PREMIERE PARTIE
nages ainsi sculptés se recommandent par leur vérité de vie et ce naturalisme que Mazzoni, avant lui, chercha sans cesse. Si le modelé de Begarelli n’est pas toujours très fin, les attitudes qu’il prête à ses personnages proviennent immanquablement d’une action précise à laquelle l’artiste les fait concourir. Ses figures doivent être vues ensemble. Séparées les unes des autres, elles paraissent hésitantes et molles. Begarelli, dans une exposition isolée, perd tout son prestige. Mais il le garde en entier par exemple dans le groupe de la Lamentation sur le corps du Christ à S. Maria Pomposa de Modène (premier autel de droite), bien que l’ordonnance et les dispositions de la draperie se ressentent encore de l’influence de Guido Mazzoni.
Dans la même église, le groupe de la Descente de Croix est bien supérieur. Il ne compte pas moins de douze personnages. La partie la plus remarquable comprend les trois femmes soutenant la Vierge évanouie, tandis que quatre personnages détachent le Christ de l’arbre sacré. Chaque figure respire une douleur profonde, empreinte sur des traits d’une grande noblesse. Il y a, devant la Vierge, un saint François agenouillé dans une attitude impressionnante de piété désolée. La draperie trahit quelque inex-
périence ; il y a trop de manteaux et de voiles voltigeant.
Une autre église de Modène : S. Pietro, contient une Lamentation sur le Christ mort , qui est peutêtre le chef-d’œuvre de Begarelli. Ce groupe se compose de quatre personnages : le Christ soutenu par Nicodème, tandis que la Vierge agenouillée s’appuie sur saint Jean. On ne peut se défendre d’une émotion véritable devant ce spectacle qui, par sa simplicité, sa grandeur de conception et ses détails soignés, mérite de compter parmi les chefs-d’œuvre du xvie siècle.
Pourtant qui connaît Begarelli ? Qui s’arrête dans cette jolie cité de Modène, aux larges rues, aux grandes arcades, au milieu de la plaine fertile, si doucement étendue entre les rivières de la Secchia et du Panaro ? Qui se préoccupe d’y chercher les œuvres de Begarelli ? D’admirer, par exemple, dans cette église S. Pietro, nommée il y a un instant, le groupe de l’autel du transept droit ? L’artiste le commença en 1532 et son neveu Lodovico le termina. Ce même Lodovico travailla vraisemblablement aussi, et sur les dessins de Begarelli, à un grand groupe de l’église S. Domenico : la scène de Marthe et Marie. Là encore il y a des parties de grand mérite, spécialement dans la statue de Marie agenouillée devant