‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 120 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

les services de ses élèves, notamment ceux de Francheville et peut-être de Tacca, qui firent les statues de Saints décorant les parois delà chapelle. Seul, sans doute, V Ange surmontant le maîtreautel, avec son mouvement et sa pose hardie, a tous les caractères de l’art de Bologna.

L’habile Domenico Partigiani fondit en bronze saint Antonin, étendu sur le couvercle de l’urne en marbre noir contenant ses restes; deux petits anges de bronze, à droite et à gauche du fronton ; enfin les six bas-reliefs qui représentent divers actes de la vie du Saint et surmontent les six statues ornant les parois.

Les peintres Alessandro Allori (1535-1607), neveu de Bronzino, Naldini, Morandini, Passignano furent adjoints à l’artiste. L’œuvre d’Allori : le Christ sortant des limbes et apparaissant à sa mère, est placée derrière l’autel.

Au-dessus des quatre portes du vestibule sont disposées les fresques de Passignano représentant l’exposition du corps de saint Antonin et la procession solennelle commémorative, qui eut lieu le 8 mai 1589. Une plinthe de marbre noir, derrière l’autel, porte l’inscription qui suit: Opus Johannis. — Boloniœ. — Belgoe.

L’archevêque de Florence, Alexandre Octavien de Médicis, qui fut pape, quelques jours, sous le

nom de Léon XI, inaugura cette chapelle, le 9 mai

On conçoit que des talents aussi complets de sculpteur et d’architecte aient donné à Bologna une notoriété sans égale.

De tous les coins de l’Italie les Podestats voulaient se procurer ses oeuvres, puisqu’ils ne pouvaient attirer chez eux un tel artiste.

Le 27 octobre 1581, l’archiprêtre Simone Fortuna écrivait au duc d’Urbin, François-Marie II de la Rovère, qui l’avait chargé de demander à Gian de faire quelques travaux à son intention, et surtout plusieurs de ces statuettes dont la vogue était alors si grande.

François-Marie II de la Rovère, dernier duc d’Urbin, était le petit-fils du grand François Marie de la Rovère (1491 — 1538) qui, célèbre par ses qualités militaires, avait néanmoins fait de sa cour un des centres les plus lettrés de l’Italie où figuraient Pierre Bembo, Sadolet, Balthazar Castiglione, César Gonzague.

Son père Guidobaldo, tout en continuant les habitudes de magnificence des ducs d’Urbin, se montra un prince violent et débauché (1508- 1574). François-Marie II fut tout différent. Il commença par rappeler dans ses Etats les sujets

I EUXIEME partie

que Guidobaldo avait abusivement exilés et les remit en possession de leurs biens confisqués. Élevé par des maîtres éminents, il s’honora par la protection qu’il accorda aux Belles-Lettres et aux Arts. Il cultivait lui-même les lettres, les sciences naturelles et les mathématiques . Il avait épousé Lucrèce d’Este (1590), une des trois filles d’Hercule (1508-1534) et de Renée de France, fille de Louis XII. Lucrèce, à la cour de Ferare, avait été entourée de tout le luxe artistique et intellectuel imaginables 1 .

Il n’est donc pas étonnant que de tels souverains aient, sinon tenté d’attirer à eux un maître comme le Bologna, du moins fait sonder les dispositions et les prix de l’artiste au sujet des œuvres dont il était l’auteur ou qu’il pouvait produire.

Simone Fortuna commence sa lettre en disant qu’il est allé chercher Gian Bologna près de Florence (Il veut peut-être parler de la Villa del Riposo, propriété de Bernardo Vecchietti). Son Altesse le grand-duc lui a montré plusieurs œuvres de cet artiste, à Florence et à Pratolino. C’est vraiment, ajoute-t-il, un second Michel-Ange.

Gian Bologna, après avoir entendu Fortuna,

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