DEUXIÈME PARTIE
Malgré son origine étrangère il avait été admis, depuis plusieurs années, au nombre des membres de la célébré Académie de Dessin que les Médicis avaient rétablie, vers 1564, mais dont l’origine remontait à Giotto. On sait combien Cellini fait souvent allusion à cette Académie dans la Vita. Vasari en parle avec respect comme composée des plus illustres artistes du temps.
Le premier acte solennel de cette société reconstituée fut l’organisation des obsèques de Michel-Ange.
Gian Bologna s’y trouvait en compagnie d’artistes comme Allori, Bronzino, Salviati, Cigoli, Vasari, Cellini, Ammanati, San Gallo, Titien, Tintoret, Véronèse, Palladio, et contracta une étroite amitié avec quelques-uns d’entre eux : le peintre Cigoli (1559-1613), Francesco Salviati (1510-1563) dont on peut voir encore les fresques dans les salles d’audience du Palais Vieux. N’oublions pas son compatriote: Straet (Stradano) quia peint pour S. Filippo Neri, à Florence, un tableau où les réminiscences empruntées au Jugement dernier de Michel-Ange sautent aux yeux.
L’artiste se reposait de ses grands travaux en sculptant des statuettes d’or, d’argent et de bronze qui étaient fort appréciées et dont il abandonnait
JEAN DE BOLOGNE
les reproductions à ses élèves Antonio et Francesco Susini 1 . C’est à ces figurines gracieuses que Gian a dû en grande partie sa popularité. Ces petits bronzes, exécutés dans son atelier, étaient fort recherchées par les souverains et les grands personnages. Les Médicis envoyaient souvent en présent des statuettes de Bologna, témoin le grandduc Ferdinand qui adresse, l’année 1598, à la cour de France un Mercure et un Titan en bronze de notre sculpteur. Le grand-duc Cosme II, l’année 1 6 1 r , offre à Jacques Ier d’Angleterre des sta-n tuettes du même artiste : P allas, Saturne , Y Enlèvement de Déjanire , Y Hercule à la massue , un Paysan en chasse , un taureau , un cheval. Le cardinal de Richelieu ne possédait pas moins de trente Hercules ou Centaures sortis des ateliers de J. de Bologne.
L’Autriche est abondamment pourvue aussi des œuvres de notre sculpteur et de son élève, Adrien de Vries, natif de La Haye.
Les empereurs d’Allemagne, les rois d’Espagne et leurs ministres, attachaient un grand prix aux productions de Bologne.
Il est impossible d’ailleurs d’énumérer les sta-
1 . Ceux-ci faisaient aussi d’habiles réductions des grands groupes de Bologne.
tuettes et les petits bronzes, attribués au maître, et qui sont la plupart du temps, les œuvres de ses disciples.
Toutefois, pour n’y plus revenir, nous allons mentionner rapidement les statuettes authentiques de Jean.
Tout d’abord un groupe : V Enlèvement deDéjànire dont le modèle fut exécuté en terre, mais qui ne fut coulé en bronze qu’après la mort du maître. Cette œuvre qu’on pouvait voir encore, en 1845, à Florence, a été vendue à une famille russe. Il est fâcheux que les musées florentins ne l’aient pas acquise, tant le corps du cheval est représenté habilement dans toute l’impétuosité de sa course et la lutte de Déjanire contre son ravisseur rendue de manière à opposer la jeunesse et la grâce féminine à la force brutale du Centaure (ce travail se place entre 1580 et 1590).
Le Musée du Bargello renferme plusieurs statuettes intéressantes par l’attitude du balancement ou quelque mouvement ingénieux. C’est un Satyre ; un Hercule portant le sanglier d’Erymanthe ; trois Vénus. L’une est nue; elle tient une conque à la main gauche et à droite un rameau de corail; la jambe droite est légèrement pliée, le pied posé sur un dauphin; un diadème orne la tête; l’en-
JEAN DE BOLOGNE
semble, d’un joli modelé. La seconde Vénus est accroupie ; elle a 25 centimètres de hauteur. Posant le genou droit à terre elle tient de la main gauche l’extrémité d’un linge qui forme sur sa tête comme un turban ; avec la main droite elle ramène le linge comme pour s’essuyer le sein ; le mouvement du torse est heureux et hardi. Quant à la troisième statue (28 centimètres), elle forme un ensemble charmant: Vénus debout, sort du bain et s’essuie le pied gauche et le sein.
Une statue d 'Apollon mérite d’être signalée. Le Dieu appuie le coude gauche sur sa lyre qu’un tronc d’arbre soutient ; la jambe droite est repliée, la tête couronnée de lauriers. La Géométrie , avec sa sphère aux pieds, reproduit la gracieuse figure de la jeunesse (38 centimètres). Il en est de même de Galatée et de Y Enfant pêchant.
Le musée de Douai, ville natale de Jean, montre une statue attribuée au maître. C’est une oeuvre en marbre qui ne semble nullement rappeler la manière de notre sculpteur. Il faut en dire autant de Y Enfant au masque , jadis à la Villa del Riposo de Vecchietti, acquise ensuite parM. Fouques ■et laissée par lui à sa ville natale.
Ne quittons pas les petits bronzes de Jean Bologne sans parler d’un prétendu buste en bronze