‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 70 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

risques à courir de la vie d’artiste, effrayaient beaucoup et qui « estimant qu’il pourrait, avec une vile plume ou en vendant des paroles, faire son chemin plus sûrement, voulaient qu’il devînt procureur ou dresseur de contrats. »

Baldinucci, dans la Vie qu’il a consacrée à l’artiste, confirme ce fait qui contredit l’opinion prétendant que le père de Jean était entailleur et que l’enfant aurait, dès lors, reçu les premiers éléments de son art sans sortir de la maison familiale.

La ville de Douai, au xvie siècle, faisait partie ■des Pays-Bas espagnols et de l’empire de Chnrles- Quint au point de vue politique, mais c’était une terre française par la langue, les mœurs et l’esprit. Néanmoins à Douai, comme partout à cette ■époque, l’esprit italien, ou pour mieux dire, florentin de la Renaissance, règne en maître. Nous ne savons pourquoi M. Courajod, s’insurgeant contre ■ce fait, opposait systématiquement à cette invasion ■du Rinascimento « l’indomptable fécondité des arts « septentrionaux, absorbés et fauchés indéfiniment «. par la concurrence méridionale ».

C’est ne voir qu’un côté de la question et ne vouloir pas comprendre que la vitalité de l’art italien était trop forte pour ne pas s’étendre au ■dehors de l’Italie, et qu’au surplus, dans l’ordre chronologique, le mouvement de la Renaissance

JEAN DE BOLOGNE

succédait aux puissants travaux et aux immenses décors du gothique, qui, au moyen âge, avaient subjugué, bon gré mal gré, l’Italie elle-même. Au xme siècle la Péninsule avait en vain tenté de triompher esthétiquement. Au xviesiècle, l’art septentrional se heurte à son tour aux murailles « de l’humanisme italien retranché dans les ruines « etles souvenirs de l’antiquité classique. Capitale « intellectuelle et morale de la Péninsule, Rome « eut bientôt fait d’accepter tous les courants. Et « tout sécha autour d’elle et dans son enceinte. « Seuls, Michel-Ange et son atelier verdissaient « encore, mais pour bien peu de temps. A partir de « ce moment l’Italie, jusqu’au Bernin et à sa géné- « ration, ne vivra que de la greffe étrangère, que du « tribut de jeunesse, de santé, de richesse que lui « apporteront les pèlerins artistes de l’Europe occi- « dentale. Rome survit comme toujours dans les « décadences latines, servie, soutenue, défendue, « représentée par les Barbares l. »

Simple conséquence du flux et du reflux de la vie des nations, bien plus que de l’antagonisme des écoles ou de la rivalité de l’esthétique du Nord et du Midi. Il ne s’agit pas de savoir si la concurrence méridionale doit céder ou aurait dû céder

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