‹ Tableau de la sculpture italienne au XVIe siècleChapitre 75 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans une âme jeune et enthousiaste. Et le soir, son travail terminé, le jeune homme retrouvait ses compatriotes du Nord, dont la Société — Schilderbent — venait de se fonder, et avec lesquels il pouvait avoir un échange animé d’idées et de jugements esthétiques.

Après deux années de fortes études, Jean quitta Rome pour regagner la Flandre. C’était en 1553.

Ayant dit adieu à ses amis Floris, il abandonna, non sans regret, la vieille cité et se dirigea sur Florence qu’il voulait visiter avant de franchir les Alpes. Il parvint bientôt dans la ville toscane, sans se douter qu’elle allait devenir sa patrie,

Il s’y trouvait depuis peu quand il y fit la rencontre d’un amateur éclairé des arts qui, reconnaissant chez le jeune artiste une nature enthousiaste pour la beauté, l’accueillit avec empressement et s’intéressa à son sort. Ce généreux personnage se nommait Bernardo Vecchietti (1515— 1590). Il descendait d’une très ancienne famille mentionnée par Dante dans la Divine Comédie.

Sénateur, possesseur d’une grande fortune, il s’en servit avec noblesse, fit restaurer l’église S. Donato placée sous le patronage de sa famille, embellit le palais ancestral où il recevait tout ce que Florence comptait d’hommes de lettres, de

JEAN DE BOLOGNE

savants et d’artistes, construisit enfin aux portes de la ville, cette belle villa del Riposo dont nous reparlerons et qu’il remplit d’objets précieux ainsi que de collections rares.

Vecchietti, qui discernait chez Jean une nature exceptionnelle, lui conseilla, au dire du poète Cosimo Gaci, de demeurer au moins un an à Florence, afin de tirer de ses études dans cette ville un profit analogue à celui qu’il avait reçu du séjour à Rome, et de compléter ainsi son instruction artistique :

e persuaso,

Per seguire il suo studio, ivi fermarsi Un anno al men.

Jean se laissa d’autant plus facilement persuader que Vecchietti lui ouvrait toutes grandes les portes de son hospitalière demeure, s’offrant, dit Baldinucci, à l’entretenir à ses frais et lui procurant toute facilité pour étudier.

Si Rome était remarquable par les monuments et les statues antiques qu’on y découvrait chaque jour; si Rome était la cité du passé : Florence était par excellence la ville moderne delà beauté. Lejeune sculpteur promena à travers les œuvres incomparables qui peuplaient déjà cette capitale privilégiée son admiration et son émerveillement. Les productions modernes de Giotto, de Ghiberti et de

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