PREMIÈRE PARTIE
quement le contournement des membres et l’étrangeté des attitudes que le grand Toscan imposait parfois à ses statues. Mais comme ils n’avaient ni la puissance, ni l’exubérance de Buonarotti, ils atteignirent souvent — je ne dis pas toujours, car il faut être juste — à une exagération, qui nuisit d’autant plus à leurs travaux, qu’ils ne rachetaient cette outrance de gestes et de poses par aucune qualité supérieure
Et c’est ainsi que commence peu à peu la décadence qui devait amener si rapidement la fin du Rinascimento. N’est-ce pas, d’ailleurs, à ce même moment, qu’aux grands architectes devanciers de Michel-Ange et à Michel-Ange lui-même, succèdent Vignole et Fontana ; que Desiderio da Settignano et Mino da Fiesole cèdent, en sculpture, le pas à Bandinelli et Montorsoli; et qu’en peinture enfin Vasari et Pontormo vont prendre la place de Ghirlandajo et de Perugin?
Montorsoli (1504-1563)
Un des élèves de Michel-Ange qui aida le maître avec assez d’intelligence, fut Fra Giovanni Angelo, surnommé Montorsoli, nom du petit village de Toscane où il était né. Il reçut à Fiesole des leçons de cet Andrea Ferrucci, dont
nous avons déjà parlé et qui, à Pistoie et à la cathédrale de Florence, a laissé des statues d’une raideur académique et d’une grande correction. Au bout de trois ans d’apprentissage, Montorsoli se rendit à Rome, fut employé quelque temps aux sculptures de S. -Pierre, traversa Pérouse et se fixa plusieurs mois à Volterre pour travailler aux ornements du tombeau de Rafaello Màffei, ce célèbre Volterrano, célébré par Politien dans ses travaux littéraires et cité dans Y Orlando par Arioste, comme un des hommes les plus remarquables de l’époque. Montorsoli vint ensuite à Florence et obtint de Michel-Ange la permission de collaborer à la sacristie et à la bibliothèque de S. -Laurent. Au moment du sac de Rome, en 1527, les travaux de S. -Laurent étant interrompus, il entra dans l’ordre des Servîtes. Clément VII, sur le conseil de Michel-Ange, l’ayant réclamé, Montorsoli se rendit à Rome et y restaura de nombreuses statues antiques. Il revint à Florence avec Buonarotti qu’il aida dans son œuvre des tombeaux des Médicis et le seconda aussi pour l’achèvement des statues des ducs Laurent et Julien. Il sculpta la statue de saint Cosme , retouchée par Michel- Ange et supérieure au saint Damien de Montelupo qui lui fait pendant. Quand son maître repartit pour Rome, Montorsoli continua de s’oc-