‹ Tableau de la voluptéChapitre 6 sur 7 · TC.X · texte numérisé non relu

TC.X

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E jour baisse, le soleil fuit, ^j\ Déjà le Crépuscule sombre, '!^ Triste avant coureur de la nuit, Couvre l'horizon de son ombre % Déjà les objets confondus ' Au loin ne se distinguent plus,

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La Bergère a dans son étable Tiré le lait de ses troupeaux; Le laboureur, de ses travaux Soulevant le poids qui l'accable, Sous son toit cherche le repos.

Soleil, au bout de ta carrière Arrête-toi sur ces coteaux, Prête-nous encor ta lumière Pour voir Délie au sein des eaux ;

Déjà je l'aperçois sur la rive penchée... Mais tes regards sont indiscrets ;

Ils prolongent le jour; par l'éclat empêchée, Elle voile encor ses attraits.

A.h ! puisqu'il est ainsi, soleil, hâte ta fuite, De cet horizon disparais ;

L'instant où dans la mer ton char se précipite

Enlèvera la gaze à ses charmes secrets. J'ai dit, tu fuis, Délie est nue, Dans les eaux elle a fait un pas.

Puis un autre; l'onde à sa vue Rend l'image de ses appas ; Elle rougit, son âme émue

•1 LE SOIR 6î '<

M Sent un trouble secret qu elle ne connaît pas; ri Elle s'arrête, elle s'avance,

h Elle recule, elle s'élance :

y Enfin elle est au sein des eaux;

\ Jaloux de l'entourer, les flots

\S Roulent avec plus de vitesse ;

y Celui-ci la touchait, à l'autre qui le presse \, Il cède et fuit en murmurant ;

Un troisième la ceint, l'embrasse, Un quatrième en fait autant.

Par son choc un autre le chasse; On dirait qu'animés de l'instinct du désir Ils sentent le bonheur de posséder Délie, Lorsqu'un la baigne avec plaisir, (^ L'autre ne la peut voir approcher sans envie.

^ Mais vers ces arbres, sur ces bords,

'\ N'ai-je pas aperçu Belzors?

T C'est lui-même, fuyez. Délie,

^ Fuyez.., que dis-je? il n'est plus temps,

T Déjà dans l'onde elle est suivie,

\ Belzors ne perd point de moments :

Il la joint et la touche, il l'embrasse et h presse, Les flots s'opposeraient en vain à ses efforts. Jusque dans leur sein même il porte sa

[tendresse ; L'eau s'échauffe et bouillonne au feu de ses

[transports.

Déhe étonnée, interdite, Voudrait fuir et ne l'ose pas.

L'eau prête un voile à ses appas, Il est déchiré par sa fuite.

Mais, ô ciel! tandis qu'elle hésite Je vois la force du courant L'entraîner avec son Amant, Qui de mille baisers l'accable Sans apercevoir le danger ; Dieu des amours, viens dégager Du sein de flots ce couple aimable; Toi, vole, tendre Volupté, Porte-les au port sur ton aile ; Tu dois secourir la Beauté Et son Amant le plus fidèle.

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LE SOIR

Mais cependant que fait Beizors ?

Un cri qu'a jeté sa Délie,

D'amour et de crainte saisie.

Le rappelle de ses transports, D'une main sur les flots il la soutient tremblante.

De l'autre il nage vers les bords :

Quel fardeau précieux que celui d'une Amante !

Il rend plus puissants ses efforts.

Enfin il touche le rivage :

Délie, ô tristesse ! ô douleur !

De ses sens a perdu l'usage ;

Mais un baiser plein de chaleur

Bientôt la rappelle à la vie.

« Vivez, dit Beizors, ma Délie; »

Elle entr' ouvre un œil languissant,

Et voit dans ses bras son Amant

Dont l'amour va tout entreprendre :

« Ingrat... arrête... que fais-tu ?«

Dernier soupir de sa vertu !

Elle se tait et va se rendre.

Des plus tendres égarements Le signal est donné, la pudeur en soupire ;

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Elle fuit, l'amour seul inspire

Le cœur de ces jeunes amants.

Déjà le tendre Belzors touche

Le but de ses ardents désirs...

Mais hélas! quel témoin farouche

Vient interrompre leurs plaisirs!

Jeune Nymphe, c'est votre mère :

A son aspect rude et sévère Tous les amours surpris s'envolent à la fois

Dans le giron de Cithérée :

L'un a laissé son arc, celui-ci son carquois,

Cet autre une flèche dorée.

Avec eux la Volupté fuit.

Belzors, dans l'ombre et le silence.

De son astre accusant la maligne influence,

S'éloigne tristement sans bruit.

Délie, alarmée et craintive.

Par sa mère est jointe à l'instant; Sa bouche autrefois si naïve Lui parle alors en hésitant.

Chaque mot augmente son trouble,

LE SOIR

Voulant le cacher il redouble ; Tout trahit l'embarras de son cœur agité.

Mais une heureuse obscurité

Aux yeux inquiets de la mère

Ayant dérobé le mystère,

Elle explique par un détour Le désordre charmant où l'a mise Famour, Le murmure enchanteur d'une onde solitaire.

'^- Et la fraîcheur du soir, et la chaleur du jour,

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Tout sert d'excuse à la bergère.

Enfin d'une gaze légère Elle revêtit ses appas, Et de son importune mère En rêvant elle suit les pas.

D'un chemin écarté, facile, Connaissant le secret retour, Belzors avait déjà prévenu son retour, Et l'attendait, mais peu tranquille.

Il craint que de l'obscurité Le voile trop léger encore N'ait pu de l'objet qu'il adore Cacher l'aimable nudité.

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Délie avance, il veut s'instruire,

Dans ses regards il cherche à lire

Si rien n'a trahi leur ardeur :

Son air calme, son doux sourire,

Ont bientôt banni sa frayeur,

Et sa tendresse se rassure

Dans un soupir délicieux,

La Volupté tranquille et pure

Anime le feu de ses yeux :

Malgré l'ennuyeuse présence

De quelques importuns parents.

D'un seul regard nos deux Amants S'expriment, de leurs feux, toute la violence.

La gêne irritant les désirs

Multiphe aussi les plaisirs;

Tout avec elle est jouissance :

Ainsi le fortuné Belzors

Goûte avec les plus doux transports

Du vin, que Délie elle-même Lui verse, accompagné d'un amoureux regard ;

Le vin offert par ce qu'on aime

Devient le plus exquis nectar.

LE SOIR

Ainsi je vois sa main hardie Prendre la coupe que Délie De ses lèvres avait pressée ; Sur les bords elle avait laissé Par un soupir son âme errante; Belzors l'a vu : sa bouche ardente Recueille sur ces bords heureux L'âme de sa sensible Amante Et la consume de ses feux.

Mais cette délicate orgie Est déjà prête de finir.

De chanter on presse Délie ; Pour son amant nouveau plaisir.

Par l'accord le plus agréable Les accents de sa voix aimable Pénètrent de l'oreille au cœur :

Sa chanson et tendre et naïve Exprimait l'ardeur la plus vive.

Un coup d'œil dérobé, l'adresse à son

[vainqueur.

Sans trahir leur flamme inconnue.

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Mais d'aller jouir du repos

L'heure propice étant venue,

Morphée exprimant ses pavots, Belzors de sa Délie à regret se sépare. Nuit, pour s'en rapprocher, prête-lui ton

[secours ; Le jour cause souvent bien du tort aux amours,

Mais la nuit vient qui le répare.

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