DEUXIÈME PARTIE
« par des orfèvres qu’il emploie à cet usage pour « Son Altesse. C’est de cette façon qu’il a exécuté « dernièrement pour le grand-duc les douze « travaux d’Hercule d’un demi-braccio de hau- « teur1. C’est une œuvre merveilleuse digne de « Michel-Ange ou d’Apelle.
« Reste la question pécuniaire. L’artiste ne fait « nul cas de l’argent, ne passe jamais de contrat « avec personne et prend ce qu’on lui donne. « Non fece mai patti con nessuno,pigliando cio che gli « e dato. — Et il ajoute : « on dit, en effet, que « ses œuvres ne sont jamais payées la moitié « de ce qu’elles valent. »
Détail admirable et que maints sculpteurs de notre temps ne voudraient guère pratiquer.
Comment, dès lors, le rémunérer ? La chose est peu aisée à dire. « Pour deux statuettes livrées « à un chevalier Gaddi et à Jacques Salviati et « d’un demi-braccio de hauteur, il n’a voulu « recevoir qu’une coupe de drap, d’une valeur de « cinquante écus, et qu’un collier de soixante. En « sommé, en payant cent écus la statuette, ce « serait de l’argent bien dépensé, — et a mio giu- « di%io sarebbono ben spesi scudi , — car toute œuvre, '« entre les mains du grand sculpteur, ne saurait « être qu’excellente. »
i . Le braccio est de trois pieds environ.
JEAN DE BOLOGNE
Suit alors ce détail qui montre à quel point Bologne était soucieux de ne livrer que des productions soigneusement travaillées. « Il a l’habitude « de racheter les ouvrages de sa jeunesse qui ne « lui paraissent pas bons, plus cher qu’il ne les a « vendus, pour les détruire ensuite ». Il a souvent supplié le grand-duc de lui laisser refaire la Vénus placée dans la chambre du prince et la première œuvre que Jean de Bologne ait sculptée, avec le marbre que Vecchietti lui procura vers 1560.
Enfin Fortuna termine ainsi :
« On pourrait d’ailleurs lui faire quelques « politesses, quelques envois de bons mets et « surtout de bons vins qu’il aime beaucoup, — « facendo gran stima del vino buono. — C’est ainsi, « paraît-il, qu’on en use quand on veut être « promptement servi par cet homme étonnant, « qui ne perd jamais une heure, ni jour ni nuit, « et qui supporte une fatigue excessive sans se « donner relâche ».
Une pareille lettre est d’un intérêt capital en ce qu’elle donne sur l’artiste, ses procédés de travail, son désintéressement, sa conscience artistique, tous les détails aptes à nous faire connaître, à côté du sculpteur, l’homme lui-même.
L’année même où Bologna exposait la Sabine