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DEUXIÈME PARTIE

Masaccio l’enthousiasmèrent. Et comme Cellini, qui, dans la Vita, parle à tout propos de Donatello avec l’émotion la plus profonde, il dut se sentir étrangement remué devant les sculptures impressionnantes et d’un art si intense du chef des Quattrocentistes.

L’enseignement de cet illustre maître continuait de vivre, grâce aux nombreux ouvrages dont il avait orné la ville, grâce aussi à la tradition qu’avaient recueilli plusieurs de ses élèves sacrifiant, peu à peu, par malheur, au maniérisme, à l’exception de ce Bertoldo, mort en 1491, et qui avait achevé, à S. Lorenzo, les panneaux de bronze des chaires de son maître.

Après Donatello, Jean de Bologneétudia les productions florentines de Michel-Ange. Ses statues, dans la chapelle des Médicis, firent connaître au sculpteur novice un côté nouveau du génie toscan : nous voulons dire cet art de faire vibrer les figures et de les animer, de mettre de la passion et de l’éloquence jusque dans les draperies, ce sentiment dramatique si profond et cette expression angoissée par laquelle les effigies allégoriques des tombeaux de Laurent et de Julien communiquaient avec le spectateur et le rendaient participant des pensées voilées, mais bien vivantes pourtant, de l’artiste.

Jean de Bologne, à Florence, avait devant les yeux les œuvres les plus hautes de Buonarotti.

Un des spectacles les plus propres à exciter l’admiration du jeune homme, c’étaient les portes du Baptistère de Ghiberti. Cet artiste qui, un siècle auparavant, écrivit en bronze de prodigieux poèmes, avait tout ce qu’il fallait pour retenir l’attention d’un sculpteur dont le talent se cherchait encore. L’examen des portes du Baptistère était le plus complet des enseignements.

La grandeur, la clarté de la composition, sa richesse, sa fantaisie inventive, le dramatique de ses sujets, l’harmonie des figures, l’élan imposé à leurs mouvements, frappèrent d’une manière extrême notre artiste. L’étude des panneaux de Ghiberti montrait aussi au jeune homme que le maître s’était souvent inspiré de l’antique. Jean retrouvait, dans telle ou telle partie, l’imitation de bas-reliefs, de statuettes ou de monuments qu’il avait lui-même dessinés à Rome. Il savait combien, dans ses commentaires, Ghiberti faisait souvent allusion — et avec quel respect ! — à l’œuvre des statuaires anciens.

Ces heures passées dans la ville des Fleurs en compagnie de tels chefs-d’œuvre allaient laisser dans l’âme de Bologne une impression pro-

fonde. C’était la base même de son enseignement esthétique qu’il édifiait alors.

Jean de Bologne, désireux de ne pas imposer de trop lourds sacrifices à son généreux protecteur, ne dédaigna pas de travailler à l’ornementation des monuments qui s’édifiaient à Florence. Il sculpta les autels et l’encadrement des fenêtres de la Confrérie del Ceppo , les balustres d’une terrasse et les consoles de soutien des corniches du palais Griffoni que construisait l’architecte Buontalenti.

Pendant cinq ans, il se livra à des ouvrages en terre ou en cire. En 1558, son nom était connu comme celui d’un bon décorateur. Les connaisseurs se demandaient, toutefois, comment il se tirerait d’affaire s’il avait à sculpter un bloc de marbre : Giovanni, en raison de sa pauvreté, n’ayant pas eu encore la possibilité de faire un coûteux achat de ce genre.

En cette occurrence, Bernardo Vecchietti fut, une fois de plus, la providence du jeune artiste: il procura le marbre tant désiré. Jean de Bologne, l’esprit tout plein des modèles antiques, en fit une Vénus que Vasari 1 qualifie de très belle : « una Venere di marmo , bellissima. » Cette œuvre fut fort admirée 2.

C’était en 1558.

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