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praver ceux qu'elle opprime. Ainsi, tandis que les ombrages de Caprée recelaient la vieillesse souillée de Ti* bère, tandis que les jardins de Claude retentissaient des bacchanales de Messaline , tandis que le palais de Néron, agrandi sur les cendres de Rome, enfermait dans son enceinte jusqu'à de nouveaux repaires de prostitution publique, les premiers citoyens, corrompus par le désespoir d'arriver à quelque chose de grand , dégradés par l'esclavage et par la crainte , se livraient aux distractions de la volupté. Quelques-uns y cherchaient une sécurité , en tâchant de s'avilir autant que le maître qu'ils redoutaient : ils affectaient le vice , comme le premier Brutus avait feint la folie. Le plus grand nombre s'y plongeaient tout entiers, abusant ainsi sans péril des richesses de leurs aïeux et des anciennes dépouilles du monde ; et comme l'historien grec nous montré, dans la peste d'Athènes, tous les excès et tous les désordres se multipliant par la vue prochaine de la mort, ainsi, devant la dévorante contagion de la tyrannie, chacun se hâtait de rassasier de plaisir une vie précaire et menacée.
La corruption du peuple était peut-être encore plus hideuse que celle des grands. Les plus honteuses folies des empereurs étaient destinées à lui plaire ; leurs infamies étaient pour lui le contre-poids de leurs crimes. N'ayant eu longtemps d'autre culture morale que la discipline républicaine, il perdait tout en la perdant; et depuis qu'il n'était plus citoyen» il était tombé au-dessous niéme de l'homme.
S'il faut en croire Juvénal, les idées d'une Providence vengeresse ne conservaient plus aucune autorité sur cette multitude. Les arguments de Lucrèce contre les punitions d'une autre vie, les confidences philosophiques de César dans le sénat romain, étaient devenus lascience du vulgaire ; et les enfants mêmes ne croyaient plus aux fables du Tartare.
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Mais, comme il y a dans Tignorance une crédulité qui change d'objet et ne se guérit pas, cette multitude, indifférente aux anciens rites de la patrie, était abandonnée à mille sorcelleries bizarres. Ce nombre prodigieux d'esclaves qui formaient dans l'Italie une autre classe de peuple, augmentait encore la masse des vices et apportait avec lui une foute de superstitions étrangères. Cette race d'hommes, vivant au milieu de l'abjection et des supplices, était la pire de toutes, parce qu'elle avait les vices de ses maîtres et les siens. Tous ces mélanges de corruptions diverses élevaient sur l'atmosphère romaine autant de vapeurs impures , dont quelques provinces éloignées avaieat à peine évité l'atteinte.
A. la régularité de l'ancien culte romain succédaient ces cultes impurs inventés dans la mollesse et l'oisiveté de l'Asie. Dans la vieille mythologie romaine, l'indécence des dieux était, pour ainsi dire, corrigée par la gravité des cérémonies. Le temple élevé même dans Rome à la déesse Vénus semblait une expiation plutôt qu'une offrande. 11 avait été bâti de l'argent des amendes prononcées^ pour crime d'adultère. Presque toutes les pompes de l'ancien polythéisme romain étaient imposantes et solennelles ; mais la déesse Isis, ses prêtres et ses adorateurs, ne s'annonçaient qu'au milieu des danses licencieuses, et ne favorisaient que de profanes amours. Ces jeunes filles romaines , élevées jadis sous la loi d'une austère pudeur, allaient , du temps de TibuUe , consulter les prêtres d'Isis sur la fidélité de leurs amants. Des hommes dégradés, de vils eunuques d'Asie, étaient les prêtres de ces
1. Titi Livii lib. X: «Eo aono, Q. Fabius Gurges, consulis iBlius, aliquot niatronas ad populum stupri damuatas pecunia mulcuvit; ex quo mulctatitio aère Yeneris xdem, qux prope Gircum est, faciendam curavit b
divinités étrangères; et tandis qu*autrefois le service des dieux de la patrie était confié aux mains des premiers citoyens , des généraux , des magistrats , un bateleur qui n'était pas Romain , qui n'était pas même homme , était le ministre de ces cultes nouveaux, transplantés à Rome d'Egypte ou d'Asie. Si le peuple se livrait avidement à ces spectacles grotesques , s'il préférait à la majestueuse procession des vestales le sistr^ et les grelots des prêtresses d'isis, ou les rapides évolutions, les tournoiements bizarres des prêtres mutilés de Cybèle, les grands, les riches de Rome s'initiaient , avec plus d'ardeur encore, à de honteux mystères, et variaient leur ennui par les inventions de ces charlatans d'Asie.
L'ancienne confarréation du patriciat, cette espèce d'union à la fois religieuse et aristocratique, était si fort négligée que , du temps de Tibère , on ne put trouver trois patriciens offrant les conditions nécessaires pour le sacerdoce^ Mais Néron se fit prêtre de la déesse syrienne, et lui offrit publiquement des sacrifices , en long habit de lin, et la tète couronnée d'une mitre orientale. Dans cette espèce de folie que font naître le crime et le pouvoir absolu, il s'entourait de magiciens, leur prodiguait ses trésors, et voulait par leur secours évoquer les mânes*.
En même temps, l'horreur de ces temps désordonnés, les fréquentes révolutions du pouvoir, l'ardente curiosité pour un avenir qui semblait toujours une délivrance , l'ambition des prétendants à l'empire , je ne sais quelle frénésie d'un peuple qui avait tout conquis, tout usé, tout souffert, remplissaient les imaginations de mille rêveries bizarres , et donnaient un plein pouvoir à la science