‹ Tableau de la voluptéChapitre 7 sur 7 · L^ 'H.UIT · texte numérisé non relu

L^ 'H.UIT

UR un char revêtu d'ébène De deux noirs coursiers attelé, La nuit lentement se promène Au milieu d'un ciel étoile.

De mille feux la clarté pâle, Épouvante et n'éclaire pas :

De la lune l'ombre inégale T Egare en conduisant mes pas.

Au fond d'une grotte profonde, Phœbus sur le sein de Thétis Goûtant des plaisirs trop sentis Va noyer ses feux dans son onde; 1^ Déjà ses sens anéantis...

rPl Arrête, auteur de la lumière,

A Thétis montre moins d'amour, Conserve des feux pour le jour, (^

/;, Et des forces pour ta carrière ;

^'* Par la jouissance épuisés,

1 Je crains que tes rayons moins vifs, moins

^ [embrasés

Ne pouvant de la nuit percer les voiles sombres. Laissent ce globe en proie à d'éternelles

[ombres...

Qu'ai-je dit! c'est un Dieu qui goûte ces

[plaisirs, Sa force égale ses désirs; h Toujours ardent, il retrouve en lui-même, n Et dans les yeux de ce qu'il aime,

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LA NUIT

Et sur sa bouche et sur son sein, Un feu qui jamais ne s'éteint.

Pliœbus avec Thétis jouissez donc encore De ces instants voluptueux Dont la longueur vous rend des Dieux.

Encore quatre fois l'aurore

Doit voir pâmer Céphale en ses bras amoureux. Déjà ton empire commence, Sommeil, besoin délicieux; Par une douce violence Déjà ta main ferme nos yeux.

Ton secours certain, nécessaire.

Des humains adoucit le sort :

Le pauvre au sein de la misère.

Ne sent point ses maux quand il dort.

Mais de tes faveurs précieuses Tous ne goûtent pas les bienfaits; Tu suis les cours ambitieuses Et les tumultes des palais :

La pourpre veille sous le dais; Ou si ton aile fatiguée S'étend sur le trône des Rois,

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Il n'est pour leur âme intriguée Qu'un repos de courte durée, Détruit, recommencé cent fois.

Des sons:es cruels et terribles, ^P

.5i, A ce coupable offrant la mort, ^

\ Semblent le punir lorsqu'il dort ; ^|

k Des songes tristes et pénibles r^

^^ De cet avare enlèvent l'or ; i

i De crainte à l'instant il s'éveille, \y

<S^ Voit l'erreur, se calme et sommeille; ( /^

-P- Mais le songe revient encor,

in Et l'oblige à passer en veille

^ La nuit auprès de son trésor.

I Contemplons ce sage tranquille

W Couché dans les bras du repos;

/ Le sommeil sur ses yeux distille

^^ Le plus doux suc de ses pavots :

'%■'> Sous l'humble toit de sa chaumière,

\ Sur un lit préparé sans art,

^ De ce respectable vieillard

\ Il ferme gaiement la paupière.

l^L Dans le sein des sombres hameaux,

LA NUIT

Au son des tendres chalumeaux, Morphée accourt sans résistance, Et par sa prompte bienfaisance Des Bergers soutient les travaux.

Mais cette nuit, jeune Délie, Il se refuse à vos beaux yeux, Et sa douceur vous est ravie, Peut-être pour en jouir mieux L'image de Belzors présente Tient tous vos esprits suspendus :

Certains plaisirs interrompus Dans le temps que sa flamme ardente Absorbait vos sens éperdus.

Rendent votre âme mécontente ; • Peut-être ils ne reviendront plus :

Peut-être que Belzors moins tendre... Mais quel bruit venez-vous d'entendre Près de vous, à cette heure-ci?

Rassurez -vous, belle Délie, C'est Lisette, c'est votre amie.

Du moins le croyez- vous ainsi.

Confidente unique et discrète.

Jusqu'à ce jour, de vos soupirs, Qu'elle le soit de vos plaisirs, Racontez-les tous à Lisette.

En effet par l'obscurité Délie heureusement trompée.

Et sans cesse l'âme occupée Des rêves de la Volupté :

Chère Lisette, lui dit-elle, Approche, je te veux conter Les plaisirs que m'a fait goûter Un Amant aimable et fidèle ; Pourraient-ils encore augmenter?

Je ne sais; ma mère indiscrète...

Mais donne-moi ta main, Lisette, Tiens, sens-tu mon sein palpiter?

Il n'a cessé de s'agiter Depuis que Belzors de sa bouche... Quoi!... tandis que ta main le touche Elle semble encor l'exciter !

Lisette, que ma bouche ardente Presse ta bouche indifférente :

Sens-tu le feu de ce baiser?

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LA NUIT

Eh quoi ! tu redoubles ma flamme !

Ton haleine brûle mon âme, Quel nouveau feu vient m'embraser!

Lisette!... Ah! Lisette... je pâme...

Je succombe sous mes transports.

Et moi, je meurs, tendre Délie.

Quel son de voix ? quoi ! vous, Belzors ! , Ah! si j'ai pu te méconnaître A l'ardeur que j'ai senti naître :

Eh bien ! venge-toi, cher amant, Va, ton courroux est légitime ; Punis-moi bien d'un si grand crime Par le plus tendre emportement.

Ici l'excès du sentiment Arrête sa voix au passage; De ses sens elle perd l'usage, Et paraît mourir un moment :

Mais enfin le coup qui l'immole Lui fait jeter un cri charmant; Aussitôt son âme s'envole Dans celle de son cher amant :

S'en empare, s'y tient unie.

o LE TABLEAU DE LA VOLUPTE

Et puis dans le sein de Délie Revole avec elle à l'instant.

O Volupté! que ton mystère Dans cette nuit fut célébré !

Que ce jeune couple enivré Fit de voyages à Cythère !

Tendre effet du plus tendre amour !

Dans le transport qui les anime Belzors redevient tour à tour Sacrificateur et victime.

Ils ont épuisé les plaisirs, Mais sans étouffer les désirs; Enfin un repos agréable Va du bonheur qu'ils ont goûté Leur retracer l'image aimable.

Du sommeil de la Volupté Déjà leurs sens s'apesantissent, Et le songe dont ils jouissent Vaut presque la réalité.

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