Prusse fit usage d'un moyen infernal. Profitant de l'état de délabrement où se trouvaient toutes les propriétés foncières après les calamités de la dernière insurrection en Pologne , le gouvernement prussien offrit un emprunt à usure aux propriétaires des terres : la noblesse polonaise aimant, en général , la grande dépense , il était sûr de l'exproprier très-facilement et de s'emparer ainsi des principales propriétés dans ce pays. Justitiunij mO" ratorium et d'autres mesures illégales employées par les gouvernemens successifs dans cette partie de la |Pologne, n'ont pu sauver la plupart des propriétaires fonciers d'une ruine complète qui fut l'effet de cet emprunt insidieux.

I-a Russie tint à cet égard une conduite bien différente. Il paraît qu'elle ne se désistait point de l'envie de s'emparer un jour du reste de la Pologne. Le statut civil et criminel de Lithuanie, une cerif. 1 1

iGa TABLEAU DB LA POLOGNE.

taine influence dans l'administration , laissée aux ma« réchaux élus aux diétines de la noblesse y Tadmission des Polonais aux plus hautes dignités, et la conservation de la langue nationale dans la plupart des affaires publiques , durent être regardées par les Polonais de Russie comme d'importantes concessions, quand ils comparaient leur situation à celle où les deux autres puissances avaient placé leurs anciens concitoyens. Depuis l'avènement d'Alexandre sartout, les institutions d'éducation publique obtinrent un grand développement dans la Pologne-Russe. Le ministère éclairé de Pierre Zawadowski, et le zèle infatigable du prince Adam Czartoryski fils, alors ministre des affaires étrangères en Russie , rendirent d'immenses services à cette partie de la Pologne. L'Université deWilna, fondée en 1678, réorganisée en 1781, et relevée sur de larges bases en i8o3, par le rescrit impérial du 4 avril, est un monument de cette époque. L'Autriche agissait bien différemment sous ce rapport. Elle détruisit l'Université de Krakovie qui comptait une durée de plus de quatre siècles, sous prétexte du mauvais es^^ prit de ses élèves. Une école supérieure fondée à Léopol, et dirigée dans le système de ce gouvernement, devait remplacer cette célèbre université. Le cabine? de Vienne s'acharna même contre les monumeus de l'ancienne Pologne, que des siècles avaient respectés à Krakovie. Le vieux château royal, résidence des Boleslas , des Kasimir et des Si-

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gismond, fut changé en casernes militaires, et ruiné complètement par suite de cette disposition. Il est à remarquer que l'Autriche avait été presque entraînée au partage de la Pologne : cette puissance fut celle qui eut le moins à se reprocher dans cette odieuse spoliation , et cependant son joug a été dans la suite le plus intolérable aux Polonais. La Gallicie devint son grenier dans les guerres continuelles qu'elle eut à soutenir contre la France ; elle y complétait ses régimens détruits en Italie, sur le Rhin et sur le Danube, et pour suffire aux frais de ces guerres, elle arrachait à ses nouveaux sujets, à l'aide de son papiermonnaie, jusqu'à leurs plus minces épargnes; aussi la noblesse de cette province, Une des plus riches de la Pologne, n'a*t-elle pu encore se relever de la misère où l'ont plongée les exactions du Gouvernement. Par rapport au bien*être matériel, la Prusse, seule en paix à cette époque, odrait le plus d'avantages à ses habitans. La cherté des denrées et subsistances qu'elle fournissait aux puissances belligérantes, devait nécessairement rendre l'aisance à un pays agricole. En effet , cette partie de la Pologne se rétablissait peu à peu de ses longs désastres. L'industrie renaissait dans les villes, et quoique les paysans eussent été replongés par les trois cours dans la servitude dont la constitution du 3 mai 1 791 les avait relevés, au moins avaient- ils été confiés par le gouvernement prussien à la tutelle des tri-

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bunaux , ce qui leur rendait une espèce de liberté

civile. Le canal de Bromberg, qui unit la Wistule et la Noteçavec la Warta, commencé sous Frédéric II, fut alors entièrement achevé.

C'est dans cette partie de la Pologne que l'esprit patriotique fermentait avec le plus d'énergie. Warsovie en a toujours été le foyer. L'envoi des souscriptions secrètes aux légionnaires qui servaient sous les drapeaux français ^ les encouragemens et les moyens offerts aux jeunes-gens pour rejoindre leurs braves confrères, partaient particulièrement de ce point, quoique toutes les autres provinces y aient participé avec ardeur, he théâtre national dirigé par le patriotisme d'Albert Boguslawski , était dans les mains de ce citoyen un instrument qui contrariait les efforts du Gouvernement pour dénationaliser les Polonais. Malgré toutes les difficultés qu'on lui opposait, cet artiste voyageait avec sa troupe de Warsovic à Wilna, Dubno, Riiow, Léopol, Krakovie, Posen, Kalisz, et partout il relevait l'esprit national. La représentation de Beniowski où , sur l'exclamation de l'acteur « qu'il était temps de rompre les chaînes de l'esclavage», tout un parterre appela aux arraeàises concitoyens, est un fait historique de cette époque, qui prouve que la Pologne peut toujours compter sur le dévouement de ses enfans. D'un autre coté plusieurs savans distingués s'établirent à Warsovie pour propager, par leurs écrits, l'amour de la langue

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nationale. Le Mémorial de Dmochowski , fondé en 1801 9 attestera son patriotisme à la postérité. Ce même patriote et les illustres Thadée Czaçki et Stanislas Soltyk y avaient déjà conçu , en 1 800, l'idée de former la Société des jâmis des Sciences à Warsovie. Tous les hommes de lettres et patriotes participèrent à sa fondation. Conserver la langue polonaisse et la transmettre dans toute sa pureté à la postérité y fut le but de cet institut national , qui obtint y en 1809, le titre de royal de la part de Frédéric-Auguste, alors grand-duc de Warsovie. L'évêque Jean Albertrandy en fut élu premier prési<dent. Un dictionnaire de la langue polonaise ^ tel que peu de langues modernes peuvent se glorifier d'en posséder un pareil, œuvre du savant Linde, protégée par Ossolinski , Czartoryski , Czaeki , Potoçki et autres patriotes , est un monument du plus grand mérite. De son coté Tbadé Mostowski publiait l'importante collection du Choix des écri^ ifoins Polonais. C'est ainsi que Ton mettait en pratique ce conseil du philosophe de Genève :

«c Polonais , a dit J.-J. Rousseau j apprenez com- « ment vous pouvez braver la puissance et l'ambi- « tion de vos voisins. Si vous ne pouvez empêcher «qu'ils vous engloutissent, faites au moins qu'ils ne « puissent vous digérer. »

Telle était la situation de la Pologne , lorsque , en 1806, le nouvel empereur des Français s'an-

nonça comme un libérateur; il promit aux Polonais de briser le joug sous lequel ils gémissaient. Déjà, lors de la campagne d'Austerlitz ( 1 8o5 ) , quand les armées françaises s'approchaient des frontières de la Pologne, une brochure (f), imprimée furtivement, avait été répandue dans le pays pour engager les ha* bitans à un soulèvement général. La victoire d'Iéna, remportée le i4 octobre 1806 sur les Prussiens, semblait leur offrir une occasion plus propice encore; ils devaient en effet compter sur l'intérêt de Napoléon. En relevant le trône de Pologne , en rappelant à l'indépendance la nation polonaise , il se créait des alliés également braves et dévoués, précisément sur les frontières de la Russie , qui seule lui résistait encore , et il opposait aux prétentions possibles du cabinet de Saint-Pétersbourg une barrière que la France, et peut-être l'Europe entière, avait intérêt d'établir. Au mot de liberté, les Polonais coururent aux armes; et, depuis cette époque, leurs vaillans escadrons suivirent avec une fidélité exemplaire la fortune des armées firançaises. Drombrowski et Wybiçki signèrent l'appel à la nation polonaise le 3 novembre 1806. Le 7 du même mois , les troupes françaises entrèrent à Posen ; et , quinze jours plus tard , Dombrowski organisait quatre nouveaux régimens. Le vieux palatin, Jo-

(i) Les Polonais peurent-iis reconquérir kur indépendance ?

PR]£g1S historique. •— V* ÈPOQVE. 167

seph Radziminski , affrontant les dangers qui le menaçaient y joignit sa voix à celle de Dombrowski. Chaque Polonais voulait être soldat. Ni les prisons de Russie y ni les menaces de l'Autriche ne purent empêcher l'émigration. Cette dernière puissance^ dans son* cruel despotisme, se crut obligée plus tard (16 mai 1807 ) de menacer de la confiscation des biens et du supplice de la potence ceux des Polonais qui prendraient une part active à la guerre et différeraient de rentrer dans leurs foyers. L'illustre Kos* ciuszko manquait à l'enthousiasme général ; il était resté à Paris, malgré les tentatives que Napoléon fit faire auprès de lui. Républicain dans l'ame, il avait peu de confiance dans le César moderne , et ne voulut point exposer ses compatriotes à de nouveaux sacrifices , sans avoir des garanties positives. « Des* potisme pour despotisme, répondait-il aux émissaires de l'empereur; les Polonais n'en manquent pas chez eux pour l'aller chercher si loin et l'acheter au prix de leur sang. » Cependant Napoléon savait bien quelle influence pouvait exercer en Pologne le nom de ce grand citoyen ; il fit publier sous son nom une Ssiusse proclamation : mais ce stratagème était superflu pour réveiller le patriotisme des Polonais. Le feu de l'enthousiasme pénétra bientôt au fond de la Pologne. A la première nouvelle de l'entrée des Français , la garnison prussienne de Kalisz fut désarmée , et deux forts , ceux de Lenczyça

lG8 TABLEAU DE LA POLOGNE.

et de Czenstochowa , furent pris par les habitaos des environs.

Le 28 novembre, les Français occupèrent Warsovie. Quelques jours auparavant, les armées prussienne et russe, craignant l'effet d'une fermentation qui commençait à se répandre parmi le peuple, avaient été obligées de remettre le commandement de la ville au prince Joseph Poniatowski pour assurer la sécurité publique. Le grand-duc de Berg, Joachim Murât, après avoir nommé le général Gouvion gouverneur de la capitale, appela, le 3 décembre, des Polonais distingués à prendre les rênes du gouvernement. En général , partout où pénétraient les troupes françarises, l'administration civile était confiée aux Polonais ; les généraux français ne se réservaient que le gouvernement militaire; la justice s'exerçait au nom de l'empereur et roi Napoléon. Outre les régimens de ligne organisés par Dombrowski , des levées générales furent commandées ; quelques patriotes offrirent de former à leurs propres frais plusieurs régimens. On remit en vigueur l'ancienne loi sur la pospoUté. Tous les nobles montaient à cheval, les vieillards envoyaient leurs remplaçans , et chaque palatinat s'assemblait séparément, en prenant des couleurs particulières selon les usages antiques. Toute la force armée reçut Tordre de se réunir le 2 5 décembre à Lowicz, pour paraître, le i" janvier, sous les drapeaux de l'in-

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dépendance^ dans la capitale de l'ancienne république. Des caisses furent ouvertes pour recueillir les dons patriotiques, et les femmes sacrifiaient leurs ornemens et leurs bijoux sur l'autel de la patrie. En vain le roi de Prusse déclarait-il rebelles ses soi-disant sujets participant à l'insurrection , les patriotes répondirent à son manifeste en proclamant infâme « tout Polonais qui ne seconderait pas de toute son influence la cause sacrée de l'indépendance nationale. »

Napoléon fit son entrée triomphale à Posen^ le 27 novembre 1806. La population alla plusieurs lieues au-devant de lui, et un corps d'élite à cheval , destiné à lui servir de garde , fut préparé pour le recevoir. Le 1 1 décembre, il y conclut un traité d'alliance offensive et défensive avec le roi de Saxe, et dans la nuit du 18 au 19, il arriva à Warsovie. Ifous ne dirons pas l'enthousiasme qui éclata parmi les habitans de cette capitale. Par son décret du i4 janvier, une commission suprême de gowernement y fut organisée; elle était composée de Stanislas Malachowski , jadis maréchal de la constituante , Louis Gutakowski,Stanîslas-Rostka Potoçki, Joseph Wybiçki, Xavier Dzialynski, Pierre Bielinski et Valentin Sobolewski. Malachowski en fut nomnié président par le choix de la commission elle-même. Cinq directeurs furent appelésà dirigerles ministères; c'étaient Félix Lubienski pour la justice ; Stanislas Breza

170 TABLEAU DE LA POLOGlfE.

pour l'intérieur; Joseph, prince Pouiatowski , pour la guerre; Jean Malachowski pour les finances, el Alexandre Potoçki pour la police. Les provinces re- ' conquises sur la Prusse furent partagées en six dé- ' partemens, savoir : ceux de Warsovie, de Posen, de Kalisz, de Ploçk, de Bromberg et de Bialystok. M. Vincen t fut ensuite accrédité comme commissaire

de Tempereur auprès du gouvernement de Pologne qui , de son côté , lui envoya, dans la même qualité, M. Alexandre Batowski , ancien nonce de Livonie. !

Les recrues polonaises ne tardèrent pas d'entrer en campagne. Depuis la mi-décembre, elles combattaient l'ennemi , sous les ordres du général Kosinski, dans les environs de Bromberg. Le général Zaïonczek, au service de France depuis 1797^ accourut de Mayence avec la légion du Nord, qu'il y avait organisée, et rejoignit la grande armée. Les vétérans des légions italiennes volaient aussi en toute hâte à l'appel de la patrie. Dombrowski ne tarda pas non plus à se mettre en ligne avec sa nouvelle division ; elle fit partie du dixième corps de la grande armée , commandé par le maréchal Lefebvre. Bientôt les champs de Dirschau, de Mewe, de Graudentz et de Dantzig, retentirent de la gloire de ces jeunes guerriers. Le général Gielgud remplaça Dombrowski, quand de graves blessures empêchèrent celui-ci , après la bataille de Dirschau, de commander ses troupes. En attendant, le prince Joseph Pc-

oiatowski dirigeait les dépôts, organisait et augmentait les nouveaux cadres. Sur l'ordre de l'empereur , un régiment de cavalerie légère s'assemblait pour faire partie de sa garde : ce fut celui qui se signala, dans la suite, par la charge brillante de Somo-Sierra , en Espagne, et par son intrépidité à Wagram. Un officier supérieur français, le baron Pierre Dautancourt , fut appelé à l'organiser, en recevant l'élite de la jeunesse polonaise.

L^anniversaire de la glorieuse constitution du 3 mai^ qui arriva sur ces entrefaites, fut célébré avec une pompe touchante. On choisit ce grand jour pour bénir solennellement les aigles destinées à servir de drapeaux à l'armée nationale : la main du respectable vieillard Stanislas-Nalencz Malachowski y fixa le premier clou. Une garde nationale pour la ville de Warsovie fut décrétée à l'occasion de cette fête. Les succès de la grande armée mirent au comble l'enthousiasme des Polonais; c'est dans la capitale surtout qu'il s'exhalait avec le plus de force et de vigueur. Il serait difficile , disent les témoins oculaires, de trouver des termes assez expressifs pour peindre le zèle et l'ardeur avec laquelle les citoyens s'empressaient à l'envi de concourir à la prompte confection des travaux de Praga, faubourg de Warsovie, dirigés par des ingénieurs français. C'était un spectacle vraiment touchant de voir les citoyens de toutes les classes, hommes, femmes ^

l'J^ TABLEAU DE LA POLOGNE.

enfans, les prêtres des paroisses et des commuimu tés religieuses, même les plus âgés, les corps de métiers , leurs drapeaux en tête , les étudians , les Juifs même, courir tous en troupes, la bêche à la main, travailler toute la journée sur les glacis^et revenir le soir, en masse, au son d'une musique guerrière, se livrant à tous les transports de cette joie bruyante , gage de la satisfaction publique. Enfin la sanglante bataille de Friedland , livrée . le 1 4 juin 1807, contre les armées combinées de" Russie et de Prusse , termina cette mémorable guerre. Les Polonais commandés par Dombrowski, faisant partie du corps du général Mortier, prirent part à la gloire de cette journée, qui devait leur rendre l'indépendance nationale. Un court armistice précéda le traité de paix conclu à Tilsit, fc 7 juillet, avec la Russie, et deux jours après avec la Prusse. Par suite de ce traité , le roi de Prusse renonça à perpétuité à la possession de toutes les provinces qui , ayant appartenu au royaume de Pologne, avaient, postérieurement au i" janvier 177^» passé à diverses époques sous la domination de la Prusse, à l'exception de la Warmie et des pays situés à Touest de la Vieille-Prusse , à l'est de la Poméranie et de la Nouvelle -Marche, au nord du cercle de Culm , comprenant la ligne qui allait de la Wistule à Schneidemuhle par Waldau , en suivant les limites du cercle de Bromberg et de la chaussée

PRIÊCIS HISTORIQUE. V* JÉPOQUE. I-jS

de Scfaneidemuhle à Driesen, lesquels y avec la ville cl citadelle de Graudentz, devaient continuer d'être possédées en toute propriété par la Prusse (^art. xni). Ce pays fut concédé, sous le titre de duché de Warsovie, à Frédéric- Auguste (i 807-181 4) roi de Saxe, le même que la constitution du 3 mai 1791 appelait au trône de Pologne. Une route militaire pour les communications entre les royaume de Saxe et le nou-

HYeau duché , fut tracée à travers la Prusse. La ville de Dantzig, avec un territoire de deux lieues, fut érigée en cité libre sous la protection des rois de Prusse et de Saxe. Un gouverneur français y fut

\ institué pour veiller à Texécution du blocus continental établi contre l'Angleterre. Le 1 7 septembre de la même année, la remise formelle du duché de Warsovie à Sa Majesté le roi de Saxe s'effectua à Berlin par l'intermédiaire de l'intendant - général Daru, plénipotentiaire de l'empereur Napoléon, et de Louis Gutakov^ski, plénipotentiaire du roi de Saxe. Le traité de Tilsit ne se fit pas sans la partici-* pation du gouvernement provisoire de Pologne, qui y envoya un de ses membres , l'ancien nonce de Lublin, Stanislas-Kostka Potoçki, pour offrir des renseignemens nécessaires.

Ainsi, après des sacrifices innombrables, les Polonais avaient obtenu un simulacre de patrie. Une population de plus de deux millions d'hommes fut rendue à l'indépendance politique. Mais on refusai { h leur

174 TABLEAU Dfc LA POLOGNE.

pays le nom de Pologne pour ne pas offusquer l'Autriche et la Russie, et on cédait à cette dernière le district de Bialystok (i), arraché du mince territoire du nouveau duché. C'était vraiment jouer de I malheur, car la Russie faisait cette acquisition au i moment même où elle tremblait pour le reste de ses possessions polonaises. En effet, telle était à cette époque la fermentation des esprits en Lithua- | nie, que cette puissance se vit forcée d'emprisonneiÉ les personnages les plus distingués , et de former^ des compagnies séparées des soldats nés dans les provinces polonaises, afin de les renvoyer dans l'intérieur de l'empire. Toutefois l'espoir de nouvelles : conquêtes sous les auspices de Napoléon restait aux Polonais, et ils bénissaient le nom de leur libérateur. Dès que le traité de paix fut publié, la commission du gouvernement provisoire se rendit à Dresde pour y recevoir, des mains de l'empereur, la constitution qui, selon la teneur du même traité, devait être accordée au Duché de Warsovie; elle y fut signée par les membres de la commission, et approuvée par Napoléon le aa juillet 1 807. Assez bien appropriée aux circonstances, elle détruisait la servitude en reconnaissant le principe de l'égalité devant la loi , principe éminemment conservateur et

(i) Le département de Bialystok prit alors le nom de déparlement de Lomza.

PRiciS HISTORIQUE. V* ÉPOQUE. 1 *j5

qui attachait au pays cette partie la plus nombreuse de la population qui , depuis des siècles, avait perdu ses droits en Pologne. Une assemblée législative, composée de deux chambres, le vote du budget, Tindépendance des tribunaux , furent également ga« rantis par ce statut constitutionnel. Chaque département, chaque district même jouissait^ d'après ses principes, d'un conseil électif pour surveiller l'administration.

Le 5 octobre 1 807 , le comte de Shôenfeld , ministre plénipotentiaire du roi de Saxe, chargé par son souverain de l'organisation constitutionnelle du gouvernement dans le duché de Warsovie, remercia , au nom du roi , les membres de la commission provisoire du zèle avec lequel ils avaient administré le pays^ et installa le conseil d'Ëtat, dont Stanislas Malachowski fut nommé président. Les directeurs furent élevés à la dignité de ministres. Stanislas Breza , remplacé à l'intérieur par Jean Luszczewski , fut appelé à Dresde en qualité de ministre secrétaire d'Etat pour les affaires du duché. Dans le mois suivant ( ^o novembre ), Frédéric-Auguste vint en personne visiter sa nouvelle capitale. Il nomma aussitôt une députation composée de Stanislas-Kostka Potoçki, Xavier Dzialynski et Pierre Bielinski , qu'il envoya à Paris pour porter l'hommage de son dévouement et de sa reconnaissance à l'empereur. Celui-ci , vers le même temps, nomma Jean-Charles Serra, résident,

chargé d'affaires auprès du gouvernement du duché et de la ville de Dantzig.

Avant le départ du roi , plusieurs décrets impor-» tans furent publiés. Par le premier, neuf sénateurs, dont cinq palatins et quatre castellans , furent désignés pour composer la chambre haute. Un second décret fixa la manière dont les délibérations du sénat devaient être réglées. Un statut particulier détermina les qualités requises pour devenir citoyen, à Un emprunt de trois millions fut autorisé pour alléger les charges que supportaient les habitans par les circonstances du moment. Enfin , le roi laissa un souvenir glorieux à l'armée polonaise, en renouvelant l'institution de l'ordre militaire Çvirtutî miUtari), créé en 1 792 , et que les rebelles de Targowiça avaient annulée. Parmi les dernières nominations, une surtout émut les Polonais : ce fut celle du secrétaire du sénat, Julien-Ursin Niemcewicz, jadis aide-de-camp de Kosciuszko, blessé et fait prisonnier comme son chef, à Macieïowicé, enfermé avec lui dans les cachots de Saint-Pétersbourg, parti ensuite pour l'Amérique , et qui venait de rentrer dans sa patrie au bruit de ses nouvelles destinées.

C'est par la guerre seulement que la Pologne pouvait espérer de rendre à l'indépendance ses enfans courbés sous le joug étranger; aussi le nouveau Gouvernement consacra-t-il tous ses soins à l'armée. La conscription militaire fut introduite par

un décret royal du 9 mai 1808. Douze «egimeus d'infanterie, six de cavalerie , une brigade d'artillerie, outre la légion de la Wistule, à la solde française, composaient trois divisions commandées par le prince Poniatowski, ZaioncztL«i^t Dombrowski. Vladimir Potoçki, fils de Félix, chef célèbre du complot de Targowiça, s'empressa de lev^, à ses frais, un escadron d'artillerie à cheval. La France I offrit à ses alliés plusieurs officiers du génie. Un d'eux , le colonel Pelletier, obtint le commandement de cette arme. Une école du génie fut instituée à Warsovie: deux corps de cadets, ceux de Kalisz et de Culm, existaient déjà sous le gouvernement prussien.

La France ayant déclaré la guerre à TJEspagne en 1808, trois régimens d'infanterie les plus complets , les quatrième , septième et neuvième , commandés par les colonels Félix Potoçki , Mathias Sobolewski et le prince Antoine Sulkowski, y furent envoyés; ils ne rentrèrent qu'en 18 12 dans leur patrie , après avoir illustré le nom polonais sur l'Ëbre et surleTage. Quatre autres régimens d'infanterie, formant une légion particulière dite de la tVistide^ avaient devancé leurs frères d'armes dans la Péninsule. Les Polonais fournissaient en outre des recrues pour deux régimens de lanciers et un de chevaulégers de la garde qui étaient à la solde française. A la fin de cette année, les premières diétines ou II. , 12

collèges électoraux furent convoqués. On fit précéder leur réunion par le décret du y septembre , qui fixa les qualités requises pour jouir des droits politiques dans le duché. La première diète ordinaire fut ouverte le 10 mars 1809, par un discours royal prononcé en langue polonaise. Thomas Ostrowski, ancien trésorier de la cour, en fut nommé maréchal. I^ ministre de l'intérieur exposa d'abord , dans un rapport détaillé, la situation du pays. Elle était ac- 1 câblante sous différens rapports. Un emprunt de quatre millions cinq cent mille florins venait d être contracté pour fournir des subsistances aux troupes stationnées dans le duché (i). C'était une calamité pour ce pays, théâtre de la dernière guerre; mais les sacrifices ne l'effrayaient pas à cette époque. Trois commissions, selon la teneur de la charte ^ chacune de cinq membres dont trois nonces territoriaux et deux députés des communes, se formèrent pour examiner les projets de loi : l'une s'occupa des lois de finances , l'autre des lois civiles , la dernière des lois criminelles. Les commissaires seuls, selon la charte, avaient la parole, les autres membres de la diète n'avaient que le droit de voter. Les conseillers dTtat qui défendaient les projets du Gouvernement étaient admis à donner leurs voix : anomalie d'au-

(i) Cétait ie corps du maréchal Davout, qui, jusqu'en iSoS, eût son quartier-général à Warsovie, e^ fut gouverneur mil»taire de ce pays.

tant plus singulière, que leur nombre n'était point limité. Aussi y eut-il un moment oii quelques nonces s'élevèrent contre la nomination de plusieurs nouveaux conseillers d'Etat; mais le sage Ostrowski arrêta les clameurs de l'opposition : « Nous avons à voter, dit-il, le projet du Gouvernement; la loi nous défend de discuter deux objets à la fois. »

Le terme de la diète n'étant que de quinze jours, on s'empressa de voter de confiance les projets de loi« En général les lois d'impôts passèrent à une grande majorité, excepté celle de la double taxe sur les cheminées, qui n'eut que cinquante-cinq voix contre cinquante. Un seul projet, celui de l'introduction d'une monnaie de convention , fut rejeté à la majorité de soixante-quatorze voix contre vingtsept. Quarante-huit millions de florins furent votés par la diète. Mais l'objet le plus important était ladoption du Code Napoléon , qui eut lieu dans la séance du i6 mars, à la majorité de cent cinq voix contre deux. Depuis le 3 novembre 1808, le ministre de la justice avait établi des leçons publiques dans lesquelles on expliquait les principes et les motifs de ce Code. Son introduction était d'un grand bienfait pour la Pologne, qui sortait ainsi du chaos àe son antique législation. Une législation criminelle lui restait encore à solliciter. On conserva, en attendant , celle de la Prusse, jusqu'alors en vigueur dans les tribunaux ; mais on eut la sagesse d'en écar-

l8o TABLEAU DK LA POLOGNE.

ter^ dans la séance du 1 5 mars ^ une partie des horreurs du supplice qui la dégradent.

A la suite des travaux de la diète de 1809, les tribunaux de première instance, un dans chaque département, une cour d'appel et une de cassation dans la capitale, furent organisées. Les membres du conseil d'£tat, sous la présidence du ministre de la justice, composaient cette dernière. Elle eut son procureur-général, nommé en dehors da conseil. L'institution des juges-de-paix fut également réglée. Pour stimuler le zèle de ces juges, qui exerçaient gratuitement leurs fonctions, le roi institua une médaille pour ceux qui , dans chaque département , parviendraient à mettre d'accord le plus grand nombre de parties par leur arbitrage.

Les derniers travaux de la diète s'accomplissaient presque au bruit du canon ennemi. L'Autriche allait déclarer la guerre à la France. Déjà, depuis le 4 mars, l'archiduc Ferdinand-d'Este attendait à Krakovie les ordres ultérieurs de sa cour. Le prince Joseph Poniatowski , en sa qualité de ministre de la guerre , ordonna une levée de neuf mille conscrits de la première classe, pour augmenter la force armée que l'envoi des troupes en Espagne avait affaiblie. En attendant, l'armée autrichienne, sans avoir fait de déclaration préalable , s'avançait, par Konskie, sur Nowe-Miasto. Sa position étant reconnue par Mallet (Malletski), directeur du génie,

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les trois divisions polonaises se mirent en marche sur les frontières. Une lettre dç l'archiduc , remise le i5 avril y par Mallet, au prince Poniatowski, expliqua enfin les intentions de TAutriche. Dans l'absence du roi, qui était déjà à Dresde ^ le conseil

d'Ëtat, présidé par Stanislas-Kostka Potoçki, s'assembla; il engagea le résident français à assister à sa séance 9 et résolut de périr plutôt que d'accueillir le manifeste de l'archiduc , quoique rempli de promesses pour l'avenir de la Pologne. Une proclamation énergique à la nation suivit la résolution du conseil. La garde nationale occupa alors tous les postes de la capitale , et le prince Joseph se mit à la tête de l'armée. Il n'avait que huit à dix mille hommes à opposer à vingt mille d'infanterie et dix mille de cavalerie autrichienne.

Warsovie touchait, à cette époque, aux frontières de l'Autriche. Le prince prit position à Raszyn, à quatre lieues de cette capitale ^ d'où il pouvait observer toutes les routes qui y menaient. C'est là qu'il fut attaqué par l'ennemi ^ le 19 avril. Le front de son armée était couvert par des marais inaccessibles à la cavalerie, et qui étaient coupés par quelques digues. Le général Bieganski forma l'aile droite, le général Kaminski l'aile gauche, et le général saxon Dyherrn commandait le centre. Le général Pelletier dirigeait l'artillerie ; le général Michel Sokolniçki fut mis à la tête de l'avant-garde, et le gé-

nërai Stanislas Fiszer remplissait la charge de chef de l'ëtat-major auprès du prince Joseph. Trois fois les Autrichiens renouvelèrent en vain leurs attaques pour débusquer les Polonais ; ceux-ci restèrent sur le champ de bataille jusqu'à dix heures du soir : mais il fallut enfin songer au salut de la capitale , dont l'armée polonaise pouvait facilement être coupée. Le prince se détermina donc à ne pas attendre jusqu'au lendemain une nouvelle attaque dans sa position. Sans être inquiété par les Autrichiens, il se mit en marche à onze heures du soir. Le peuple de Warsovie, enflammé par la courageuse résistance de l'armée , se rappela aussitôt ses glorieux souvenirs de 1794- Tous les habitans coururent à l'arsenal pour demander des armes; la bêche à la main, toutes les classes de citoyens se mêlèrent de nouveau pour mettre les retranchemens de cette capitale en meilleur état; mais la prudence commandait d'autres mesures. Les lignes de Warsovie s'étendent à environ six mille toises : la cavalerie peut les franchir presque partout; il parut donc impossible de s'y maintenir. Afin d'empêcher la ruine de cette ville , on résolut de faire passer l'armée sur la rive droite de la Wistule.

Sur ces entrefaites, l'archiduc Ferdinand, effrayé sans doute de l'enthousiasme des habitans de la capitale, proposa au prince Joseph une entrevue. Elle eut lieu le soir du 7.0 avril : on y convint d'un ar-

PBJÊClS HISTORIQUE. V* JÉPOQUE. l83

nûstice de vingt-quatre heures. I^ leodemain , une convention fut signée, par suite de laquelle les Autrichiens occupèrent Warsôvie, le 2.3 avril, après avoir garanti la sécurité de }a ville et de ses habitans. L'archiduc se fiait si peu à Tesprit de la population de cette capitale, qu'il garnit les principales places de canons gardés avec des mèches allumées, et demanda, en outre, des otages, parmi lesquels on remarquait le brave Jean Kilinski, cordonnier, qui s'était rendu célèbre dans la révolution de .i 794* Le conseil d'État et des ministres se rendit, avec les archives , d'abord à Thorn , et ensuite (le 12 mai) à Tykocin. La direction supérieure des affaires, dans les départemeus occupés par les Autrichiens, fut alors confiée par l'archiduc au chambellan et conseilla' intime de l'Ëmpereiu*, comte Saint- Julien , sous les ordres duquel le commissaire^ baron de Brun , gérait , en qualité d'intendant , les affaires politiques. Toutes les autorités existantes continuèrent leurs fonctions. Le généi*al baron de Trautenberg fut nommé commandant de la place de War- 5ovie.

En attendant, l'armée polonaise, après avoir emporté toutes ses munitions , passa paisiblement dans le faubourg de Praga ; elle eut soin d'enlever derrière elle le pont de bateaux. Hornowski, commandant de cette place, obtint, par une convention particulière , de ne pas être attaqué du côté de la

l84 TABLEAU D£ LA POLOGNC.

ville de Warsovie, qu'il promit , à son tour, de ne pas bombarder du côté de Praga.

Le prince Joseph , s'étant retiré à Seroçk, y tint un conseil de guerre , où il proposa de se faire jour à travers le pays, en prenant le chemin de ThorD, | et de gagner la Saxe, afin d'en revenir avec des forces plus imposantes; mais le général Dombrovrski^ toujours audacieux dans ses plans ^ fut d'avis de marcher sans délai en Gallicie, d'appeler à l'indépendance cette partie de l'ancienne Pologne, et d'opposer les secours de cette province aux nombreuses phalanges de l'Autriche. Le plan de Dombrowski fut unanimement adopté, et les ordres fu* rent donnés en ccmséquence.

Bientôt Grochow, Radzymin, et surtout Gora, furent témoins des succès remportés sur les Autrichiens. Il s'agissait, pour le salut des Polonais, d'empêcher l'armée ennemie de coustruire un pcHit sur la Wistule. Trois arches avaient déjà été élevées à Gora, et des retranchemens formidables y cou* vraient les forces du général de Schauroth. Il fal* lait les prendre à tout prix. Aussitôt l'intrépide S<^ kolniçki fait livrer l'assaut. Jamais vaillance ne fut plus éclatante : de son côté, l'ennemi opposa une résistance opiniâtre; son artillerie foudroyait la rive opposée. Mais on combattait le jour anniversaire de la révolution du 3 mai , et l'habile général n'oublia pas de rappeler à la mémoire de ses cohortes

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le souvenir de leur gloire et de leurs infortunes. A deux heures du matin, les retranchemens furent emportés; tout l'état-major, trente-huit officiers et dix*huit cents soldats furent fails prisonniers. Cette nouvelle, répandue avec la rapidité de l'éclair dans la Gallicie, ranima l'espoir de ses habitans. Dix jours après , le prince Joseph , maître de la rive droite de la Wistule , entra à Lublin. L'insurrection s'organisait sur ses traces avec une rapidité incroyable. Sandomir fut emporté le i8 mai. Mille hommes tués, douze cents prisonniers , vingt pièces de canon et des magasins considérables, tels furent les nouveaux trophées de l'illustre Sokolniçki. L'émulation gagnait les autres généraux. Pelletier prit d'assaut, le ad tfiai, la forteresse de Zamosc. L'ennemi y perdit trois mille hommes tués ou pris, et quarante canons. Le lendemain, le général Kaminski marcha sur Léopol. Dans cette marche, trois à quatre mille conscrits, rassemblés par les Autrichiens, leur furent arrachés. laroslaw, avec neuf cents hommes , se rendit le ^4 au général Roznieçkr, qui entra le a8 mai, sans coup f^rir, à Léopol, vieille capitale de laGallicie, courbée, depuis 1773, sous le joug de l'Autriche. Les habitans sortirent à quatre lieues à la rencontre de leurs concitoyens. Les vieillards versaient des larmes à la vue des bannières nationales; la jeunesse se pressait dans les rangs de ses libérateurs et les femmes, jonchaieot de fleurs le

l86 TABLEAU DE LA POLOGNE.

chemiu où passaient les vainqueurs. Une compagnie des guides, composée de soixaote-dix-neuf gentilshommes, se forma à Léopol pour servir d'ordonnances au prince Joseph.

Un gouvernement provisoire fut aussitôt installé à Zamosc. La présidence en fut confiée à Stanislas Zamoyski, propriétaire du majorât de Zamosc, qui s'empressa de lever un régiment d'infanterie à ses frais. Le prince Constantin Czartoryski en leva un autre. Tous les cercles de la Gallicie organisaient des bataillons d'infanterie et des escadrons de cavalerie ; les villes formaient des gardes nationales ; les magasins autrichiens fournissaient abondamment des armes aux nouvelles levées.

Pendant ce temps*là , les généraux laiftst^s*^ dans le duché de Warsovie ne demeuraient pas oisifs. Zaïonczek et Dombrowski repassèrent la Wistule ; le premier pour observer les mouvemens de l'armée de l'archiduc dans les environs de Warsovie , le second pour insurger la Grande-Pologne; et, en cette occasion comme dans les autres , cette province se signala par son patriotisme et sou énergie. Depuis 1794 9 c'était la troisième fois que Dombrowski y organisait des levées générales , toujours aidé par Wybiçki, qui vint le rejoindre encore. Us mirent tant d'activité dans leurs dispositions ^ que, du 16 au a3 mai , les Autrichiens furent attaqués depuis Uromberg jusqu'à Czeostocbowa. Cette place et celle

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de Tliorn furent mises ainsi à Tabri de toute entreprise; elles étaient commandées ^ ta première par le colonel Stuart, la seconde par le général Stanislas Woyczynski, qui surent supporter avec courage plusieurs attaques de l'ennemi. L'affaire de Thorn surtout ( i4 mai) couvrit de gloire son comman^ dant. Bientôt les nouvelles levées, commandées par Kosinski et Biernaçki , poursuivant l'ennemi sur tous les points, poussèrent leurs avant -postes à Skierniewice, Bolimow et Blonie. Le général Maurice Hauke avait aussi franchi la Wistule à Ploçk. Pressé de tous les côtés, l'archiduc Ferdinand résolut de chercher son salut dans la fuite. Après avoir imposé, au mépris de la convention, une contribution de quatre cent mille florins sur la ville de Warsovie , il se sauva secrètement de cette capitale, avec son aide-de-camp, le comte Neipperg. Dans la nuit du i*"au a juin, ses troupes le suivirent sans le moindre bruit. Leur retraite fut tellement subite, qu'ils n'eurent pas le temps de relever leurs postes : les femmes de la halle les désarmèrent le lendemain. Un détachement de la division du général Zaïonczek fit, le 2 juin, son entrée à Warsovie, aux acclamations du peuple. Les dames quittèrent alors le deuil qu'elles avaient porté constamment pendant les quarante jours de son occupation par l'ennemi. Le 8 du même mois, le conseil d'Etat et des ministres rentra dans la capitale, et, bientôt après,.

l88 TABLEAU DE LA POLOGNE.

le général Louis Kamiénieçki en obtint le commandement militaire.

Sur ces entrefaites, l'armée russe , forte de quarante-huit mille hommes y et commandée par le prince Galitzyne , entra sur trois colonnes dans la Gallicie. Ce secours tardif arrivait aux Polonais par suite de Talliance que Tentrevue d'Ërfurth semblait avoir consolidée entre les deux empereurs. Napoléon et Alexandre. Le gouvernement du duché de Warsovie avait, dès le 18 avril, expédié deux courriers, un au prince Galitzyne à Bialystok, l'autre à l'empereur lui-même à Pétersbourg , pour les informer de l'envahissement des troupes autrichiennes. Seize jours plus tard, un article inséré dans la Gazette de Saint-Pétersbourg expliqua les intentions de la Russie. Mais c'est surtout la victoire de Ratisbonne, remportée te âo avril par les Français, et le progrès rapide de leurs arhiées, qui influèrent sur la décision du cabinet de Saint-Pétersbourg. Le 8 mai , l'empereur fit notifier à l'ambassadeur d'Autriche que ses fonctions diplomatiques cessaient de ce jour. Schwartzenberg ne quitta cependant Saint-Pétersbourg que le aS mai , et , le aS, l'armée russe eut ordre d'entrer en Gallicie. Le système de temporisation qu'elle adopta depuis, et qui ne peut être comparé qu'à celui dont, trois ans plus tard , les troupes autrichiennes se servirent à leur tour dans la guerre de Russie , témoigne de la

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bonne foi de cette alliance. En effet, sans brûler une seule amorce, les Russes marchaient partout sur les pas des troupes polonaises , et ne montre-* rent qu'un moment quelque velléité d'énergie , lorsque, sur la fin de la campagne, ils voulurent s'emparer de Krakovie, après que la garnison de cette ville eut capitulé avec le prince Joseph.

Ferdinand, dans sa retraite de Warsovie, fut vi* vement poursuivi par le général Zaîonczek ; mais le combat que celui-ci livra aux Autrichiens , le 9 juin , à ledlinsko, ne fut pas heureux. Dombrowski répara cette défaite le lendemain , en délogeant le général autrichien Mondet de Nowe-Miasto. Le i a , Zaîonczek , secouru par le général Hauke , ramena aussi sa division à la victoire , dans le combat de lankowice. Les trois divisions de Poniatowski , de Zaîonczek et de Dombrowski, allaient bientôt se joindre ; les Autrichiens étaient pressés de s'assurer une retraite en Hongrie : Ferdinand rassembla toutes ses forces, et résolut de s'emparer de Sandomir. Déjà , le 5 juin , le général Schauroth avait tenté de s'approcher de cette place; mais il avait été repoussé. Le 7 , Ferdinand l'attaqua en personne , sans succès. Une nouvelle attaque fut dirigée, le 16 du même mois, par le général Mohr; trois fois les ouvrages furent pris et repris : les Autrichiens furent encore cette fois obligés de céder avec de grandes pertes. Enfin on résolut d'enlever Sandomir à

tout prix. I^s paysans polonais des environs furent rassemblés par les Autrichiens. Chassées devant eux , ces victimes étaient forcées de combler les fossés y avec des fascines , sous le feu des batteries polonaises. L'assaut fut donné dans neuf endroits à la fois; il coûta deux mille hommes tués, blessés on prisonniers, à Farchiduc. Mais la garnison manquait déjà de munitions et de poudre. Une capitulation fut donc signée par le brave Sokolniçki, le 18 juin; et il quitta la place, à la tête de ses troupes, avec tous les équipages et tous les honneurs militaires. Il promit de n'agir contre les Autrichiens qu'au bout de quarante-huit heures. Le 24 juin , le prince Joseph , après avoir fait jeter un pont sur la Wistule, à Pulawy, réunit son corps à celui de Sokolniçki , à Zylin , et , bientôt après , à celui de Dombrowski, à Radom. L'ennemi, forcé, par l'effet de cette jonction, de quitter Sandomir, évacua précipitamment ses environs. Il rentra pour un moment à Léopol ; mais il en fut bientôt chassé par le général Kaminski.

Pendant que les troupes polonaises combattaient vaillamment les Autrichiens, le gouvernement du duché de Warsovie était dans la nécessité de sévir contre plusieurs étrangers qui avaient entretenu quelques connivences avec les troupes de l'archiduc Ferdinand durant leur séjour dans le duché. I^ ci-devant général-major prussien Brodovsky et le

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ci-devant charge d'affaires d'Autriche Du Caché, qui vivaient à Warsovie en simples particuliers, furent arrêtés avec plusieurs autres anciens employés prussiens. Par un arrêt du 12 juin, trois cours criminelles, présidées par les généraux Amilcar Kosinski, Paul Skorzewski et Stanislas Woyczynski, furent instituées pour juger les traîtres. Presque tous furent déportés. On transporta aussi au-delà des frontières les anciens invalides prussiens, et les employés des bureaux des postes qui avaient servi sous ce gouvernement et qui n'étaient pas nés en Pologne , eurent ordre de s'éloigner sous six semaines. Tous les fonctionnaires autrichiens furent', à leur tour, renvoyés dans leur patrie et remplacés par des nationaux.

L'étendue des nouvelles conquêtes s'augmentant rapidement, le gouvernement du duché de Warsovie nomma le préfet de Ploçk, Raymond Rembielinski, à la fonction d'intendant-général charge de l'administration civile et de la police générale des pays occupés. Mais bientôt un courrier, parti le i5 juin de Vienne, que les troupes françaises venaient d'envahir, apporta l'ordre de l'empereur Napoléon , de faire exercer tous les pouvoirs dans la Gallicie en son nom. On organisa, en conséquence^ le 2 juillet, une commission provisoire à Radom , dont Stanislas Soltyk fut nommé président. Une autre commission fut installée à Lublin. Elles pré-

tèrent serment de fidélité à Fempereur des Fran* çais. Les troupes de la nouvelle levée prirent le nom AefrancO'galUciennes, et la cocarde française. Elles jurèrent à leur tour, le 4 juillet^ fidélité à ftapoléon. Partout on substituait Taigle d'or à celles aux deux têtes. Il paraît qu'avant de finir avec l'Autriche y on craignait de faire ombrage à la Russie en relevant la puissance de la Pologne.

Les troupes polonaises s'augmentaient journellement, tandis que celles de l'Autriche s'afFaiblissaieut à chaque combat. Quelques détachemens de cavalerie commandés par le colonel Gabriel Rzyszczewski et le lieutenant-colonel Strzyzewski poussèrent leurs poursuites de Léopol jusque sur les frontières de la Boukovine. Le général autrichien Buking, battu par Rzyszczewski, le i8 juillet, à Brzezany, se rendit prisonnier avec plus de vingt officiers, mille sol* dats d'infanterie et deux cents hussards. Le colonel allait attaquer un corps autrichien de trois mille hommes, posté à Podhayce, ec commandé par le feld-maréchal-lieutenant Meerfeldt, lorsque la nouvelle de l'armistice lui fit suspendre sa marche.

Le prince Joseph entrait presque en même temp$| à la tête de dix-huit mille hommes, à Krakovie. Depuis qu'il avait quitté son quartier-général de ^Radom^ les Autrichiens fuyaient partout devant ses avant-postes; ils tombaient par milliers entre les mains des vainqueurs : aussi donnait-on trois soldats

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autrichiens pour un polonais , et un officier de cette nation pour deux officiers autrichiens, quand il s'agissait d'échanger les prisonniers. Enfin, après une faible démonstration sous les murs de Krakovie , les généraux Mondet et Mohr^ qui avaient encore douze mille hommes sous leur commandement,signèrent une capitulation par suite de laquelle le prince Joseph occupa l'ancienne capitale de la Pologne, le 1 5 juillet. Quelques heures après , quatre à cinq mille Russes s'empressèrent aussi d'entrer dans cette ville. Le quartier-général du prince Galitzyne était à Tarnow.

Les généraux Roznieçki et Kosinski avaient déjà poussé leurs avant-postes sur les frontières de la Silésie, à Bielitz, quand l'armistice signé le i a juillet par les deux empereurs fut publié, le 1 6 , à Krakovie, par l'ordre du jour du prince Poniatowski. Le brave Sokolniçki obtint alors le commandement militaire de Krakovie ; le prince Henri Lubomirski fut revêtu de la présidence de l'administration, et le général Hebdowski fut nommé commandant de toute la Gallicie.

Le général Pelletier, un des officiers qui s'étaient le plus distingués dans la campagne, fut envoyé auprès de Napoléon pour lui rendre compte des succès de l'armée polonaise. Poniatowski obtint en réponse une lettre flatteuse , un sabre de grand prix et la grande croix de la Légion-d'Honneur. II. i3

Ignace Potoçki, Tharlée Matuszewiç et Nicolas Bronikowski , se rendirent à Vienne pour appuyer la cause de leur patrie, que le traité de paix allait décider. Il fut conclu le i4 octobre 1809. Une moitié de leur conquête fut arrachée aux Polonais. Quatre départemeus , ceux de Krakovie , de Radom, de Lublin et de Sledlce , augmentèrent seulement le duché de Warsovie. Ils perdirent Léopol et la Gallicie proprement dite, La Russie, pour être demeurée spectatrice des exploits des Polonais , obtint l'arrondissement de Tarnopol. Ainsi , une fois en-* côre Napoléon sacrifia les intérêts des Polonais. Sa politique à leur égard ne fut ni généreuse ni même habile. La Russie ne lui sut aucun gré de sa mode' ration, parce qu'elle en appréciait les motifs, et l'Autriche dépouillée lui conserva , comme la Prusse, le plus vif ressentiment. Il se laissa séduire par des considérations qui , quelque graves qu'elles fussent, ne devaient pas balancer les avantages qu'offrait le rétablissement d'un royaume de Pologne grand et fort.

Le 1 3 novembre , les salines de Wiéliczka furent occupées par les troupes polonaises. Selon la teneur du traité, tout le territoire des mines de sel appartenait en commun à l'Autriche et au duché de Wai^ sovie. Les généraux Pelletier et Roznieçki et le prince Henri Lubomirski , du côté de la France et de la Pologne , le général Mayer et le comte Wumi-

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ser, vice-gouverneur de la Gallicie , du côté de TAutricfae y furent nommés pour régler les nouvelles frontières entre les deux *£tats.

Le i8 décembre 1809, les troupes victorieuses venant de Krakovie, rentrèrent dans la capitale du duché. Un arc triomphal leur fut préparé par les habitans de Warsovie. C est par ici que Jean Sobieski revint de Vienne^ lisait-on sur le fronton de Tare. \jQ prince Joseph évita les honneurs du triomphe , en arrivant seul et incognito dans son château. Frédéric^ Auguste récompensa ses services par un don de plusieurs domaines d'une valeur totale de quinze cent mille fl(M*ins. Un événement douloureux interrompit les réjouissances publiques. La mort du président du sénat, de Tiliustre Stanislas-Nalencz Malachowski , couvrit de deuil ( 29 décembre ) la Pologne. Il ne fut remplacé que le 9 mars iSio, par Louis Gutakowski.

Par le décret du a4 février 18 10, les quatre nouveaux départemens obtinrent l'organisation prescrite par la constitution du duché de Warsovie. Un autre décret royal du 20 mars divisa ce duché en quatre cercles militaires. Le premier comprenait les départemens de Warsovie, de Plock et de Ijomza; le second , ceux de Posen , de Kalisz et de Bromberg; le troisième, ceux de Lublin et de Siedice; et le quatrième ceux de Krakovie et de Radom. Chaque cercle était commandé par un général de

division , et chaque dëpartement par un général de brigade. Les généraux Zaîonczek , Dombrowski , Kamiénieçki et Sokolniçki^ furent nommés au commandement des cercles. Le prince Joseph Poniatoivski fut élevé au titre de commandant en chef d^ l'armée polonaise. Dix-sept régimens d'infanterie, seize de cavalerie, composaient alors cette armée 9 forte de soixante mille hommes. Elle avait acquis, depuis la dernière campagne, deux nouvelles armes, savoir : un régiment de cuirassiers formé par le colonel Stanislas Malachowski , et deux de hussards. Tel était alors l'enthousiasme des Polonais de toutes les provinces, que ia Russie publiait à son tour des oukases ( 5 octobre et 1 7 septembre 1 809 ) pour arrêter, par la confiscation des biens , l'émigration de ses sujets polonais. C'est en ce temps que le prince Dominique Radziwill vint deLithuanie pour former, à ses frais, le huitième régiment de lanciers.

La paix de Vienne fut la plus brillante époque de l'empire français. Des monarques encombraient alors les antichambres des Tuileries, et le vieux roi de Saxe était aussi du nombre de ceux qui portèrent, en personne, leur hommage à l'empereur. Celui-ci crut faire oublier aux cours européennes son origine, en prenant l'archiduchesse Marie - Louise pour épouse. Le palatin Stanislas Zamoyski fut envoyé, parle gouvernement du duché de War-

sovie , pour complimenter Napoléon sur son mariage. Une année plus tard, à l'occasion de la naissance du roi de Rome ^ ce fut le prince Joseph Poniatowski que le roi chargea de présenter à l'empereur Thommage des Polonais. A son retour de Paris , Frédéric- Auguste quitta Dresde le 3o avril pour visiter ses nouvelles provinces. Prenant le chemin de Fraustadt et deKalisZy il arriva le 7 mai à Krakovie , et le 17 à Warsovie. Malgré la joie qu'inspiraient à toute la nation polonaise les derniers événemens^ il dut s'apercevoir de la misère générale , suite nécessaire des sacrifices faits à la patrie, et des calamités que la guerre entraine toujours avec elle. Pour remédier au moins en partie à ce malheur, un décret royal fut publié qui garantissait l'exemption , pendant six ans , de toutes charges et impôts publics , aux cultivateurs ou artisans étrangers, qui viendraient s^établir dans le pays. Ils étaient en outre, ainsi que leurs enfans y exempts de la conscription militaire.

Deux objets occupaient particulièrement , à cette époque , le gouvernement du duché de Warsovie : l'éducation publique et la force armée ; c'est là-dessus que reposait l'avenir de la Pologne, dont le duché n'était que le noyau. La construction des forteresses sur la ligne de la Wistule, que Napoléon voulait fortifier contre la Russie, s'avançait avec une activité inouïe. Dans la pénurie du trésor^

igS TABLEàU DE LA. POLOGNE.

qu'absorbaient Farinée et la liste civile, Tadministration fut forcée d'avoir recours à la corvée. On rassembla ) à Modlin surtout , une telle masse de paysans y même des contrées éloignées, que le manque de vivres et la chaleur de la saison occasionèrent des maladies qui en eurent bientôt moissonné une grande partie.

Quant à l'éducation de la jeunesse , elle fit de grands progrès sous les auspices de Stanislas*Kostka Potoçki et de Stanislas Staszic. Une commission fut organisée pour protéger les institutions élémentaires par la publication des ouvrages instructifs qui manquaient à la littérature nationale : les œuvres élémentaires de Ropczynski, deWolski, deBielski, de Kamienski, d'Antoine Dombrowski, et autres ^ attestent l'utilité de cette institution. Ce fut surtout la congrégation des Piaristes qui lui fournit les membres les plus actifs. L'Université de Krakovie fut restaurée. Une école de droit organisée par le ministre de la justice Lubienski , à l'instar de celle de Paris, fut ajoutée à celle de médecine^ et forma ainsi une succursale de l'école principale de Warsovie. Chaque département eut son école supérieure ou lycée ; Warsovie en eut trois. Nombre d'écoles inférieures et primaires furent instituées dans les villes et dans les campagnes. La Lithuanie rivalisa avec le duché de Warsovie à cet égard. Profitant de la protection de l'empereur Alexandre, l'illustre

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Thadé Czaçki sacrifiait sa fortune et ses soins à rétablissement, à Krzémiénieç en Wolhynie, d'un gymnase qu'Aloise Felinski dirigeait , et qui allait se distinguer par un esprit de patriotisme aussi rare qu'honorable. L'érection du duché de Warsovie eut en général cet effet, que la Russie et l'Autriche même étaient obligées de caresser leurs sujets polonais pour être plus tranquilles dans leurs possessions.

Le terme d'une dictç ordinaire s'approchait. Elle fut convoquée au mois de décembre 1 8 1 1 . Quel* ques modifications dans le Code civil et la loi des finances furent discutées et adoptées par l'assemblée, présidée par le maréchal Stanislas SoltyL L'impôt sur les patentes, ceux sur les boissons et les cheminées , l'impôt foncier, l'impôt personnel , le timbre et la régie du tabac, furent réglés dans cette diète. Après sa clôture, le roi quitta Warsovie le 28 décembre.

Enfin les vœux les plus ardens des Polonais semblaient être près de se réaliser. Le système continental établi contre l'Angleterre par l'empereur Napoléon provoqua la guerre contre la puissance moskovite, et, par suite de cet événement, les provinces polonaises de la Russie allaient être appelées à l'indépendance. Déjà le traité conclu le 14 mars 181 2, entre Napoléon et l'Autriche, préludait à la grandeur espérée de la Pologne. Un article secret promettait à celle-ci la restitution de la Gallicie, qui

devait être échangée contre Vlllyric par rAutriche, et le duché de Warsovie, qui ne comptait pas quatre millions de population y espérait devenir un puissant royaume de dix-sept millions d'ames.

Napoléon arriva le a .juin à Posen , et il y fut complimenté par les sénateurs Wybiçki et Sobolewski. L'ahbé de Pradt fut envoyé en Pologne en qualité de son ambassadeur extraordinaire. Le baron Bignon, à cette époque résident et chargé d'affaires de France à Warsovie , allait obtenir la même destination à Wilna. Il s'y rendit bientôt , car les troupes françaises ne tardèrent pas à entrer en Lithuanie. Le passage du Niémen s'effectua à Kowno^ le a4 juiii- Quelques jours plus tard, les houlans polonais du régiment du prince Dominique Radzi- "W^ill entrèrent tes premiers dans la vieille capitale des Jagellons, évacuée avec promptitude par les troupes d'Alexandre , qui y attendait l'ouvCTture de la campagne depuis le 26 avril. Napoléon fît son entrée à Wilna le 28 juin.

Ce jour même, un grand acte s'effectuait à Warsovie ; une diète générale venait d'y être convoquée. Elle s'assembla , le 26 juin , sous la présidence du prince Adam-Kasimir Czartoryski, nonce de Warsovie et son maréchal. Par autorisation de Frédéric- Auguste , le conseil des ministres proposa à la diète d'appeler la nation à se confédérer, selon les usages anciens, pour l'indépendance de la patrie. Le rap-

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port sur la situation du pays^ que le ministre des finances 9 Thadée Matuszcwiç, nommé à cet effet , présenta en pleine séance des deux chambres, le 28 juin, eut un effet magique. A ces mots , prononcés avec chaleur par l'éloquent orateur, « la Pologne

existera; que *dis-je? elle existe » l'enthousiasme

des tribunes publiques ne put être contenu. On pleurait, on s'embrassait. Dans un clin d'œil , 1a cour du château et les rues adjacentes furent encombrées par le peuple de Warsovie ; ses cris de joie retentissaient jusque dans la salle de l'assemblée. Ce jour même ,-le6 dames se revêtirent des couleurs nationales : tout le monde suivit leur exempte, en prenant la cocarde bleue et amarante. Les anciennes bannières de Pologne et de Lithuanie, réunies, flottaient de nouveau sur les édifices publics, et, dès ce moment, la diète prit le nom de confédération générale du royaume de Pologne.

Un des premiers actes de la confédération fut la sommation de rentrer au sein de la Pologne, adressée à tous les Polonais qui servaient la Russie civilement ou militairement. Us furent déliés du serment qu'ils avaient prêté aux tzars.

Le 29 juin , le conseil-général de la confédération fut installé. Présidé par le prince Czartoryski, il eut pour vice - président le palatin Stanislas Zamoyski , et pour secrétaire-général le maître des requêtes Gaétan Kozmian. Aussitôt les diétiues fu-

aoa TABLEAU DE LA POLOGNE.

rent convoquëes pour accéder à Pacte de confédération que tous les corps publics et tous les habitans du pays en particulier s'empressaient de signer. Des adhésions arrivèrent même des pays étrangers. On vit Engestrœm , premiar ministre de Suède , envoyer son accession, en qualité de propriétaire en Pologne y et Georges- Charles ^ prince et landgrave de Hesse , adressa aussi à la confédération son adhésion, oïl il saluait la Pologne du nom de sa patrie chérie. Deux députations furent nommées y Tune pour porter à Frédéric-Auguste la nouvelle de rétablissement de la confédération y l'autre pour demander à l'empereur des Français son appui pour la Pologne. Cette dernière fut reçue par Napoléon, le 1 1 juillet 9 à Wilna. oc Que la Lithuanie, la Samogitie , Witebsk, Poloçk, Mohilew, la Wolhynie, l'Ukraine, la Podolie (répondit-il à la harangue de Wybiçki) soient animées du même esprit que j'ai vu dans la Grande-Pologne , et la Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressans.... d

Le même jour, une députation du duché^ de Samogitie, ayant le maréchal Zagiell à sa tête, exprimait à l'empereur le dévouement de ses commettans à la cause commune.

Le i4 juillet fut une fête nationale pour les habitans de Wilna. Ce jour-là , les députés du royaume

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de Pologne appelèrent solennellement la Lithuanie à se confédérer conjointement avec leur mère^pa*trie. A cet effet, les diétines lithuaniennes furent convoquées pour le i5 août; les villes et les com«^ inunes ne furent pas oubliées dans cette occasion.

Un gouvernement provisoire fut institué eu Lithuanie. Il se composait de Stanislas Soltan^ Charles Prozor, Joseph Sierakowski, Alexandre Sapiéha, François lelski^ Alexandi^e Potoçki^ Jean Sniadeçki et Joseph Rossakowski. Michel Romer fut nommé maire de la ville. A mesure que les troupes françaises s'a* Tançaient en Lithuanie, on mettait à exécution les ordres de Napoléon y relativement à l'administration du pays . Onze sous-préfectures pour le gouvernement de Wilna furent établies; des commissaires furent envoyés dans chaque arrondissement pour y ôrgani* ser la garde nationale et lever un corps de gendar* merie. I^ jeunesse de l'Université de Wilna s'em« pressa de former une garde d'honneur pour l'empereur; elle fut commandée par Gabriel Ogin* ski. Le général de brigade Konopka fut désigné pour organiser la garde lithuanienne. Alexandre Cfaodkiewicz , Constantin et Rodolphe Tyzenhauz , Charles Przezdzieçki , Raieçki, Giedroyç, Stanislas Czapskiy Michel Tyszkiewicz, Gielgud, Obuchowicz , Adam Biszping , Joseph Wawrzeçki , offrirent leurs fortunes pour lever d'autres régimens. L'enthousiasme général gagna en même temps les bra-^

ves TatarSy colonises depuis les Jagellons en lithuanie; ils résolurent de former un régiment de cavalerie pour la cause de l'indépendance de la Pologne ( I ).

En attendant y les troupes de l'empereur poursuivaient leur marche victorieuse jusque sur les vieilles frontières de la Moskovie. Les divisions polonaises commandées par le prince Joseph Poniatowski formaient le cinquième corps de la grande armée 9 d'abord sous les ordres de Jérôme, roi de Westphalie , ensuite sous ceux du roi de Naples Joachim. Mir, Smolensk, Borodino, Kalouga et d'autres batailles furent témoins de leurs exploits. Un détachement polonais , joint au corps prussien, s'avançait, avec l'aile gauche, sous les ordres du maréchal Macdonald , sur Riga; un autre, sous ceux du général Kosinski , faisait partie de l'aile droite de l'armée, composée de troupes autrichiennes, et commandée par le général Schwartzenberg. EnfiQ la division de Dombrowski assiégeait Bobruysk, avant de s'illustrer dans les combats de Boryssow et

(i) L*espnt national fut puissamment réchaufTé à Wilna par les écrits de Jean Sniadecki, d'Eusèbe Slowacki, d*Ignace Danilowicz et autres; à Minsk par Brodowski , rédacteur de la première gazette qui ait paru dans cette ville, et par Jean Chodzko, auteur de plusieurs discours publics et d'une pièce de circonstance et en vers intitulée le Passage du Niémen^ ou la Lithuanie^' ïivne.

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de la Bérézyna. Mais la Pologne n^avait pas encore épuisé la coupe du malheur; les revers survinrent, et cette guerre, ouverte sous les plus heureux auspices, lui enleva jusqu'à l'espoir de son indépendance. En vain voulut-on rassembler de nouvelles levées , fournies par la confédération; les défai les de la grande armée , amenées par la rigueur de Thiver, se succédaient avec une rapidité qui étouffait tous les efforts. D'ailleurs, l'acte de confédération ne fut, en dernier résultat, qu'une vaine démonstration des sentimens nationaux des Polonais envers la Russie. Soit que Napoléon , détourné de ses premières intentions dans l'entrevue de Dresde avec l'empereur d'Autriche (i), soit que, dans la crainte de rendre la Pologne trop puissante, il ne désirât point la voir déployer toutes ses forces, soit que le conseil général de la confédération, ou par insouciance, ou par trop de confiance dans l'étoile de l'empereui:, ne se pressât pas assez de profiter de l'enthousiasme populaire, il est certain que toute l'action de la confédération se borna à des adresses et des proclamations qui n'eurent d'autre effet que d'effrayer un instant la Russie. £n tout cas, l'inaction du conseil-gé-

(i) Elle eut lieu à l'ouverture même de la campagne. Napoléon avoua plus tard, qu'à la suite de cette entrevue il n*avait pas le courage de faire son entrée à Warsovie , et résolu de rejoindre l'armée par Posen et Kœnigsberg.

nëral est impardonnable. Par suite de sa nëglfgenœ, les Russes , à leur entrée en Pologne , désarmaient un à un les soldats levés par la confédération , et ils n'eurent pas le temps de rejoindre leurs régimeataires. A peine une poignée de paysans de la Grande- Pologne parvint-elle à s'assembler sous les ordres de Biernacki; ils versèrent leur sang dans les combats de Ronin et Kalisz , sur les confins même de la patrie , "pour en disputer, jusqu'au dernier instant, la possession à l'ennemi. Toutefois , après les désastres de la campagne de Russie, près de vingt mille hommes restèrent encore de l'armée polonaise. Une partie de ces débris fut dispersée dans les places fortes de Dantzig, de Thorn, de Modlin^ de Zamosç et autres. Un détachement, sous les ordres de Dombrowski, continua sa retraite avec l'ai^née firançaise, et le prince Poniatowski, après avoir quitté Warsovie , le 7 février 1 8 1 3 , rassembla un effectif de treize mille hommes à Krakovie.

Sur ces entrefaites, la Russie envahit toute la Pologne; la Prusse, d'abord alliée de Napoléon, tournait contre lui ses forces, et l'Autriche, qui, par sa temporisation , avait été peut-être la cause la plus réelle des désastres de la grande armée, adoptait ce système de neutralité qui devait finir par une déclaration de guerre aux Français et à leurs alliés. La position du prince Poniatowski devenait trèsembarrassante. Poursuivi par les Russes , il avait à

franchir les provinces de l'Autriche ou de la Prusse pour rejoindre l'armëe de Napoléon. Peut-être aurait-il été à désirer que les Russes, par une attaque rigoureuse, eussent forcé le prince et ses braves au désespoir; alors les Polonais, n'ayant d'autres ressources que le combat , réduits à des mesures extrêmes, auraient sans doute cherché à soulever leurs concitoyens, à regagner les forteresses de la Wistule, et, organisant une insurrection sur les derrières des armées alliées, ils auraient peut-être arrêté la défection de l'Autriche, et rendu la Prusse même circonspecte. Mais l'Autriche ouvrit, par une convention particulière, ses frontières au passage des troupes polonaises en Saxe; elles annoncèrent, par la prise de Gabel , leur jonction à la grande armée, et partagèrent dès-lors son sort jusqu'à la prise de Paris.

Au commencement de février i8i3, les Russes occupèrent Warsovie. Ils se firent précéder par l'acte d'amnistie du a 4 décembre i8ia, pour les Lithuaniens qui se réunirent aux armées françaises, et par un manifeste bienveillant du feld-maréchal Koutousoff , adressé aux habitaus du grand-duché de Warsovie. Pour expliquer ces actes de clémence il convient de savoir que , tandis que le grand-duché faisait des efforts pour la guerre de 1 8 1 2 , quelques Polonais-Lithuaniens , prévoyant peut-être les désastres de cette guerre, et surtout éblouis par les

%oS TABLEiLU DE LA. POLOGNE.

qualités personnelles d'Alexandre et les bienveillantes dispositions qu'il manifestait à cette époque pour le sort futur de la Pologne, cherchèrent à se rallier à ce monarque. Si la temporisation d'Alexandre ne put le déterminer à proclamer franchement le rétablissement total de la Pologne comme il leur eu donnait l'espérance avant la guerre, au moins leur influence dans le cabinet de ce souverain ne fut-elle pas sans profit pour leurs compatriotes, dans la situation où ceux-ci se trouvèrent par suite des désastres de la campagne de i8ia (i).

Un conseil suprême provisoire fut organisé à Warsovie sous la présidence de Lauskoï , et sous la viceprésidence de Novossiltzoff. Quelques-uns d'entre les Polonais qui suivirent Alexandre , en j 8 1 a , à Saint- Pétersbourg, obtinrent les autres ministères; ainsi Thomas Wawrzecki fut nommé à la justice et à la guerre , et le prince Xavier Drucki-Lubecki h l'intérieur. Quant à Colomb et Dembczynski, résidens à Warsovie, le premier occupa le miniistère des finances , et le second devint secrétaire-général du conseil.

Les préfets qui , ainsi que les ministres du grandduché , avaient abandonné leur poste pour suivre

(i) Les iectears trouveroDt des détaib circonstanciés relatifs aux affaires polonaises dans le cabinet d'Alexandre , dans les Mémoires de Michel Oginski sur la Pologne et les PoIo/kûs, de 1788 à iSïSf publiés à Paris eo 1836-1827, eo 4 vol.

rarmëe, furent remplacés par leurs substituts , qui étaient surveillés par des officiers moskovites sous la dénomination de ISatsckalnik oblaslnji, les souspréfets eurent pour surveillans les natschalnik okroujnjL Des commissions particulières pour les approvisionnemens de iarmée et des hôpitaux militaireSy furent instituées; c'était la partie de l'administration la plus active. On se servit ^ pour imposer le pays, des moyens bonapartistes, de réquisitions anticipées, et bientôt les impôts furent perçus d'avance jusqu'à l'année 1824*

L'entrée des alliés à Paris, en 18149 ^"^ ^^® nouvelle influence sur les destinées de la Pologne. Déjà vers la fin de l'année 1 8 1 â , lorsque les désastres de la campagne de Moskou allaient ruiner les espérances des Polonais, les ministres du grand-duché, Mostowski et Matuszewiç , encouragés par le prince Adam Czartoryski le fils , compagnon de la jeunesse d'Alexandre et son conseiller intime , ouvrirent une correspondance avec ce monarque , pour arrêter la vengeance de ses armées triomphantes et gagner sa protection à leur malheureuse patrie. On proposait à lempereur de couronner son frère Michel roi de Pologne. L'empereur, en écartant cette dernière proposition , chercha néanmoins à rendre les Polonais « tranquilles sur toutes les appréhensions qu'ils pouvaient avoir. » Dans sa lettre adressée de Leypuny , le 1 3 janvier 1 8 1 3 , au prince Czartoryski , II. i4

il disait aux Polonais : a Ayez quelque confiance en moi y dans mon caractère, dans mes principes, et vos espérances ne seront point trompées. A mesure que les résultats militaires se développeront, vous verrez à quel point les intérêts de votre patrie me sont chers ; quant aux formes , les plus libérales sont celles que j'ai toujours préférées. » Il ne semblait même pas être loin de Tidée de réunir la Lithuanie à.Ia Pologne. «Quant à la dénomination, disait-il, sous laquelle elle se trouvera en faire partie , cette difficulté est facile à vaincre. » Cependant le congrès de Vienne n'avait pas encore proclamé l'existence du nouveau royaume, quand le grand-duc Constantin , nommé par son frère, Alexandre, commandant en chef des troupes polonaises, voulut s'occuper d'avance de leur organisation. Un comité militaire , composé de neuf généraux , fut institué sous sa présidence à Warsovie.

Les généraux polonais hésitèrent à souscrire aux exigences du grand-duc. Ils lui représentèrent qu'une nation, jouée tant de fois par ses soi-disant protecteurs , aurait raison d'être dorénavant plus circonspecte sur son propre sort, et de n'offrir son sang qu*avec une garantie quelconque pour la patrie. Les débats furent vifs et longs. Ce que n'avaient pu les menaces, les flatteries et les promesses l'effectuèrent. L'organisation de l'armée fut décidée. Trois généraux, pour être conscquens dans leurs priu-

cipes, quittèrent le service : c'étaient l'illustre Charles Kniazie\^icz, Stanislas Woyczynski et François Paszkowski.

Enfin le débarquement de Napoléon de l'île d'Elbe précipita les décisions du congrès de Vienne. En exécution du traité du 3 mai i8i5^ le nouveau royaume de Pologne fut proclamé à Warsovie le 20 juin 181 5. C'était le grand -duché de Varsovie mutilé y moins la république de Krakovie , les salines de Wiéliczka que l'Autriche obtint , et le grand-duché de Posen , envahi de nouveau par la' Prusse. Le conseil suprême du grand-duché prit le titre de gouvernement provisoire du royaume de Pologne. Le prince Adam Czartoryski fils en fut nommé le vice-président ^ et Joseph Calassante Sza* uiawski remplaça Dembczynski au secrétariat. Mais les membres du Gouvernement cessèrent de diriger les ministères. L'empereur Alexandre rappela plusieurs des anciens ministres du grand- duché de Warsovie ; c'étaient Stanislas -Kostka Potocki , Thadée Mostowski et Thadée Matuszewiç, Joseph Wielhorski obtint le ministère de la guerre, que la mort du prince Poniatowski laissait vacant: Wawrzecki continua de diriger la justice, et Ignace Sobolewski fut appelé à Pétersbourg pour y travailler avec l'empereur en qualité de ministre secrétaire d'Etat pour les affaires de Pologne.

Les anciens ministres restant à leurs postes, l'or-

ai 51 TABLEAU DE LA POLOGNE.

ganisatioD administrative du grand-duché fut maintenue, à l'exception du ministère de la police qui fut réuni à l'intérieur , et un nouveau ministère, celui des cultes et de l'instruction publique, remplaça l'ancienne direction qui ne formait autrefois qu'une division du ministère de l'intérieur. La magistrature judiciaire fut également maintenue. Enfin, l'empereur nomma une commission qui, sur des bases données , de vait s'occuper du travail de la nouvelle constitution de l'Etat. La Sainte-Alliance professait alors des doctrines que la fermentation des esprits, excitée par une guerre générale et par les promesses des cabinets, rendait indispensables.

Toutes ces mesures aussi sages que généreuses , à leur début , calmèrent les inquiétudes des Polonais, et quand Alexandre, à son retour de Vienne, vint à Warsovie en novembre i8i5, il jouissait d'une immense popularité; ses nouveaux sujets le reçurent avec des transports de joie qui n'étaient nullement simulés. Le 24 décembre de la même année le gouvernement provisoire cessa ses fonctions, pour faire place au gouvernement constitutionnel. Un vétéran polonais, le général Zaïonczek, élevé à la dignité de membre de la chambre haute , fut revêtu de la première charge de l'Etat , celle de lieutenant du roi ; de nouvelles nominations complétèrent l'ancien sénat du grand-duché de Warsovie, qui devint la chambre haute du nouveau royaume. Par la

PRliCIS HISTORIQUE. — V* iPOQUE. ai3

coostitution qui fut mise ce, jour-là en éxecution , les sénateurs furent nommés à vie. La chambre des députés y composée de membi*es élus par les arrondissemens et les communes, ou vri t égalemen i son sein à tous les ordres de l'État, aux nobles, aux bourgeois, aux paysans, sans distinction. Pour être électeur, il sufiSsait d^être propriétaire ; il ne faut payer que 60 fr. d'impôt foncier pour être éiigible. Pour être nommé sénateur i ,200 fr. d'impôt furent de rigueur. La responsabilité des ministres et l'indépendance de la magistrature furent garanties, de même que la li" berté de la presse, la liberté individuelle et la sécurité des propriétés. Mais le vote du budget était quadriennal, et le jugement par jurés ne fut pas établi par cette charte. L'initiative directe ou indirecte ne fut pas garantie aux chambres , et les amendemens n'étaient admis que dans une seule chambre, celUi qui vote la première le projet. Enfin les diètes étaient biennales , leur durée limitée à quatre semaines, et le droit de pétition excessivement borné. Tels sont les avantages et les inconvéniens de la charte constitutionnelle octroyée aux Polonais par Alexandre P'^ Carnot, qui , exilé de la France, était vers cette époque àWarsovie, la lut avec satis&ction et trouva, que comme charte octroyée « elle laissait peu à désirer. Il ne lui manquait en effet qu'une sanction morale que l'attachement d'une- population de 4>ooo,ooo d'hommes , enclavée dans l'immense em-

ai4 TABLEAU DE LA POLOGNE.

pire de Russie, ne saurait lui assurer. Voilà recueil oïl vinrent échouer les espérances des Polonais.

En 1816, une nouvelle organisation de l'administration adaptée à la charte fut mise en exécution. Les ministères prirent le titre de commissions de gouvernement : chacune fut composée d'un ministre et de trois conseillers d'Etat, agissant collectivement, mais sous la décision et la responsabilité du ministre président. Les départemens changèrent leur nom en celui de Palatinats qui revendiquèrent leurs anciens rangs établis par les vieilles lois de la Pologne. Enfin les préfectures furent remplacées par les commissions palatinales. Cette organisation n'est qu'une réminiscence des institutions que la mémorable constitution du 3 mai 1791 promettait à la Pologne. Il paraissait qu'on cherchait ainsi louablement à renouer les siècles anciens aux temps modernes. Une organisation libérale des communes fut promise, pour achever l'édifice de l'administration publique : les conseils palatinaux, institués par la charte , pour surveiller l'administration , et élus par les diétines , en étaient le principal chaînon.

Une nouvelle organisation judiciaire, conforme a la charte constitutionnelle , devait suivre de près celle de l'administration publique.

Quant au pouvoir législatif, il avait déjà obtenu ses statuts organiques lors de la promulgation de la charte. Ils auraient dû faire pressentir aux Polo-

PRECIS HISTORIQUE. — V® ÉPOQUE. ai5

nais que leur constitution n'était qu'un palliatif et une arrière^pensée ; car ces statuts anéantirent la responsabilité ministérielle, cette principale garantie qui leur était octroyée par la charte : ils- promettaient aux ministres que jamais ils né seraient jugés sans le consentement de la couronne.

Cependant les trois premières ahnées de l'existence du nouveau royaume ne furent pas marquées par de graves atteintes portées à la constitution de l'Etat. Quelques légères infractions se glissèrent, il est vrai, dans les réglemens administratifs. Telle fut l'ordonnance arbitraire qui prohiba la re&ftauration des maisons de bois à Warsovie ; tels furent encore plusieurs impôts établis sans le concours des chambres législatives , comme celui sur les boissons dans la même ville , et sur la construction des ponts et chaussées , connu sous le nom de STMrwark, Telle fut enfin l'institution des auditeurs au Conseil d'Etat, incompatible avec l'égalité garantie par la charte. Mais on ne pouvait pas au moins accuser la bonne foi des autorités établies. De nombreuses améliorations dans l'instruction publique, l'institution de l'université à Warsovie , de l'école d'agriculture et d'une ferme-modèle à Marie-Mont , et enfin d'utiles entreprises pour relever l'industrie dans les villes , signalèrent les premiers instans du nouveau règne. Aussi la première diète constitutionnelle convoquée en i8r8 à Warsovie, sous le

2l6 TABLEAU DE LA POLOGNE*

maréchalat du général Vincent Krasinski , ne comptait qu'une opposition très -peu nombreuse, les efforts généreux du gouvernement ayant désarmé toute hostilité de la part des représentans de la nation. Le discours prononcé par Fempereur Alexandre, le i5 mars, est des plus remarquables.

« L'organisation qui était en vigueur dans votre « pays, disait-il aux Polonais, a permis l'établisse- « ment immédiat de celle que je vous ai donnée, n en mettant en pratique les principes de ces insti- « tutions libérales qui n'ont cessé de faire l'objet de a ma sollicitude , et dont j'espère , avec Taide de ce Dieu, étendre l'influence salutaire sur toutes les « contrées que la Providence a confiées à mes soins^ « Vous m'avez ainsi offert les moyens de montrer à « ma patrie ce que je prépare pour elle depuis « long-temps , et ce qu'elle obtiendra.

et Je me plais à croire que vous produirez des a lois destinées à garantir les biens les plus préce cieux : la sûreté de vos personnes, celle de vos « propriétés et la liberté de vos opinions

ce Les résultats de vos travaux m'apprendront si, a fidèle à mes résolutions, je puis étendre ce que « j'ai déjà fait pour vous , etc. »

Un code criminel , peu conforme aux mœurs du siècle par sa sévérité , et une loi inutile sur les dilimitations entre les propriétés foncières, furent les fruits de cette première diète. Elle fera époque daos

la législation politique du pays, par les abus du maréchal dont le pouvoir, n'ayant été déterminé par aucun règlement, paraît être désormais basé sur les pratiques de cette diète, et n'offre aucune garantie contre l'arbitraire.

Le calme dont jouit la Pologne jusqu'à cette époque ne fut plus de longue durée. Le congrès de Carlsbad donna, en 1 8 19, le signal d*une nouvelle politique. La liberté de la presse, supprimée dans tous les États d'Allemagne , et un tribunal d'inquisition organisé à Mayence , menaçaient d'étouffer les sentimens de la liberté dans le cœur de l'Europe. La France, d'où les troupes étrangères venaient d'être retirées, subit ses nouvelles destinées, et l'influence de la Sainte-Alliance se propagea partout. La Pologne, à son tour, partagea le sort commun , et la liberté de la presse y ayant été détruite par l'ordonnance signée le 3i juillet 1819, ^^ ^^^' sure commença à exercer son funeste pouvoir. Bientôt des déportations arbitraires, l'institution d'un tribunal exceptionnel pour juger les différends entre les citoyens et le gouvernement , des impôts levés par de simples ordonnances, et d'autres illégalités, signalèrent les progrès de l'arbitraire. C'est en cet état de choses que survint la célèbre diète de 1820. Tel fut l'effet de toutes ces infractions à la loi fondamentale de l'État, que, dès le commencement de la session, l'opposition, dirigéç par les frères Vin-

2l8 TABLEAU DE LA POLOGNE.

cent et Bonaventure Niemoïowski et Joseph Godlewskiy comptait cent dix-sept voix contre trois dans la chambre des nonces : celle du sénat était aussi très - imposante. Pénétrée de ses devoirs, la diète refusa son adhésion au projet de la procédure en matière criminelle, parce qu'il n'admettait point l'institution du jury. Par son attitude noble el loyale, elle força le ministère à lui présenter une loi libérale, que les chambres adoptèrent, sur l'expropriation pour cause d'utilité publique moyennant une indemnité préalable; elle rejeta enfin, après des séances orageuses , une loi organique qui devait autoriser, par le vote des chambres, l'anéantissement de la responsabilité des ministres, déjà consacré par un statut promulgué sans le concours des chambres. Cette opposition courageuse couronna ses nobles travaux^ en soumettant au roi, dans de respectueuses mais énergiques pétitions, les atteintes portées à la Charte , et en dressant l'acte d'accusation , qui n'eut point de suite , de deux ministres qui avaient signé l'ordonnance de la suppression de la liberté de la presse.

Au lieu de ramener l'autorité dans les limites tracées par la Charte, l'opposition, toute légale qu'elle était, ne fit que l'irriter. On trouva bientôt l'occasion de se venger de l'esprit national. Les trois quarts des revenus publics du royaume étaient consacrés annuellement à l'enlrelien de l'ar-

mëe ; le restant pouvait diflicileinent sufGre à la liste civile, aux travaux entrepris et à toutes les autres dépenses publiques. Une crise financière devenait d'autant plus imminente, que lexténuation des forces du pays était la suite nécessaire des malheurs qu'il avait soufferts. C'est dans ces circonstances qu'un rescrit contresigné à Pétersbourg, le ai mai 1821, par le ministre secrétaire d'État du royaume, répandit de vives alarmes en Pologne. «Il s'agit, disait-il, de prononcer sur l'existence nationale de la Pologne et sur les intérêts les plus chers des Polonais , l'expérience seule devant être consultée sur cette question, si le royaume de Pologne peut, par ses propres rCvSsources^ se maintenir dans le mode actuel d'existence politique et civile dont il a été gratifié , ou s'il doit , après avoir avoué son défaut de moyens à cet égard, subir l'établissement d'un ordre de choses plus conforme à l'exiguité de ses forces? » Néanmoins, on défendait sévèrement de toucher aux fonds assignés à l'armée, « car, ajoutait le ministre, son chiffre n'atteint pas même celui de l'ancien duché de Warsovie, et que d'ailleurs c'est le seul moyen de reconnaître les bienfaits que l'union avec la Russie assure à la Pologne... » La position du nouveau royaume était cependant bien différente. Le gouvernement du duché de Warsovie entretenait des nombreuses armées par des sacrifices qui surpas-

a!20 TABLEAU DE LA POLOGHE.

saieut ses moyeus, parce quil espérait s'en servir pour recouvrer l'ancienne indépendance et les anciennes frontières de la république; les circonstances dans lesquelles se trouvait le nouveau Gouvernement n'étaient plus les mêmes. Mais sans s'occuper des temps passés , n'était-il pas plus simple de présenter le budget à la* diète, et de lui faire discuter les moyens de subvenir aux pressans besoins de l'État, que de le menacer d'une nouvelle destruction, par cause de l'insuffisance de ses ressources financières, quand il payait presque les mêmes impôts qui surchargeaient le duché durant ses guerres interminables? Six ans s'étaient écoulés depuis l'établissement du royaume. Quoique deux diètes eussent été convoquées , on n'avait pas seulement appelé la nation à délibérer sur les finances de l'État, et on lui imputait à crime la détresse du trésor!.... Pour ne plus revenir sur ce sujet , ajoutons : qu'après quinze ans d'existence politique , le gouvernement de Pologne n'avait point encore présenté de budget à la discussion de la diète.

Toutefois, il fallut satisfaire au manifeste du soU' verain. Le nouveau ministre des finances, le prince Lubeçki, fit un appel au patriotisme des citoyens pour obtenir d'eux une anticipation d'impôts. Ce langage ne manque jamais d'être compris en Pologne. Dans un mois, le déficit fut couvert, et ce qui surtout trompa les calculs des ennemis de ce pays,

PRÉCIS HISTORIQUE. V* EPOQUE. aai

c^est que les palatinats qui avaient envoyé le plus grand nombre des membres de l'opposition à la diète furent ceux qui les premiers répondirent à rappel du ministre.

Tandis que la nation venait de donner une preuve si touchante de son zèle patriotique , et que, sans égard pour la misère publique ^ on profitait de ses sacrifices y par une contradiction inouïe, on n'épargnait aucun moyen pour étouffer les germes de ces nobles sentimens nationaux. Quelque temps plus tard, dans l'oukaze du 7 septembre 1824^ on ne craignit même pas de qualifier du nom de déraison l'inviolable attachement des étudians du gymnase et de l'université de Wilna à leur nationalité, et de les condamner pour cette seule cause , lorsqu'on ne^ pouvait les convaincre d'aucun crime justiciable des tribunaux. La persécution de l'esprit patriotique chez la jeunesse polonaise date de 1821. Les étudians de l'Université de Wilna en furent les premières victimes. Jalouse de répandre les principes de piété et de bonnes mœurs parmi les élèves, et de maintenir la langue nationale contre toute atteinte, une société se forma sous le nom des rayons du soleil, nom qui fut changé ensuite en ceux de Philarètes et de Philomates. Thomas Zan, étudiant de l'Université, doué d'un talent supérieur et d'un ca* ractère ardent, fut l'ame de oes philanthropiques sociétés; mais les ennemis de la Pologne crurent y

!2a4 TA.BLEA.U DE LA POLOGNE.

comme celle de toute TEurope civilisée^ doit aujourd'hui à Tesprit du siècle et à la paix un penchant décidé pour l'étude. Éloignée des affaires publiques par l'amour de l'indépendance^ et renfermée dans les foyers domestiques par la persécution , elle s'est vue forcée de tourner ses idées vers l'amélioration de ses biens, et a contribué ainsi aux progrès agricole^et industriels. C'est à cette particularité que la Pologne doit cette agriculture alterne , ces races anoblies des troupeaux , ce nombre de beaux jardins qui commencent à s'y multiplier, des habitations également commodes et élégantes , et enfin faut d'autres avantages que les calamités publiques mêmes n'ont pu arrêter. La prohibition de beaucoup de marchandises étrangères en Russie^qui ouvrîtdans ce vaste empire un débit important aux produits des fabriques polonaises , aurait pu être très-favorable à l'industrie du royaume de Pologne, si^ au lieu d'un régime exceptionnel et privilégié , le Grouvernement avait préféré proclamer des lois générales et couformes aux saines doctrines de l'économie politique.

La fin de l'année 1825 fut marquée par la mort d'Alexandre , arrivée le 1" décembre. Elle fut suivie de près par celle du général Zaîonczek, son lieutenant en Pologne y décédé le 28 juillet 1826, et qui attacha son nom à onze années de son règne dans ce pays. Zaïonczek. autrefois altier, était devenu cour-

PRÉCIS HISTORIQUE. V* EPOQUE. aaS

tisan ; de rëptiblicain exalté il s'était fait absolutiste, et au lieu d'être l'appui le plus ferme des lois , et d^intercéder pour ses compatriotes auprès du souverain, il sacrifiait leur bonheur à Tenvie de régner. C'est à l'occasion de la mort d'Alexandre qu'éclata à Pétersbourg, le 216 décembre i^nB, une ca^ tastrophe qui ouvrit le mémorable procès d'une conJipiration russe, et à laquelle on crut trouver des ramifications jusque dans Warsovie. Plus de deux cents personnes furent arrêtées en Pologne et en Lithuanie. Quoique les crimes d'Etat ressortissent du tribunal de la diète , ce fut encore une commission composée de Polonais et de Russes qui fut nommée, au mois de février i8a6, pour faire les recherches commandées parles circonstances. Ces commissaires furent: Stanislas Zamoy ski, président du sénat polonais ; Nbvossiltzoff , commissaire russe; François et Stanislas Grabowski, sénateurs-palatins; le conseiller d'État général Hauke, les lieutenans-généraux Kourouta et Rautenstrauch , le baron de Mohrenheim, et les généraux russes KrivtzofF I" et Kolzakoff. Après i;ne année d'une enquête secrète, la commis^ sion présenta son rapport le 3 janvier 18^7. Si des traces d'un complot n'avaient pu être découvertes , il paraît néanmoins qu'une association patriotique existait en Pologne à l'insu de la police. Une pensée émise par l'illustre général Dombrowski en avait été la source. Ce général , avant sa mort , témoi- II. i5

âSl6 TA.BLEAU DE LA POLOGNE.

gnait amèrement tous les regrets qu'il éprouvait en voyant le sort de la noble nation polonaise ; de cette nation dont la valeur avait tant de fois contribué à la gloire des chefs qui s'étaient montrés à sa tête, mais qui pour elle-même avait retiré de si tristes fruits de ses nombreux sacrifices et de ses héroïques efiforts. « Aujourd'hui même (1818), disait*il, l'existence et la forme constitutionnelle de notre gouvernement ne saurait trouver, dans la position encore si peu stable de l'Europe , une garantie su£5sante de tranquillité. Qu'avons-nous à espérer et que ne devons-nous pas craindre ? Chaque jour ne devonsnous pas trembler sur le sort qui nous attend le lendemain ? aucun des liens qui faisaient la force de la Pologne ne réunit ses enfans.; et ainsi divisés, qui peut les rassurer sur des chances toujours incertaines des événemens futurs? Napoléon , échappé de nie d'Elbe , eût-il ramené ses aigles triomphantes sur les bords de la Wistule, qu'en serait-il résulté pour la Pologne? encore des flots de sang, de nouveaux combats, de nouvelles victimes, mais de l'indépendance , de la liberté, jamais. Quel que soit celui pour qui les Polonais aient brisé leurs lances, que leur fait la défaite ou la victoire ? Faibles parce qu'ils sont désunis, quelles conditions peuvent -ils attendre du vainqueur? rien que celles que la politique lui conviendra de leur imposer. Que n'est-il possible, ajouta-t-il , de ranimer un jour le feu qui

brûle au fond de tout cœur vraiment ami de la patrie ! Que ne puis-je réveiller l'antique énergie de ces Polonais, qui, pour être forts et puissans comme leurs aïeux, n'ont besoin que de croire en leur force et de revendiq[uer leur puissance déchue ! Quels que soient les hommes qui les dirigent et le gouvernement qui les régit, qu'ils réunissent leurs opinions, leurs désirs et leurs vœux; que la nation divisée redevienne elle-même ; qu'elle soit unie même pour servir le souverain qui la commande aujourd'hui; un jour peut-être, un jour, si la fortune qui le lui a donné pour maître, le frappait à son tour, la Pologne pourrait recouvrer enfin l'indépendance et la liberté, et ne plus reconnaître de roi que celui qu'il lui aurait plu de se choisir* »

Tels étaient les sentimens patriotiques du généreux Dombrowski. Bientôt une espèce de Franc* Maçonnerie nationale s'attacha à exécuter sa pensée. Le rapport de la commission d'enquête a démontré que c'est surtout vers l'an 1 8a i que cette idée commença à agiter quelques têtes , peut-être plus patriotiques qu'exaltées. Un peu plus d'une année auparavant, le Gouvernement avait déjà proclamé la guerre à toutes les institutions libérales. Cette coïncidence prouve que les persécutions de sa part ont influé particulièrement sur ce résultat.

L'empereur Nicolas, monté au trône après le refus de Constantin , ayant prêté le serment de

228 TABLEAU DE LA POLOGNÈé

maintenir la constitution de l'État , débuta honorablement par déclarer illégale l'œuvre de la commission d'enquête. Huit des principaux accusés fiirent renvoyés devant le tribunal de la diète , composé du sénat du royaume et présidé par l'illustre palatin Pierre Bielinski. Quoique son organisation et les voies de procédure eussent été arbitrairement prescrites au tribunal , les accusés n'en trouvèrent pas moins une garantie suffisante dans la conscience de ce corps vénérable. Une nouvelle enquête fut ordonnée : elle mit à nu les moyens honteux employés par la commission pour obtenir de fausses révélations. Après trois ans de détention ^ un décret , rendu à l'unanimité moins une voix^ celle du général Vincent Krasinski, acquitta les accusés; ce furent : le sénateur-castellan Stanislas Soltyk, André Plichta, Albert Grzymala et Roman Zaluski, membres du conseil d'État , l'abbé Dembek et les trois officiers de l'armée Sévérin Krzyzanowski , François Maiewski et Stanislas Zablocki. Toutefois ce jugement parut déplaire au pouvoir; une ordonnance du conseil des ministres, contresignée par le sous-secrétaire d'État de la justice, Woznicki, en fît arrêter la publication. Mais, après six mois de réflexion y la religion de S. M. ayant été éclairée par un rapport du conseil des ministres , et du président du tribunal , la publication du décret fut ordonnée le i8 mars 1829. Toutefois cette publica-

PRJÉGIS HISTORIQUE. V"* ÉPOQOE. %^g

tion fut accompagnée d'une sévère désapprobation énoncée à tout le corps de la haute cour nationale , au nom de S. M. I. et R. , parValentin Sobolewski, président du conseil des ministres.. Krasinski en fîit excepté (i).

L'avenir nous dira quelle influence auront sur les destinées de la Pologne les événemens qui se pressent en Europe; mais il est permis d'espérer que la marche des lumières qui se fait sentir dans le monde civilisé n'aura pas une moindre, action sur cette contrée. Le pouvoir de l'opinion fait aussi

(i) Les noms des autres individus compromis par Tenquéte sont :, Adolphe Cichowski, Dobrogoyski, Nicolas Dobrzycki, lordan, Brune Kicinski , Joseph Koszutski« Kozakowski» Lagowaki, Lukasinski , Machnicki , Théodore Morawski , Alexandre Oborski , Pawlikowski , Prondzynski , Wierzbolowicz et Szreder.

Dans le grand duché de Posen, le général Jean-Népomucène Uminskiy condamné à six ans de prison; Joseph Krzyzanowski, Mathias Mielzynski et Louis Sczaniecki.

Dans la Pologne-Russe ont été condamnés à différeotes peines : Stanislas Tyszkowski, Louis Sobanski , Martin Tarnowski , Félix Ciszewaki, Antoine Gzarkowski, Jean Chodzko, Stanislas loteyko, Victor Ossolinskî, Vincent Karwicki, Joseph Gruszecki, Thomas Czarkowski, Michel Romer, Nicolas Worcell, Stanislas Karwickiy Aozèlme Jwaszkiewicz» Pierre Moszynski, Anastaze Grodecki, et le prince Antoine lablonowski. Ce dernier, condamné d*abord à la déportation à perpétuité en Sibérie, obtint sa grâce pour avoir révélé dans tous ses détails les travaux de la société patriotique. Quant aux autres Lithuaniens ou Samogitiens mentionnés dans l'enquête, on y trouve les suivans : Barankiewicz , Biallozor, Joseph Billewicz, Buczynski, Bykowski , Alexandre Chodkiewicz , François Czarkowski , Downarowicz, Charles Dziekonski, Stanislas et Joseph Gruzewski, Michel Holîmann, Kar-

23o TA.BLEA.U DE hJL POLOGITE.

des progrès dans le Nord , et le cri de liberté y a dëjà fortement retenti. Le laqgage de Nicolas P% dans son manifeste aux Polonais^ publié le 25 décembre i8a5) promet le maintien invicdafale de la constitution de TÉtat. « Polonais , dit-il , les ipsti- « tutions que vous a garanties l'empereur Alexandre <c seront maintenues. Te jure devant Dieu et pco- (c mets que je maintiendrai la Cl^arte constitatîoncc nélle, et que je n'q)argnerai aucun effort potir la « faire observer. 3»

Quant à là situation du reste de la Pologne, en

pÎDskî, Korbut, Kulczycki, Labano^ski, Piecre La^^kîy Lipski, Lttka8zewicz> Stanislas et Etîeime Mackl^wîez, Sta* nislas et Théophile MikùUcz, G^nstantiô NoWÔwieyftki , Ignace Plater , Pôcièy , Jean Poniatowski , Przecistewski » Chartes Proair, Kasinair-Piirawski y Constantin prince Radziii^iH, Skfbidci, Stà* nislas et Adam Soltan, Joseph Struraillo, Charles Wagner, WoyniUowicz, Zsgorski, Joseph Zaleski, Thomas Zan, Za* polski , Ignace Zawisza.

Les évéqaes , les sénateurs-palatins et les sénateurs-castellans qui ont siégé dans le tribunal de la haute cour nationale et «pii, sauf une seule toîx contraire, ont absous les accusés, étalent:

Pierre BieKnski, sénateur palatin , président de la haute cour nationale ; Jeàn-Paul Woronicz , archevêque de Wavsovie et pri* mat du royautne; Adam-Michel Prazmowski , évêque de Ploçk; Prospèr Burzynski, évêque de Sandomir; Joseph Eozmîan, évéque de Kâlisz; MarceHin Dzicncielski, évêque de LubUn, Nicolas Mfllnugievriey , évêque d'Augustow, Jean-Marcel Gutkowski , évéqQFe de Podlaquie ;

Les palatins : Adam P<» Czartoryski , Vincent Krasimki, Félix Czarnecki , François Grabowski , Ignace Mionczynski , Maximilien prince lablonOwski, Michel prince Radziwtll;

Les castellans: Antoine Gliszczynski, François Nakwaski,

PRÉCIS HISTORIQUE. *— V* ÉPOQUE. a3l

partant de i8i5, nous le voyons aujourd'hui disloqué en sept parties , dont le royaume dit de Pologne forme la principale.

Les portions que se sont adjugées la Russie et la Prusse en 177a, et enclavées dans leur territoire , ne jouissent d'aucun droit exceptionnel; la langue polonaise n'y est point admise dans les actes du Gouvernement y et les babitans y sont soumis aux lois respectives de ces deux puissances. Par suite du traité de Vienne qui garantit la nationalité à tous les Polo-

GaêUD Sierakowski, Michel Kocbanowski, Stanislas Malachowski, Albert Mencinski, Jean Tarnowski, Mathias Wo*diînski, Vincent Rulikowski, Alexandre Walewski, Pie Kicinski, Antoine Qstrowski; Tbadé Tyszkiewicz; Stanislas Tymowski, Alexandre Bninski, Jean Poletylo , Adam Bronikowski, Alexandre Potockî ; Pierre Wichlinski , Micbel Potocki , Victor Rembielinskiy Jean Wielopolskiy Louis Paç, Antoine Bieiikowski , Jean*Wladisla8 Bielinski , François-Xavier Lewinski.

Les membres délégués pour l'enquête judiciaire par le président y étaient : Michel prince Radziwill , Simon Wiszniewski » Matbias Wodzinski , Thadé Tyszkiewicz , Victor Rembielinski.

Le greffier, Clément Urmowski , remplacé à sa mort par Théodore Paprocki.

Le procureur du roî ( accusateur , Oskarzyciel), Antoine Wyczechowski.

Quant aux défenseurs des accusés , c'étaient : Dominique Krzywoszewski pour SévérinKrzyzanowski;Marcellus Tarczewski pour Stanislas Soltyk; Gaétan Kozlowski pour Roman Za- Inski ; Vincent Matuszewski pour François Maîewski ; Kos* trzycki pour André Plichta; Antoine Maîewski pour Albert Grzymala ; Tokarski pour Tabbé Constantin D^mbek ; Antoine Grabowski pour Stanislas Zablocki.

aï 2 TABLEAU DE LA POLOGNE.

liais , TAutriche vient d'adopter pour son royaume de Gallicie une espèce d'assemblée des notables, qui se réunit tous les ans à Léopol pour connaître lespostulataàxk Gouvernement; mais ce fantôme d'assemblée ne siège que trois jours et ne discute aucun objet. La Lithuanie et les pays usurpés par la Russie ^ dans le second et le troisième démembremens , forment une province à part, sous ce rapport que l'ancien statut de Lithuanie y est reconnu pour la loi du pays. Toutefois , il est complété par les Oukazes impériaux. Les diétines élisent les magistrats ; mais l'appel des jugemens rendus par ces magistrats est porté devant le sénat, à Saint-Pétersbourg. Enfin, depuis 1822 , ce pays forme avec le royaume de Pologne un seul gouvernement militaire , sous le grandduc Constantin; ses troupes sont distinguées, de celles de Russie par le nom de corps lithuanien : elles portent en partie les couleurs nationales polonaises ; mais le commandement se fait en langue rus3e.

La sixième partie de l'ancienne Pologne est composée du grand duché de Posen , érigé par le congrès de Vienne et gouverné par le roi de Prusse. Une ordonnance royale de 1822 , lui a octroyé des états provinciaux , qui s'assemblent tous les deux ans : ils se composent de quelques représentans de la haute aristocratie nommés à vie y et des députés élus par la noblesse et les communes.

Les propositions du Gouvernement y sont discu-.

PRECIS HISTORIQUE. — V* ÉPOQUE. a 33

iéesj mais non pas décidées , le roi s'étant réservé de proclamer lui-même les lois, après avoir entendu les vœux des représentans : ceux-ci , de leur côté , ont le droit de faire des propositions au Gouvernement. Le principal sujet de discussion jusqu'à pré* sent a été l'interprétation de cette garantie de nationalité assurée aux Polonais par le congrès de Vienne, et que les Gouvernemens veulent difficilement observer. La tendance de la Prusse à germaniser le grapd-duché est évidente. Elle n'a, en général ^ d'autres employés dans ce pays que des Allemands. Cependant les efforts des états provinciaux ont déjà obtenu l'assurance formelle qu'à l'avenir on admettra les Polonab aux emplois publics, que les actes du Gouvernement seront publiés en polonais et en allemand, et que l'enseignement public se fera dans les deux classes inférieures en langue polonaise. C'est un soin louable de la part des habitans du grand-duché de conserver à leurs descendans cette langue natiopale , unique héritage qu'ils ont à leur laisser.

Un grand acte est entrepris par le gouvernement du grand-duché, celui de faire une part aux paysans des propriétés territoriales qu'ils cultivaient jusqu'à présent pour le compte des seigneurs et au moyen de la corvée.

Le grand duché a une banque territoriale, dirigée à profit commun par une association de propriétaires.

a 34 TABLEAU DE LA POLOGNE.

Enfin la république neutre de Krakovie j constituée depuis 1 8 1 5 , sous la protection des trois puissances co-partageantes , forme la dernière partie de l'ancienne république polonaise. Elle a sa propre constitution : le gouvernement de cette république, consiste dans un sénat nommé par la diète et dirigé par un président, également élu par les représentans qui s'assemblent tous les ans pour exercer le pouvoir législatif. Mais chacune des trois puissances ayant son consul à Krakovie , c'est dans l'esprit de leur politique commune que le pouvoir y est exercé. En 1828, Ignace Nikorowicz, appuyé par le parti populaire , iîit élu président. A l'instant même des courriers partirent pour Pétersbourg, Vienne et Berlin ; on s'empressa d'appuyé la faction arbtocratique, et y grâce à ses machinations, Stanislas Wodziçki , élevé aussitôt de castellan au poste de palatin du royaume de Pologne^ fut maintenu, malgré l'élection contraire , à la présidence de la république.

L'université de Krakovie, que la république pro tège particulièrement , consume la plus forte partie de son budget.

Ainsi, sur vingt millions de Polonais, à peine quatre jouissent d'un gouvernement national sous une tutelle étrangère. Il est donc permis de dire , avec M. Beaumont de Brivozac : a Que les Polonais « ne s'y trompent point , ils n'ont pas encore de c< patrie. »

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