‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 149 sur 158 · Sonet. ÀuguiU Opét», t II, p · texte numérisé non relu

Sonet. ÀuguiU Opét», t II, p

accablé d'inquiétudes et de soins, il expira le cœur déchiré par les oiaux de son pays, et les yeux attachés sur cette cité céleste, dont il avait écrit la merveilleuse histoire. . L'année suivante, Carthage fut prise et ruinée par Genséric; cette seconde Église orientale, si savante et si agitée, qui s'étendait depuis Carthage jusqu'au désert, fut anéantie pour des siècles. Augustin avait été le clemier grand homme de l'Afrique; et la barbarie commençait après lui.

A peine, dans cette rapide esquisse, avons^nous désigné la moindre partie de ses ouvrages. Nous ne pouvons rappeler que Ces grands traits d'éloquence qui firent partie des actions de sa vie, ou qui donnent l'image de son temps. Dans l'immensité de ses écrits, dans la variété de ses controverses, il suffit de voir ce caractère d'universalité religieuse reproduit par Bossuet dans les siècles modernes. £n effet, malgré le mérite inégal des ouvrages, malgré tout ce que la rouille du iv* siècle mêle au génie d'Augustin, la vie et les travaux de Bossuet font seuls comprendre l'éyéque d'Hippone ; avec cette différence que, jeté dans un siècle plein de catastrophes et de désordres , Augustin eut besoin d'un caractère plus actif et plus hardi , et que son imagination , effarouchée par tant de désastres , fut souvent aussi bizarre que celle de Bossuet est sublime.

Mais ce qu'on ne peut méconnaître, c'est l'inHuence qu'à si grande distance un de ces hommes exerça sur l'autre. Cette influence n'est pas ^seulement celle de la doctrine transmise par un puissant interprète; c'est l'ascendant d'un esprit vaste et libre sur un génie plus sévère qui se plaît à son entretien et s'anime de son ardeur. Après la Bible, il n'y a pas eu pour l'éloquence originale de Bossuet une source d'inspiration plus féconde que les ouvrages de saint Augustin. 11 les étudiait sans cc'sse; il les admirait en les transformant. Il n'en reçoit pas seulement.

comme de TertuUien , quelques traits d'imagination poé« tique, dont il augmente Ténergie en la rendant plus naturelle ; il tire de ce modèle incorrect , mais grand , tout un ordre de vues métaphysiques et^ religieuses qu'il embellit de son langage ; il en garde Tenipreinte dans la méditation et dans la controverse. La Cité de Dieu était le premier essai du Discours sur Vhistoire universelle. Mais ce qui semblait un amas de ruines inégales ou de marbres encore informes est devenu le monument d'un art sublime. Les sermons de Bossuet, son œuvre sinon la plus grande, au moins la plus naturelle, sa vocation première et sa pensée soudaine, attestent encore mieux sa prédilection pour révéque d'Hippone. Quelque liardiesse de cette imagination africaine y brille toujours et fait partie de l'éclat qu'on admire, ou dans la grandeur irrégulière des idées, ou dans la nouveauté des images, ou dans la vivacité des expressions toutes frémissantes encore de l'accent oratoire. Ce n'est pas tout. Bossuet a vu dans saint Augustin le philosophe autant que le théologien. C'est par son autorité peut-être qu'il a été conduit ver? Descartes et qu'il a gardé sous l'enthousiasme de la foi une raison si ferme et si haute. Ne soyons donc pas étonnés que oans cette Église du iv*" siècle, parmi ces grands orateurs des deux empires, personne n'ait autant parlé qu'Augustin à l'àme de Bossuet. Le grand orateur moderne cherchait dans les lettres chrétiennes quelque chose de plus élevé que l'art et le génie.

Ou ne retrouve pas dans l'évéque d'Hippone ce beau langage et ces grâces éloquentes de l'Asie chrétienne. Il ne parle pas pour Antiocbe et pour Césarée; il est plus sérieux et plus inculte : souvent il est barbare, sans être simple , parce que la barbarie d'un peuple en décadence a quelque chose de subtil et de contourné. Mais son àme est inépuisable en émotions neuves et pénétrantes. C'est

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par là qii'il ratissait les cœurs, qu'il faisait tomber leà airmes des maind à des hommes féroces accoutumés à s'èntre-déchirër dans une fête autiuelle. Nul art, nulte rtiéthode hé tègnë dans ses discoure. Ils diffèrent autatit déâ belles homélies de Chrysostotilë, que les moeurs rudé^ des tharins d'Hippoiie s'élbignftient dès arts et dû luië dé (Edhâtantinoplë.

Lorsque saint Augustin parlait dans Carthslge ^ son style devenait plus pompeux et plus fleui'i ; mais sa puissaiice était tdùjdtirà la hiemè, celle (JU'il demande à Forateur chrétien ^ le flëtt des lËtrtaëà. Gfette tendre vivacité d*âine qui jette tarit dé cttariiië daiis ses Confessiom\ revit jusqu'au milieu des épines de sà théologie. Moins élevé , mbiris brillant qbe les Basile et lès Ghrysostomë ^ il a quelctue chose dé plus profbud. Il est moins éloqueiit) mais plus ëvangéli(|uë , car il parle davàiltagé au cœur de rhoïtlttië;

Nous ardris achevé ce court tableau de l'éloquence chrétietiilë au iv siècle. En la pt^enaht dans Alexandrie, au pied de la chaire d'Athanase, nous ravons suivie dans toutes les contrées du monde alors coUtltiès, de Bethléem aux Villes de la GdUle, de Constaritihople à Milan , d'Antioche à Càrthage. Partout elle nous d guidés sur les pas d'une tivilisdtion singulière , qui réunissait tous les contrastes d'enthousiasme et de satiété ; de luxe et d'ignorance. Elle a été pour nous comme le flambeau de ce monde intermédiaire, qui n'appartient plus à l'antiquité, et pas encore à l'histoire tnbdertië.

L'espace d'un siècle a vii se multiplier toutes ces tribunes chrétiennes qUl furëht remplacées ^ar les Goths et les TàridalëS; Ëien des téflexiotis naissent de ce spectacle. Là doininsftiori religieuse y paraît là pùissstiieë du génie autant que celle de l'Église. Ces hOmméâ, dont lu ^oh s'élève et entraîne lès peuples^ étaient les premiers hotià-

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mes de leur temps par le talent , par la vertu , par la science. On cherche en vain qui leur comparer dans le domaine désert du polythéisme. Ils sont les orateurs de la grande réforme du monde, les interprètes de la sublime nouveauté qiii transporte tous les esprits. On croit leur parole parce qu'on l'admire , et on Tadmire d'autant plus qu'on la croit. Us ont tout ensemble plus de lumières et de toi qûk letîirs cohtéthpotalns ; H les domifaerit par ëe double ètiltiirë ; lent zëlë n'est paâ uh calcul ^ui s'àp- {juie siii* rdmbilion et la crainte; Ife soupçon d'hypocrîâle n'approche piSi& de léui^s âhiés: Leùi^ r&ligion est secourable fet populaii'e.

Et bépeiidafat bë t>otitbir ectiléàiàdtiqUë qui s'élevait , sdiiteiiu par de si grandes vertus , vit périr Tétat social , et fut impuissant à \B sduveh Les choses religieuses et les iiitérêts civils trdp confondus ôtèreiit aux hommes cette active étiërgie qui maintietit lés ettipires. On oubliait les fortes vertus pour les abstinences monacales^ la patrie |)our le elottrë , et la guerre pour la controverse. Ce siècle de splendeur ihéologique fut l'avantrseène de la barbarie : tant il edt Vt*al l^ue la religion , secours divih des âmes , n'est pas uti iUstrUment politique qui suffise à tout , et ne {iëut Suppléer» pour tes Ëtats, ni le travail , ni la liberté, ni la gloire I

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