DEUXIÈME PARTIE
Bien plus petit que Bucephal,
Tu porte un plus grand qiT Alexandre.
Renversée le 11 août 1792, l’effigie du bon roi Henri fut fondue et convertie en canons pendant la Révolution.
De ce monument national il ne reste que les quatre figures d’esclaves enchaînés que Francheville avait disposées aux quatre angles du piédestal, et quelques fragments de la statue conservés au musée du Louvre. Les bas-reliefs représentaient la bataille d’Arques ; celle d’Ivry ; l’entrée d’Henri IV à Paris ; la prise d’Amiens; la capitulation de Montmélian.
La figure du roi avait de la bonhomie et de la dignité, mais le cheval, à en juger par les gravures du temps, était mal étudié et peu élégant.
Ferdinand Ier avait fait don à la France de la statue d’Henri IV, il offrit à l’Espagne la statue de Philippe 7/1(1578- 1621), prince aussi apathique et irrésolu que son terrible père, Philippe II (1527- 1578) se montra despote et décidé. Le caractère de Philippe III était soupçonneux et difficile. Constamment dominé par son ministre le duc de Lerme, il voyait d’un fort mauvais œil les bonnes
JEAN DE BOLOGNE
relations qui régnaient entre les Médicis et la France. Mécontent des subsides que Ferdinand Ire avait envoyés à Henri IV, auquel il avait accordé, en outre, la main de sa nièce, Marie de Médicis, Philippe III, en montant sur le trône, ajourna indéfiniment l’investiture de Sienne que sollicitait le grand-duc de Toscane. De là toutes les amabilités de ce dernier à l’endroit du roi d’Espagne et de son fameux ministre le duc de Lerme \
Philippe III parut flatté de l’hommage que voulait lui faire le duc de Toscane en lui offrant sa statue. Il lui envoya donc, en 1604, son portrait à Florence pour que Jean Bologne s’en inspirât. Notre artiste se mit à l’œuvre. Mais il ne put
1. L’extrême vénalité du duc de Lerme est prouvée par F. Guicciardini, ambassadeur du grand-duc en Espagne. Chargé, en 1602, de remettre cent mille écus à ce ministre et dix mille à son secrétaire, il écrit : « Maintenant qu’ils ont « entendu le son de tant de milliers d’écus, je crois que le « succès est assuré. Le purgatif est dans le corps, il n’y a « plus qu’à le laisser opérer » . C’est au duc de Lerme que furent envoyés, pour orner ses jardins de Valladolid, le groupe dv Samson et du Philistin et la fontaine qui le supportait dans le Cortile de’Simplici, à Florence. Il n’était pas jusqu’au cardinal de Séville, Don Rodrigo de Castro, dont on ne tentât d’attirer les bonnes grâces en Toscane. Outre le crucifix en bronze de Jean de Bologne, il reçut encore une statue que lui envoya Ferdinand de Médicis et qui devait être placée sur son tombeau .