‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 153 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

achever ce travail qui fut repris par P. Tacca après la mort du maître. Tout le mérite du dessin en revient à Jean de Bologne. Cette statue ne fut transportée en Espagne qu’en 1616. On la plaça, par ordre du roi, à sa maison de plaisance, Casa del Campo , près Madrid. Mise en 1848 sur une place de Madrid, elle fut déboulonnée l’année 1873 et remplacée par un monument républicain.

On se demande aujourd’hui ce qu’est devenue cette œuvre. Le pauvre Tacca, qui l’avait terminée, eut, paraît-il, toutes les peines du monde à se faire payer la somme que Philippe III lui avait promise à titre de gratification.

Le dernier ouvrage auquel Bologna ait mis la main est la statue équestre du grand-duc Ferdinand Ier , sur la place florentine de l’Annunziata. Ferdinand l’avait commandée à son sculpteur, dès l’année 1601. Le cheval fut fondu en 1603 (on se souvient de la lettre de Marie de Médicis à son oncle, pour lui demander que Jean utilise ce destrier dans le monument d’Henri IV). L’année 1 605 , la statue du grand-duc était coulée en bronze. Mais Bologne mourut avant l’érection de cette œuvre. On la fit au mois de décembre 1608, cinq mois après la fin du maître.

La statue de Ferdinand est manifestement

JEAN DE BOLOGNE

une œuvre de vieillesse. La pose est raide, à peine vivante. Le prince a l’air quelque peu figé, bien que les traits soient empreints de naturel. La tête découverte, il est revêtu d’un vêtement à l’espagnole richement brodé. Il porte une cuirasse damasquinée, des cuissards et des brassards assez ajustés. Un manteau flotte à plis légers sur ses épaules. lia au cou lacroix de l’ordre de S. Etienne et tient à la main le bâton de commandement. Le cheval est moins pesant, moins lourd et moins trapu que celui de Cosme Ier, sur la place de la Seigneurie, mais il est quand même insuffisamment dessiné. Bologne n’avait aucune des qualités d’un sculpteur animalier.

Le moment est venu de dire ici quelques mots de l’orfèvre ; car Jean Bologne connut et pratiqua excellemment cet art ; les spécimens qui nous en restent témoignent de sa grande habileté.

L’exemple donné par les orfèvres fut le premier terme des progrès accomplis en Italie jusqu’à la fin du xve siècle. Les sculpteurs, les peintres, les architectes éminents de cette époque ont bien souvent fait leur apprentissage dans une boutique d’orfèvrerie. Si Jean Bologne n’a pas commencé de la sorte sa carrière, combien de plus illustres que lui, Giovanni Pisano, Orcagna,

F. Brunelleschi, Donatello, Verrocchio, d’autres encore et non des moindres, ont eu des débuts de ce genre.

« La religion, les mœurs de la noblesse, le « luxe procuraient jadis aux orfèvres, surtout en « Italie, de continuelles besognes et de grands « encouragements. Aussi, malgré les discordes et « les guerres qui ravagèrent la Péninsule jusqu’à « la fin du xvie siècle, l’orfèvrerie garda-t-elle à « Florence, à Venise et à Gênes, une importance « plus considérable que partout ailleurs.

« Elle intervenait nécessairement dans la décote ration des églises et des autels ; elle enrichissait « les vases sacrés aussi bien que la vaisselle de « table, les reliquaires où se conservaient les* « ossements des saints, comme les menus objets « delà toilette des femmes. C’était elle enfin qui « fournissait au guerrier ses armes, au pontife sa « triple couronne, à l’empereur son diadème, au « prince son collier, au gentilhomme, au capi- « taine, au magistrat ces petits médaillons qu’il « était d’usage d’attacher au bonnet » 1 .

Jean de Bologne n’échappa pas à cette mode du temps. Son talent se plut à donner quelques objets d’une forme bien propre à caresser le regard. Ce

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