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Tableau de la volupté

4^^ ANS que j'en eusse exprimé le désir, il y a plusieurs années qu'une femme , alors toute puissante sur mon cœur, exigea que je misse son nom à la tète d'un Ouvrage, ^'\W^ me laissant le maître du sujet.

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vni PRÉFACE

lui tracer le tableau de la Volupté, et lui faire entrevoir la félicité de deux Amans tendrement occupés à graduer, pour ainsi dire, le Plaisir? Plein de mon idée, je me mis de suite à écrire. Projet presque aussi tôt exécuté que conçu : voilà l'origine de ce petit Poëme qui se sent bien de la précipitation avec laquelle j'y ai travaillé. J'aurais pu, me dirat-on sans doute, le corriger depuis à mon aise, et le présenter au Public avec moins d'imperfections. J'ai voulu, il est vrai, mettre vingt fois la main à la plume dans ce dessein, mais, semblable à ces Enfans mal-nés dont le temps ne fait que mieux dévoiler les vices, plus cette faible production vieillit dans mon porte-feuille, et plus elle acquiert de défauts. J'ai donc pris le parti de la mettre au jour sans différer, telle qu'elle est et qu'elle a toujours été. D'ailleurs avouera-je ici mon incapacité ? Lorsque j'osai entreprendre de chanter la Volupté, tout paraissait alors devoir me prêter du secours, je cultivais les Belles-Lettres avec tranquillité, je

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PRÉFACE IX

jouissois d'un présent agréable, et ne voyais devant moi qu'un flatteur avenir, enfin j'aimais et j'étais aimé. Oiielles ressources pour l'imagination ! mais , grand Dieu ! que ma situation a changé! je frémis encore quand je songe au coup imprévu qui vint m'arracher à tout ce que j'avais de plus cher : privé en même temps du commerce des Muses et des secours de ceux qu'elles ont le plus favorisés, je me trouvai tout-à-coup sans maîtresse et sans livres, et me vis subitement transporté sous des climats où le nom même de la littérature est presque inconnu ,

La rouille des ajBaires d'intérêt vint bientôt corrompre et défigurer ce peu de goût que la nature m'avait donné. Je ne connus bientôt d'autre style que celui de quelques lettres de change. Je n'eus plus pour but, ou du moins on ne me permit plus de m' occuper que des choses nommées, si vaguement, utiles.

Après quelques années si tristement employées, une seconde révolution aussi sou-

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